TERRE-CUITE DU GOYABERO
de coquilles originaires des embouchures du fleuve et que les Indiens utilisent pour en confectionner des trompes.
C’est à l’aide de ces transactions seules, suivant cette fois une voie sensiblement diflé rente, que l’on peut expliquer l’existence, chez les Maquiritaris de la rivière Cunucunucuma, d’objets introduits, par l’Essequibo, de Demerara.
Certains Indiens du bassin de l’Orénequc sont d’ailleurs, on sait depuis longtemps, des commergants fort actifs. Roulin a fait connaître, dans une communication très intéressante à l’Académie dos sciences en 186.5, des faits extrêmement curieux se rapportaut au négoce de ces Indiens.
« En 1823, dit le savaut ethnographe, nous nous trouvions, M. Boussiugault et moi, dans le village de San-Martin de los Llanos, nous préparant à de.scendre la rivière du Meta (}ue nous devions explorer jusqu’à son entrée dans l’Orénoque. Les habitants de ce village appartenaient aux trois nations Tamas, Omoas et Careguajes; on y avait vu à plusieurs reprises quelques familles do Camoniguas. Voici les renseignements qu’on me donna sur ces derniers Indiens. Ce sont de grands voyageurs et de grands trafiquants. .\on seulement ils apportent du curare qu’ils fabriquent eux-mêmes, mais encore ils vont chercher dans les Andaquios de la cire blanche ; ils s’avancent jusqu’aux Missions portugaises, d’où ils tirent des haches, des machètes et des fers de lance *.
« Quelques semaines plus tard, continue Roulin, dans le village de Giramena, situé sur le bord du Meta, j’eusquelquos détails sur d’autres Indiens commerçants, différents dos Camoniguas. Dans toutes les maisons du village, j’avais vu des râpes pour le manioc, formées par une planche dans laquelle étaient implantés de petits fragments de silex qui en formaient les dents.
« .le m’informai d’où provenaient ces pierres ; car il n’y en avait
1) -M. Nicolas Sâens, parlant du commerce dans le bassin de l’Orénoque, attribue aussi un rôle actif aux Camunigas « Con las tribus vicinas, los Camunigas sobretodo, negocian algo ; reciben curare en cambio de parte de lo que les dan los blancos. » (Nicolas Sâens. Memoria sobre algunas tribus del Territovio de Sun Martin en tos Estados Unidos de Colombia. — Zeitschr. fur Ethnologie, lahrg, 1876, s. 341.)
DÉCADES AMÉRICAINES
pas de semblables dans tout le pays. On me dit qu’elles venaient de fort loin, mais qu’on n’en recevait plus depuis quelques années ; d’ailleurs mes questions semblèrent causer un certain embarras dont je compris plus lard la cause, en interrogeant un métis qu’on m’avait donné pour guide et qui connaissait bien les gens de Girameiia.
« De temps immémorial ces hommes voyaient arriver chez eux, tous les ans vers la même époque, quelques vingt ou trente Indiens, qui apportaient aussi leur curare, mais dont l’arrivée était surtout désirée à cause des pierres à feu qu’on ne recevait que par eux.
« Malgré le besoin qu’on avait de ces pierres, et par une de ces déterminations soudaines tout à fait inexplicables, si communes parmi les Indiens, tous les voyageurs furent massacrés dans une même nuit, et depuis on n’en avait plus vu reparaître »
1) V. Roulin. (Compl. Rend. Acad, Sc., t. LXI, p. 311. 21 août 1865.)