LE TOMBEAU DE LOS TRES MOLINOS
LE TOMBEAU DE LOS TRES MOLINOS, PRÈS GUANO (ÉQUATEUr).
Une curieuse trouvaille du baron Gabriel de Güuzbourg permet de suivre bien plus loin vers le sud-ouest la trace de ces anciens peuples civilisés des Antilles.
Dans un tombeau, probablement Puruha, fouillé à Los Très Molinos, près Guano, par le distingué voyageur dont nous venons d’écrire le nom, se sont rencontrées, attachées à deux espèces de torques de cuivre qui faisaient le tour du cou du mort, une hachette de ce même métal reproduisant, aminci et simplifié, le type bien connu des anciennes armes de rU(|uateur et une bacbetle de pierre exactement semblable à celles de la Guadeloupe et dont l’origine (qu’on nous permette cette expression)
est absolument hors de doute. La planche ci-jointe (pl. I) représente l’ensemble de la découverte de Los Très Molinos. La hachette de cuivre, que l’on voit à gauche de la figure, mesure 110 millim. de hauteur, 117 de largeur et 3 ou 4 d’épaisseur; la hachette de pierre, suspendue au torques de droite, est haute de 8o millim., large de 90, épaisse de 17 à 18.
Cette dernière pièce, biconvexe, terminée par un large tranchant demi-circulaire, présente, comme toutes les pièces similaires des Petites-Antilles, une tète mousse et arrondie et, comme quelques-unes de ces pièces, un trou largement percé à son niveau le plus étroit'.
Nous no connaissons aucune autre arme de ce- type découverte dans l’Équateur, et nous sommes amenés à la considérer comme tout à fait étrangère au pays et importée anciennement des Antilles à Guano à la suite d’événements demeurés inconnus. Est-ce une dépouille opime enlevée sur un champ de bataille par celui dont elle ornait le col à quelque agresseur antillien? ou bien des
1) Quatre cles haches des Petites Antilles, dont .M. Guesde nous a transmis les dessins empruntés à sa belle collection, montrent cette perforation.
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relations commerciales avaient-elles introduit dans l’Équateur la hache en pierre polie de Très Molinos, comme elles avaient porté en Colombie la terre-cuite du Coyabero? Cette seconde hypothèse ne nous parait guère plausible. Quel but aurait eu en efîet l’importation, par une voie à la fois longue et difficile, de haches en pierre polie, d’un travail d’ailleurs fort médiocre, chez un peuple qui fabriquait en abondance de robustes haches de cuivre-?
La hache de Los Très Molinos rappellerait plutôt à nos yeux quelque lutte entre les peuples relativement civilisés de l’Equateur et ceux bien plus sauvages des Antilles ou des côtes voisines, (ie serait la première preuve, recueillie par l’archéologie, de ces relations maintes fois entrevues, mais non point encore matériellement établies, entre des tribus que séparent sur la carte plus de dix degrés en latitude et en longitude, mais que rapprochaient autrefois le besoin de déplacement et la faculté d’expansion qui caractérisent tout spécialement les anciennes populations du nord de l’Amérique Méridionale'.
1) La tombe de Los Très Molinos, fouilléè par M. de Giinzbourg, offre d’autres particularités intéressantes. Le vase à face humaine, placé à côté du mort et qu’on voit en haut et à gauche de notre planche, est remarquable par les ornements que présente la lèvre inférieure, et dont Crevaux (p. 570) a retrouvé l’usage chez quelques vieilles femmes de la tribu des Yarouros de l'Orénoque. Ce sont cinq épingles également espacées, qui hérissent le tiers médian de cette lèvre, chez les l'arouros actuels comme chez la vieille figurine de Guano.
Les pièces du collier sont, ainsi que l’a déjà fait observer notre collaborateur iM. A. T. de Rochebrune, des rondelles de spondylits limlatus . {lien. d’Ethnogr,, t. Il,p. 315,1883.)
Quant au crâne, il est dolichocéphale et rappelle tout à fait ceux des .Andes péruviennes qu’a récemment décrits .M. de Quatrefages dans son mémoire sur le crâne de Lagoa Santa. (.A. de Quatrefages. L’homme fox.<tile de Lagon Santa en Brésil et scs descendants acluels. {Congrès anthrop. de Moscou, 1879. Moskva Lavroff, 1881, br. in-i. )
UN CABALLITO PÉRUVIEN
UN CABALLITO PÉRUVIEN
La plupart des voyageurs qui ont visité la côte du Pérou septentrional, ont parlé du cabalUto employé journellement par les mariniers péruviens. Cet engin de navigation, dont la simplicité bizarre frappe si vivement l’attention des étrangers, n’est autre chose que l’assemblage de paquets <le roseaux attachés ensemble à la façon de nos gerbes de blé et qui forment, par leur liaison, une sorte de radeau conique et relevé en avant, mesurant de dixhuit à vingt-cinq pieds de longueur, sur une largeur assez variable.
Squier ' qui a vu de ces cabalUtos dans la'-rade de Iluancliaco, nous les représente comme généralement formés de deux bottes (le roseaux, sur lesquelles le marinera s’assied les jambes écartées, ou s’équilibre debout au centre de la masse flottante, en la faisant avancer à l’aide d’une rame à double palette.
Les caballitos sont quel(}uefois composés de trois bottes liées côte à côte; la plus grosse botte est placée au centre et le conducteur s’y tient comme à cheval, ce qui a valu au radeau le nom sous lequel il est aujourd’hui désigné ^
Un grand caballito peut porter plusieurs personnes ou deux à trois balles de marchandises; c’est, eu bien des endroits, le seul moyen de communication entre les navires et la côte, c’était probablement le seul bateau connu des anciens Chimus, qui ont assez souvent représenté, dans leur curieuses cérami({ues, ce procédé tout primitif de navigation.
Les Yuncas et les Ouechuas de la période incasique employaient simultanément le caballito que nous venons de décrire, le radeau de calebasses et la balsa (|ui sujiplante d’ailleurs le caballito, dès (ju'on remonte un peu la côte dans la direction
1) K.-G. Squier. Peru, Imidenls of Travel nnd Hjplomtion in the Lnnd of Ihc Incas. New-York, 1877, in-8, p. 109.
2) Caballito sïgmiie petit cheval; balsa, en espagnol, signifie radeau.
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du Nord' ou qu’on descend, au contraire, vers le Sud-Est, en gagnant le littoral bolivien
Garcilasso de la Vega a vu les deux modes de locomotion en usage; il a même raconté d’une manière très animée certaine navigation faite dans son enfance sur un caballlto, et qui lui avait laissé des impressions extrêmement vives.
Après avoir parlé des rarfefli/Æ: péruviens en des termes presque identique» cà ceux dont se servait Zarate dans le texte que nous venons de reproduire, Garcilasso décrit de la manière suivante un véhicule aquatique, qui n’est autre que le caballito de nos jours.
« Outre ces radeaux, dit le savant historiographe indigène, ils se servent au lieu de barques d’vne autre inuention fort plaisante. Car ils prennent vn faisseau de jonc de la grosseur d’vn bœuf, qu’ils attachent le plus fort qu’ils peuvent, et le façonnent de telle sorte, que depuis le milieu jusques au bout il est fait en pointe, comme si c’estoit la proue d’vne barque, afin de mieux coupper l’eau: par mesme moyen il va toujours élargissant des deux tiers en arrière, et le dessus en est plat, où ils mettent telle charge qu’ils veulent. Pour gouuerner vne de ces barques il ne
t) Zarate, décrivant la navigation des insulaires de Puna, s’exprime ainsi :
« Ils avoient quantité de barques plates sur lesquelles ils naviguoient, ces barques sont faites de longues planches d’un bois léger attachées sur deux autres planches qui les traversent par-dessous : elles sont toujours en nombre impair, ordinairement cinq, quelquefois sept ou neuf; celle du milieu, sur laquelle est assis celui qui rame et conduit la barque, est plus longue que les autres, et elles vont aussi en diminuant de longueur à proportion, en sorte que tout le batiment va en pointe par les deux bouts; à peu près comme les doigts de la main quand ils sont étendus : ils y font aussi une espèce de eouverture pour ne se pas mouiller. 11 y a de ces barques qui peuvent pofter cinquante nommes et trois chevaux, elles vont à la voile et à la famé, car les Indiens sont grands rameurs et font experts en cela. » {Histoire de la découverte et de la coni/Uéle du Pérou, traduite de l’espagnol d’Augustin de Zarate, par S. D. C. Paris. 1716, in-12, ch. vi, p. 23-24). Jorge Juan et Antorro de Ùlloa ont décrit et figurédans leur relation des balzas ou jaivfadas de Goyaquil, toutes semblables à celles de Pana.{Rclaci<jn Hislorica del viage a la America Méridional hecho de orden de S. Mag... por Don Jorge Juan... y don Antonio de Ulloa... Madrid, 1748, in-4, t. 1, p. 261-264, lam XI.) Le pucro du üarien est le même batiment que la. jangada de l’Equateur.
2) A la côte de Bolivie la balza est une pirogue double faite en peau de phoque soufflée aux extrémités symétriquement relevées, et couverted’un plancher léger. (Cf. A. d’Orbigny. Allas Historiguc. Coutumes et Usages pl. 9 : balza ou bateau de peau de phngue soufflée, ii Cobija, Bolivia.) La balza du lac Titicaca {Ibid., pl. 8), est une grande barque de joncs, qui marche à la voile.
UN CABAIXITO PÉRUVIEN
faut qu’vn seul Indien, qui pour cet effet se met au bout de la pouppe, où les bras et les cuisses lui seruent diaviron, se laissant porter au fil de l’eau ; il est vrai que si la riuière est impétueuse il aborde cent ou deux cents pas plus bas que le lieu d’où il est parti. Quand ils passent quelqu’vn ils le font coucher tout son long sur le batteau, ayant la tète appuyée sur le battelier, qui lui recommande surtout de se tenir ferme aux cordes de la barque, sans leuer la tête, ny ouurir les yeux pour regarder aucune chose. Je me souuiens d’avoir autrefois passé de même vnc impétueuse riuière (aussi tels batteaux ne vont ordinairement que sur vne eau dont le courant est fort grand) où pour l’extrême soing que SC donnoit le battelier, de m’empêcher de hauxer la teste et d’ouurir les yeux, il me prit enuic de faire l’vn et l’autre, car étant fort jeune je me vy saisy d’vne si grande appréhension qu’il me sembloit à tout coup que la terre s’enlevoit ou que le Ciel tomboit. Comme je voulus donc voir s’il n’y auoit point là d’enebantement ou si je n’estois point en vn nouveau monde; lorsque je jugeai à peu près que nous estions au milieu de la riuière, je levay la teste pour regarder l’eau, et alors il me sembla véritablement que nous tombions du haut des nues; ce qui procédoit sans doute de ce que la teste me tournoit à cause du grand courant de la riuière, qui emportoit le batteau avec une impétuosité du tout estrange, tellement que la peur qui me saisit plus qu’auparavant me lit de rccbef fermer les yeux, et confesser que le battelier avoit raison de recommander à ceux qui passoient de s’empescher de les ouvrir »
LesChimus, nousl’avous déjà dit, pratiquaicntparticulièrement l’usage du caballito, qu’ils ont assez fréquemment figuré dans leur céramique*
Squier a trouvé dans ses fouilles de IluanchaCo ün vase représentant grossièrement un caballito monté par un pêcheur assis qu’accompagnent doux enfants, et dans le beau volume que j’ai déjà cité, il en publie un autre où se voit à l’avant un marinier
1) Garcilasso de la Vega. Le Commentaire royal, ou l’histoire des Yncas Roys du Péril, liv. III, ch. xvi, traduit par I. Beaudoin. Paris, 1633, in-4, t. 1, p. 361-363.
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qui rame, tandis qu’un voyageur s’équilibre de son mieux à l’extrémité postérieure.
Le musée d’Ethnographie du Trocadéro vient de recevoir de M. Drouillon, agent consulaire de France à Truxillo, un autre cahallilo, bien plus parfait, et qui reproduit avec des détails d’une trivialité toute péruvienne (juelque traversée analogue à celle dont Garcilasso nous a fait connaître les terreurs. Sur l’avant liautement relevé, se tient, comme achevai, le batelier muni d’une
Fig. 1. Vase eu forme de Caballilo.
{Mtts, d'Ethnogv. Collcct, Drouillon, n“ 7013.)
sorte de rame en forme de planchette; il redresse la tète, pour parer au danger de la navigation, tandis que, péniblement accroupi à l’arrière du radeau, le pauvre passager, la tète tendue en avant, les bras nqetés en arrière, s’elforce vainement de lutter contre une folle terreur que l’artiste a d’ailleurs exprimée par la mise en scène d’un phénomène physiologique très exactement observé, mais fort malaisé à décrire. Ce passager, que lapeur rend, tout à la fois, ridicule et malpropre et qui se cramponne d’une façon si comique à son cuballito, c’est uu autre Garcilasso, malade de terreur sur son radeau de joncs; il s’est déjà dit, saus doute, comme riiistorieu des Incas, qu’il a vraiment bien eu tort de lever la tète pour regarder l’eau.
LK TZOMPANTLl
LK TZOMPANTLl
Les horribles sacrilices (jui entraient pour une si large part dans les rites religieux des Aztè(jues avaient pour épisode final 1 exposition des tètes des malheureuses victimes, qui s’accumulaient en divers endroits des temples, spécialement destinés à les recevoir.
Tantôt les crânes étaient alignés au-dessus des édicules supérieurs des léocalhs *, tantôt on les plantait au sommet de poteaux érigés à dessein *, tantôt enfin on les fixait à des barres transversales, adaptées à des madriers verticaux et formant un ensemble désigné sous le nom de tzompantU^ .
Il y avait dans le grand temple de Mexico plusieurs édifices de ce type. Le premier s’appelait tzompantli. « C’était là,
nous dit Sabaguu*, qu’on conservait les tètes des victimes sacrifiées au dieu Mixcoatl. On se servait pour cela de madriers plantés dans le sol et s’élevant à la hauteur de deux estados * ; ils étaient percés de distance en distance, donnant ainsi passage à des barres transversales, au nombre de sept ou huit, de la grosseur d un bois de lance ou un peu plus. C’était à ces barres que l’on fixait les tètes, en tournant leurs faces dans la direction du midi. » Torqueniada trace une description plus longue mais moins claire de ce même tzompajitli On y voit entre autres choses que les
1) Ce décor de crânes luimains était devenu si habituel, que dans certains temples il formait partie intégrante du monument, couronné alors par une rangée de têtes modelées en terre cuite.
2) C'était le cas, en particulier, pour la tête du jeune homme sacrifié sous le nom de Tezeat lipoca, au mois de Tezcatl de chaque année (Fr. B. de Sahagun, Histoire (jénérale des choses de ta Nouvelle- Espagne, trad. fr. par D. Jourdanet et R. Siméon, Paris, 1880, in-8, p. C2, etc., liv. 11, ch. v etxxiv.)
.8) De tzom, sommet, tête et pantli, pieu.
•i) Sahagun, ed cit. n. 173.
ü) L’estado est la taille moyenne d'un homme.
6) Fr. Juan de Torqueniada, Secur.du jxirte de los teinte y un libros liiliioles 1/ Monarf/nia Indiatia. libr. VllI, ch. xij, 2® édit, Madrid, 1723, in-folio. T. II, p. 147.
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perches élaienl altenialivemenl plus hautes et plus basses ; que les crânes étaient enfilés par les tempes, après avoir été dépouillés (le leurs parties molles *; qu’il y en avait des files de cinq cents, de mille et plus ; (}ue lorsque par vétusté quelqu’un
de ces trophées tombait de sa perche, on le remphu^ait par un autre; enfin que les Mexicains, en déposant dans leurs temples ces sortes d’ornements, avaient pour objet de témoigner tout à la fois de leur valeur et de leur piété envers les dieux.
Un deuxième tzompantli dont parle Torquemada existait dans le Quauhxicalco *. C'était « comme un ossuaire particulier » que hantait parfois à des heures indues le dieu Tillacahua, sonnant de la trompe. Le prêtre consacré au service de ce lieu sacré, que l’on mimrtiait Yopoch, entrait alors dans la Casa de Calaveras, et y présentait l’encens à la divinité.
Un troisième Tzompantli, que Sahagun décrit en quehjues lignes bien précises « consistait en trois ou quatre madriers plantés dans le sol et traversés par des barres, comme bois de lances, auxquels étaient fixées les tètes de ceux qu’on tuait. » C’était le Tzompantli proprement dit
1) Les tôles des seigneurs et des ca|)ilaines de marque élaienl écorchées avec leurs cheveu.K et leurs barbes, puis dessécliées el réduites <\ tel point qu’on les aurait prises sans la barbe pour des têtes d’enfants, etc. C'était donc quelque chose d’analogue au.x ckanclius des Jivaros actuels de rti(|ualeur.
2) Torquemada, libr. Vlll, cb. xiij, ed. vit, t- 11, p.l it).
3) Trad. cil,, p. 175. — Cf. Torquemada, cd. cil., l. 11, p. 119-150.
Fig. 8. Hiéroglyphe de Tzompanco, d’après le manuscrit .Aubin (p. 18).
LE TZOMPANTLI
On en pouvait voir un quatrième où l’on conservait les têtes des captifs, mis à mort eu riionneur des dieux Omacame ou Omacatzitzin
Un cinquième, le uei Tzompantli\ placé devant le temple principal, « servait à recevoir les têtes des captifs que l’on sacrifiait en rhonneur de ce temple, chaque année, à propos do la fête de Panquetzalitzli ^ ».
U est ce iiei 1 zoinpaiitU qu’a décrit Andrès de Tapia dans les tonnes suivants : « Il y avait, enfoncées en face de cette tour s soixante ou soixante-dix poutres, éloignées de la tour d'une portée d’arbalète, posées sur un grand théâtre fait de chaux et de pierre, et sur les gradins d’icelui beaucoup de têtes de mort fixées avec de la chaux et les dents tournées en dehors, autant que l’on pouvait voir, et les poutres séparées l’une de l’autre d’un peu moins d’une vare de mesure (84 centimètres) et depuis le haut de ces poutres jusqu’en bas étaient disposés dos hâtons, autant (]u il en pouvait tenir, et dans chaque l)âto.u cinq têtes de luortétaient enlilécs par les tempes. Celuiquidécrit ceci et un certain (lonzalo de Umhria ont compté les hâtons qu’il y avait et inultij)liant par cinq tètes chaque bâton de ceux qui étaient entre poutre et poutre, conune je l’ai dit, nous trouvâmes (ju’il y avait cent trente-six mille têtes »
Un sixième appareil, le ijopico Tzompantli, servait à ranger les tètes de ceux (jui étaient sacrifiés dans la fête de Tlacaxipeualiztli. « 11 n’y avait pas plus de trois ou quatre tètes dans chaque rangée, » dit Torqueiuada ®. Enfin un septième tzompantli, de même construction « était destiné à recevoir les têtes de ceux que l’on tuait à la fête A' Yacatecuhlli, dieu des marchands.
1) Trud. cit., ]j. 177. — Ce sacrifice se faisait tous les deux cent deux jours (SaliagunJ durant trois jours et comprenait deux cents victimes et plus (Torquemada). Ed. cit., t. Il, p. 151.)
2) uei veut dire grand.
3) Sahagun, tmd. cit., p. 178.
4) Le téocalli du grand temple.
5) liekicim hrcha por cl senor Andrès de Tapia sobre la comjuista de Mexico. {Colleccion de docuincntos para la Instoria de Mexico, publ. parJ. G. Icazbalcetn, t. II. p. 583, México, 186t5, in-8.)
G) Ed. cit., t. 11, p. 153. — Sahagun, trad, cit., p. 179.
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On se fera une idée assez exacte de l’aspect de ces sombres édifices eu examinant la figure que nous reproduisons ci-dessus, d’après un manuscrit de la collection Aubin.
L’auteur de ce manuscrit, qui est un rapide résumé chronologique de l’histoire des Aztèques *, ayant à représenter le nom de Tzompanco, l’une des stations occupées par ce peuple dans le cours de ses migrations vers Tenochtitlan-Mexico, adessiné une travée de Tzompantli avec un crâne mis eu place. On voit fort nettement sur cette curieuse hgure deux montants verticaux, percés l’un et l’autre de trois trous à des distances égales et que traversent trois barres dont la médiane .porte un crâne humain privé de son maxillaire inférieur.
Tzompanco, que les familles mexicaines ont habité à deux reprises pendant quatre et cinq ans avant de gagner, les unes Xaltocan * et les autres Apazeo devait son nom, suivant la tradition^ à un sacrifice humain qui s’était accompli dans cette localité.
Les Mexicains pratiquaient dès lors dans leur petite tribu les rites sanguinaires, qui ont voué plus tard leur nation, devenue puissante, à l’exécration des peuples du voisinage *. Un Chicliimèque, pris dans un combat, avait été sacrifié à lluitzilopochtl',
1) Ce manuscrit, que fes historiens modernes de Mexico désignent sous le nom de pcinOtre Aubin, (\a nom de son propriétaire, a fait autrefois partie 4e la collection de Botturini (Vlll, 14) qui l’a décrit en ces termes: « Histoire de la nation mexicaine partie en figures et caractères, partie en prose nahuall, écrite par un anonyme en 1576, et continuée de la même manière par d'autres auteurs indiens jusqu’en 1608... » Le texte mexicain, ajoute ,M. Aubin, est l'explication des figures; je possède l’original et la copie de Gama, qui cite quelquefois cet ouvrage suffisant à lui seul pour donner la clef de l’écriture et de l'icono^raphie mexicaine. » .\1. Aubin l’a fait lithographier et de rares exemplairc's de'cette reproduction existent dans quelques bibliothèques spéciales.
2) Tzompanco et Xaltocan sont deux lagunes au nord de celle de Tezcoco, où devait se fonder plus tard Tenochtitlan (.Mexico).
3) Ctuidro hislorico ijcroglifico de la pcregrinacion de las tribus Aziêcas que poblaron el valle de Mexico, acompanailo de alcjunas expUcaciones para su inteliqcncia por D. José Fernando Hamirez (Atlas geogra^co, estadistico e Itistorico de la Ilcpubiica Mexicana, formado por Antonio Garcia y Cubas, Mexico 18Î58, in-fol, lam. 32, 33.)
4) Les cérémonies que les Mexicains faisaient en l’honneur de Uitzilopochtii, dit Sahagun, furent copiées de celles dont l’usage avait prévalu dans la sierra môme de Coatepec, c’est-à-dire dans le pays où, suivant la légende, était né ce personnage divinisé, bien longtemps avant que les émigrants arrivassent à Tzompanco (Cf. Sahagun, liv. III, ch. i, trad. fr. p. 203). On voit d’ailleurs, sur l’une des peintures représentant les migrations (Garcia y Cubas, lam. 33), un sacrifice humain s’accomplir presque au départ de Hueycolhuacan.
LE TZOMPANÏLI 37
et sa tête, posée sur un pieu, avait inauguré le premier tzom-
po7itli *.
Tzonipauco en a tiré son nom, qui signifie : dans le tzo7npantli*. L’écrivain indigène de 1376 représente le vocable par la figure simplifiée de l’édifice décrit parTapia, Saliagun et Torqiiemada, en associant toutefois au signe figw'atif deux signes phonétiques. La tête {tzo7u, tête, sommet) est, en effet, surmontée, dans la peinture, du drapeau [pa77iitl), et la lecture de l’iiiéroglyphe donne les syllabes tzom, le suffixe co n’étant pas babitiiellement exprimé.
Tzompanco figurait déjà dans d’autres recueils de peintures indigènes ; dans la d’Ixtlilxochill, par exemple’ et dans
colle de Botturini, l’une et l’autre publiées par Ramiroz dans l’allas de Garcia y Cubas * ; dans la Co7'dillera de T/'ihutos de Lorenzana ; dans la Haccolta do Mendoza, dans une des planches de Clavigero, etc. Mais aucune de ces figures ne pouvait donner une
1) « Vn Chichimeca que auia tomada envnagueralo sacrificoà Uchilogos, dios de los Me.xicanos, y la cabezadeslo pusieron en vn palo, y por este se llainaua este pueblo Zumpango, que quiere dczir palo do espeta cabeças de ombres. » (Fr. Bernardino de S. Francisco, lUstoria de los Mexicanos poi' sus pinlw'as, cap. xi (Ann. del Mus. Nue. de Mexico, t. II, p. üi). Une autre localité, Tzompatitlan (près du tzompantli) joue aussi un rôle dans la légende de Huitzilopochtli. (.Saliagun. ti'ud, cil, p. 202.)
2) Le suffixe co, très fréquemment employé pour les noms de lieux terminés en (H, II, in, est rendu par les auteurs espagnols par les prépositions en ou dcnlro.
’.i) Je donne ce nom à la premièi'e des deux peintures (lam. 32) publiées dans l’atlas de Garcia y Cubas, et dont l’historien D. Fernando de Alba Ixtlilxochitl est le plus ancien possesseur connu. La seconde (lam. 33), qu’on peut voir actuellement au musée de .Mexico (Cidaloyo de las colecciones historka y arqueologiea del Museo Nacional de Mexico arreglado por G. Mendoza y .1. Sanchez ; {Ann. del Mus. Xac. de Mexico, t. H, p. 467j vient de Botturini, qui l’a décrite sommairement sous le numéro 1 du paragraphe vu du catalogue de sa collection.
4) La première avait été déjà publiée par Gemelli Carreri, qui en avait reçu communication de D. Carlos de Siguenzay Gongora qui la tenait d’Ixtlilxochitl {Gh’O del Mondo, vol. VI, p. 38, À'apoli 1700, in-12); puis par Clavigero (Sloria antîca del Messico, Cesena, 1780, in-4, vol. II, p. 192) ; par Humboldt {Vues des Cordillièrcs et monuments des peuples indigènes de l'Amérique. Paris, 1810, gr. in-folio, texte, p. 223 et atlas, pl. XXXII); par Kingsborough. {Op. cil.); par Faravey {Documents hiéroglyphiques emportés d’Assyrie et conservés en Chine et en Amérique sur le déluge de Noé, les dix générations avant le déluge, l’existence d’un premier homi7ie et celle du péché originel, Paris, 1838, br. in-4) ; enfin par Cumplido, dans sa traduction de Prescott. {Apcndice à la historia de la conquisla, etc. Mexico, 1846.)
La deuxième mappe, ou mappe de Botturini, avait été reproduite par Beulloch {Fae-simite of an original Mcxican llieroglyphic Buinling from thc Collection of Boturini, br. de 23 pp.) par Kingsborough {coll. cit.) par Cumplido
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idée bien nette du lugubre appareil qu’elles étaient destinées <à représenter.
Le Tzompantli de la mnppe d’Ixtlilxocbill n’est qu’une es])èce de barrière dont la traverse supporte un objet informe, dans lequel on a bien de la peine à reconnaître les éléments d’une tète
Fi". 9. L(! firaud leuiple <lc .Mexico avec ses dépendances, d'après un plan, agrandi quatre fois, de Mexico Temivtilan {sic) assiégé par Cortès. — On y voit deux tzompantli {capila sacrificalorum).
vue de côté, dont l’œil serait refoulé on arrière de la brandie montant de la mandibule, et dont le prolil facial serait formé par deux lignes verticales.
On reconnaît i)lus aisément les caractères d’un crAne à 1 objet,
(.4/). dt.), enfin par Schoolcrari {llistorical and stalisticnl Information respccling Uistorg. Condition and, Pro.specis of the indian Trihes of the Lnited .States.)
LE TZOMPANTLI
donné cio face, que supporte l’appareil sur la do fiollin'mi;
mais le support n’est, à vrai dire, qu’une espèce de craniophore, qui s’écarte sensiblement des descriptions que l’on a pu lire plus haut.
(iest une machine à peu près semblable, qui porte, à la première page du manuscrit de Mendoza, la tète présentée do profil; on retrouve, il est vrai, assez bien dans cette pointure la tête humaine, et surtout la mandibule, mais la tête est singulièrement empalée d’avant en arrière, à traVers l'occipital
La seconde figure de la collection' Mendoza et les reproductions qu en ont données Lorenzana et Clavigero nous montreront au-dessus d une barrière de planches ou de poutres une sorte de châssis portant une masse irrégulière qui rappellera bien plutôt l’aspect d’une pièce de viande enfilée dans une broche et munie de son étiquette, qu’elle ne suggérera l’idée d’une tête humaine (izom) que surmonterait un drapeau (jjmnù/).
Les anciens dessins espagnols ont leur valeur, en tant que renseignements généraux, mais représentent les objets à une trop petite échelle pour pouvoir être bien utiles dans l’étude de leurs détails. On verra néanmoins avec intérêt (fîg. 0) le dessin agrandi quatre fois, que nous reproduisons par la photographie, d’après un plan de Moxico assiérjé par Cortès, qu’a publié, il y a quelques années, à un petit nombi’e d’exemplaires, la Commission dite « de la vallée ».
Kn présence de ligures aussi imparfaitement dessinées que toutes celles dont il vient d’être question, les commentateurs devaient forcément s’égarer. Siguenza s’était assuré, il est vrai, que la signification de Thiéroglyphe de la Mappo d'Ixtlilxochitl devenue sa propriété, était bien celle de Tzompnnco, et il avait écrit sur l’original, à côté de la figure, ce mot que Gemelli Carreri a reproduit en publiant le premier ce précieux document.
Mais le voyageur italien a traduit Tzompanco par Calvariœ locus. Ilumboldt, qui ne comprenait pas mieux que son prédéces-
1) La troisième figure du tznmpantli du môme manuscrit (2® partie, pl. xix) n’est qu’une répétition simplifiée de celle-ci.
DÉCADES AMÉRICAINES
seur la signification du symbole, rendait le même nom de lieu par la périphrase : lieu d’ ossements humains. Or les termes mexicains qui correspondent à cette traduction sont omicalli [omitl, os ; calH, maison), casa de huesos \ ou omitlatiloijan [lugar donde los huesos estan amo7itados). Kamirez, auquel j’emprunte cette rectification, a rétabli la véritable siguification de l’iiiéroglyphe de Tzoiyipanco, et la publication réccute du texte de Bernardino de San Francisco, que l’on doit à 1). Joachim (larcia Icazbalceta, a achevé de mettre en évidence les liens traditionnels qui rattachent le nom -du lieu à la pratique barbare dont il tire son origine.
L’étude du manuscrit Aubin, rapprochée des textes de Tapia, Sahaguu, Torquemada, etc., dont elle est en quelque sorte l’illustration, vient compléter celte histoire du tzompantli mexicain, l’une des manifestatious les plus caractéristiques du génie sanguinaire des sectateurs de lluitzilopochtli.
UN ANTriROPOLlTHE DE L\ GLADELOL’PE