BALE- CAMPAGNE
La route de Bâle aux salines de Schweizerlialle traverse un pays légèrement accidenté ; riches semailles, ruisseaux sinueux dans la plaine, bois charmants.
Une terrasse ombragée de sapins et d'arbrisseaux domine le Rhin, qui coule rapide, profond, silencieux. Cette masse immense sans voix est d'un aspect mélancolique. Sa chute prodigieuse à Schaffhouse l'a brisé et le rend muet.
Nos amis étciient absents. Xous allons à leur rencontre vers la station, par le premier sentier venu, à travers les grands blés. Assis sous des meules de foin odorant, nous jouissions de la paix, du silence de la campagne. Ce libre pays ne nous paraît nullement un pays étranger. La liberté est aussi une patrie. « Est-ce bien nous, disait mon mari, les o'éfngiés de Belgique, est-ce bien nous qui respirons ici l'airpur, vivifiant des prairies, sous les derniers rayons du soleil couchant, en face des Vosges? " Après une si longue réclusion, notre pauvre Bruxelles nous semble, injustement sans doute, une humide geôle. Dos montagnes et des forêts helvétiques s'exhale un souffle de vie !
Belle journée pour l'exilé. Retrouver sur une terre républicaine d'anciens amis, de nobles esprits, la France
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dans ce qu'elle u de meilleur. Et quel bonheur de s'entendre si parfaitement sur toutes choses !
Les nommerai-je tous ici, ceux dont l'amitié fut bienfaisante à notre cœur? Un même esprit, une même foi, une seule àme unit tous les membres de l'admirable et alors si heureuse famille qui nous fit ce cordial accueil.
Et que d'excellentes nouvelles nous attendaient dans la maison hospitalière ! Paris a nommé à une immense majorité Carnot et Goudchaux! Les élections de Cavaignac et de M. Ollivier recommenceront dans quinze jours. Le triomphe serait plus complet si les amis de la liberté ne s'étaient abstenus. Quoi qu'il en soit, nous avons notre iitilliard d'indemnité. Journaux et lettres sont dans l'ivresse de la joie. A Ljon, Bordeaux, Lille, les démocrates réélus. Après six ans, voilà le premier jour d'espérance : il devait luire en Suisse.
Le 5 et 6 juillet, Paris acheva sa victoire par l'électiou du général Cavaignac, de MM. Ollivier et Darimon. Dans les départements, l'opposition triompha avec MM. Hénon et Curé.
La gauche représentée par cinq députés, le gouvernement par les deux cent soixante-deux réélus de la législature de 1852 : tel était le bilan.
Un avertissement à VEstafette\ deux mois de suspen- ^lontiVÂssenihlée nationale mirent fin au difilogue sur le résultat des élections.
iSous voilà établis dans une retraite agreste de Bâle- Campagne, tout près des salines, dont les bains furent mis à profit.
Le travail ne nous manquera pas, les épreuves nous suivent. L'écho de la fureur ultramontaine de Bruxelles nous arrive aussi; mais sous ce toit, nous avons les bons
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alliés de Marnix : Erasme, Hutten, Zwingli, Bonivard, dont nous répétons la grande parole : » Abats l'idolâtrie dans ton cœur, et toutes les idoles foraines tomberont d'elles-mêmes. « Une belle bibliothèque nous offre toutes ses ressources; pourtant nos yeux préfèrent se reposer sur la fraîche verdure du Jura. Avant tout, il faut prendre possession de la contrée; une de nos premières promenades sera aux ruine;^ de Kauracorum.
Des prairies parsemées d'arbres fruitiers, le Rhin décrivant mille sinuosités, changeant d'aspect, tantôt arrondi en golfe au pied des collines de la forêt Noire, tantôt rétréci comme une petite rivière, puis se déployant encore dans toute sa majesté, des pentes boisées descendant jusqu'à fleur d'eau, tel est le chemin jusqu'à l'ancienne ville romaine. Un peu avant Rauracorum, un élégant édifice au bord de la route. Est-ce une villa princière? une caserne? une prison? C'est un asile pour des enfants pauvres. Eu Suisse, quand vous voyez une belle construction dominer toutes les autres, dites hardiment ; C'est l'école ou un établissement de charité.
A quelques pas de là, un ruisseau impétueux se précipite, s'engouffre sous le pont, reparaît en formant des cascades et disparaît dans le fleuve.
Puis la voie romaine s'élève doucement, longeant la colline plantée de vigne. Sur le sommet, au centre d'un bois de hêtres et de chênes, s'élancent quelques pins d'Italie. Comment sont-ils là? Il n'y en a point dans cette partie de la Suisse. Ces arbres du midi sont-ils les rejetons de pins plantés par les colons romains? En tout cas, ils donnent un caractère à ces ruines enfouies sous d'épais massifs de verdure. Un pan de mur circulaire blanchit à travers la végétation luxuriante, qui se déploie dans sa vigueur