BAI.K-CAMPAGNE
alpestre ; elle mêle à ces décombres les grâces et les forces vives d'une nature éternellement jeune.
Le terrain est miné, on avance avec précaution; sous ce fouillis d'arbrisseaux il y a des citernes, des voûtes, excavations, édifices écroulés recouverts de terre végétale, où mille plantes se pressent, s'enlacent, envahissent le sol.
Quatre magnifiques pins d'Italie se dressent en colonnes corinthiennes sur la plate-forme, où s'élevait peut-être le temple. A Tombre du bois, on atteint l'amphithéâtre, qui descend en terrasse jusqu'à une verte pelouse. Le mur du proscenium est debout, la forme circulaire encore visible. Toute la colline est formée de débris ; fûts de colonnes, chapiteaux superposés comme des trophées, dalles de pierre recouvertes d'un tapis de pervenches. L'épais feuillage, les plantes alpestres et les fleurs tiennent ici lieu de lave ou de cendre à cette Pompéi helvétique.
A l'issue du bois se trouve un plateau fermé par un rideau d'arbres touffus; il s'entr'ouvre et sous le parapet de verdure, à perte de vue, se déploie la vallée du Rhin. Dans le lointain, Bâle et le Munster, les montagnes du Schaubourg, la forêt Noire.
Soit effet d'imagination, soit que les Romains eussent choisi un site conforme au génie italique, le paysage avait à cette heure un aspect tout romain. Les rossignols chantaient à tue-tête, se croyant aussi dans les campagnes virgilieunes, ils saluaient le soleil couchant. Rauracorum offrait la vision d'une Italie fraîche, ombragée, telle qu'elle fut aux temps des Bucoliques.
En rentrant, nous apprîmes l'héroïque tentative du colonel Pisacane.
Cet ancien défenseur de Rome s'embarque ù Gênes à lurd du Cagliari, accompagné de vingt-sept patriotes;
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il force le capitaine de se diriger sur l'île dePonza, délivre les trois cent vingt-trois prisonniers d'Etat qui languissaient dans les cachots; tous ensemble débarquent à Sapri, côte de Naples, aux cris de : Vive l'Italie !
Ils tâchent d'entraîner les populations, mais on avait semé le bruit que ces patriotes n'étaient que des forçats évadés; la terreur se répand dans les campagnes et met en fuite les habitants. Un corps de mille insurgés sur lesquels on comptait n'arrive pas, les patriotes se réfugient dans la montagne ; après deux combats désespérés, ils sont massacrés par les troupes royales; Pisacane, Falcone et d'autres chefs, faits prisonniers, froidement assassinés par les gendarmes ; monstruosité révélée plus tard par Nicotera dans le procès devant la cour de Salerne; Nicotera et ses héroïques compagnons enchaînés deux à deux comme des forçats 1
Ce sang versé, ces tortures n'ont pas été stériles. La liberté italienne comptait un martyr, un précurseur de plus.
Quelques jours après, nous eûmes la nouvelle de la tentative de Gênes. Par un hardi coup de main, les conjurés s'étaient emparés du fort Diamante : leur projet de secourir Pisacane et de diriger une seconde expédition sur Naples échoua. Six patriotes furent condamnés à mort, parmi eux Mazzini.
Même tentative à Livourne, également infructueuse ; elle aboutit aussi à la condamnation à mort par contumace de Paccini, chef du mouvement.
Toutes les agitations fiévreuses, les alternatives d'espérances et d'inquiétudes propres à la vie d'exil, se calmaient au contact do la nature alpestre, dans ce lion Schweizerhalle. Devant nos fenêtres, les moissonneurs jouent toute la matinée une idylle ravissante ; le soir, les troupeaux se