SOUVENIR DU COLLEGE DE FRANCE
Pour toute bibliothèque de voyage, j'avais emporté le Christianisme et la BévohUion française nouvellement réédite^ ; quelques jours après notre arrivée à Bàle-Campagne, parut VUltramontanisme. Incertains de l'avenir, nos amis tenaient à assurer au moins la réimpression des Leçons du Collège de France.
Qui écrira Thistoire de cette chaire du Collège de France, où de 1841 à 1851, la jeunesse française eut la révélation de la vraie patrie (1)? Parmi tant d'esprits généreux qui formaient l'auditoire, plus d'un, sans doute, a recueilli le souvenir de ces fêtes de l'intelligence ; les raconter aujourd'hui serait acquitter une dette envers ceux qui, venus trop tard dans la vie, n'ont assisté ni aux luttes, ni aux joies de la liberté.
Pour donner l'idée de l'enthousiasme qui électrisait les jeunes âmes dans ce temps-là, j'insère ici un fragment des Mémoires d'Exil, de 1853; ces pages émues contrastent étrangement avec le positivisme et le réalisme de nos jours :
« Pendant dix ans, il a été donné à trois hommes de renouveler la puissance de la vie antique, alors que la pa-
(1) Ce vœu, exprimé en 1853, vient d'être réiUisi* par ]\I. ]Miclielet. dans le Parifi-Guide.