SOUVENIR DU COLLEGE DE ERANCE 1C
Il dans le silence et la solitude de la forêt je pressais 1 ontre mon front ces pages sacrées. Le matin, je les emportais dans une clairière; les plantes que j'analvsais et qui servirent à marquer les feuillets ont reçu mes larmes. Kévélation de la lumière, blancheur de l'aube nouvelle, sources pures qui désaltèrent une intelligence aspirant au \rai, fer tranchant qui laboure les consciences et y fait -ormerlebien, tel fut l'enseignement de vie que nous recevions du maître vénéré. Aussi mon âme est son ouvrage et lui appartient comme sa création. Dès lors, je portai un I ulte de piété à cette vie qui fut toujours un rayon de lumière et qui dans nos tristes temps aurait le droit de (lire : « Je crois en moi. »
La nature disparaissait devant ce monde invisible, devant ce ciel ra^^onnant qui s'ouvrait dans mon esprit; et .-ongeant à ce maître chéri, je répétai ce mot de l'anti- 'luité :
~ Il a pour la vertu l'enthousiasme que d'autres-éprouvi-nt pour lui. '•
Ce fut à Schweizerhalle que s'acheva la révision de la Grèce moderne. Ce pauvre volume, si soigneusement corrigé, eut de fâcheuses aventures. Il était surchargé de notes; c'est le seul ouvrage auquel l'auteur ait fait subir (le.s changements, non de fond mais de forme, pour exprimer les mêmes choses avec plus de clarté. Le livre envoyé à Paris par la frontière Saint-Louis le 12 juillet, n'était pas encore rendu à sa destination le 12 août. Il était introuvable. Enfin, on réussit aie découvrir dans les bureaux du ministère de l'intérieur où il s'était fourvoyé. ];a leçon ne fut pas perdue.
]Mon mari venait d'écrire la nouvelle préface;; ces pages 'le liberté dédiées à la déniocîratie grecque lui ont valu
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un témoignage éclatant de gratitude. L'Assemblée nationale d'Athènes, dans sa séance du 12 avril 1867, répondit par de vives acclamations au discours du député Rigopoulos de Patras, qui rappelait précisément cette préface d'Edgar Quinet et les services que le philhellène de 1829 ne cessait de rendre à la nationalité grecque.
Vingt-huit ans s'étaient écoulés depuis qu'il avait parcouru la terre des Hellènes au milieu de la plus cruelle destruction d'hommes qui se verra jamais. Je possédais un herbier rapporté de cette odyssée de 1829; dans quelques jours j'allais joindre les gentianes et les roses des Alpes aux fleurs cueillies sur l'ithôme et le Taygète.
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3 août.
Nous allons enfin vers ces Alpes vaguement entrevues au Schaubourg. La matinée est radieuse, la lune encore à l'horizon; nous partons à cinq heures de la t^tation de Pratteln.
Jus([u'au Hauenstein, les collines du Jura se répètent; même formes arrondies, mêmes dispositions qu'à Schweizerhalle; plus loin, les roches sont crénelées et forment des fortifications naturelles. La montée se fait encore en diligence. Au sommet du Hauenstein, les Alpes nous apparaissent un peu voilées, le Pilate d'un bleu foncé; à sa droite se dessinent les contours argentés de la Jungfrau, très-vagues ; pourtant c'est un moment solennel pour le voyageur. Divinités renfermées dans leurs nuages, les Alpes ne sortent du sanctuaire qu'après de longues évocations, et encore cette vision est rapide comme l'éclair.
A la descente de la montagne, l'étroite et profonde vallée rappelle à mon mari le Cerdon. Souvenirs de la patrie, vous nous suivez partout !
On reprend le chemin de fer à Olten ; toute espèce de fatigue est inconnue dans ces jolis salons du Central Suisse ; vous n'avez que la peine de tenir les yeux ouverts et de regarder les frais paysages qui défilent des deux côtés de la
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portière : riches plaines de l'Argovie admirablement cultivées; moissonneurs et faneuses au costume pittoresque, faucilles brillant au soleil; et quels parfums pénétrants des prairies vous arrivent par les fenêtres ouvertes!
Voici le champ de bataille de Winkelried et le lac de Sempach, si pur, si transparent, que le paysage s'y mire dans les moindres détails. Plus d'un Autrichien dort au fond de ces eaux.
On traverse des bois de sapin ; le rideau s'entr'ouvre et vous montre à gauche le Righi et le Pilate, l'un aux formes simples et graves, l'autre d'une coupe nette et hardie; plus loin, les deux Mythen, d'aspect bizarre, une foule de géants se regardent par dessus les épaules.
On passe l'Aar, aussi beau que le Rhin de Bâle, puis la Reuss, qui entre fangeuse dans le lac des Quatre-Cantons, et en ressort pure et brillante.
Si la figure hâve et débile des populations attriste dans les grandes villes, ici reparaît une race vigoureuse et belle. Influence de la liberté! Braves Suisses! vous êtes heureux, vous méritez de l'être ; vous avez su conserver l'héritage de vos pères. Même les marmots, sur le seuil des portes, semblent dire : « Nous sommes déjà les enfants de la liberté, "
A mesure qu'on s'approche de Lucarne, la contrée s'embellit, elle prend un grand caractère ; déjà nous distinguons les glaciers, les champs de neige, les terribles rocs à pic du Pilate et les montagnes d'Unterwald et d'Uri, étagées au fond du lac des Quatre-Cantons.
Au Scliweizerliof.
Comment décrire le panorama éblouissant de Lucerne, ces eaux aux teintes changeantes, vertes au premier plan, car la verdure des montagnes s'y réfléchit; bleues au se-
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Liiiid plan; plus loin, d'un pâle azur: et en opposition avec la riche végétation du rivage, les roches sombres et cannelées du Pilate ?
Sur ses flancs s'amasse l'orage, l'air est chargé d'électririté, le lac frémit : il bouillonne comme du métal fondu ; les éclairs brillent vers Unterwalden ; le ciel et l'eau prennent tour à tour des teintes pourpre et or, fauves et 1 tusses, couleur opale, couleur éDieraude. Peu à peu l'orage >apaise, se dissipe; un clair de lune magnifique répand une nouvelle magie sur le tableau. Des sillons de lumière lilanchâtre glissent sur le lac encore ému ; ses vagues agitées vont frapper le pied de la vieille tour; ils en ont détaché mainte pierre. Tout redevient paix, harmonie; on jiasserait la nuit à contempler cette féerie.
(^^uitterons-nous Lucerne sans visiter le monument du i)ix-Aoùt? Ce lion de marbre taillé dans la montagne est une conception antique. Au temps des tombeaux de Mjeènes, les Grecs élevaient de ces monuments; c'est grand et beau de simplicité.
Quels bons moments sur le pont couvert de la Reuss où le paysage s'encadre si admirablement, où des myriades de jolies truites pointées de rouge prennent leurs ébats dans l'eau transparente!
■i août, six heures du matin.
Le temps est splendide, pas un nuage à l'horizon; une vapeur bleuâtre, lumineuse, enveloppe les eaux, les montagnes; la chaîne entière des Alpes bernoises surgit au fond; rien de plus ravissant que le chemin de Lucerne à Kussnacht; on contourne le pied du Righi avant de l'escalader.
Nous faisons à pied le pèlerinage par le fameux chemin creux de Guillaume Tell; quoi que l'on pense de la réa-
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lité de la légende, toujours on reverra avec émotion la petite chapelle, l'arbalète et l'autel érigé à l'endroit où le libérateur de la Suisse frappa le tyran.
Le gardien nous donne une gravure de la chapelle; ce monument est aussi sacré aux paysans de Lucerne et de Scliwjtz que l'Acropole de Minerve le fut aux Athéniens.
Voici le lac de Zug ; il expire sur la plage à fleur de terre; sa blanche petite ville est sur l'autre rive: les formes massives du Righi se dessinent en ombres lumineuses sur la surface des eaux. Harmonies charmantes des paysages suisses ! une vue repose de l'autre, les vergers riants après les roches arides, le lac après les montagnes ; toutes ces beautés se doublent, se complètent pur le contraste: la vue change sans cesse, et encore pour s'embellir.
C'est de Goldau que nous ferons l'ascension du Righi, Pendant que les guides préparent les montures des cavaliers et le fauteuil de notre chère malade, nous descendons au jardin de l'auberge ; du haut d'une éminence, nous jetons un coup d'œil sur ce spectacle de désolation. La chute du Rossberg a changé la vallée en un immense tombeau. En 1806, une partie de la montagne, longue d'une lieue, large de mille pieds, engloutit quatre villages et 457 créatures vivantes. Aussi les blocs de rochers, partout semés ou confusément entassés, sont les pierres funéraires de ce vaste cimetière: le sépulcre reverdit, çà et là s'élancent de jeunes sapins; la nature suspend ses noires couronnes sur la tombe des ensevelis.
Il est midi; par un soleil ardent la petite caravane se met en marche, non sans inquiétude; comment supporter cette chaleur excessive? Mais, à mesure qu'on s'élève, la brise des Alpes rafraîchit et vivifie l'air. Nous traversons des pâturages ombragés de beaux arbres; FAbbach mugit dans lo ravin, au pied dclaRighi-Scheidok.