I.E GOUFFRK TÉNÉBRELX. — SOUS LES XOYF.RS
profonde, et, fortifié contre la lutte, il retourne plus vaillant au combat.
De cette heure, il me reste un mot ému :
« C'est le ciel qui s'entr'ouvre, et nous montre une terre nouvelle! t'écriais-tu en apercevant le Rosenlaui. Quel bonheur de penser qu'il y a encore des lieux sauvages, escarpés, où l'on peut se sentir libre, où la servitude n'a pas monté !... >»
Et tu ajoutais tristement : «Peut-on dire d'un peuple qui n'a pas eu de liberté, qu'il a vécwf »
Ce livre, qui renferme nos joies de 1857, ne peut omettre la journée du 14 août. Comme d'habitude, nous attendions le courrier de l'après-midi à l'ombre des noyers. Il tardait. Je proposai d'aller à Meyringen à sa rencontre.
En ce pays de liberté, chacun fouille dans les casiers du bureau de poste; j'y trouvai quatre énormes liasses d'épreuves , brochures , lettres, journaux. En revenant par un soleil ardent vers l'enclns, quand tu me vis ployer sous ce cher fardeau, ce fut un cri de surprise. Ordinairement, on brise avec inquiétude l'enveloppe; les bonnes nouvelles sont si rares! Cette fois, sur quatorze lettres, pas une qui n'apportât une douce parole.
M. Michelet écrivait : - Quel bonheur pour moi de vous savoir à cette Jouvence éternelle, après vos combats, vos fatigues. » — Notre sage de Saint-Quentin : « Quoi, vous êtes encore à Meyringen? Où que vous alliez, rappelezvous qu'il y a sans cesse une lampe allumée pour vous lans notre sanctuaire. Le jour disparaît, la nuit vient et s'efface, mais la petite lumière va toujours. " — La noble veuve d'Emile Souvestre nous envovait, du fond de sa
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douleur, des paroles de tendret-se. — M. Baune, qui venait de rejoindre sa famille en Suisse, goûtait un moment de repos sous les ombrages de Frœnkendorf, et nous avouait que « son stoïcisme ne tenait pas devant les grâces naïves de ses deux petites filles ". — M. de Guelle, le cœur le plus loyal et le plus aimant (un esprit à la Montaigne), nous faisait part de sa découverte. Toujours en quête de quelque joie pour son ami, il venait de combler une lacune de notre bibliothèque par l'acquisition d'un précieux ouvrage. Notre-Dame des Fleurs envoyait le bulletin du jardinet, qu'elle avait pris sous sa protection. —Mes jeunes amies de Bruxelles demandaient : « à quand le retour? « Et quelle adorable lettre de mes bien-aimés parents!... — Nos compagnons du Righi demandaient des récits. —
Enfin M. X rappelait à son ami les beaux jours de
Heidelberg et de Lyon : « c'est les larmes aux yeux que je presse en imagination les nobles mains de l'exilé. »
Oui, avides d'amitié, nous en étions comblés. Momeni ineffable, où j'ai vu tes yeux aussi humides d'attendrissement.
Vint le tour des journaux. Lecture toujours amère. Mais quelle surprise ! Un journal de Bruxelles reproduisait le fragment d'une admirable étude de M. Lanfrey sur les oeuvres d'Edgar Quinet [Siècle, \" août 1857). Depuis le départ de France, nous n'avions rien lu de pareil; nul langage plus ferme et plus fier. A ce passage où l'éminent écrivain appelle ta vie » une destinée inachevée », j'interrompis ma lecture; mon émotion était trop vive.
Cette étude de M. Lanfrey m'est infiniment précieuse. Je me permettrai d'en citer non les éloges, mais une page qui répond à une pensée essentielle de ce livre :
« M. Quinet est arrivé à cet âge décisif et fécond où l'homme, ne trouvant plus une satisfaction suffisante dans le seul attrait de la spéculation, aspire à voir ses idées