‹ Mémoires d'exilChapitre 36 sur 62 · I.K nnt'KFRI'. TKNKBREUX. — SOT'S LKS NOYKRS · texte numérisé non relu

I.K nnt'KFRI'. TKNKBREUX. — SOT'S LKS NOYKRS

prendre un corps, se réaliser et croître autour de lui, pour former un témoignage qui lui survive...

- Sa pensée, retrompée dans les dures épreuves de l'exil, y trouve, au lieu de s'y amollir, un accent mâle et austère, un souffle d'ironie, d'amertume et de fierté, qui rappelle les stoïciens^ qui furent aussi des exilés au sein du monde antique.

~ Ce qui fait de l'exil une peine unique, exceptionnelle, terrible, sans équivalent dans l'échelle des pénalités, c'est moins son effet apparent, qui est de ravir à ceux qu'il frappe leurs parents, leurs amis, la terre des aïeux, le ciel où leurs yeux se sont ouverts à la lumière, de briser, en un mot, tous ces liens chers et sacrés qui sont la patrie visible, que cette action, presque insensible mais sûre, au moyen de laquelle il leur ravit à leur insu leur patrie morale et brise à jamais la communion d'intelligence et de sentiment qui les rattache à l'âme de leur pays; en sorte qu'à la longue ils deviennent fatalement des étrangers pour lui. Voilà le véritable exil dont rien ne peut consoler les âmes fortes. Aloi's, les vertus mêmes de l'exilé se retournent contre lui; sa fidélité devient idée axe; sa foi, illusion; sa persévérance, aveuglement. S'il se tait, c'est qu'il conspire ; s'il se plaint, c'est la révolte d'un cœur aigri. Peu à peu l'isolement, le long ennui, les colères dévorées en silence, la constante obsession d'une pensée unique, rétrécissent son esprit qui, sous cette influence, devient ombrageux, exclusif et défiant à l'excès. Les changements, même légitimes, opérés en son absence, sont non avenus pour lui, parce que tout ce qui touche à la chère image qu'il porte dans son cœur la défigure et la profane. C'est la religion de l'exilé, la plus sainte, hélas I qui soit ici-bas. Il reste le regard fixé sur cette patrie, objet de son amour et de ses regrets; il la voit toujours telle qu'elle était au 7ûoment où elle a disparu à sa vue, et attend comme pétrifié dans cette immobile attitude, tandis qu'oublieuse et insou-

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ciante elle poursuit vers d'autres horizons ses nouvelles destinées. Il ne songe pas qu'en son absence tout a changé, les hommes, les mœurs, les idées. Aussi est-il Lien souvent pour lui une douleur plus grande que celle du départ : c'est celle du retour. Et je ne parle pas ici de celui qui est parti sous Octave et qui revient sous Néron ; celui-là est à plaindre, mais le mépris est un grand consolateur. Je parle du proscrit qui retrouve sa terre natale libre et prospère, et rentre inconnu au sein de ce peuple qui a oublié jusqu'à son nom pour prix de ses longues souffrances.

« Ce cœur fidèle reçoit alors une blessure qui saignera jusqu'à la tombe. Mais ce n'est point l'égoïste douleur de n'être plus reconnu par sa patrie, c'est le désespoir de ne plus la reconnaître.

« Il est déjà permis de le prédire. M. Quinet traversera victorieusement toutes ces épreuves, puisque loin de partager les illusions qui en sont presque inséparables, il n'a point cessé un seul instant d'être un des interprètes les plus fidèles et les plus aimés de la pensée de son pajs, même depuis les revireme/its inattendus que les circonstances ont imprimés au mouvement des idées nouvelles. Quant au renouvellement qui s'est manifesté dans son intelligence, il atteste d'une façon éclatante que la droiture, la sincérité, l'honneur, le courage, sont encore, quoi qu'on fasse, les plus infaillibles préservatifs du talent et de Finspiration. »

Une excursion au cœur des Alpes m'était promise depuis longtemps. Mon mari ne voulait^pas lui donner plus de trois jours. Divers travaux l'attendaient à Bruxelles; à cette pensée, les Alpes disparaissaient; il me déclara qu'il entendait être installé à sa Inble de travail avant la fin du mois.

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