LE REFUOE. MA BIBLIOTHÈQUE. DEUX PAGES INÉDITES SÔT
écrivains pliiloscphos, traducteurs de ses œuvres, à tous ceux qui lui demandent un mot d'encouragement , . un conseil.
Je n'en citerai qu'une seule :
« Les Italiens n'avaient point de patrie. Je cherchais l'Italie comme eux ,
mais je sentais parmi vous le tressaillement loiuUxin d'une nation qui
h-mandait a vivre. La foi dans son avenir m'a soutenu. J'ai eu la
' de voir renaître l'Italie que j'avais vue tant do fois mourir dans le
i J'ai cru à ses destinées, lorsque la plus grande partie du muiide ' stinait à les nier. J'ai eu ce rare avantage que tous les principes .tenus dans mon livre ont reçu et reçoivent chaque jour des événements uuH confirmation qui équivaut désormais à l'évidence. Si je l'écrivais aujourd'hui, l'expérience sanglante des quinze durnii'res années ne m'ohligerait d'y rien changer. Tout au contraire, je ne pourrais que répéter ce que je disais alors. Je n'éprouvais aucune incertitude sur les principes fondamentaux lorsque j'étais seul à les soutenir. Que serait-ce maintenant qu'ils sont devenus, des Alpes à la Sicile, le cri unanime de la conscience publique ?
«Plus fermement que jamais, je crois que c'est en les suivant, que l'Italie achèvera de s'afiranchir. A mesure qu'elle s'élève, d'autres s'abaissent. Mais j'ai appris de votre peuple à ne pas désespérer des choses qui semblent mortes, et cette espérance, je la garde pour tous ceux qui vivent encore ensevelis (1). »
Pourquoi s'occuper de l'Italie? dira-t-on. C'est de la France qu'il s'agit. — M. Quinet pense que partout où l'on sert la liberté, on sert la patrie elle-même.
La race orgueilleuse des Anglo-Saxons vous répète à satiété que les peuples Latins sont incapables de vivre de l'esprit nouveau. Si l'Italie veut donner un démenti à cet axiome, ne faut-il pas que les vrais fils de la France lui tendent la main ?
Aussi on peut dire que toute une littérature est née depuis dix ans du Génie des religions et de la dévolution religieuse an dix-neuvième siècle. Une littérature? Bien plus. Les axiomes deviennent des faits. Les derniers évé-
'1) Lettre à Nicolas ^lonténégro, traducteur des Révolutions (Tltalie.
nemonts l'ont prouvé avec une éloquence qui me dispense d'insister.
Pendant que dans d'autres contrées les ténèbres s'entassent sur les ténèbres, il est naturel que l'on soit avide de lumière dans l'antique foyer de la Renaissance, et qu'on la cliercbe d'autant plus passionnément, que la rénovation politique}^ est inséparable de la rénovation religieuse (1),
Je dirai une autre fois par quelle touchante manifes-
(1) Entre les innombrables écrits sur la question politique ou religieuse que M. Quinet reçoit d'Italie, il est pénétré d'une sympathie toute particulière pour les travaux de MM. de Boni, Aldisio Sanimito, ses jeunes aînis Tamburini et Monténégro et M. le colonel Frygiesi.
Voici une lettre de l'illustre Montanelli, dans laquelle on peut voir comment l'ouvrage des Récoluiio7is d'Italie a été jugé au delà des monts ;
« Parigi, 28 décembre 1856.
« Air autore del più bel libro clie fînora sia stato scritto sulla storia d'Italia, io scriverô in italiano. Ella ha torto di ringraziarmi d'avere mosso il mio nome sotto al manifeste délia nuova edizione délie suc opère. Quali grazie non debbo io renderle d'avere in pagine cosi luminose scritto il Yaiigelo |della nostra nazioaalità?
« Ccrtamentc quel suoi pensieri sono del' tempo ma il tempo non
li ave va scritti. Ed è questa appunto la gran prerogativa dei grandi ingogni di somministrare il verbo aile confuse visioni délia coscienza dell' Jimanità.
« Se la mia patria potesse adempire il suo dovere, i nomi d'associazionc aile sue opère non dovvrebbero essere d'individui ma di comuni. Ogni città Italiana dovvrebbe pagarle il suo tributo di riconoscenza. Spero che il tempo ven-à in cui mi sia concessofare una proposta di laie speeie di manifestazione !
« Quel chc ella rai dice del mio poema drammatico in verità non pc trebbe essere più lusinghiero per me. Anche in questa forma di poemi drammatici ella e stato an iniziatore col suo Ahasvérus. Comc mi displace non mi ha giunto Io scritto che ella dice avermi indirizitto !
« Era un gran pezzo che io desiderava poterie significarla mia aramirazione. Noverô la sua lettera fra le oonsolazioni dell' anno spirante e ! ; lengoabuono augurio per l'anno che comincia. Mi permetta stringerl ■ la mano col sentimento délia profonda aiïezione che le porto insieme iVUi rivcrenza per lei, ispiratami da suoi libri o dalla sua vita.-
« MONTANKLM. >
i; REFUGE. MA IU15LI0TI1ÈQUE. DEUX PAGES INÉDITES 359
tation les Italiens ont voulu exprimer leurs sentiments à Edgar Quinet.
Une joie profonde est venue couronner toutes les autres : 1 amitié de Garibaldi.
Je ne me permettrai pas d'apprécier les Révolutio7is d'Italie après l'admirable introduction de M. Dufraissc, placée en tète de l'édition belge de 1852, et qu'à notre grand regret on ne pouvait joindre actuellement à la réimpression française. Cette étude des Républiques ita- I lionnes, pages de haute critique et de savante analyse, révélaient déjà les fortes qualités de l'écrivain ; en mémo temps nous vîines dans sa bienveillance un pacte nouveau litre exilés. '
Le troisième volume m'est sacré pour une autre raison : i C'est le premier livre né de l'exil. Après le cataclysme, l'âme meurtrie se retrouva peu à peu, et comme dans une renaissance qui succède à la mort, l'esprit se refit par les Révohitions d' Italie. Le proscrit s'y abrita; depuis Décembre 1851 à juillet 1852, ce fut l'ê foyer, l'horizon aimé; asile inviolable dont le suppliant embrasse les autels , l'.quel nulle puissance ennemie ne saurait l'arracher.
Notre bonheur intime est attaché à ces pages; aussi j'aurais voulu graver sur les murs de notre demeure les pensées qui terminent ce livre. Notre âme s'en nourrit depuis l'heure où nous perdîmes de vue la patrie ; l'histoire morale de la proscription y est résumée. Je les inscris ici comme les versets qui nous ont soutenus et qui ont sanctifié l'entrée de cette longue route, commencée il y a plus de seize ans :
« Celui-là est en exil qui est condamné 5, vivre hors du droit. Celui-là est en exil qui est emprisonné dans la maison de l'injustice. T.e banni
est celui qui dans son champ paternel, h sou foyer, se sent proscrit par lu conscience des hommes de bien.
Mais toi, tu habites avec le droit. Partout où tu es, si tu restes iidèlo à toi-même, tu es dans le pays de ton père. Ils ne t'enlèveront pas la cité de ta conscience. Réchauffe-toi à la flamme de la justice; te croirastu alors absent de ton foyer ?
Si la patrie se meurt, deviens toi-même l'idéal de la nouvelle patrie. Pour refaire un monde, que faut-il? Un grain de sable, un point lixe, pur, lumineux. Travaille à devenir ce point incorruptible. Sois une conscience. Un nouvel univers n'attend, pour se former, que de rencontrer dans le vide des cieux un atome moral. »
LHIVEU DAA'S LES BOIS — Lli LION DU MAlîOO
Cependant notre vie des bois continuait. Du premier coup la recette avait été infaillible ; aussij en dépit du froid et du sens commun, car il neigeait, nous reprenions tous les jours le chemin de la forêt de Soignes, qui aboutit à Waterloo; les exilés ne pouvaient écliapper à ce rayon. Sans les flocons de neige qui tourbillonnaient autour de nous, la verdure des mélèzes et des pins eût fait illuL.ion sur la saison; mais ce n'était pas la « neige odorante d'avril. » le printemps était si loin ! Nous marchions silencieusement dans ces bois dépouillés, sous ces arbres au feuillage mort; quittant les sentiers battus, nous choisissions un terrain jonché ae feuilles sèches; transis de froid nous demandions un abri au garde-chasse pour nous réchauffer; puis on continuait à errer, tantôt vers la chapelle, tantôt dans les liautes avenues. On s'égarait volontiers; grand désappointement quand le hasard nous ramenait vers les étangs près de la gare.
Grâce à cet exercice, quel que fût le temps, les nerfs se fortifiaient, le travail avançait.
Si lair se radoucissait, nous nous arrêtions dans un carrefour du bois où se trouvaient entassées des planche»
équai'ries; sur ces sièges rustiques nous lisions quelques livres d'histoire naturelle.
Vainement on explorait des yeux les buissons; pas un seul ne voulait reverdir! En chercliant bien sous la mousse et les ronces, au pied des grands hêtres, à peine une pâle anémone belge plissée, frileuse ; sa corolle n'était point nacrée comme dans les Alpes ; pourtant c'était la première fleur, une promesse.
Quand le temps redevenait trop rude pour s'asseoir dans le carrefour, on demandait l'hospitalité à quelque bûcheron, à des charbonniers dont les huttes se trahissaient do loin par la fumée bleuâtre; mais ces réduit^ enfumés ne convenaient guère à une poitrine affamée d'air.
S'égarer dans la forêt, voilà quel était un des grands plaisirs de la journée, et j'excellais à embrouiller le fil du labyrinthe. J'avais beau incliner vers un certain bois de conifères tout parfumé de cette bonne odeur résineuse qui nous rappelait la Suisse ; ton instinct topographique retrouvait infailliblement le sentier qui ramène à Bruxelles, et je ne réussis jamais à te faire manquer le chemin de fer.
Cette forêt était vraiment une retraite bénie; je lui devais V Histoire de mes Idées; elle n'aurait pu s'achever sans les bienfaisantes heures où tu respirais les pures haleines des jeunes plantes, élixir de vie pour l'âme et pour le corps. Une végétation nouvelle refleurissait dans l'esprit; la nature renaissante dictait ces pages printaniôres; toi aussi, pareil aux plantes neuves qui s'assimilent l'air, la lumière, tu les convertissais en fleurs.
Journées délicieuses ! Ah ! la ville ne vaut pas un regret. La nature seule vous fait sentir la plénitude de l'existence. Nous qui voudrions retenir chaque jour qui fuit, qu'avions-nous à regretter, puisque chaque lendemain nous rendait le bonheur, la solitude do la veille? Assis à la lisière du bois de pins, quand le toleil brillait à
L'hIVEK dans les bois. — LE LION DU MAROC 363
travers les branches vertes, on sentait moins l'exil; chaque arbre devenait notre foyer; les pinsons, les alouettes essayaient déjà leurs voix... Le cœur défaille en exil à force d'entendre toujours les mêmes récriminations et de rouler les mêmes pensées. Brises parfumées, emportez les soucis amers, les sujets brûlants qui dévorent l'esprit!
Cette vie nomade dans la saison mal raffermie, ces. travaux accumulés entre un retour et un départ, nous rendirent complètement invisibles. Nos amis ne savaient plus ce que nous devenions. Personne ne soupçonnait que nous errions à toute heure dans la vaste forêt de Soignes , lorsque la campagne offrait encore si peu d'attraits, car nous touchions aux derniers jours de mars, et en Belgique le printemps est tardif. Impatients, nous allions à sa re — contre, nous inspections les faibles progrès de la végétation; la paresseuse filandière a-t-elle préparé le fil pour le tissage des feuilles ?
Un jour enfin, dans une clairière soleillée, nous eûmes la joie de trouver sur un arbuste des bourgeons, et un peu plus loin un groupe de jeunes arbres recouverts de ce léger duvet, sorte d'auréole verdûtre qui annonce un prochain épanouissement.
Dès lors, surtout les jours de loisir, on partait à sept heures du matin pour Boitsfort, on rentrait à huit heures du soir. Qu'est-ce que Boitsfort? C'est le printemps qui renaît, ce sont les premières feuilles, les premières violettes, les premiers chants d'oiseaux, c'est le silence vivifiant, la forêt immense, solitaire, qui touche à Bruxelles et à Mont-Saint-Jean. Nous y passions maintenant notre vie en compagnie des chevreuils, ils commençaient à s'apprivoiser pour nous, à force de nous voir hanter leurs taillis; ils savaient que nousy venions sans ombre d'hostilité, amicalement. Nos humeurs se ressemblent; que ne pouvait-on trouver comme eux un creux de rocher, une tanière pour y passer la nuit et ne jtlus quitter ces solitudes bocagères ?
Nous en partagions paisiblement la possession avec les habitants ailés et les innocents ruminants avec lesquels nous vivions en frères. Ces charmants chevreuils s'approchaient deux à deux, ou seuls, à quelques pas de nous. Mais nous ne broutions pas comme eux les jeunes pousses et l'herbe tendre. Le repas était une des difficultés de notre existence dansJesbois; nous l'apportâmes de la ville; étalé sur l'herbe rare des Sapinières, il nous semblait un festin.
En voyant tous les jours cet horizon circonscrit dans la forêt, on s'imaginait y avoir passé l'hiver, cachés dans les mémos fourrés que les daims, les lièvres et les perdrix dont ce bois abonde.
Un jour nous manquâmes le convoi; il fallut se contenter du jardin zoologique tout près de la gare. Tes études de sciences naturelles nous faisaient aimer les animaux ; chacun de ces êtres en apparence si distincts, au fond semblables, acquérait une signification précise. Nos anciennes connaissances du Jardin des Plantes, les antilopes, les cerfs, les petits bœufs indiens, apparaissaient sous un aspect nouveau ; il me semblait les comprendre pour la première fois.
L'autruche aux formes disproportionnées étonne comme une créature construite de plusieurs pièces avec les membres d'animaux différents : le corps d'un chameau, les pieds d'un cheval^ le cou d'un serpent, la tète d'un cygne ; toute sa tète n'est qu'un oeil.
L'éléphant, fossile animé, masse grossière, informe, inerte, qui se meut avec un balancement machinal, révèle son intelligente personnalité par le regard; ses pieds sont
l'hiver dans les bois. — LE LION DU MAROC 3G5
des troncs d'arbres; par ses racines, il plonge encore clans le limon des premiers âges. Mais l'œil doux et brillant dit le caractère sociable, bienveillant, patient, la supériorité d'un être sensible, captif dans sa gangue pétrifiée; les mouvements agiles et adroits de sa nerveuse trompe attestent l'intensité de vie du vénérable brahmane.
Un petit ours brun, dans l'attitude d'un moine quêteur, tendait la patte à travers les grilles de sa cellule; il cherchait à nous apitoyer de sa mine doucereuse, larmoyante; mais dans le tremblement convulsif de son museau roux on voyait des colères, de sanglantes férocités. Son voisin, un grand boyard moscovite enveloppé de riches Iburrui^es, se promenait gravement dans le vaste parloir; tout à coup il s'élance sur l'arbre avec une dextérité merveilleuse, l'entoure de ses bras velus, y grimpe avec une souplesse et une prudence humaine. Un autre ours blanc passait son temps à se jeter à l'eau, bondissant sur le rocher, recommençant le plong«on. Celui-là tenait du phoque autant que de l'ours; un coup d'oeil sur l'un et sur l'autre révél.iit la complète différence de caractères.
L'immutabilité des facultés chez nos frères inférieurs, qui nous semblerait humiliante pour nous-mêmes, opposée à la loi du progrès, au perfectionnement dont nous sommes si fiers, est-ce un bien, est-ce un mal ?
Il est des époques où l'on est tenté d'envier la permanence et la fidélité de leur langage que rien n'a altéré. Depuis l'origine des choses le lion rugit, l'ours gronde, le bœuf mugit, l'âne brait, le cheval hennit, le loup hurle, le corbeau croasse, la grenouille coasse, le cerf brame, la brebis bêle, le chien aboie avec la même véracité. Peut-on en dire autant de la langue humaine? Depuis quelques années les mots répondent-ils au sens qu'on leur donnait primitivement ?
Cette unité de type, cotte confraternité avec toutes les
créatures, on la repousse en voyant la hyène ; sa démarche chancelante, cauteleuse, son hypocrisie, ses habitudes nocturnes, sa férocité lâche, sa sombre taciturnité, lui donnent l'aspect du malfaiteur.
Le héros du jardin était un lion du Maroc, récemment débarqué. Pauvre et fier captif! qu'il était beau et menaçant au sein de l'infortune ! Ses yeux lançaient des éclairs d'indignation, de rage contenue. Pour se soustraire à l'humiliant aveu de la défaite, il feignait de dormir; mais un sourd rugissement prolongé comme une note tenue faisait trembler son frêle cachot.
C'est contre toi que sa colère éclatait. Assoupi, immobile, pacifique devant la foule de promeneurs qui s'arrêtaient devant sa loge, aussitôt que tu paraissais, ses yeux ctincelaient d'une lueur fauve et le roulement du tonnerre recommençait. Pour nous convaincre de son antipathie, nous nous cachions derrière la porte de la salle, aussitôt le lion s'apaisait; dès que tu apparaissais sur le seuil il grinçait les dents, et à mesure que nous approchions, sa rage augmentait. Vingt fois nous répétâmes ce jeu avec le même résultat. Pourquoi? Les curieux qui défilaient nonchalamment devant lui, nourrices, bonnes d'enfants, troupiers, le regardaient avec insouciance. Est-ce notre ardent intérêt, ou peut-être notre muet dialogue qui l'exaspéraient? Il est certain qu'il t'honorait d'une haine p.xrtijculière , et tu disais en riant : « Tout vaut mieux en ce monde que l'indifi'érence. »
On apprend à ses dépens l'utilité des ennemis; ils attestent avec éclat votre existence. Grand Dieu! que deviendrait-on aujourd'hui, si on n'avait que des amis? »
AUIîK DU PRINTEMPS. — DEPART DE BELGIQUE
Savoir se renouveler! Besoin impérieux pour une A.me jeune et liLre. Comment se contenter d'une vie qui tournerait éternellement dans le même cercle d'idées et d'actions, ou plutôt d'inaction. Répéter, repenser le lendemain ce qu'on a dit et pensé la veille, refaire machinalement l'avenir sur le modèle du passé! Quand la nature se transforme autour de lui, l'exilé resterait-il immobile? Voici le printemps; les branches de jasmin et delilas sous nos fenêtres reverdissent. Cette transformation de vie appelle chez l'homme un renouvellement analogue de l'être intérieur et extérieur : pensées nouvelles, autres vêtements, lectures et chants nouveaux. Les plus belles sonates do Beethoven paraîtraient monotones si on y bornait son répertoire. Doux printemps, renouvelle l'atmosphère de l'exil ! Ah ! qu'un souffle de France vienne ranimer Veapoirl
La renaissance de la nature ne parvenait guère à dissimuler la mort de l'univers moral; on n'osait saluer Pftques lleuries comme un symbole de résurrection; le sommeil
durait depuis trop longtemps. Revenons à ta devise : « Travailler pour l'avenir, pour le Dieu inconnu, sans trop attendre des hommes. »
Nous voici hors de la ville, transportés par enchantement au milieu des bois ravissants, comme dans un conte de fées. Toute peine, toute douleur s'arrête au seuil.
Cette faculté de se rendre invisible à volonté, de se dérober en un clin d'œil aux ennuis, aux agitations de la ville pendant certaines heures, est un plaisir supérieur à celui d'habiter la campagne, où l'on emporte avec soi le train des affaires. De cette façon , la liberté est bien mieux assurée. Qui pouvait découvrir une retraite toujours nouvelle et changeante?
La correspondance était négligée; les absents s'en plaignaient. Mais à moins d'écrire sur les écorces de hêtres et de confier ses messages aux hirondelles, aux ramiers, on n'aurait su comment s'y prendre.
Bientôt nous prîmes possession de la vaste forêt entière, remontant le cours des petits ruisseaux à travers les sapins, selon l'heure et la direction du soleil. Nous gagnions un ravin ombragé sur le penchant d'un coteau couvert de pins ; leurs colonnettes corinthiennes, sveltes, détachaient sur le fond bleu du ciel leurs élégants chapiteaux ; les oiseaux voltigeaient débranche en branche; nous suivions leurs mouvements ; tu m'apprenais à discerner les chants et les vols différents de tes amis d'enfunce.
Le temps était magnifique ; un tapis de violettes remplaçait maintenant le tapis d'anémones. Qui les a colorées?
Nous avions le sentiment d'une double existence : le devoir, la lutte, pendant la première moitié de la journée, puis, comme récompense, sept heures de liberté, de lectures, de causeries aimées sous nos mélèzes.
Tu me parlais de cette génération d'hommes blasés, de ces héros de l'ennui, mis à la mode par l'ccole de Château-