‹ Mémoires d'Exil l'amnistieChapitre 11 sur 58 · I.A DILIGENCR · texte numérisé non relu

I.A DILIGENCR

Voyons les journaux :

La nomination du successeur de M. Espinasse est saluée par toute la presse comme une ère de rénovation; acte de libéralisme qui, au titre d'Auguste, ajoute le Clément, le Sage, le Modérateur.

Rien n’a été aussi funeste à la France que les fonctionnaires modérés de ces dernières années. Sitôt qu’on n’é- Irangle pas le pays, les journaux se félicitent de « l’apparence d’un sincère revirement dans le sens libéral. » La France rentre dans l’état normal régulier, dont elle jouissait avant le 14 janvier. Système de conciliation acclamé par l’Europe entière. Un cri général de satisfaction.accueille cet acte.

Un sabre ou une férule; choisissez, nous dit-on. Descendrons-nous au niveau du Policbinelle napolitain"? Rappelez-vous la scène : « Corne volete mori, per la sabbia"? — No. — Per il fucile? — No. — Per il canone? — No. — Dunque corne volete mori? — Per la bastonata. »

Quelles nouvelles encore? Détails des fêtes de Cherbourg. ‘ Les curieux louent cent francs un lit de fer pour assister à l’entrevue des souverains (1).

L’aristocratie britannique a suivi la reine à ces fêtes de Cherbourg; les maires présentent les clefs des villes; un évêque bénit les locomotives ; au banquet, des toasts cimen-

(1) Jamais on n’abusa autant de ce tenne que depuis 1852. Madame do Maintenon se moquait d’uii pauvre évCque, qui ne manquait jamais d’appeler Louis XIV ; le Monarque. Que dirait-elle du langage prosterné dos journaux d’aujourd’hui? Pour les plus simples détails, ils se croiraient menacés de suspension ou de suppression s’ils omettaient le terme sacramentel : Le souverain a fumé un cigare, le souverain portait un paletot, etc.

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MéMOmBS d’exil

tent l’indissoluble alliance de la France et de la Grande- Bretagne, la pacification des esprits après les menaces faites à l’Angleterre. Mais le lendemain, après le départ de la reine, inauguration de la statue de Napoléon, la main menaçante tendue contre le rivage anglais!...

Après ces démonstrations sincères, voyage triomphal en Bretagne, pèlerinage à Notre-Dame d’Auray, discours de Rennes, où la religion catholique est encore une fois hautement prise sous la protection de l’Etat.

Les orateurs, qui jadis illustraient la tribune française,

écoutaient silencieux, frémissants... D’autres exilés, en-

fouissaient dans leurs malles des pages brûlantes , amères... Quand donc tous ces feuillets pourront-ils voir le jour?

Vient maintenant le tour des Journaux suisses. Encore un coup de couteau, et de la part d’un républicain, à l’ouverture du conseil national : « C’est seulement sous le sceptre des Bonaparte que la France respire... »

La Suisse aussi ? après la courtoisie spontanée du libéralisme belge et piémontais!... Les libres institutions n’ont . donc servi qu’à constater, enraciner, sacrer la servitude universelle? Libertés naissantes qui acclament le despotisme et se mettent sous son patronage . Le sens moral est donc perdu? Il est donc vrai, s’écriait l’exilé : Quand la France est à genoux, l’Europe est à plat ventre.

En attendant, nous nous faisons un triste amusement d’énumérer les libertés dont la France jouissait à cette épo-

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