FLEURS DES BOIS
soutenu par l’espérauce et par la volonté, s’écrier ; Je l’ai trouvée! voilà des joies que nous avons connues à Linthal.
L’approche de l’orage donne à toutes les plantes, aux arbres résineux, une haleine chargée d’électricité. Voici les premières gouttes de pluie... Qu’on a de peine à s’ai-racher à ces contemplations, à ces parfums de tubéreuse, de Jasmin et de fleur d’hyacinthe, mêlés à l’odeur humide de la forêt!... Il faut rentrer... Comme nous quittions l’arche du pont où nous étions assis , la tête blonde, souriante d’un enfant apparut sur une branche d’arbre au-dessus des rochers qui hérissent le torrent. Le petit téméraire s'était blotti là-haut dans la fouillée, suspendu sur l’abîme. Cette tête souriante rappelait le génie du Corrège dans le tableau des Saisons.
Pressons le pas sous les éclairs et sous le roulement du tonnerre; les pâtres nous font signe, l’averse nous surprend au milieu du pâturage, la grêle tombeet abat dans les prairies les aigrettes légères. Nous nous abritons sous le toit d’un meunier. Ces braves gens étendent sur le plancher des sacs, de peur de nous enfariner, et quand nous les quittons, ils ont soin de bien épousseter nos vêtements. Non, on ne se figure pas comme tout le monde' ici était hospitalier pour nous.
Nous allions aussi quelquefois vers le chemin couvert qui mène à Altorf, ombragé, mystérieux; le torrent en fureur, blême d’écume, rugit entre les arbres... nous pensions à Gessler, à notre rentrée en France, et nous chantions :
D’Altorf les chemins sont ouverts !
MÉMOIRES D’eXII.
• SRNTIERS DES VOLONTAIRES.
Du fond de la vallée de Durnagel débouchent de grandes colonnes de nuages pareils aux fuyards de Souwarow qui désolèrent jadis ces lieux aujourd’hui si paisibles.
VouleZ'Vous retrouver au milieu des pérégrinations alpestres les grands souvenirs de nos guerres républicaines ?
Suivez l’itinéraire tracé en 1864 par la vaillante famille du proscrit de Zurich. Je lui cède la plume :
« Nous revenons d’un long voyage sur les pas de nos soldats de l’an VII.
« Huit jours durant, pendant que la mère et les deux fillettes suivaient les vallées en voiture, nous avons, les trois garçons et moi, gravi les cols et escaladé les sommets. Nous avons fait, le bâton à la main et le sac sur lé dos, la campagne de Masséna et- de ses lieutenants contre Souwarow. Nous avons pénétré dans la vallée de la Muotta, par la route de Schwytz ; nous avons vu le défilé où les Russes furent arrêtés; nous avons franchi le pont sous lequel ils furent précipités par milliers, durant une lutte de deux jours. Nous avons remonté comme les fuyards et les vainqueurs le val de la Muotta, nous avons suivi l’affreux sentier que les soldats de la République ont foulé il y a soixante-cinq ans. Nous avons franchi avec eux le col de Pragel ; nous avons .cherché sous les eaux du lac de Kloënthal l’artillerie de Souwarow, et nous y avons vu le plus magnifique des tableaux : l’image resplendissante du Glaëruisch. Nous avons suivi nos demi-brigades jusqu’à Schwanden; nous avons remonté le Sernft, toujours à la poursuite des fuyai’ds ; nous avons sondé les abîmes où ils furent précipités par milliers ; et nous avons eu, père et en-