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OMBRE DES MONTAGNES DE FRANCE

suffrage universel, voyez ce qu’il a produit. Quaut à moi, le découragement m’a gagné avant que d’avoir vécu. i>

Vouloir aujourd’hui la justice, la liberté, c’est le plus grand des crimes auxyeuxdes gens sérieux. — Raison de plus pour les amis de la liberté de la faire aimer, de la prêcher avec sagesse et amour, non avec haine et furie, de détruire la légende qui- lés montre altérés de sang, semant la mort, eux qui voudraient multiplier le blé, la vie, les lûoissons qui manquent aux populations,, et aussi le pain de l’âme.

C’est l’heure des efforts individuels. Que chacun travaille à répandre la lumière. Faites-vous instituteurs du peuple des campagnes, apprenez lui à lire, à écrire; quand il aura le respect de l’intelligence, il ne s’inclinera plus devant l’argument du casse-tête et du chassepot.

— A-près tout, cette défaite de la démocratie est peut-être un bien ; elle lui donne le temps de s’organiser.

— Gardez-vous de cette fausse doctrine. On a répété à satiété qu’une cause triomphe par les persécutions et on montre à l’appui le christianisme et la Réforme. Non, une cause sainte triomphe malgré le sang répandu; mais il n’était pas besoin du massacre de la Saint-Barthélemy pour établir le protestantisme. Si la Révolution reprend sa marche ascendante, ce ne sera pas grâce aux bastilles, aux proscriptions, à la terreur.

— Quelle est donc votre espérance ?

— Ma meilleure espérance, c’est la longévité indestructible de certaines organisations. Une nation a la vie dure comme ces batraciens renfermés vivants dans le roc. Fendez d’un coup de hache la pierre, l’animal plein de vigueur sautille encore sur ses quatre pattes.

Notre Savoyarde avait une autre comparaison quand elle nous entendait parler de la France. Voyez, disait-elle, cette

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braise que j’emporte dans la marmite ; vous la croyez éteinte parce que je l’étouffe avec le couvercle? Soulevez-le, et la flamme en jaillira. Il en est ainsi du peuple français.

Ces moments de paix à Amphion ne sont pas perdus, on y retrempe ses forces pour la lutte. Savoir jouir des éclairs de joie qui sillonnent la vie du proscrit, c’est un grand art; j’ose dire qu’il y faut même du courage. Car en voyant la situation de la France et du monde, il serait plus simple de se laisser mourir de douleur. Pas un seul événement réconfortant pendant tout cet été de 1838. Rien que des appels à la convoitise du peuple, appâts corrupteurs qui achevaient de brouiller les dernières notions de la conscience publique.

De quoi s’occupaient les journaux ? du voyage triomphal de Reims, de la générosité, de la piété du chef de l'État. La « souveraine » a déployé son éventail et les populations ont crié vivat.

Les anciens consultaient les entrailles des victimes, le vol des oiseaux pour interroger l’avenir. Aujourd’hui, le public se livre aux commentaires les plus subtils, sur les voyages à\x prince N. à Varsovie, à Vienne ou à Berlin. Est-ce la paix? Est-ce la guerre ? se demandent les aruspices.

Deux orateurs offlciels avaient seuls la parole en 1838. En ce moment même, ils prononçaient des discours que la France était tenue d’écouter avec onction et que l’Europe répétait comme des oracles. Dans leur sagesse, ils voulaient bien assurer au peuple français, que la liberté lui serait funeste et qu’on l’en avait sevré pour sou plus grand bien. Qu’importe la liberté de la presse, à un peuple qui ne sait ni lire, ni écrire? La Réforme et le National i Ou le Pays et le

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Constitutionnel, n’est-ce pas tout un pour lui? Discours des hommes de 1848 ou des hommes de 1858, mômes paroles ; autant en emporte le vent !

Ainsi raisonnaient les nouveaux hommes d’état, qui avaient en eux la sagesse des nations infuse, la science des gouvernements. Sous-lieutenants ou sportmen accomplis, ces rois du jour, après avoir tari la source des richesses, buvaient maintenant à la coupe de la gloire politique. Écrivains orateurs d’un peuple condamné au mutisme, ils donnaient des leçons à laFrance, des leçons à cette France qui occupa naguère le trône de l’esprit humain !

Pleins-de piété pour la patrie aimée, les exilés ressentaient plus vivement cette injure, que leurs propres maux.

Les morts de Cayenne et de Lambessa, l’écoulement silencieux de tant de vies, témoignent du moins, sur quelle puissance la liberté aurait pu s’appuyer. Mais la pensée française, réglementée, châtiée par les cravaches du 2 décembre, c’était uüe humiliation sanglante.

On cherchait à ressaisir le calme en face du lac agité qu gonflait ses vagues et ne dépassait jamais la ligne du rivage. Grand emblème : passion inquiète qui se contient et ne perd pas l’équilibre.

Mais tout à coup une nouvelle, un fait odieux frappe l’âme passionnée pour la justice... adieu les riantes pensées de l’exilé. Une fièvre d’indignation lui remet la plume à la main ; il protestera de toute son énergie contre ces réunions d’hommes de tous pays, qui consacrent par leur silence, l’iniquité, le crime.

Le Congrès de la Propriété littéraire venait de se rassembler à Bruxelles. Dans cette nombreuse société qui siégeait

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au nom du progrès, au nom de l’humanité, personne ne revendiqua les droits des écrivains persécutés, menacés d’expulsion aussitôt qu’ils profèrent ime parole libre.

Edgar Quinet écrivit aussitôt sous forme de brochure une Lettre faite pour secouer l’opinion publique ; il lui fit honte de sa lâche indifférence devant les persécutions que la pensée subit de nos jours.

Ces Messieurs s’occupaient de propriété littéraire I mais la première de toutes les libertés individuelles de l’écrivain , sa pensée , était-elle garantie ? Tous les gou-

vernements se donnaient le mot pour la traquer. On peut dire qu’un vaste congrès, international d’intolérance s’était constitué en Europe contre les écrivains.

Ces années si dures pour tout homme de cœur, l’étaient mille fois plus pour l’écrivain qui a mis sa vie au service de la justice. Frémissant de sainte colère, il aura la force de se dominer, il tâchera d’exprimer ses idées avec la modération iqui peut seule les faire accepter des hommes effarouchés à la moindre hardiesse. H a réussi à trouver une forme convenable; mais aussitôt se présente la question : Qui publiera? Quel est le journal, la revue, le pays, où ces pages pourront paraître ?

La Lettre aux membres du Congrès, pleine de fortes pensées, d’une brûlante énergie, ne put être imprimée. Cette impossibilité fit sentir amèrement la vérité de la démonstration.

Et l’on parlait de progrès dans toutes ces séances 1 On traitait des questions d’humanité. Qui donc eût osé sévir contre les cinq cents orateurs, si une voix, une seule voix se fût élevée au nom de la dignité intellectuelle, au nom d’un

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