LES VOISINS DE BONIVARD
Deux petites paysannes de Glion travaillaient sous nos fenêtres aux vignes de leur oncle; toutes deux pres(|ue enfants; l’aînée belle, sérieuse, l’air un peu farouche, ne parlait que par monosyllabes, mais sachant lire et écrire comme tous les enfants de ce pays.
Depuis le nouvel au 18o'J, Jenny venait s’asseoir chaque matin à «mon chevet et je lui dictais <juelques lettres à nos absents; l’orthographe et l’écriture laissaient à désirer, au moins les sentiments étaient fidèlement transmis.
Comme lectrice, elle était incompréhensible. Les vers classiques allaient mieux à sa récitation lente et monotone qui sentait le psaume, la prière ; mais Don Quichotte et Molière psalmodiés devenaient lugubres dans sa bouche comme un miserere.
Jamais je ne surpris chez elle une lueur de .gaieté, d’intérêt quelconque. Sa figure grave ne se dérida qu’une seule fois, et ce fut dans la scène où la marquise d’Escarbagnac décoche im soufflet à la suivante. La petite vigneronne partit d’un éclat de rire ; éclair de gaieté unique ; après quoi elle retomba dans sa sombre monotonie.
Je lui dictais aussi les pensées que j’entendais le soir à travers un brouillard de douleur. Je ne pouvais plus les écrire moi-même; mais je me jurai de ne pas perdre vm grain de ce pur froment, pas une goutte de cette source de vie. Je voulais retrouver un jour ces enseignements, et malgré lu maladie je les sauvai de l’oubli.
, Dans les longues insomnies, que de loisirs pour les ressaisir grâce à la mémoire du cœur! J’étais impatiente de revoir le jom’ et la silencieuse Jenny. Tout ii’élait donc pas fini pour moi; paralysée par le mal, je continuais pourtant la tâche la?» plus douce de ma vie.
PREMIER HIVER A VEYTAUX.
Si vous m’eussiez demandé en 1 858 une description de ce hameau, je n’aurais pu esquisser que la petite cellrde dont l’obscurité et le (dénûment me rappelaient les ouhlietteg du donjon de Ghülon.Trop de souffrances nous cachaient les choses, nous n’avions pas d’yeux pour les voir. Ce n’est que bien longtemps après que nous découvrîmes Yeytaux.
Aujourd’hui tout est changé ; depuis que la France ressuscite, tout est plus riant ; ce n’est plusrme station de douleur. Allons prendre possession des lieux.
Notre hameau, perché sur le flanc delà montagne est d’un abord extrêmement alpestre. Des. trois chemins escarpés qui y conduisent, un seul est carrossable, depuis 1858. J’ai décrit l’allée de noyers qui descend vers ChUlon (1); quand on arrive par Montreux au pied de notre coUine, le sentier très-pierreux, très-raboteux, grimpe en corniche à l’ombre des murs et des masures de la Veraye le faubourg de Veytaux.
La première habitation qu’on trouve à main droite est une petite construction du quinzième siècle à fenêtre gothique, style du château de Chillon (toujours garnie de fleurs).
(1) Voyez le Verger de Veytaux, Mémoires d’exil, 18S8.
MÉMOIRES d’exil
C’est là qu’habite l’Iris-messagère qui de sou pied léger septuagénaire vole deux fois par semaine à Vevey pour rapporter les vivres dont la localité manque absolument. Aujourd’hui que l’affluence toujours croissante des étrangers et l’envahissement de la civilisation multiplient autour de Veytaux les pensions et les hôtels, notre rustique hameau vient enfin d’être doté d’un boulanger et d’un boucher. (Que dis-je ? Veytaux est à présent éclairé au gaz !) Mais pendant bien des années, pour une bouchée de pain et de viande, il fallait courir à Vevey ou à Montreux qui prend aussi peu à peu des airs de capitale à l’égard des hameaux circonvoisins dont elle est la paroisse.
Reprenons notre ascension par le chemin de Veraye : avançons lentement, le pavé meurtrit les pieds. En même temps que nous, montent par groupes les enfants qui vont à l’école, de tout âge, de toute taille, proprement vêtus ; les uns pressent le pas, les autres traînent la semelle et grignotent une pomme en repassant la leçon. La sœur aînée tire par la main les retardataires. Gare à M. le régent !
Il y en a de tout petits, de si petits, qu’ils ont l’air d’une miniature ambulante ; ceux-là se dirigent en trébuchant vers l’école enfantine. Un moment après, un grand chœur de voix argentines sort de la maison et annonce le commencement de la classe.
Montons toujours ; des garçons de fermes portent les seilles de lait à la fruiterie. Ua voici à notre gauche ; des jeunes fiUes en sortent avec des bidons de lait. Le fruitier fribourgeois en calotte de paille aux vives couleurs, manches retroussées, distribue le lait à une trentaine de commères ; et les propos de circuler ! (1).
(1) Dans ses excellents articles sur lus fromageries suisses, M. Max Buchon a expliqué l’association do la fruiterie de Veytaux.
PREMIER Hn'ER À VEYTAUX
Passons le pont qui- sépare Veytaux de la Veraye ; le torrent profondément encaissé alimente la scierie. Ici le senlier se bifurque, l’un grimpe à Glion par l’obscur couloir ombragé dit la Cheminée ; l’autre, longeant la scierie et le torrent, devient de plus en plus roide, eufiu à pic. Faites quelques pas, vous vous croirez en plein Oberland. L’eau bondit sur les rochers, dans un lit envahi par la végétation. Le sorbier à grappes rouges et la flevur jaune du faux ébénier entremêlent leurs branches au-dessus de ce fouillis de vei-dure; le bruit de la scierie toujours en mouvement anime le tableau de ces montagnes couvertes de beaux châtaigniers : Champbabo, Ghamosal, Soucbaux, gradins de verdure qui montent vers les rochers de Naye.
A l’entrée de l’étroite rue règne, comme dans chaque village suisse, la maison de l’école. Pour elle, tous les privilèges de la civilisation ; escabers à larges dalles, esplanade bien sablée, plantée d’acacias. Le reste du hameau conserve son empreinte moyen âge. L’école, c’est le temps moderne, le progrès.
Contraste significatif avec les vieilles maisons du village assez informes ou délabrées; les unes alignées des deux côtés de la rue. d’autres éparses dans un désordre pittoresque, d’autres encore pressées dans d’étroites ruelles escarpées. Leur aspect est le môme aujourd’hui qu’au temps des Bernois. Celles qui sont bâties dans un enfoncement du sol, ne laissent voir que le toit ; les autres masquées par des hangars, ou des moules de bois, ne montrent qu’un pan de mur. Quelques-unes sont voilées d’arbres fruitiers ; on n’aperçoit que l’escalier et la galerie où sèchent le maïs et le chanvre.
Au-dessus de ces maisons et masures entourées de petits jardins potagers et séparées par la vigne qui s'empare de
MÂMOniBS d'bxil
chaque place soleillée, s’étagent les vergers, les prés en pente rapide, toujours plus haut, plus haut, vers la montagne pyramidale, verte en été, de neige et de glace en hiver.
La fontaine de Veytaux occupe la place d’honneur au milieu du hameau, en face de la maison communale. C’est le forum rustique ; c’est là aussi près des claires eaux que babillent penchées sur leur ouvrage les lavandières. Mais la clochette des vaches a retenti, elles encombrent un des côtés de l’abreuvoir. Dès quatre heures du matin, le petit chevrier de Veytaiix a mené son troupeau vers la plus haute pointe de Naye en sonnant son cornet; son petit frère a gardé une chèvre ou deux et les poimsuit à travers le village.
Tout est travail, sérieux labeur dans cette ruche humaine qui s’éveille et bourdonne, dans cette population aisée, riche, où l’on ne trouve pas un seul pauvre, où tous sont propriétaires, où plus d’un paysan possède deux à trois cent mille francs de biens, au soleil.
Vignerons, bûcherons, jeunes et vieux sont là dans les vignes, dans le village : l’un porte sur sa hotte le fumier qui va fertiliser le sol pierreux, l’autre charrie dans un tombereau des débris de plâtre et de chaux pour corriger une terre marécageuse. Les uns devant leur maison empilent le bois de foyard ou de sapin et le tassent en moules, d’autres déchargent l’énorme chariot de foin’ qui encombre la largeur de la rue et rentrent le foin au grenier ouvert. Grande ouverte est au^i la porte de la cave et les maîtres de céans y reçoivent les amis ou les marchands de vins d’Yvome , comme dans im salon. On essaie le vieux ou le nouveau ; le prétexte ne manque jamais. La cave dans ce pays, c’est le Casino .
Il n’y a que le bon octogénaire qui muse au soleil sur
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un banc, tout près de ce tas de décombres où s’épanouit la fleur orangée de la courge.’ Veytaux a un renom de longévité ; tel vieillard de 87 ans a l’air de n'en avoir que 60.
Les femmes vieillissent vite, mais aussi quel labeur I sarclant, bêchant, piochant la vigne, le jardin, portant d'énormes charges de ramée et de sarment. Au printemps quand elles font la feuille, quand elles émondent le trop plein du feuillage des ceps, leurs hottes surchargées, les ploient en deux ; on les rencontre sous cette charmille de verdure ambulante et l’on voit surgir de ces pampres verts une figure aux traits nobles et fins, mais vieillie avant l’heure.
La culture de ces pàysannes est vraiment surprenante ; leur timbre de voix le plus harmonieux du monde. Ce qui nous étontie toujours c’est leur langage choisi ; elles ont entre elles des formules de politesse et de courtoisie, pour ainsi dire exagérées : lavandières et vigneronnes, c’est à qui rivalisera de paroles cérémonieuses. Il n’est pas rare de les entendre causer littérature ; il y en a qui connaissent les Méditations de Lamartine. Le dimanche, après le culte, elles rapportent de la bibliothèque communale (près de l'église) quelque livre d’histoire de M. Guizot, les CHrondins de Lamartine, X Histoire de mes Idées, surtout les romans populaires d’Urbain Olivier.
Le paysÆi vaudois cause politique, administration avec une aussi parfaite connaissance des choses qu’un conseiller d’état suisse. Gomment en serait-il autrement T II est le souverain; dès son enfance, à l’âge de douze ans, il a déjà appris en classe le manuel des droits et des devoirs du citoyen Vaudois.
Ces hommes, ces enfants, que vous rencontrez dans la rue chargés d'instruments de travail, portent au cœur le senti-
MBMOIRES d’exil
ment de leur souveraineté et de leiu affranchissement d’esprit, grâce à la république, grâce à l’école.
Nous voici au bout de la longue rue du village. C’est ici le fétu Veytaux. Une place, encore une fontaine, et en face, entre deux petits sapins notre vieille maison; le sentier continue et aboutit au verger de Veytanœ.
Habitation isolée entre des prés, des vignes, des jardins. Mais nous avons déjà une amie ; oui, sur ce beau tilleul en parasol qui ombrage la porte voisine, dans ce nid parfumé, une fauvette a élu domicile. Elle chante dès l’aurore, dès le printemps, et sa voix semble un signal d’espérance après l’hiver.
('.’eci est un tableau printanier ; Veytaux au mois de Juin 1869. Reportez-vous onze ans en arrière, en plein décembre, en pleine maladie. Frappez à la porte des solitaires, entrez chez le proscrit,
la pièce où mon mari a travaillé pendant dix ans était basse et fort sombre ; les murs très-épais, construits du temps de Bonivard, percés de meurtrières plutôt que de fenêtres ; les arbres du jardin interceptaient aussi la lumière.
Le salon avait un mobilier centenaire plus que modeste, sans doute contemporain des Bernois ou des Savoyards. Calvin n’eùt point décrété de lois somptuaires contre cet ameublement. Le fauteuil de chêne à dossier droit et l’escabeau de bois dataient de la reine Berthe et offraient au coin du feu la seule place où l’on pût se garer des courants d’air glacés qui arrivaient par les corridors déserts, les portes mal jointes et le plancher nu.
Les torrents d’air du haut des cimes de Naye s’engouf-
PREMIER HIVER A VETTAUX
fraient bruyamment dans la cheminée de tôle, qui résonnait comme une harpe éolienne. ’
On se serait passé de ces harmonies ; ellçs n’ont de charme qu’en plein air. Tout Thiver ce furent des voix qui semblaient la lamentation de la solitude et de la souffrance.
Un beau figuier et des lauriers du Portugal tendaient leurs branches aux fenêtres et ombrageaient le péristyle à arcades de la galerie extérieure. # .
Les petits oiseaux qui hantent ces bocages et les transforment en libre volière , s’attaquaient aux figues de notre propriétaire. Elle eut la patience d’envelopper chaque fruit dans une pochette de crin ; voilà les petits oiseaux bien attrapés.
De cette galerie on descendait au jardin,* et par le sentier rapide de la vigne, jusque sur la grande route du Simplon, animée en ce moment par les travaux du chemin de fer. Les ouvriers terrassiers faisaient sauter le roc de Chillon. L’étroit défilé historique, célèbre dans les luttes des Savoyards et des Bernois, la Cluse de Chillon, subsistait encore, mais élargie. On y voyait aussi deux masures en ruine, débris d’un très-ancien hameau disparu, dont les hahitants fondèrent la commune de Veytaux, dans un pli de la montagne, mieux abrité.
La première fois que nous vîmes ce paysage, ce n’était pas aux heures enchantées du printenips. On, se représente cette magnifique contrée, toujours illuminée par les chaudes teintes du Midi. Elle nous apparut sous un voile blanc; le vieux château, revêtu de son manteau de lierre sombre, semblait plus sévère au milieu de cette neige fine qui tourbillonnait dans l’air. Chaque matin l’exilé saluait eu jiassant le bon voisin Bonivard, et cet autre adversaire de la papauté, proscrit d’un empereur, Alexandre Wala.
MÉMOIRBS D'BXIL
Le lac a aussi revêtu sa chasuble de plomb au lieu de son azur étincelant. Quant aux Alpes, on est tellement habitué à leurs cimes glacées, à leurs dômes neigeux , que pareil aux centenaires, un fil argenté de plus ou de moins, à leurs barbes blanches, ne les vieillit point.
La températrire était douce; mainte fleur se conservait sous cette bonne chaude couverture de neige. Elle fond vite^ux rayons toujours ardents, même en décembre. Un reste de végétation apparaissait sur les collines abritées ; le feuillage des bois de chêne au dessus de l’église de Montreux gardait quelques teintes du soleil couchant. L’année aussi était à son déclin.
On eût dit que nous habitions un cloître désert; rien ne venait interrompre l’uniformité du travail et de la douleur. Aucune nouvelle, aucun événement. Et l’on me demande des faits I Mais le tourment de ces années, c’est précisément ce vide, cette absence de faits, la vie politique suspendue. Le marasme recouvrait la terre comme des marais Ponlins.
Les lettres si désirées n’arrivaient pas toujours ; toute l’Europe s’était faite en ce temps la succursale du cabinet noir.
Chose triste de voir tant de belles vies à l’ombre ! tous les hommes d’action paralysés, les œuvres enfouies; les lettres saisies. Gomment de si grands cœurs ne pouvaientils sauver un monde ^ C’est que les heureux de la terre, les opulents ne veulent pas être sauvés ; ils prétextent la peur du pillage et laissent dévorer trente milliards. Quant au peuple, pauvre et nu, il redoute aussi les partageux ; situation tragi-comique.
PRBMIBR HIVER A VEYTAUX
L'historien remarquai! à ce propos « que les peuplés endettés se vendirent dans l’antiquité et tombèrent ainsi en esclavage. Dans les campagnes, les paysans ruinés se sont vendus au nom de Bonaparte. Il payera les dettes des Français, disaient-ils en 1848. Pour eux le socialisme n’était encore qu’une soif d’esclaves obérés. »
Cependant en France tout le monde s’amusait , menait joyeuse vie; jamais tant de fêtes, d’entrain. Au mÿeu de la grande orgie, on riait de ceux qui se consumaient à faire pénétrer 'une vérité dans ces têtes, dures et légères. Les pas du prisonnier finissent par creuser un sillon'fians les dalles du cachot ; la goutte d’eau entame la pierre; mais les efforts les plus ardents, les sentiments les plus virils, les raisons les plus lumineuses, ne peuvenUrien sur des esprits hermétiquement fermés à la justice.
Les exilés vivaient en dehors de la vie imiverselle, comme des heimathlose suisses. Savez-vous ce que c’est"? Ce sont des hommes errants, déclassés, pauvres, que chaque canton repousse dans un autre et qui n’ont point de foyer.
On eût dit que le temps s’était arrêté et qu’il marquait toujours l’heure où tout un peuple de proscrits fut arraché à son pays. Ce sont eux qui n’ont pas changé et qui gardent l’impression pétrifiée de cette date éternelle. Les enfants ont grandi, les jeunes ont vieilli, les vieux sont morts, les morts sont oubliés, des générations nouvelles sont nées. En apparence tout s’est renouvelé, excepté les exilés, qui attendaient encore le mouvement, la vie. Comme isolement moral et dureté de cœur, ils n’avaient pas besoin d’être chassés d’Europe pour se sentir au milieu de la barbarie. Les solitudes de Cayenne étaient pestilentielles ; mais en Europe, où le climat les laissait vivre, on s’entendait pour tracer autour d’eux un désert aussi sûr que les marais de
MÉMOIRES d’exil
Sinn.imarv'. Ah ! que la France était loin de connaître l’amom' persévérant de ces Français! Ils continuaient à la servir, a l’iionorer par leurs travaux. Rien ne pouvait les distraire de l’idée de la Patrie.
La France n’esl-elle pas l’éternelle image empreinte dans nos cœurs , l’unique objet de nos pensées , de nos espérances? Essayez de distraire les navigateurs égarés, perdus day tes mers lointaines, flottant pendant dix-huit ans entre le ciel et l’abîme, cherchant vainement des yeux la terre, le rivage !
On put croire en ce temps-là que le navire n’aborderait jamais et que nous mourrons en exil.
Quant aux écrivains proscrits on disait : « Ils sont heureux ; le travailrde la pensée console de tout. » Plût à Dieu qu’il eu fût ainsi, on souffrirait moins; mais la douleur causée par chaque atteinte à la justice a sa force et sa gi’andeur; c’est le vrai titre de l’exilé. La plus vive douleur n’était pas la défaite de la liberté, mais l’aveuglement des amis de la liberté, la fausse voie où la démocratie s’engageait de plus en plus.
L’ami sûr et fidèle qui soutient le courage, c’est le travail. « Où publierai-je ce que je viens d’écrire? » voilà une question que tous les écrivains indépendants se sont posée pendant dix-huit ans. Pas un Journal, pas un éditeur qui osât dans ce temps-là. Supplice inconnu aux hommes du dixhuitième siècle et des proscriptions précédentes.
Jamais il n’y eut en Europe, avant 18.') 1 , semblable complicité de l’opinion. Les calomniateurs avaient seuls la parole ; le succès d'un livre plein de fausseté et de noirceur en fut la preuve. Je parle du livre de M. Normaiiby sur la révolution de 1848; il paraissait en ce moment.
Louis Blanc en fit une réfutation victorieuse.
PREMIER HIVER A VETTAUX
Un évf^nemont, un acte ht'^roïque, ne viendra-t-il pas changer la condition vitale des peuples!,.. On put l’espérer un instant en Italie ; bientôt elle alarma aussi les amis de la liberté. Moralement, sa voie était mauvaise, elle attendait le salut de l’étranger. Les Italiens, vrais jusque-là, consentaient à être dupes, malgré l’action infatigable de Mazzini, qui cherchait à les arracher au péril, malgré l’auteur des Révolutions d'Italie, qui leur prédit ce qui s’accomplit à la lettre. Ses efforts pendant tout l’hiver pour éclairer l’opinion , les centaines de lettres qu’il écrivit aux hommes influents de la démocratie italienne et française, demeurèrent sans résultat. C’était prêcher dans le désert.
Ils triomphaient, ces grands politiques qui'depuis le coup d’État prédisaient invariablement la guerre pour le printemps ! Sans doute elle finit par éclater, mais comme l’avouèrent deux membres de la majorité (qui l’ont déclaré en plein Corps législatif en 1861 et 1869), par tin ricochet des bombes d’Orsini.
Était-ce au parti démocratique ou libéral, à prêter au deux Décembre les plus nobles desseins? Beaucoup de démocrates, bonapartistes sans le savoir, lui faisaient honneur d’une politique plus généneuse que celle du peuple français ; ils affirmaient que la nation s’opposait à la délivrance de l’Italie, mais que le maître la voulait.
Nous remarquions ceci : une occasion se présente pour la démocratie de réparer les fautes qui l’ont précipitée ; elle peut montrer enfin au monde que les longues années d’expérience, les dures épreuves l’ont instruite, et la rendent apte à régner. Et au même moment, elle se déconsidère eu servant (à son insu) les intérêts du despotisme ; eUe se fait l’écho de tous les bruits qu’il lui plaitde répan-
MéMOIRBS d’exil
dre. Le moindre sophiste a plus de crédit que la leçon des faits ; les journaux répètent les mots d’ordre de la police. Alors nos adversaires reviennent à leur axiôme : la Démocratie n’est pas née viable.
Que de choses essentielles adiré, à crier sur les toits! Grande douleur de ne s’exhaler que dans des pages obscures, dans des lettres que chacun en tremblant fourrait dans sa poche, et se gardait bien de montrer au voisin.
Tout le monde et surtout les absolutistes se disaient démocrates dans cette Babel. Les Républicains seuls conservaient loyalement le sens des mots.
Un républicain est un patriote, homme d’action qui veut les choses non les mots ; la liberté réelle, la souveraineté du peuple, il les veut au prix de son repos et de sa vie.
Ce que les exilés eurent à souffrir des lettres qu’ils recevaient, est inouï. On avait beau adjurer les imprudents de ne pas livrer au 2 décembre la démocratie, ils répondaient . « Partout où est un canon contre l’Autriche, là est le droit. »
C’est fort bien pensé comme Italien, mais de grâce tâchons en France de rester Français.
GUERRB d’iTALIE.
Lîi guerre, la guerre au printemps ! La démocratie Césarienne a annoncé pendant dix-huit ans cette prochaine entrée en campagne. Au lendemain du coup d’État,on exploita ces deux thèmes: les traités de 1815, et la délivrance des nationalités. Le gouvernement du 2 décembre profitait ainsi de tous les avantages de la guerre, sans la faire et sans la vouloir; les pacifiques lui savaient gré de l’inaction; 1(!S chauvins, des paroles belliqueuses; toute sa force était dans celte manœuvre.
Tenir les esprits dans l'incertitude et dans l'appréhension, par des bruits semés à dessein, puis, les démentir le lendemain d’un ton acerbe, c’eût été un jeu périlleux pour tout gouvernement constitutionnel. Le pouvoir absolu s’en tirait à merveille. Le 3 décembre 1858 1e Moniteur blâmait les espérances que les journaux semi-officiels donnaient aux vœux des Italiens ; note si catégorique qu’à la fin de décembre les esprits se mirent à la paix. Il en était temps, les manufactures ralentissadent le travail, le commerce n’ allait plus. .
Le 1" janvier . algarade à l’ambassadeur d’Autriche. Ainsi l’opinion publique ne s’était pas alarmée à tort, .à-près cet éclat, on pouvait croûe que la guerre était décidée eu
UéMOIRBS d'bXIL
principe, que la France était prête. Rien n’était organisé, ni artillerie, ni cavalerie, ni équipage de pont.
Les Autrichiens se mirent en mopvement le 7 janvier. En attendant, le gouvernement occupait la France par une profusion de brochiures, unique pâture d’un public toujours crédule, qui attendait avec anxiété le discours du trôûe. « La paix, je l’espère, ne sera pas troublée. » Cette phrase encadrée dans des maximes banales ne rassura personne. Le 4 mars, nouvelle note du Moniteur pour démentir les bruits de guerre ; « les vagues et absurdes rumeurs inventées par la malveillance, colportées par la crédulité et acceptées par la sottise. »
Pendant dix-sept ans, les éducateurs politiques de la France l’ont qualifiée de grande sotte.
Le 26 avril, emprunt d’un .demi-milliard et levée de cent quarante mille hommes. Quand la question était déjà résolue, on s’adressait au pays. Trois Jours après, les Autrichiens francliissaient la frontière. Massés sur le Pô, ils n’avaient qu’un pas à faire pour occuper Turin ; avec plus de hardiesse et de résolution ils eussent pu ruiner la capitale et couper aux Français la communication entre Gênes et Alexandrie. Les Français n’arrivant pas, les Piémontais durent bvre'r aux Croates tout le pays entre Dora Baltea et le Tessin.
La proclamation de l’indépendance italienne apprit à la France qu’elle allait faire la guerre. Pas un mot, dans les Chambres. Pour mieux les humilier et affirmer le pouvoir absolu, on borna la session législative à des discussions d’administration intérieure : code forestier, haras, etc.
Aussi tous les esprits se détournèrent de la vie publique, de la liberté française ; la presse ne s’occupa que de l’Italie.
GUKRRB d’iTALIB
Cette situation causa aux Çiroscrits une agitation presque égale à celle qui précéda le coup d'État.
Parfois on ne savait plus quel danger il fallait conjurer avant les autres ; en face de tant d’ennemis de la vérité, on put dire hélas, comme en 181 4 àla prise de Paris : « Ils sont trop ! »
N’était-ce pas à désespérer de voir les illusions insensées des journaux français, italiens, suisses et belges qui appelaient cette guerre une Croisade sainte, entreprise parla France, le soldat de Dieu ? Toute la jeunesse italienne allait se ranger sous la bannière du 2 décembre. Au-delà de Magenta et de Solférino, les proscrits apercevaient Aspromonte et Mentana. Ils répétaient : à force de jouer avec le feu, l’incendie peut gagner; mais la création d’une ItaUe libre, d’un état renaissant, enthousiaste, n’est pas dans les intérêts de l’absolutisme, de la réaction ; Rome, voilà le siège de Téteruel étranger.
Une fraction de la démocratie croyait à la grande guerre continentale ; la conquête de l’Égypte môme fut affirmée par un révolutionnaire célèbre. — « Non, mille fois non, écrivait Edgar Quinet. Tout cela est fantasque. Tâchons de voir clair dans le présent, dans l’action immédiate. C’est de l’heure actuelle qu il s’agit. Nous périssons par les contingents futurs. Que les prophéties accomplies nous enseignent à mieux juger l'avenir. Faisons le jour sur cette embûche où le monde se complaît! Italiens, vous serez livrés, et en retour vous aurez épousé le coup d’État! Votre œuvre sera empoisonnée à sa source. »
« — Nous ne pouvons arrêter le mouvement national italien», répliquaient des députés de Turin.
Déjà un drapeau italien tricolore flottait sur la maisonnette : la Printanière, joli nid d’amoureux caché sous des
MéMOIRRS D'BXIL
jasmins et des rosiers blanc#, entre Chillon et Villeneuve.
Les bruits d'invasion du canton de Vaud, le passait; d’une armée française pour traverser le Simplon, circulaient à Veytaux.
Le vieux chemin de Marengo passe au bas de notre jardin: non, on ne refera pas la campagne de Marengo par cette route ; elle est défoncée, les deux bouts coupés. Personne n’y repassera que nous.
Cette guerre qui devenait le sacre du coup d’État était faite pour rembnmir les visages et les cœurs.
Du matin au soir les bruits de guerre nous tenaient en haleine. Un joiu", im voyageur nous apprit le passage des Français à Guloz; enfin quelques heures après, la nouvelle du débarquement d’un autre corps à Gènes.
Grande fut notre émotion.
« Voilà donc notre France aveuglément jetée dans les aventures, lancée dans l’inconnu malgré elle, et malgré son sauveur, disait l’exilé. Vive l’Italie et l’esclavage de la France ! tel est le cri de guerre. Quelle situation pour les proscrits I Qui d’entre eux ne ferait des vœux pour les armes françaises et pourtant comment se faire illusion? Le succès, c’est l’exil éternisé. »
Il est vrai, nous avions peu à perdre. Huit ans d’inertie n’avancèrent point les espérances de la proscription et ne ranimèrent pas la démocratie ; mais le triomphe de l’armée plongera l’exil dans le gouffre de l’oubli. Les Italiens retrouveront une patrie au prix de la nôtre... Nous ne la reverrons jamais.
Quel s^ait le résultat de la défaite? Un cœur français
OURHRE D’iTALIH
no l’admet pas un instant. Ëe triomphe de nos soldats est assuré. Sous leur pas, la terre italienne frémira d’enthou- • siasme ; elle les accueillera comme des dieux !
Que faut-il désirer Que faut-il craindre ?, Quelle impasse !
Tu me fis cette réponse :
« Partagé entre deux désirs, entre deux craintes, il faut pencher du côté qui profite à la cause de l’humanité, sans considérer le dommage immédiat. Si les Français profitent de la résurrection delTlalie pour river davantage leur propre servitude, tant pis pour eux. L’esclavage de ITtalie n’a pas servi jusqu’ici à grandir la liberté française ; pourquoi donc l’Italie serait-elle immolée sans nul profit pour la France? Lorsqu’on affranchit la Grèce en 1825, après Navarin, les politiques sérieux voyaient là aussi une caused’agrandissement pour la Russie. La délivrance des Grecs fut
un acte d’humanité et de Justice; la terre et les cieux en
ont tressailli. La délivrance de l’Italie ne sera pas moins féconde pour l’humanité. Qui sait s’il ne se dégage pas une t force de vie contagieuse chez un peuple ressuscité?
« Aujourd’hui, c’est le despotisme qui récolte les fruits de cette guerre des nationalités. Mais qui donc l’a préparée? Qui a jeté dans le cœur des peuples cette semence de liberté, d’indépendance ? A qui revient la vraie part ? A la diplomatie ou aux écrivains patriotes?
a Toute la vie des amis de la liberté a été consacrée à l’afiranchissement des nationalités. L’Italie délivrée, c’est leur pensée qui triomphe; c’est la force de nos idées que nos adversaires nous ont empruntée ; ils ont été obligés de prendre notre masque pour réaliser notre œuvre. Qu’importe si on leur attribue aujourd’hui la délivrance de l’Italie? Qu’elle soit libre'! Songeons à ses douleurs séculaires !
uéMOIRIS d'kxil
« Il est impossible de ne pas espérer la même chose pour • la France. Ne voudra-t-elle pas remonter au. moins au niveau de l’Italie? Eh quoi ! l’Italie, après un si profond abaissement renaîtrait, remonterait bien haut, et la France seule demeurerait gisante au fond de l'abîme?
« Sans doute , c’est par d’autres mains que nous aurions voulu rafîranchissemeut de l’Italie. Mais quelles sont les choses humaines qui arrivent telles qu’on les souhaite et par les hommes qu’on eût choisis ? Trois nationalités pour lesquelles j’ai travaillé, à qui J’ai aussi consacré ma vie, ont ressuscité : la Grèce, la Roumanie, l’Italie. C’est une grande joie. Ne faisons pas comme les’ enfants qui désirent passionnément une chose et pleurent quand ils Tobtienent.
« La France aussi aura son tour, elle se relèvera. »
Il parlait ainsi pour nous fortifier, pour nous raffermir ; car il faut avoir traversé d’amères douleurs pour arriver à de telles conclusions. Il ajoutait :
« Délivrance toute de surface ; la question, le nœud est à Rome. »
A la nouvelle de l'insurrection de Toscane, un immense espoir se glissa dans les cœurs.
Italie ! Italie ! est-ce toi qui précéderas la France, comme en 1847 tu précédas le 24 février?
Peu à peu, la joie monta si haut, qu’eUe fit renaître Timage du retour dans la patrie.
De Paris, ou écrivait avec un accent tout nouveau :
« Rome a fraternisé ; les Hongrois ont disparu de Paris ; une flotte ira à Venise; les démocrates français commencent à lever la tête. »
Après avoir soulevé l’Italie d’un bout à l’autre, le torrent rentrera-t-il dans son lit? Il débordera. Si les espérances
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des Italiens sont trahies, le mouvement limité, ’eh bien, Paris le reprendra... La situation est périlleuse pour le , despotisme.
Une vraie fièvre s’empare de l’âme en y songeant. Que de rêves, que d’espérances, mon Dieu ! Elles changeaient à chaque instant. Déjà on se voyait eu chemin de fer vers Paris.., Mais serons-nous sages cette fois? Ne verronsnous plus de disputes impies entre les sectaires ? Patrie, hberté, imirez-vous tous les citoyens en un seul peuple?...
Hélhs ! que ces victoires, que ces périls nouveaux, étaient encore éloignés!
Cent mille Autrichiens passent le Pô en trois endroits et s’avancent, sur Turin, tandis que les Français n’arrivent que par détachements de mille hommes. Il est manifeste que l’Autriche surprit ses adversaires au lieu d’être surprise. Sa meilleure machine de guerre c’était la proclamation du comte de Buol, qui appelait le sauveur de l’Ilahe ; « L’homme du deux Décembre, » et il ajoutait : « Je viens délivrer le Piémont. »
Encore un libérateur. Pour le coup, c’était complet.
L’allié du roi de Sardaigne était encore à Paris, hésitant à abandonner le gouvernement, hésitant aussi à confier à d’autres mains le commandement de l’armée française.
Que serait-elle cette campagne? On l’a dit : une campagne de glorieux soldats sans généraux.
• L’enthousiasme des Italiens était entraînant. Et les Français, se réveillèrent-ils? Oui, pour voter un demi-milliard d’emprunt.
Cependant on assurait qu’à Paris, l’esprit était excellent.
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que les soldats répondaient par le cri : Vivent les Parisiens ! au peuple qui les escortait au départ.
Tenons en bride nos espérances, les vœux peuvent être imprudents. Mais le cœur des exilés ne calculait pas ; ils croyaient voirie moral de la France se retremper ; un instinct plus noble remplaçait chez les masses , les intérêts sordides dentelles vécurent depuis 1851. Après un long silence, la poitrine du peuple se dilatait pour crier : Vive ITtalie ! Nul engouement bonapartiste dans ce cri, nulle tradition napoléonienne ne s’y mêlait, l’entrainement fut sincère; c’est la France qu’on acclamait, non pas César.
Les proscrits pouvaient donc à ce moment crier aussi : Vive l’Italie! Et Dieu sait que l’enthousiasme ne fit pas défaut aux lettres échangées entre Bruxelles, Paris et Veytaux. Quand le cœur bat si fort, peut-on suivre le froid raisonnement? On n’est plus maître de son élan; on espère, malgré tout, en cette force d’en haut, qui n'est autre que l’enthousiasme sacré conservé dans les nobles natures.
Quels jours de fièvre ! on eût voùlu des dépêches d’heure en heure. Sans cesse on courait sur le chemin du bureau de Vemex. Cet avenir si gremd peut-être, cette révolution, qui germait partout et que chaque patriote italien portait en soi, n’était-ce pas le Messie qui guérit les paralytiques? Au lieu de prêter l’oreille aux lugubres tintements du cerveau eufiévaé, on écoutait le bruit du canon sur le revers des Alpes, au delà de ce lac paisible.
On se réjouissait alors sans arrière-pensée personnelle. N’était-ce pas le départ des volontaires de 92 ? Des sentiments si vrais, si énergiques n’out-ils pas une puissance de rayonnement qui se projette au loin ?
Le gouvernement issu du coup d’Etat appelait à la liberté
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les peuples d’Italie : « Citoyens libres d’un grand pays, » disait la proclamation ; « l’Italie sera affranchie des Alpes à l’Adriatique. »
Liberté aux Italiens, servitude aux Français; malédictions jetées aux amis de la liberté, aux fauteurs de désordre, aux incorrigibles.
Les proscrits, du moins, ressentirent profondément cet outrage. Nulle parole ne me fut plus amère que cette conclusion que mon mari tirait des événements :
t On peut dire que, par un effet de la justice éternelle, la France se châtie elle-même avec sa propre gloire. Comme cette nation a renoncé au droit, qu’elle a livré le droit, ses succès ne font que river ses chaînes. Elle rend la liberté à l'Italie, et sa propre servitude se consohde. Sa gloire de- • vient son châtiment. »
Jamais l’âme humaine ne fut si violemment et si fréquemment tiraillée en sens contraire : sympathies, répugnances, espoir, crainte, enthousiasme, dégoût, on passait de la joie à la tristesse, à l’indignation, selon les nouvelles qu'on recevait et la source dont elles provenaient.
Une de nos plus douloureuses impressions dont il me souvienne, ce fut la pluie de fleurs de Gènes qui accueilht le débarquement de l’allié de Victor-Emmanuel. .
Cette pluie de fleurs nous gâtait la vue de nos prés et de nos bois en pleine floraison. Toutes les charmantes fleurettes qui émaillent le verger de Veytaux se trouvaient compromises. Je les regardais avec colère :
— Vous n’avez pas échappé à la flétrissure.
-7 Pardonnez à nos sœurs italiennes. Elles acclament les soldants qui les délivrent des fouetteurs de femmes, répondaient les fleurs du sentier.
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Hélas ! verra-t-on jamais tresser des couronnes, élever des arcs de triomphe eu l’honneur de la liherlé, de la justice?... Gènes, patrie de Mazziui ! que ton enthousiasme in'a coûté de pleurs. Justice éternelle! Souviens-toi à l’heure de l’histoire.
Les événements se précipitaient ; la situation qui apparaissait extrêmement eu noir s’éclaircit, lorsque Gaiâhaldi entra en scène. Toutes nos espérances s’incarnèrent dans cette noble figure ; par lui la grandeur morale rayonnait encore sur la terre, après huit ans d’opprohre.
Le défenseur de Rome n’avait pas perdu une heure ; dès le mois de janvier, il organise le corps des chasseurs des Alpes. C’est lui qui ouvre l’entrée eu campagne.
Ennemis ou indifférents, personne ne niera qu’il eut l’honneur de franchir le premier les frontières. Par ses manœuvres pleines d’audace et de génie, il étonna l’ennemi; sa plus gi’ando force était sou iioni. Il valait un corps d’armée. Le vétéran de la République Romaine électrisait les Italiens, il soulevait les populations, il révolutionna le pays.
Le 23 mai, Garibaldi entre à Varèse,le27 àCôme. Et pour cette hardie incursion en Lomhaidie, de quelles troupes disposait-il? de 3,500 volontaires, mais c’était la fleur de l’Italie. Seul, il poursuit les Autrichiens, avec huit cents patriotes de la Valteline.
Il s’empare des bateaux à vapeur autrichiens du lac de Côme. Giulay s’attendait à être attaqué sur le Pô par les Français, il dégarnit les abords du lac Majeur. Garibaldi en profite pour accomplir cet acte audacieux. Que nous étions heureux de ce beau fait d’armes d’un républicain, d’un des nôtres l