UNE LETTRE DE MAZZINÎ
Trentino, faire la guerre à l’Autriche ou la pousser vers la Moldo-Valachie. On en est là. Le succès, la théorie de Hegel, l’adoration de la forcé.
« Lajustice.la justice pour tous et partout, estuue utopie.
« En Italie, quoi qu’il en soit, nous marchons rapidement, par la dissolution de tous les pouvoirs, à la répubüque. Nous l’aiuons, je pense, avant vous...
« Voilà pourquoi, découragé, dégoûté souvent, je
reste à ma place. Il se peut que je puisse, en restant, influer sur ses premiers actes; et les premiers actes d’une révolution enfantent logiquement des conséquences qu’on ne prévoyait pas, qu’on ne voulait pas dès l’abord. Toute une époque peut dépendre du caractère de l’initiative
Adieu, cher ami ; restez debout et prêchez le vrai. A vous de cœur.
« Joseph Mazzini. »
« On me dit que vous avez écrit une réponse aux accusations brutalement lancées contre votre livre sur la Révolution. Est-ce vrai? Je ne l’ai jamais vu. Quel est son titre?»
NAVK KT J AMAN.
Après ces grands souvenirs, montons sur les plus hautes cimes.
Le mois de mai ramena nos bien chers amis de Saint- Amour ; nos silhouettes devraient être gravées par le soleil sur chaque rocher, tant nous parcourûmes ces montagnes. M. et de Quelle arrivèrent cette fois avec le plus ancien ami de mon mari, comme lui né dans la maison de Fenille de Varennes en février 1803, M. Albert de Saint-Germain.
Les voilà installés dans une maison qui domine le village ; de nos fenêtres nous les apercevions sur leur terrasse. On essayait vainement d’arracher l’écrivain à son travail, de l’entrainer au moins jusqu’au Righi vaudois, où il se croirait au cœur de l’Oherlaud ; ou vers le Pont de pierre, dont le beau torrent voilé de sapins mugit sous les rochers. Il refusait et préférait uu terrain uni propre à la méditation. Nous emportions du moins sa pensée dans les profondes forêts et sur les sommets.
Ahl les belles ^jromenades au Liboson, à Gaux, aux fromageries des Fribourgeois ! Comment se lasser de cet air viviliant, de ce nectar des fleurs, de ces alpages foulés, traversés, escaladés eu tous sens, les haies vives franchies, les torrents passés à gué, de rochers en rochers, dans
MÉMOIRES d’exil
Teau écumaute '? A cinq mille pieds on trouve sur quelque vieux tronc de chêne colossal un groupe de jeunes sapins comme des orphelins recueillis par un étranger. Dans ces forêts de Caux la variété des arbres est singulière :■ fiênespleureurs, sycomores, .érables, trembles, charmes, hêtres, chênes, mélèzes et toutes les espèces du sapin.
On partait à cinq heures du matin ; de quoi vivait-on ? de pain et de fromage, d’air embaumé. Quand le vent glacial soufflait sur les ascensionnistes haletants, ils entraient dans la hutte d'un chevrier, dans un grenier à foin.
Sans aller si haut, on trouvait de ravissantes promenades à mi-chemin de Glion; près de la cascade de la Famette, une escouade de travailleurs frayait une nouvelle route sur le flanc de la montagne pour relier Glion aux noires forêts de Caux. La terre fraîchement remuée et les hautes herbes exhalent la saine odeur qui vivifie. Sous Tombrage des chênes,' on domine le profond ravin où mugit la Veraye , les pentes boisées du Soncbaux, le plateau de Ghambabo épais fouillis de verdure.
On n’aperçoit pas le lac; on est enveloppé par les vertes montagnes qui servent de piédestal aux Rochers de Naye. Tout à coup au bout des allées ombreuses comme celles d’un parc , le splendide panorama du Léman et des Alpes se découvre de nouveau... Mais une pensée me gâte ces hauteurs : tu ne viendras pas ici I Nos Bressans éprouvaient le môme regret. Le lendemain on renonçait à l’ascension projetée et on se réunissait au Verger. Merlin y évoquait mille souvenirs chéris, distincts comme si c’était d’hier ; les amis s’étonnaient de cette mémoire du cœur. Je pense que l’extrême pureté de la vie, comme l’extrême pureté du ciel, permet d’apercevoir les plus lointains horizons.
NATK ET JAMAN