‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 12 sur 102 · II. DES HONNEURS PUBLICS · texte numérisé non relu

II. DES HONNEURS PUBLICS

tien, aux frais de l'Etat, dans lo Prytanée, inscription au registre spécial des bienfaiteurs do l'État; puis, pour les étrangers en particulier, le titre de proxhne ou hôte public des Athéniens, c'est-à-dirè le droit de se ruiner en recevant avec magnilicenco les ambassadeurs ou même les simples citoyens d'Athènes qui voyageaient à l'étranger pour leurs affaires ou pour leur plaisir; enfin, le droit plus utile de posséder des immeubles, de contracter mariage en Attiquo, autant de privilèges qui, réunis, faisaient presque do l'étranger un véritaMo Athénien. C'était à qui obtiendrait, pour lui-môme ou pour les siens, tout ou partie de ces distinctions honorables et souvent onéreuses. On compterait aujourd'hui jusqu'à deux cents peut-être do ces collations d'honneurs qui nous sont parvenues, plus ou moins mutilées par les injures du temps, sur les seuls monuments d'Athènes. Si le petit monument dont j'ai traduit lo texte ne venait qu'augmenter ce nombre, il semblerait avec raison d'un intérêt médiocre pour l'histoire. Mais plusieurs traits singuliers le signalent à notre attention, outre autres les clauses qui le terminent. En effet, aux privilèges purement honorifiques que reçoit lo Platéen Eudémus, le décret de Lycurgue en ajoute deux plus réels, que je no me souviens pas encore d'avoir vu mentionnés dans les autres pièces du mémo genre. Je veux dire le droit do contribuer par l'impôt aux dépenses do la république, et celui de combattre dans les rangs de ses armées : deux choses bien dignes des beaux temps de la Grèce ! On a beaucoup déploré, et qui l'a déploré plus éloquemment que Démosthène ? l'affaiblissement de l'esprit militaire chez les Athéniens, et cette mollesse qui trop souvent confiait leur fortune à des armées mercenaires. Mais tout le monde, apparemment, n'oubliait pas alors les vieilles traditions du patriotisme : niPhocion, qui était bien, je crois, un véritable Athénien, quoique peu ami des aventures guerrières, ni le vertueux Lycurgue, qui, sans sortir d'Athènes, faisait beaucoup pour les succès de la guerre

en assurant la prospérité des finances ; et c'était par surcroît un bel exemple que celui de ces étrangers qui au sacrifice de leur fortune ajoutaient TolTre d'exposer leur vie pour défendre la patrie do Miltiade et do Périclès.

Cette clause du décret de Lyeur^ue me touche encore pour une autre raison. Elle garantit, si cela était nécessaire, la parfaite honnêteté des motifs que pouvait avoir l'auteur de la proposition. Or, la défense do tels décrets était une des occupations, j'ai presque dit une des fonctions habituelles de ces orateurs hommes d'Etal qui, sous le nom de démagogues, comme les journalistes choz quelques nations modernes, entretenaient chaque jour le peuple de ses intérêts et de ses devoirs. Cestainos passions et certains calculs sordides se mêlaient, dit-on, aux motifs spécieux que laisse seuls voirie texte officiel des actes parvenus jusqu'à nous. Les orateurs contemporains de Démosthèno se renvoient souvent le reproche do malversation en ce genre d'affaires affirmant d'ailleurs, comme c'est leur usage, plus souvent qu'ils no prouvent, mais, dans leurs assertions contradictoires, trahissant, en définitive, une trop réelle décadence des institutions et des mœurs. Athènes avait bien le droit, sans doute, do traiter avec honneur de petits princes barbares, tels que ces rois du Bosphore \ dont les Etats, riches en blé, approvisionnaient l'Attique, comme ces méjnes régions approvisionnent encore de céréales une partie do notre Occident. Du

1 Hypéride, contre Démoslhêne, fragm. 110 B. C. ; Uinnrque, contre Dëmoslhèm, § 41 ; Déraosthène, contre la lui de Uptinc, § 13'2.

3 Sur Leucon, voir la Lcplinknne de Démosthéno, et sur Sparlocus, l'inscription qui est au Corpus inecr. grœc, n° 107 (dans Franz, Elem. fpigr. gr.f n° G9); autres exemples dans Ran^abL*, Antiq. hell. ng» 446 et 417. Le numéro 87 du Corpus se rapporte à un règlement d'alliance entre les Athéniens et uu roi de Sidon nommé Slratop, règlement volé sur la proposition d'un certain Céphisodole, qui parait être l'orateur contemporain de béniosthfcne.

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