‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 15 sur 102 · II. DES HOXNEURS PUBLICS · texte numérisé non relu

II. DES HOXNEURS PUBLICS

Quand on voit Cicéron, dans un de ses plaidoyers >, tourner en ridicule la vanité des cités grecques, de leurs délibérations, de leurs décrets et particulièrement de leurs décrets honorifiques, on taxe volontiers d'injustice la verve malicieuse do l'orateur romain. Mais à lire quelques-unes de ces pièces que les marbres de la Grèce ont conservées jusqu'à nous, on reconnaît que le défenseur de Flaccus exagérait seulement , pour le besoin de sa cause, un mal d'ailleurs incontestable. Au temps mÊme do Plutarque, le rhéteur Dion Chrysoslome , dans sa jolie nouvelle connue sous le nom à'Euboïque, touche agréablement ce ridicule de ses contemporains en résumant les termes d'un décret honorifique où les honneurs décernés sont d une modestie digne des siècles antiques *. Plus les Grecs s'habituaient au joug de Rome, plus s'affaiblissaient chez eux les sentiments du vrai patriotisme, plus s'avilissaient des honneurs et des récompenses prodigués souvent aux moins dignes citoyens et pour do futiles motifs. Le décret des Béotiens d'Acraephion ne marque, à vrai dire, que le dernier terme d'un abaissement déjà trop sensible dès le temps même où nous reportent les souvenirs de l'orateur Lycurgue. Dès ce temps Athènes agitait de décerner une statue au roi Alexandre et bientôt elle allait voter des honneurs divins aux capitaines du conquérant \

Il me reste quelques mots à dire sur le décrot qui m'a suggéré ces rapprochements historiquos et ces réflexions. On

' Cicéron, pro Flacco, c. vu, xv, xvi, xxiu, xxxi. Il est curieux de comparer avec ces passages les aveux du même orateur, dans un autre plaidoyer (pro Plancio, c. it-ti) sur les comices du peuple romain.

1 Discours VIIe, p. 242, éd. Reiske ; p. 127, éd. Erapérius.

-1 Voir les fragments 151 C du discours d' Hypéride contre Démosthène ; Dinarque, contre Démosthène, § 94; le fragment 0« de Démade, et le fragment 12« de Pythéas, dans la collection des Oratores attici de C. Mûller (Dihl F. Didol, 1858).

1 Plutarque, Vie de Démétrius, c. x-xiv. Plutarque transcrit même (c. xin) le texte d'un de ces honteux décrets.

voit que le prix de la stèle, c'est-à-dire de la plaque de marbre qui nous est parvenue, y compris la gravure des caractères, est de 30 drachmes ou 27 francs de notre monnaie. Celte dépense, régulièrement attestée dans les pièces du môme genre, est presque toujours, comme ici, de 30 drachmes Ainsi 27 francs de notre monnaie, valant trois ou quatre fois plus alors que de nos jours, vu le rapport de l'argent aux choses vénales, par conséquent 100 francs ou environ, voilà le prix d'un de ces actes authentiques que le peuple d'Athènes déposait par milliers dans ses monuments publics et dont un si grand nombre encore, à travers les ravages du temps, ont porté jusqu'à nous le témoignage de sa vie journalière. Avec nos moyens économiques, avec l'imprimerie et le papier, sommes-nous bien sûrs aujourd'hui de porter aussi loin l'exact témoignage de nos misères ou de nos gloires >

Les considérations qui terminent le morceau précédent nous amenaient naturellement à traiter des honneurs publics chez les autres peuples de la Grèce. C'est un sujet que je n'ai pu traiter dans son ensemble; le morceau suivant montrera du moins par un exemple l'intérêt historique que peuvent offrir ces études, surtout grâce aux lumières abondantes qu'y répand chaque jour l'épigraphie *.

1 Voir plus haut, p. 60-Gi, note 5.

2 Cet essai résume, avec quelques observations nouvelles, une leçon de mon cours philologique à la Faculté des lettres, en 1844-1845.11 a été publié dans le Journal général de l'instruction publique du 30 juillet 1845.

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