‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 17 sur 102 · CONCERNANT LES ARTISTES GRECS · texte numérisé non relu

CONCERNANT LES ARTISTES GRECS

Le passage de Cicéron que je me propose do soumettre ici à un nouvel examen est depuis longtemps célèbre, et il a figuré, entre autres occasions, dans une controverse suscitée entre M. Letronne et M. R. Rochetto à propos de l'inscription découverte dans le corps du Bacchus en bronze qui fait partie de la collection du Louvre. Néanmoins, et môme après tant de discussions savantes, les courtes observations qui vont suivre me paraissent avoir encore quelque nouveauté; c'est ce qui m'encourage à les soumettro au jugement de mes confrères.

Cicéron, dans un chapitre do ses Tusculanes*, parlant du désir de l'immortalité chez les guerriers, les hommes d'Etat, les poètes, ajoute : a Mais les artistes aussi veulent qu'on parie d'eux après leur mort. Autrement, pourquoi Phidias aurait-il enfermé son portrait dans le bouclier de Minerve, faute de pouvoir y inscrire... [quum inscriberc non liceret). Et nos philosophes, est-ce que dans les livres mômes qu'ils

I Note communiquée à 1 Académie des Inscriptions et Belles-Lettres dans sa séance du 18 octobre 1861, et à l'Académie des Beaux-Arts, dans la séance du 10 ; publiée dans la Revue archéologique de la môme année.

» Tusculana quœst., I, 15, texte que je ne vois pas modifié dans les éditions critiques les plus récentes de Cicéron.

écrivent sur le mépris do la gloire, ils n'écrivent pas leur nom on tôto (sua nomina inscribunt) ?» On a souvent cité ce passage pour établir que les artistes grecs n'avaient pas la permission de graver leur nom sur leurs œuvres, ou, tout au moins, que Phidias, par quelque motif de jalousie politique ou de superstition religieuse, n'avait pu obtenir des Athéniens cette permission pour sa Minerve; et, afin de prouver mieux une exception si étrange, on a remarqué que, selon un témoignage de Plutarque, le nom de Phidias se lisait seulement sur la base de l'immortel colosse1. Mais, dans la préoccupation où l'on était de concilier les deux écrivains, je crains que l'on n'ait méconnu le vrai sens du texte de Plutarque. Ce dernier, en effet, dit simplement, après avoir rappelé l'érection d'une statue à Pallas Hygie, que « le siège en or de la déesse était l'œuvre de Phidias, dont le nom se lisait, à ce titre, sur la stèle, » c'est-à-dire probablement, et selon l'opinion d'Ott. Mùller, sur l'acte d'érection, sur quelque plaque de marbre semblable à celles que nous ont rendues les ruines de l'Acropole, procès-verbaux officiels, ou comptes de dépense, comme la pièce que nous a récemment fait connaître une communication de notre correspondant d'Athènes, M. Rangabé. A supposer d'ailleurs que la stèle soit ici la base, toujours est-il probable que le passage cité de Plutarque se rapporte, comme les lignes immédiatement précédentes, à la Pallas Hygie, non à celle du Parthénon. Le statuaire, auteur

1 Périclès , c. xm : Èjti tgûtu Si xai tô xaXx&ûv â-yaXptx rn; i'-jita; ÀOïivà; «vtoTTtOiv tv ÀxpcnoX» Trapà tôv peofwv, 6; xat 7rpo'TEpcv h, Xi-ys-ja-.. 6 £è «îutîîa; «tpfâÇtro aèv rft; 6tcù to y.puaoùv f$o;t xat tcûtcu Snaisof-jo; tv tt, orrto tîvai ftfftaevm. La noie de Sintenis sur ce passage (Cf. ad cap. xxxi), les observations de M. Rossignol {Trois dissertations, p. 172; et l'autorité des deux traducteurs français. Amyot et Ricard, n'ont pu, je l'avoue, me convaincre que le mot ih; désigne ici la statue (une statue debout) de la Minerve du Parthénon. Le sens que j'adopte, parce qu'il me parait le plus simple, est déjà adopté par M. Sillig, Catalogus artiflcum, p. 347, n« xxxiv.

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