‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 18 sur 102 · D'UN TÉMOIGNAGE DE CICKRON · texte numérisé non relu

D'UN TÉMOIGNAGE DE CICKRON

de la Pallas Hygie, se nommait Pyrrhus ; son nom, déjà connu par un témoignage de Pline », se lit aujourd'hui sur la base môme de la statue, base que l'on a retrouvée presque intacte parmi les ruines des Propylées ' ; et il est assez naturel que Plutarque ait mentionné la coopération, mémo accessoire, do Phidias à l'œuvre d'un artiste de second ordre. Tout cela est intéressant pour l'histoire de l'art, mais est sans rapport avec le texte de Cicéron,qui demeure l'unique témoignage ancien à l'appui du fait attesté, et n'est pas, comme on l'a déjà souvent reconnu, un témoignage rassurant.

D'abord, en effet, le texte par lui-raôme présente quelque difficulté. Jnscribere ne peut guère, à lui seul, signifier « inscrire son nom ; » c'est là une ellipse donHon n'a pas pu jusqu'ici citer un second exemple, et il est d'autant plus difficile de l'admettre dans le texte en question, que, deux lignes plus loin, Cicéron emploie l'expression complète sua rumina inscribunt, qui rappelle précisément celle du poëte : flores inscripti nomina regum \ Il en est de même pour le mot inscripiio, qui ne se passe de complément que si le complément est très-facile à sous-entendre v. Le verbe inscribere peut avoir aussi pour régime le nom de l'objet ou de la matière sur laquelle des caractères sont écrits ; mais on n'a pas démontré non plus que le nom de cet objet puisse être, à volonté, sous-entendu. Enfin les manuscrits n'offrent, en cet endroit, aucune variante qui nous importe. Mais, de bonne heure, il s'est produit une conjecture qui remonte au moins jusqu'à Ernesti, et qui substitue le mot nomen à la négation non. Or, d'une part, la paléographie admet sans peine cette

1 Hitl. nat., XXXIV, c. vin, § 17. Comparez les textes réunis par M.Sillig, Catalogus artificum, au mot Stipax.

* Voir le dessin de ce monument dans le Voyage archéologique de H. Ph. Le Bas, pl. VIII des inscriptions.

3 Virgile, Ecloga 111, v. 106.

* Voir ci-après, p. 104, et la note i.

98 Pl. RÉVISION C1UTIQUÏÏ

substitution, puisque non, avec une barre sur la voyelle, peut Être l'abréviation de nomen ; d'autre part, il faut avouer que le texte de Cicéron, ainsi corrigé, s'accorde beaucoup mieux d'abord avec divers renseignements parvenus jusqu'à nous au sujet du procédé de Phidias, puis avec les exemples de signatures d'artistes que nous offrent les monuments de l'antiquité.

On sait que Phidias s'était représenté lui -môme sur le bouclier de la déesse, « sous les traits d'un vieillard chauve qui lanc« une pierre des deux mains, » et qu'il avait disposé ce portrait de façon qu'on ne le pût enlever sans déranger et désunir toutes les parties de l'œuvre1. Ces précautions attestent beaucoup plus que le désir d'attacher son nom au colosse de Pallas. La simple inscription de ce nom, à supposer quelle fût permise, comme on sait qu'elle le fut pour Phidias dans d'autres circonstances8, peut-être, il est vrai, moins solennelles, n'était pas pour sa vanité une garantie suffisante; il eût été si facile d'effacer quelques lettres grecques sur une partie quelconque de la statue 1 Ainsi, c'est malgré cette permission que Phidias jugea utile de prendre d'autres assurances contre l'ingratitude ou l oubli do la postérité. Son ambitieuse défianco, ayant blessé les Athéniens, nous explique assez bien, si jo no me trompe, les attaques dont il fut l'objet, à cause du fameux bouclier de Minerve, et dont Plutarque nous a raconté l'histoire. De ce coté donc, la conjecture d'Erncsti s'accorde avec les faits d'une manière bien séduisante, et je ne m'étonne pas qu'elle ait séduit un de nos plus savants antiquaires, M. Raoul Rochctte 3. Mais l'accord que je signale entre les faits et ce texte ainsi corrigé prend un

1 Voiries lexles reunis dans ï Acropok d'Athènes de M. Beulé, t. II, p. 188 et suiv.

* Voir l'anecdote racontée d'après de* auteurs plus ancieus, à ce qu'il semble, par Tzelzbs, Chiliade VII, Mit. 154; et Pausanias, V, x, § 2.

* Questions de l'hittoire de fart, p. 20-2\>.

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