SUR LES FORMALITÉS DE L'ÉTAT CIVIL CHEZ LES ATHÉNIENS
a propos de l'inscription inédite d'uni plaqoe de bronze qui parait provenir d'atherbs K
Il y a, dans les langues qui ont vieilli, des mots dont Phistoire touche souvent aux vicissitudes des institutions et des mœurs pendant plusieurs siècles.
Tel est, en grec, le mot rjyifoAcv, dont j'ai eu naguèro l'occasion de rechercher et d'expliquer une signification curieuse, à propos du texte conservé sur un papyrus de la deuxième collection d'Anastasy *.
Ce mot gu|x5cXov 3 n'a que bien rarement, dans l'antiquité,
« Publié dans la Revue archéologique du mois de septembre 1861. Une rédaction un peu abrégée de ce mémoire, destinée à la séance publique (9 août 1861) de l'Académie dea Inscriptions et Belles -Lettres, a paru dans les actes de cette séance, et a été reproduite dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences morales, en souvenir de la lecture que j'avais eu l'honneur de faire, devant cette Académie, d'une première rédaction de mes recherches sur la plaque d Apollophane.
* De quelques textes inédits récemment trouvés sur des papyrus grecs qui proviennent de l'Egypte, 1858, in-8 (lu a la réunion trimestrielle des cinq Académies, le 7 octobre 1857).
3 Ne pas confondre avec ou^ScX-ii, qui se rapporte au sens du verbe moyen oujx&xXXtoflat. H. Estienne a là-dessus un chapitre excellent, dans son opuscule de Abusu linguœ grœcœ in quibusdam vocibus quas lalina usurpât (1563), réimprimé à Berlin, en 1736, avec des notes utiles de Kromayer.
le sens philosophique et théologiquo qui s'est attaché à sa transcription française symbole *. Dérivé du verbe zj\).6xù>zï>, il désigne, au sens propre, le rapprochement ou la jonction de deux pièces d'un ensemble ou de deux parties d'un tout. C'est ainsi qu'on nommait z'j\i.iz\% ou i\).iz\%y dans la marine athénienne, la rencontre du mât et de la grande vergue 3 ; et c'est ainsi encore qu'on nommait tjjicsax dos poids et mesures étalons, parce qu'on en rapprochait les autres poids et mesures pour en vérifier l'exactitude 3.
La m£me idée de rapprochement domine : 1° Quand ésAîv est employé pour le signe de reconnaissance dont on déposait une moitié dans le berceau d'un enfant exposé. C'est une pièce de ce genre qui amène le dénoûment de la célèbre tragédie d'Euripide intitulée Ion 4;
2° Quand il désigne la pièce de monnaie coupée en deux, suivant un usage athénien, pour consacrer la conclusion d'un marché *;
3° Quand il désigne ce que les antiquaires appellent ordinairement une tessère d'hospitalité; (mais, à vrai dire, tous les petits monuments de ce genre qui nous sont parvenus, soit avec texte grec, soit avec texte latin, forment chacun un tout complet; ils sont d'une date où l'on avait renoncé à l'usage primitif de couper en deux morceaux la pièce destinée à servir de gage entre les personnes ou les familles unies par l'hospitalité «.)
» Par exemple, les oûfi&Xa dePythagorc ; autres exemple» dans Proclus, éd. Cousin, l. IV, p. 89. 91,92,93, 116, 126; t. V, p. 50; t. VI, p. 57, etc.
* Pollux, Onomasticon, I, 91.
a Corpus inscr. grœc, t. I, p. 165. De là l'expression à«ûjx6Xtiro« pour une mesure qui n'a pas été vérifiée surl'étalou.
* Ion, y. 1386. Cf. l'Hélène du même poète, v. 291, elXénophon, Cyropédie, VI, i, § 46.
» Pollux, IX, 71, texte encore assez obscur pour le détail, malgré les corrections et les explications des interprète?. 6 Arbtotc, Politique, IV, 9; De la gâiéralivn des animaux. I, 18.
4° Quand il désigne une carte donnant droit de transport gratuit dans les voitures et sur les chemins publics dans l'empire romain, comme cela ressort d'un texte de Caton l'Ancien conservé par Fronton1.
5° Il en est de mémo pour le cO;j.Soasv attesté par quelques textes sur papyrus égyptien ; il peut n'avoir été qu'à l'origine une carta partita, comme celles dont l'usage se conserva si longtemps dans la diplomatie et la comptabilité chez les peuples de l'Occident chrétien a. De bonne heure, en effet, le sens de titre authentique a pu s'étendro à des rj\iîz'K% ou pièces auxquelles d'autres signes attachaient ce caractère d'authenticité.
6° Ainsi encore ce quo nous appelons aujourd'hui le mot (Tordre dans le service militaire a pu être représenté jadis par une tessere brisée en deux morceaux ; mais ce sfySs/.sv ou tjv0t;^2 primitif est devenu d'assez bonne heure le simple échange de paroles convenues 3.
L'idée d'une convention, d'un moyen do reconnaissance domine désormais seule, quand tj^sagv désigne :
• 7° Un traité destiné à régler soit des relations de commerce, soit l'organisation de tribunaux neutres entre deux peuples,
Cf. le schoiiaste sur la Medée d'Euripide, v. 612. — Exemples de ces légères d'hospitalité dans le Corpus inscr. grœc, u° 5406, et dans les Inscr. latines d'Orelli. n° 1079. Cf. dans le Corpus inscr. grœc., le n° 545, inscription d un vase qui était un présent d'hospitalité.
1 De Sumtu suo, cité par Fronton, p. 140, éd. Rom.
s Voir en général, sur les charlœ partitœ, le Nouveau traité de diplomatique, par les Bénédictins, t. 1, p. 555 et suiv. ; plusieurs exemples sont réunis sur la planche XXVII, fig. 2, 5, 4, 5, du Hecueil de sceaux normands et anglo-normands, par M. d'Anisy. Caen, 1854, iu-4.
3 Schoiiaste sur le Rhésus, v. 575, et Servius, ad sEncidem, VII, 657. Ce rapprochement peut éclairer le sens de çivOr.fAx dans 1 Œdipe à Colone de Sophocle, v. 46 : Su|Ae,opâ; fcivfyu èfif,;. « C'est le mot d'ordre de ma destinée, » le signalement du lieu où doivent Unir mes malheurs.
comme il en reste quelques exemples sur les marbres de Tancienne Grèce 1 ;
8° Une lettre de crédit, comme cela se voit dans un passage de l'orateur Lysias * ; et peut-ôtre une lettre ou plutôt une marquo de créance, comme il semble ressortir du témoignage d'un traité entre Athènes et Straton, roi des Sido niens, vers le temps de Démosthène 3;
9° Un billet d'entrée soit au théâtre, usage attesté par un texte de Théophraste et par un assez grand nombre de monuments *, soit à l'assemblée du peuple, soit enfin dans un tribunal, comme cela se voit par deux témoignages des comédies d'Aristophane 5;
10° Une espèce de cachet de famille, sens attesté par la lettre, sur papyrus, de Timoxène à Moschion, que publia en 1826 M. Letronne, dans le Catalogue de la collection Passalacqua 6.
11° Une dernière espèce de gûjjiSsàsv paraît avoir eu pour objet, chez les Athéniens, l'attestation d'identité personnelle, avec les garanties qui s'attachent à cette attestation. Dans
* Voir notre Mémoire sur Us Traites publics dans l'antiquité. Nouvelle série, t. XXIV, p. 6, du Recueil de l'Académie des Inscriptions.
» Sur Us biens d'Aristophane, § 25, passage que nous avons tâché d'éclaircir dans une note insérée au BulUtin de la Société des antiquaires, et reproduite plus bas dans ce volume.
» Corpus inscr. gra>c, n° 87, texte qui sera relevé plus bas dans ce mémoire.
* Caractères, c. vi (L'ÀitovmoO, où l'on voit l'insolent « se mettre à recueillir le prix des places dans un auditoire de saltimbanques cl chercher querelle à ceux qui, munis de leur billet, prétendent regarder sans payer.» Cf. Frauz, Elementa epigr. grœcœ, p. 344; et, pour les exemples latins, Orelli, Inscr. loi., n°2539.
* Aristophane, Eccles., v. 297; Plutus, v. 278, et le scholiaste sur ces passages. Cf. Corpus inscr. grac, n° 207-210; Archœol. Ztitung, Jena, 1837, p 101 ; L. Ross, die Demen von Attika, p. 57-58.
6 C'est, à ce qu'il semble, dans le même sens que le mot latin sigillum grécisé se lit dans un papyrus de Londres, n° XL1V de l'éd. de Vorshal.
les Oiseaux d'Aristophane, Iris, la messagère des dieux, arrivant au milieu de la ville des Nuages, s'y voit arrêtée par Pisthétérus, qui lui crie, en parodiant sans doute les formalités de la police athénienne :
« T'es-tu présentée aux Coléarques ? Tu dis que non ? As-tu [au moins] le cachet (ou : le timbre) des cigognes ?
« — Quelle peste veux-tu dire ? » répond Iris, maugréant sans doute comme plus d'un étranger maugréait aux portes d'Athènes, surtout quand la guerre forçait d'y exercer une rigoureuse surveillance.
Pisthétérus insiste : « Ainsi, tu n'as rien pris? » ( Nous dirions aujourd'hui : « Tu n'as pas.de papiers? »)Iris : « — Estu fou? d Pisthétérus : o — Quoil pas môme un symbolon timbré pour toi par les ornitharques 1 ? »
Ces coléarques et ces ornitharques, noms plaisamment formés avec des noms d'oiseaux et le mot qui désigne une « magistrature, » nous laissent deviner des magistrats qui veillaient à la sécurité de la ville et qui avaient le droit de viser ou de délivrer certains passe-ports ou sauf-conduits, selon l'état de paix ou de guerre, et dans une intention d'ordre public bien facile à comprendre. Le môme usage de sauf-conduits se trouve indiqué sous le nom de syngraphus dans un passage des Captifs de Plaute, et l'on sait combien, pour le détail de la vie, Plaute est un peintre fidèle des mœurs grecques *.
Les collections d'antiquités possèdent des gù\l6z\cl de plusieurs espèces, cachets, billets de théâtre, signes d'hospitalité. Mais je ne crois pas qu'on y ait reconnu jusqu'à ce jour aucune pièce constatant l'état civil d'un citoyen grec, soit comme
1 Vers 1209 et suivants, où le schpliaste dit, à propos de açppa^** m* côp&Xcv CT.t tô» oy-fxwpnWjvai rapiXôiîv, w; t»v wtXetpYÔw çuXouto»v ovtwv.
1 Acte II, scène m, v. 91 : « A praetore suraara syngraphum. — Qaem syngraphum? — Quem hic ferai secum ad legionem, hinc ire huic ut liceat
HO IV. DES FORMALITÉS DE î/ÉTAT CIVIL
simple marque d'identité personnelle, usage qui paraît remonter jusqu'au temps du premier emploi do l'écriture en Grèce \ soit comme passe-port et sauf-conduit. Le petit monument que je me propose d'expliquer comblera peut-ôtre celte lacune.
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Ce monument est une plaquo de cuivre de 7 centimètres sur 5, pourvue, à droite, d'un appendice ou talon circulaire qui sert de prise pour la main, et portant quatre lignes de caractères grecs. Il provient, nra-t-on dit, des environs de Beyrouth, et il figure, sous le numéro 29 1 , dans le catalogue d'une vente de médailles et autres objets anliques où je l'ai acquis le 19 avril 1861 \ Les caractères de l'écriture peuvent appartenir au troisième ou à la fin du quatrième siècle avant Jésus- Christ, comme on le voit par le fac-similé ci -dessus. Les trois
1 Voir l'anecdote racontée par Justin (Hist. Philipp., III, 5). et par Polyen [Slratag.. I, il), et qui se rapporte au temps du poète Tyrtée.
2 Catalogue do deux collections provenant d'Orient, contenant des médailles grecques, etc., vente faite le 19 avril 1861; experts, MM. RolHn et Feuardent. Je dois faire remarquer que l'inscription était relevée d'une manifcn; fautive dans ce catalogue, p. 28 : AOOAAO<I»A?îH2 • ECTIAÎOT • TOTBXCIAKIAOÏ- AeHISAC • ARP • (sic).
CHEX LES ATHÉNIENS. iii
premières lignes n'offrent aucune difficulté. 'AïwXXsçivYjç Ts- Tsstau ts5 BasiXstèîu forment le nom complet d'un Grec de naissance libre, mais à qui l'on n'avait donné ni le nom de son grand-père, comme c'était l'usage pour l'aîné des fils d'un citoyen d'Athènes, ni le nom de son père, d'après un autre usage attesté par maint exemple sur les monuments grecs et particulièrement sur ceux de l'Attique *.
Si le grand-père de cet Apollophane se fût nommé aussi Apollophane, la désignation pouvait s'arrêter à Hestieeus, l'homonymie du grand-père étant de droit et pouvant être sous-entendue sans inconvénient. D'un autre côté, dans le cas où le même nom se perpétue de pèro en fils, les Grecs se contentent volontiers, surtout i\ partir du deuxième ascendant, de marquer cette continuité par les mots g»:, rp'^Tî-pietc., ou par les lettres numériques qui représentent ces adverbes ». Rien de plus clair donc que la généalogie d'un Apollophane, fils d'Iïestiœus, qui lui-même était fils de Basilidès; d'ailleurs, chacun de ces trois noms est bien do famille athénienne, et l'on peut en trouver des exemples dans les inscriptions et dans les séries monétaires d'Athènes qui répondent au temps d'Alexandro et de ses successeurs 3. Bien plus, le nom 'Erriatc; rappelle celui d'un dème de l'Attique, appelé 'Ea.TÎaia.
* On trouve pourtant quelques exemples semblables. Voir Ephémér. arch. d'Athènes, n° 225, et N. Schow, Charta papyracea musei Borgiani, p. 8, 16, 23.
* Sur cet usage, voir M. Boeckb, dans le Corpus inscr. st., t. I. p. 315 et 613; Franz, Elem. epigr. gt\, p. 374; Le Bas, dans la lievue archéologique, t. I, p. 718, et dans son Commentaire sur les Inscriptions de Morde, nM3G.
» M. Beulé, la .\fonnaie d' Athènes , p. 303, 56i : kxztei'Avr,;. V. 253 : È<T7iaT',;. P. 219 : BowiXû^ç. Voir aussi les articles correspondants à ces noms propres dans le Dictionnaire de Pape On y peut ajouter, d'après Ros?, die Demen von Atlika, inscr. n'> ôS, un KreïKMwt; ; u° 105, un Bswrtitôf.; ; n° 176, un Éor-.xïc;.
Les difficultés commencent avec la quatrième ligne, mais là aussi semblent être les indices qui nous aideront à mieux déterminer la valeur historique de notre petit monument.
'Aforjvâ; ne peut être que le génitif singulier d* 'A0t;v5t ou Minerve ; et axp avec le signe d'abréviation qui le surmonte, abréviation qui, par une coïncidence singulière, reparaît fréquemment dans les papyrus grecs où l'on a retrouvé des textes inédits de l'orateur Hypéride, ces quatre signes, dis-je, s'expliquent naturellement par àxpata;, génitif de l'épithète àxpaîoc, que l'on rencontre jointe au nom de Junon ("H?a) dans Euripide à celui de la Fortune (Tu/r,) dans Pausanias % à celui de Jupiter (Zsûç) sur les monnaies de Smyrne et de Temnos *, à celui des dieux (Bes{) sur les monnaies de Mitylène k. Si 'Afbjva àxpaU n'est pas la Minerve même de l'acropole d'Athènes, ce serait au moins la Minerve adorée sur l'acropole de quelque autre ville grecque. Mais voici une observation qui va rendre très-vraisemblable l'attribution de tout ce texte à quelque citoyen d'Athènes. Le monogramme initial de cette quatrième ligne se décompose sans effort en : ç ppx t a, d'où il est facile de tirer, en comptant deux fois Pa, le mot 9paTp(a. Les monogrammes sont rares sur les marbres antiques, très-communs, au contraire, sur les médailles, et parmi les quatorze cents monogrammes ou environ que je vois recueillis dans Mionnet, parmi ceux qu'a interprétés notre savant confrère, M. Beulé, dans son ouvrage sur la Monnaie d'Athènes, je n'en connais pas un qui se résolve d'une façon plus complète et plus simple en un mot appartenant à la grécité attique.
En effet, les phratries ou trittyes, reste de l'ancienne organisation aristocratique détruite par Clisthène, sont une divi-
» Alédéê, v. 1369.
* 11,7, §15, àSicyone.
* Eckhel, Doctrina N. K., t. II, p. 497, 508,543.
* Ibid , t. II, p. 504.
sion civile et religieuse de la tribu attique, division dont l'unité reposait sur la communauté d'un culte particulier à chacune d'elles. Comme elles étaient au nombre de douze (trois pour chacune des quatre anciennes tribus), on peut croire que chacune d'elles adorait spécialement un des douze grands dieux de l'Olympe. L'épithète sprats? s est déjà retrouvée jointe aux noms de Jupiter, de Minerve, etc., hors d1 Athènes, il est vrai, mais sur des monuments qui semblent nous offrir, à cet égard, un reflet dos institutions religieuses de l'Attique l. Un Athénien, dans la comédie intitulée Chiron, de Cratinus le Jeune, se vante de posséder tous les droits attachés à sa naissance, et parmi ces avantages il place le droit d'honorer un Jupiter çpâxpto; K Le temple où se réunissaient les ?p*TGps; à Athènes s'appelait ?pr:p'.sv a; on y célébrait des cérémonies en étroit rapport avec les formalités principales de la vie civile. Là-dessus les témoignages abondent, surtout chez les orateurs atliques, et, parmi ces derniers, dans les discours d'Isée. Pour n'en citer qu'un exemple, le plaideur qui prononce le huitième do ces discours veut prouver que sa mère était fille légitime de Ciron :
« Cela se voit, dit-il, et par les actes de mon père et par les résolutions que prirent au sujet de ma mère les femmes de son dème. En effet, lorsque mon père se maria, il fit un repas de noce, il y appela trois de ses amis avec ses propres parents, et il présenta, selon l'usage de cette phratrie, une
1 Corpus inscr. gr.y n° 2347s (à S. yros); n° 253"), dans une ville de Crète ; n°* 5785, 5787, 5802, à Naples, où des phratries existaient comme à Athènes. Cf. Corpus, n°» 3065et suiv., phratries it Téos ; n° 5665, phratries à Cyzique. L'existence d'un mois opârpto; dans le calendrier des Cyméens [Corpus, n° 5524) parait avoir la même origine. Pour les textes d'auteurs grecs, voir le Tliesaurus d'il. Estienne, au mol «Ppoirpio;.
* Fragment cité par Athénée, XI, p. 460, P.
3 Pollux, Onom.y III, 52. Ce mot a passé dans la langue latine sous la forme un peu altérée de phelrium. Voir Orelli, Inscript, la t., n° 3787. Cf. 3720.
victime nuptiale. Ensuite de quoi les femmes de ce dème désignèrent ma mère avec la femme de Dioclès du Pitthos pour présider aux Thesmophories et partager avec elle le soin des sacrifices. Puis notre pure, dès notre naissance, nous introduisit parmi les phratores, et prêta serment, selon la loi, que nous étions nés d'une citoyenne et en légitime mariage. Aucun des phratores ne répondit, ne contesta la vérité du fait, et ils étaient là beaucoup qui vérifiaient ces sortes de déclarations. Or, ne croyez vous pas, si ma mèro eût été ce que veulent nos adversaires, quo mon pèro n'eût point osé ni célébrer le festin, ni présenter la victime nuptiale, et que. bien au contraire, il eût caché le tout; que les femmes de notre dème n'auraient pas non plus associé cette femme à celle de Dioclès pour lui donner l'intendance des sacrifices, mais qu'elles auraient cherché quelque autre personne digne do leur confiance ; eniin que les phratores ne nous auraient pas admis, mais qu'ils nous auraient accusés et convaincus do mensonge, s'il n'eût été reconnu partout que notre mère était la fille légitime de Ciron 1 ? »
Ainsi l'assemblée, la réunion des phratores recevait et consacrait les déclarations de mariage et les déclarations de naissance, ces dernières tout à fait distinctes du la reconnaissance et de l'imposition du nom, qui avait lieu en présence de la famille et de ses amis, tantôt sept jours, tantôt dix jours après la naissance de l'enfant *.
Ailleurs, Isée nous montre que les filles, comme les garçons,
1 Succession de Ciron, % 18 et suiv., ou l'on remarque les expressions •yâjA'.j; Ésriiv, •yxu.y.Xîa-» (fbaiav) aamp.-îv -û; çpârifci, Et; tcù; «pfàropa; rua; iiar^x^ cjxooa; xarà toù; vop.:j; tcù; xituiVsj;, f, |at.v s*!; à<rrf; xai ty/JTfiTT; pvxuw; £;*-yr.v, expressions toulcs empruntées au droit allique. Cf. Aristophane, les Oiseaux, v. 765 et 10G0.
=« Demosthéne, coulre Motus, I, £ 22, 2i; Isëe, Succession de Pyrrhus, $ 30, 55 ; Harporratioo, au mot KS^.àttrj&u:voi, et autres textes réunis par Petit, de Legibus Atiiris, p. 220-222, \Vessolinj;.
étaient soumises à cette formalité 1 ; ailleurs, que les mômes formalités consacraient l'adoption ; nous voyons qu'il y avait délibération et vote sur la déclaration du père naturel ou adoptif, puis inscription sur un registre spécial, '(piy.iiznw*. Cela s'accorde parfaitement avec le témoignage d'Eustathe, qui définit la phratrut « un corps tenant registre des naissances pour constater que les enfants sont citoyens :; » avec les témoignages de Suidas et de quelques aulres lexicographes *, qui nous apprennent que l'inscription avait lieu, à la fin de chaque année, aux fûtes appelées, peut-éiro à cause de cela même, Apaturm; aux fûtes Tlmryélies pour les enfants adoplifs 5, et que cette inscription, faite avec mention expresse du nom paternel, était le signe ou certificat de la parenté, 3Û;i5sAsv. Ou remarquera, dans le texte de Suidas, ce dernier mot, qui semble s'appliquer de lui-même au monument dont nous voulons éclaireir l'origine.
Un plaidoyer civil de Démosthène, le premier discours contre Btutus, nous apprend, en outre, que l'enfant né d'une concubine pouvait être également reconnu par son père et inscrit devant les phratures sur le registre de l'état civil. Un
1 Discours III, Succession de Pyrrhus? § 73 cl 75.
* Isée, discours VII (Succession d'Apollodore), § 1, 13, 15, 10. 17, 20, 27, où l'on remarque les expressions légales irÀ U;à à^îtv, .1; tvj;
oîircpa; /.%': ei; tcû; ^ivrit-x% - pour ce dernier mot, voir plus bas, p. 116, noie 3i ; Démosthène, contre Macarlutus, $ 11 et suivants.
3 Sur Y Iliade, p. 733, 4'J : «i>pâ-rcii; cj^rr/j.:'. tvj; Ti/.ToaEvvj; à«&-
^a^oaivov wttî çavtscù; v.i?.'. ot: v.q\.
K È"ypa'-,£70 8i mrfoOiv (Cf. Isée, VII, 27 : Ottm; î-^paçaiai jaj WpaavXXov
Àzo^.'.^eiicj eî; T'.ù- opotT^x; r-ri twv ATraTCJiîwv iiSTr). Tb Si
■paoeaA*'. si; tc:j; c^arcia; — g-ju.CcV.sv ci//./ rx; (rj-p^viix;. D'autres lextes sont réuuis dans le Thésaurus d 11. Eslieune, au mol A-aTsûpia.
5 fclymol. M. au mot Âîtzts'jsîx Koca-.uv £i cl Trzî^i;, tt^o tcjtcj
i-îTt,fs: ,;,r3;> r Jri -aW?a; j/.iiv. Cf. Xénoj.hon, Hellenica , I, 7,8; Platon, 7ïm<fc, P- 21 H. — Andocide, </« Mysltrcs, § 120 et suiv.
autre plaidoyer qui porte le nom du même orateur nous apprend une particularité plus curieuse encore, c'est que dans le cas du refus d'inscription par les phratorcs, il y avait appel de leur décision devant les tribunaux1. Enfin, dans les cas où la légitimité n'était ni admise, ni même soutenue, la loi, néanmoins, assurait encore à l'enfant illégitime une sorte d'inscription régulière avec des formalités toutes spéciales
La naturalisation aussi, faveur si souvent accordée par les Athéniens à leurs bienfaiteurs, entraînait inscription au registre de la phratrie. Vers le temps même où je rapporterais volontiers la plaque d'Apollophanes, les Athéniens, voulant honorer et récompenser Hérodore, un étranger dévoué à leur cause, décident qu'il se fera inscrire dans la tribu, dans le dème et dans la phratrie de son choix, et que le trittyarque ou chef de la trittys fera exécuter la statue qui lui est décernée3.
Rappelons enfin le Xrjçtapyj.xbv Ypa^arsiov, ou registre de majorité, où les jeunes Athéniens étaient inscrits à dixhuit ans, comme capables d'exercer leurs droits politiques,
l Plaidoyer contre Kééra, §50-G0.
5 Diogénianus, Proverbia, V, 94, et Nonuus dans un texte cité par S. Petit, de Legibus Atticis, II, 4, § 8, p. '224.
3 Rangabé, Antiq. hellén., n° 4-43 Même formule dans un autre décret, du même genre (ibid., n° 447), en l'honneur d'Audoléon, roi des Péoniens; dans un fragment, ibid , n° 2299, et dans un décret publié par YArchœologische Zeitung de 1857, p. 230. Cf. Ephêm. archëul. d'Athènes, n° 3434, et L. Ross, die Dernen von Attika, p. 41, et dans le Corpus inscr. gr., n° 101, une formule analogue: KaravEtaxt Si oùrbv it; TftaxaSa h âv fkûXy.Tai. De même, n° 2000 (décret des .Byzantins) : IIcTfjiaç.f.aEv rcû' àv xa bù.y ?«Lv Uxtcctûwv. Ces trentaines et ces centaines sont les divisions civiles du municipe. A Athènes, et probablement au Pirée comme à Athènes, on voit par Pullux ( III, 52) que chaque phratrie était divisée en trente *p'vr„ d où l'expression iivvT.Tr,; signalée plus haut, p. 115, note 2. Le trittyarque figure encore dans un décret athénien, n° 2298 des Antiq. helléniques de Rangabé.
de recueillir une succession et d'administrer leur fortune (ipXS'.vTîjç )»t,?î(oç) ; ajoulonsquece registre était tenu par six magistrats ayant sous leurs ordres trente collaborateurs ; et nous aurons une idée à peu près complète des formalités légales qui consacraient, chez les Athéniens, les principaux moments de la vie civile1.
Le nom môme de trittyarque, que nous trouvons dans le décret athénien en faveur d'Hérodoro, et qu'emploient déjà Platon et l'orateur Eschine, nous rappelle son synonyme (avec un sens plus spécialement religieux, h ce qu'il semble) le phratriarque, qui figure dans un discours de Démosthène, et que l'auteur d'un lexique ancien définit « le chef d'une phratrie ou partie de la tribu divisée en trois V » Ce rapprochement nous ramène à la plaisanterie d'Aristophane, dont il semble que nous allons mieux comprendre le sens. Car les coléarques et les ornitharques sont d'évidents travestissements du chef religieux et civil qui présidait aux actes collectifs d'une division municipale dans Athènes, et qui, à ce titre, connaissant mieux que personne les citoyens inscrits sur les registres, était appelé à leur délivrer leur carte civique pour les actes de la vie où cette pièce pouvait être utile ou nécessaire.
Si chacune des phratries ou trittyes avait un chef, portaitelle un nom distinct ? On doit le croire, et deux de ces noms paraissent indiqués sur les monuments d'Athènes. Un frag-
i Isée, discours VII {Succession <f Apollodore), § 27, 28; Eschine, contre Timarqut, § 18, et la note du scholiaste sur ce passage ; Pollux, VIII, 104; Harpocralion, au mot Ai&aaxtxov ipa^aTiiov. Sur les sacrifices cl les repas qui accompagnaient cette solennité, voir le scholiaste d'Aristophane sur les Grenouilles, v. 708.
' Bekker, Anecdota graca, p. 315, 27, où le texte offre, comparé aux textes déjà cités, la variaute <^a7cpîa pour cpparpia, d'où çpparopî*px&;. Voir, pour plus de détail, le Thésaurus d U. Ealienne, aux mots Tpirrjapxc; et
ment qui nous est parvenu par les papiers de Fourmont 1 est conçu en ces termes :
IFPON ATIOAAQNOS FJUOMKI;OV «bPATPIAÏ AXNIAAQM
« 'Ispcv Wt.Ïkmmzz ïizzy.v.Z'j, zzn'zixz, Wyy.xzcrt. » C/est l'inscription d'un lieu consacré à Apollon, où les membres d'une phratrie, les Arlmhdcs (s'il n'y a pas erreur sur le nom propre) célébraient les fêtes du sfj^fhnt'jw:r ff( lzzi\j.r,), c'està-dire précisément du jour où I on donnait un nom au nouveau-né, jour dont le souvenir même est en étroit rapport avec les cérémonies religieuses et civiles de la phratrie \
Un autre fragment, qui n'a été. je crois, publié jusqu'ici quo par M. Kangabé \ contient, après quelques lignes incomplètes d'un acte financier, les mots :
i;n\ki>i:<>\ ipinm v
'Eraxpiwv -?'.---jz;, et comme ce fragment provient de l'Acropole, il est difficile d'y méconnaître le nom de la trittys qui répondait à la ville haute d'Athènes, peut-être de celle môme qui adorait spécialement une Minerve lk/.ti; (on sait que
> Corpus inscr. gr., n° 405. Cf. le commentaire de M. Boeckh sur le numéro 82.
* Voir le Thésaurus d'H. Estienne, nu mot EC*:ax-;ï-.T;, et la dissertation de I'elersen, l'eber die Geburtstagsfeier bei den Griechen (Leipzig, 1858, in-8).
3 Antiquités helléniques, n° 448, où sont réunis et discutés par l'habile éditeur les principaux textes anciens relatifs à ces divisions municipales d'Athènes. Pour plus de détails sur l'histoire de cotte organisation de la cité athénienne, voir Schoemann, Grierh. Aller thuevxer, 1. 1, p. 50, 518 et suiv., 365, et t. Il, p. 484; et l'importante inscription publiée par Ross,d<> Demen von Attika, p. 26.
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TréXi; est un ancien synonyme d'ixpfrsXt;) ou ixpid *. La coïncidence de ces renseignements avec la quatrième ligne de notre plaque n'est-elle pas bien frappanto? Un témoignage de Toratour Eschine la rendra plus frappante encore. Justifiant sa famille des imputations malveillantes et peut-être calomnieuses dont elle était l'objet, l'orateur avoue que son père a exercé le métier d'athlète ; mais il ajoute « qu'il a servi dans les armées d'Asie, qu'il s'y est distingué, qu'il était, par sa naissance, de la phratrie qui partage le culte des Etéobutades, et qui est en possession de fournir la prêtresse de Minerve Poliade \ »
Ainsi, dans ces antiques divisions de la cité athénienne, comme dans celles de la cité romaine, se montre l'étroite alliance de la religion et de la vie civile. Outre le culte public et national, il y a le culto plus particulier qui rappelle ce que Ton nommait, à Rome, les sacra gentilicin*. C'est à cotte religion des antiques familles que se rapportent et les confréries forgeons, dont l'objet et l'organisation commencent à nous être mieux connus, grâce à quelques documents épigraphiques récemment découverts \ et les Oîaçci ou confré-
« Pollux, IX, 40 (déjà cité par Eckhel à propos des Oeot dxpaîit) : Ta tt &nuo<na... àxçmtc).it,h xxi dbcpxv av «iwi; *ai roXw, xai tcù; iv aÙTTÎ Ôecu; ixf*£cy; vai n&Xtsï;. Sur wo'Xiç, dans le sens de citadelle, voir Franz, Elém. épigr. gr., p. 132, 134,315.
1 Eschine, de l'Ambassade, § 147.
3 Tile-Live, V, 52. Cf. Hugo, liiU. du droit rotnain, % 197, où se trouve expliqué un usage singulier de la coemtio, relatif aux sacra privata, et que mentionnent, plus ou moins directement, Plaute, Bacchides, IV, 9, 53 ; Cicéron, ad Div., VII, 29, et proMurena, c. xn.
» Lexicon ap. Bekker, Anecd. gr., p. 286: ôpvïS>ve;- «rovTafuâ ti
Cf. l'article d'Harpocra-
tion sur le même mot, article où est cité un discours d'Isée.irpô; ùp-yewva;, dont il reste quelques fragments. Rangabé, Antiq. hellén., t. il, n°» 809, 815, 1208 Un fragment inédit de décret d'une de ces confréries est publié dans le Philopatris d'Athènes du 1" mars 1859.
ries de Diaconat, qui, comme la phratrie, n'étaient ouvertes qu'aux vrais citoyens d'Athènes, de façon que la participation à leurs actes religieux devenait un signe de naissance légitime et d'inscription régulière dans la cité, comme on le voit encore par le témoignage des orateurs attiques *.
Tous ces indices réunis, il manque, si je ne me trompe, bien peu de chose à l'interprétation du petit monument qui fait le sujet principal do nos recherches, et, pour résumer ces recherches en quelques mots, l'inscription de notre plaque peut être traduite ainsi sans trop de hardiesse :
Apollophane fils d'Hestleus
PETIT-FILS DE BaSILIDÈS.
Phratrie de la Minerve Acr^ea (ou : de l'Acropole).
Il reste pourtant à expliquer comment cette pièce, que nous supposons d'origine athénienne, nous revient des côtes de Phénicie? A cette question, il est d'abord facile de répondre qu'un monument aussi portatif peut, sans nul soupçon de fraude, se rencontrer bien loin du pays où il a été fabriqué. D'ailleurs, les Athéniens étaient en rapports fréquents de commerce et même de religion avec les côtes de la Syrie. Les monuments funéraires d'Athènes offrent plusieurs exemples d'inscriptions bilingues, moitié grecques, moitié phéniciennes s. Plusieurs Grecs de Sidon et de Tyr figurent sur les marbres de l'ancienne Grèce et particulièrement sur ceux
1 Isée, Discours IX {Surcession d'Astyphilus), § 30, ou la participation aux fcacct d'Hercule est invoquée comme une preuve de possession d'état. Sur les 6taact, cf. Corpus inscr. grœc . n0' 109 et suiv.
J Corpus inscr. grœc, n0i 859 et 894 (la première de ces inscriptions est au musée du Louvre) ; Ephémérides archéol. d'Athènes, n° 574. Cf. ibid., n° 536, fragment d'un monument semblable dont il ne reste plus que le texte phénicien et une lettre du grec.
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d'Athènes1. Une belle inscription de Délos nous montre la corporation religieuse des marchands et mariniers de Tyr, adorateurs de l'Hercule tyrien, demandant et obtenant, à Athènes, le droit d'élever un sanctuaire à la divinité qu'ils honorent d'un culte spécial On a conservé le titre et un fragment d'un discours de Dinarque, concernant le débat qui s'était élevé entre les Phéniciens et les habitants de Phalère au sujet de la prêtrise d'un temple de Neptune 3. Un acte déjà cité plus haut nous apporte ici un témoignage plus précieux encore : c'est le traité de bonne amitié conclu par les Athéniens, sur la proposition de Céphisodote, au temps de Démosthène, avec Straton, roi des Sidoniens. Après les conventions d'usage, cet acte prescrit en propres termes que le sénat fera faire des symbola pour servir à reconnaître les agents respectifs d'Athènes chez le roi des Sidoniens, et des Sidoniens auprès des autorités athéniennes1. No serait-on pas tenté, de croire que notre plaque soit un de ces symbola / Le caractère un peu mystérieux, à première vue, du monogramme que nous interprétons par ç?r:pta s'accorderait assez bien avec l'idée d'un signe de reconnaissance servant pour accréditer un agent du sénat d'Athènes auprès d'un roi étranger. Mais je n'ose m'arrôter à cette conjecture, trop sédui-
« Rangabé, Antiquités htllén., n°» 7.j0t>, 1966, 2291 ; et 963, 967, 1976.
* Corpus inscr. ara»c, n° 2271, inscription qu'il peut être utile de comparer avec un monument de Puteoli {Corpus, n° 5855), attestant des rapports semblables entre une ville grecque de l'Italie et la métropole de la Syrie; et avec le numéro 809 des Antiq, hellën. de M. Rangabé, où nous voyons attesté le culte de l'Aphrodite syrienne dans un temple d'Athènes.
a Denys d'IIalicarnasse, sur Dinarque ; Harpocration, au mot ÀXoitt.
* Corpus inscr. gra>c.% n° 87 : nctxoaoôw V% xxi aûp&Xa r, fcuXvi npè; TÔv ffcoûta tgv 2(.<Whû)v, «rw; iv i îtiao; 6 Àfcr/mcov d$rt iv* n ^ijattç 6 £i£ùmwv (ïxaiXeù; S'eo'aîvc; tx; -cT>.iti>;, xai ô PastXiùî c . v u?ti ôrav witxTrr, Tivà w; avTov é ô À6nva.î«Dv. Cette expression 7rci^<;ai ou Trctti— GxaOai aûu.£c).x r.zi; riva, est précisément celle qu'on retrouve deux fois dans le VIe papyrus grec de Londres, lignes 36 et 62.
122 IV. DES FORMALITÉS DE f/ÉTAT CIVIL
santé peut-être pour qu'on l'admette sur de simples vraisemblances.
Les vraisemblances, d'ailleurs, ne sont pas toutes en faveur de cette conjecture. En effet, d'abord la présence du C dit sigma hnwire sur notre bronze1 indique une date plus récente que celle où M. Boeckh croit pouvoir rapporter l'acte conclu avec le roi de Sidon entre l'olympiade 101 et l'olympiade 103). Ensuite, le seul monument connu jusqu'ici qui réponde exactement au symbolon mentionné par le décret athénien, est une main de bronze trouvée, à ce que l'on croit, dans les environs de Marseille et qui porte, en caractères du troisième siècle avant Jésus-Christ ou environ, les trois mots : ci;;.5:A5v rSzz (>j£/.rjv»cjr. Rapproché des textes de Xénophon, qui dit c:;'.i; ?i?£'.v ou T.iyxzw; de Tacite, qui dit: dtwtnr, hospitii insigne, et ailleurs :dc.rtra$, ronenrdùr ittsignitt, syriaci exerritus nanti ne. ud pnetorinnos ferentem, le monument de Marseille * autorise à croire que ces témoignages de la bonne amitié entre deux peuples ne portaient pas le nom de la personne appelée à s'en servir comme d'une marque de créance. C'était donc quelque main de bronze ou autre figure semblable que les Athéniens devaient faire fabriquer pour être le signe ou le symbole (ici le mot peut être employé avec son acception moderne) de leur bonne amitié avec le roi de Sidon. Le bronze d'Apollophanc ne répond pas précisément à cette destination. Enfin, dans tous les actes politiques, décrets du sénat et du peuple, décrets des tribus (çuAaî), décrets des dèmes, dans les inscriptions funéraires (et les monuments authentiques de ce genre se comptent aujourd'hui par cen-
1 II est vrai que des formes arrondies, déjà fort analogues au sigma lunaire, se rencontrent sur les monnaies d'Athènes des le temps des premières séries à monogrammes. Voir M. Boulé, Monnaie (V Athènes, p. 162.
* Corpus inscr. grœc, n° 6778. Cf. Xénophon, Anabase, II, 4, § 1 ; Age'silns, III, 4 ; Tacite, Histoires, I, 5î, et II, 8; textes déjà rapprochés du wifrX'.H gallo-grec par l'éditeur berlinois.
tailles, presque par milliers), le citoyen d'Athènes n'est jamais désigné que par son propre nom, celui de son pere et celui du deme auquel il appartenait. C'est mAmo h cet usage que nous devons d'avoir retrouvé les noms de presque tous les dèmes de l'Attique L'absence do toute indication relative à la phratrie, sur des monuments .si nombreux ol si divers, no peut être accidentelle. Elle no l'est pas non plus sur ce petit bronze du Musée britannique,
qui porte, en caractères du temps dos Séleucides : 'A r 'Hs'.çwvTs; Kuv-rr^.etqui semble être, à ne s'y pas méprendre, la carie d'Haï ricil d'un Athénien. En etîet, le discours écrit par Démosthène pour Mantithéus contre Dtntus a pour objet une usurpation d'état civil : le premier de ces deux Athéniens se plaint de ce que le second, fils du même père, mais d'une
» Voir les Recherches sur la topographie des dhms de l'Attique, par C. Hanriot, 1853, in-8.
s L'empreinte m'en a êtû communiquée par mon honorable confrère, M. Ctireton. M. liirch ne connaît pas la provenance de ce petit monument, qui parait être inédit. J'écris HptswvTc; par un h eî non un H, n'y reconnaissant pas le radical du nom de déesse U?%, mais celui de sas, f,z, selon l'analogie des autres mots en çûv, dont la première partie ne renferme pas un nom de divinité: k^w^r, , Kautc^^v , Uçôv y etc. (Cf. Hirpvij, Hptv.\<'.a). D'ailleurs, dans les composés de H;a, comme h?5'£',tc;, H:c- «Jwso;, etc., la voyelle de liaison est toujours un omicron. Quant à l'ethnique K'jvity,', il s'est conservé dans un passage du grammairien Chcroloscus (Cramer, Anrcdota, t II, p. '250), et il parait devoir se rapporter aussi au culte d'un certain Apollon K-jvîîv; ou Kyvmc; sur lequel on a quelques témoignages. Voir le Corpus inscr. {jrœc, t. I, p. Llô.
autre mère, usurpe le nom de leur grand-père, qui revenait de droit à Mantithéus, l'aîné des deux frères. Comme d'ailleurs ils sont tous deux inscrits au dème de Thoricus, il en résulte que tous deux s'appelleront de la môme manière, MarrîQîs; MavT'Sj Biop'.y.EÛ;, en d'autres termes, qu'ils auront tous les deux le même xaXv.îtsv, à moins qu'on n'ajoute un signe à l'une des deux pièces ; encore ce signe ne préviendra-t-il pas toute confusion l. Rien n'est plus décisif que ce rapprochement, qui, d'ailleurs, éclaire d'un jour imprévu le texte de Démoslhène, resté jusqu'ici fort obscur pour ses interprètes modernes s.
Maintenant, si l'on demande pourquoi le dème figurait seul sur l'état civil d'un Athénien, cela tient sans doute à ce que, dans l'organisation républicaine d'Athènes, la tribu et le dème étaient les vraies, les seules divisions politiques de la cité. La phratrie et sa subdivision en familles ou races (*révr4) ne subsistaient que comme institutions civiles et religieuses. Ce qui est certain, c'est que l'inscription parmi les déniâtes était distincte de l'inscription parmi les phra tares*. Il y a donc lieu de croire que la mention d'un nom de phratrie sur la pièce qui nous occupe répond à quelque destination spéciale dans Tordre civil et religieux. Cette pièce n'est pas une marque de créance pour servir à l'envoyé d'Athènes auprès d'une ville étrangère ; ce n'est pas la simple carte civique ou le XaXxeîov dont parle l'auteur du premier discours contre Béatus (à celle-ci répond, trait pour trait, le petit bronze du Musée britannique) ; c'est plutôt la carte d'un phrator qui voulait se
1 Démoslhène, contre Bœotus, § 7-10, confirmé par Hésychius, au mot XxXxoûv 7Ttvâx.icv. AOn^aïci tï/cv ê/.xaTG; ttivouicv tcûçivov t7îi"j,£^pxfi|AtvGv tô ovcjxa Ttû (?) aùrcû x.at tcû £iiaou îîarpoôtv. Meursius ( Lectiones alticœ , IV, 32; avait déjà fait ce rapprochement.
* Voir, par exemple, la note de M . Stiévenarl sur ce passage, dans sa traduction frauçaise de Démoslhène.
5 Voir Démoslhène, ibid., § 21 et 29.
CHEZ LES ATIIÉMENS. 125
faire reconnaître de ses compatriotes et confrères à l'étranger, pour prendre part avec eux aux actes pieux que prescrivaient les règlements de leur corporation. La langue attique avait aussi un verbe, çprrcKs'v ou çpatptâ^v, pour cet exercice des droits et cet accomplissement des devoirs communs aux membres d'une même phratrie »; et le fragment de Cratinus le Jeune, que j'ai déjà cité plus haut, représente précisément un Athénien qui vient se faire ainsi reconnaître des membres de sa phratrie.
Que si Ton tenait à grossir le personnage de notre Apollophane, on pourrait remarquer encore que du monogramme gravé sur son symbolon on dégage assez facilement une lettre et même deux lettres de plus que nous n'avons fait jusqu'ici, je veux dire un X et un 0. Cela permettrait d'allonger le mot représenté par ce monogramme et de considérer Apollophane comme un çpiïptap/c;, c'est-à-dire à peu près ce que serait, pour nous autres Parisiens, un maire d'arrondissement.
Mais qu'importe, après tout, que cette petite plaque de bronze soit la carte civique d'un simple phrator ou d'un chef de phratrie ? Un intérêt plus sérieux s'attache aux souvenirs mêmes qu'elle réveille. L'Apollophane que nous retrouvons ici n'est probablement aucun de ceux qui nous sont déjà connus pour avoir fait quelque ûgure, en Grèce, dans les sciences ou dans les lettres. Ce n'est ni le poëte comique, ni le philosophe pythagoricien ou stoïcien, ni le rhéteur, ni le médecin2. C'est un de ces nombreux et obscurs personnages qui doivent au hasard Phonneur d'attirer sur eux la tardive attention de la postérité. Mais l'ensemble des sages institu-
» Voir l'important fragment d'une loi athénienne cité par Harpocration, au mol Naor^Uxt.
* Fabricius, BMiolheca grœca, t. I, p. 831 ; II, p. 422; 111, p. 540 ; VI, p. 125, éd. Harles.
ll'<- IV. DES FORMALITÉS DE i/ÉTAT CIVIL
tions dont nous avons retrouvé à cette occasion le témoignage, soit dans les écrivains, soit sur les monuments d'Athènes, forme un tableau curieux pour l'observateur philosophe. Il manque quelque précision encore aux jictes do l'étui cicil chez les Athéniens ; mais on y remarque la vive empreinte de leur démocratie, on y voit déjà l'esprit même de cette civilisation savante, dont nous sommes les héritiers. Ces déclarations de naissance qui se font en présence d'un corps de citoyens liés entre eux par une lointaine communauté du sang et par la communauté plus durable du culte , cet examen scrupuleux des témoignages, ce vole après l'examen, voilà bien des règlements du législateur qui voulait que, par tous les actes de la vie civile comme de la vie politique, l'Athénien fût sans cesse en haleine, si je puis ainsi dire, sans cesse attentif à ses devoirs comme à ses droits, gardien jaloux de la pureté de sa race et des libertés de sa patrie. Ces cérémonies religieuses qui accompagnent l'inscription au registre de l'état civil et la constatation du mariage, voilà bien l'esprit d'une société que troublaient beaucoup do passions , que déshonoraient beaucoup de vices, mais où nous admirons aussi le continuel effort de la conscience et de la loi pour les combattre. Tant de formalités, tant de serments et d'écritures, n'est-ce pas l'esprit même de nos codes modernes, qui témoignent de leur respect pour ia personne humaine en assurant, par mille précautions et mille garanties, les constatations d'identité si nécessaires à l'ordre public, au gouverne. nent des familles, à la justice? Je no sais même, en cela, si les Romains, ces scrupuleux juristes, ont eu tous les scrupules et unité toutes les formalités de la loi athénienne. Il semble du moins qu'ils aient de tout temps attribué à la preuve testimoniale plus d'importance encore quelle n'en avait dans le droit altique. On voit chez eux, de bonne heure, c'est-à-dire dès le règne de Servius Tullius, l'essai d'une constatation annuelle du nombre
des naissances, des majorités et des décès '. L'état mortuaire, un peu confondu avec le service des pompes funèbres, nous apparaît, sous la république, comme une administration régulière, ratitme* Lilritinœ, qui pouvait venir en aide et servir de contrôle aux opérations du cens Dès le premier siècle de l'empire, le registre des naissances était tenu par le préteur, et devait être surtout invoqué par les pères qui réclamaient le bénéfice de la loi pour avoir donné trois enfants h l'Etat (jff.s trima liU'tvf.u; . Ce registre était déposé aux archives publiques \ Une loi do Marc-Aurèle régularisa pour Home et étendit aux provinces l'usage de la déclaration obligatoire devant un magistrat dont le registre faisait autorité*, et nous savons par un texte précis d'Apulée que le registre * des naissances portait, outre le nom des parents el celui de l'enfant, la date marquée par le nom des consuls et la signaturc de l'officier public *. Néanmoins il est curieux de voir combien, dans les codes, ces témoignages écrits sont rarement invoqués ; dans le cas môme où ils le sont, leur autorité
1 Deuys d'Iialicarnasse, Antiquités romaines, IV, 15, qui déclare écrire d'après le vieil annaliste L Tison Cf. rolybç, II, 23, 9 et '24; § 10 : k-'.-fi'/.'iXi et x.a.Tz-j;a'ra:. twv =v Ti/t/.îxt;, « registres Italiens en état de porter les armes. »
* Tite-Livc, XL, 19; XLI, 21; Suétone, Néron, c. xxxix. Cf. Horace, Satires, II, G, v. 19.
3 Juvenal, Satires, IX, 83-84, et la note du scboliaste sur ce passage ; Jules Capitolin, les Trois Gordiens, c. iv ; Digeste, XXII, 3, I. 29; Code Just., IV, 21, 1. 6 ; V, 4, 1. 9. Les textes de Suétone, Tibère, c. v, et Caliyula, c. ix, se rcTerent plutôt à l'autorité du Journal de Home, en l'absence de la professa nalalis; de même le texte de Dion Cassius, XLVIII, 44. Au contraire, Lanipride, iHadumène, c. vi, mentionne certainement le registre des naissances, ce qu'un texte grec (lu Digeste (XXVII, 1» 1. 2, § 1) appelle
» J. Capitolin, Antouin le Philosophe, c ix. Cf. Digeste, XXII, 3. 1. 29.
A'tolwy«i, c. :\n\i\. Of Servi us. ad d ,,r;ji-\t , II, 5!)2, Je Me que M. V. Le Clerc parait avoir, le prunier, .signal.- a l'attention des critiques dans son savant ouvrage sur les JtMr .au.r chez les Romains, p. 200.
428 IV. DES FORMALITÉS DE ï/ÉTAT CIVIL
n'est pas péremptoire et ne supplée pas, comme chez nous, à mainte autre preuve. Pour la preuve du mariage surtout, l'absence d'écritures authentiques ressort d'une foule de textes précis des jurisconsultes et des princes1. A cet égard les dissemblances de la loi athénienne nous frapperont d'autant plus, si nous admettons, avec beaucoup d'auteurs anciens, que la loi même des Douze Tables, ce vieux monument du droit républicain, ait été rédigée d'après les lois de Solon.
En deux points seulement les deux législations se rencontrent. D'abord toutes deux ont pour objet de protéger la cité, en préservant la famille de tout mélange de sang étranger; "puis elles s'accordent dans un égal dédain pour la condition de l'esclave. L'état civil, chez les nations chrétiennes, a donc sur les règlements qui y répondent chez les Grecs et chez les Romains l'incontestable avantage d'une protection plus égale des personnes, comme il a celui de constater avec une exactitude plus durable les droits et les devoirs qui dérivent des rapports que la naissance et le mariage établissent entre les citoyens. Mais, nous ne pouvons l'oublier, et ce contraste porte avec lui son enseignement, la régularité dont aujourd'hui nous sommes justement fiers est elle-même de date assez récente. On peut en voir les preuves dans le mémoire qu'a publié naguère sur ce sujet M. Berriat Saint-Prix. Longtemps l'Eglise a seule tenu registre de l'état des personnes, et cela presque uniquement à l'occasion des sacrements qu'elle administrait ; et cette prédominance de l'Eglise a pu suspendre pendant près d'un siècle l'action utile de la loi pour les sectes dissidentes. L'ordonnance de Villers-Cotterets, en 1539, et celle de Blois, en 1*579; puis les édits de 1667
» Code Just., V, 4, 1. 9, 13 et 22; Digeste, XXIII, 1, 1. 7; Cf. XX, 1, 4 et 5 ; Gaius, Insdt., 1, 112 ; textes qui m'ont été obligeamment indiqués par M. G. Boissonado.
et de 1736 ; enfin les lois qui précèdent ou suivent de près la révolution de 1789 marquent les vicissitudes et les lents progrès d'une institution dont les bienfaits nous frappent moins peut-être qu'ils ne devraient le faire, parce que nous ne songeons plus aux laborieux efforts qu'elle a coûtés1.
1 Voir les Recherches de H. Berriat Saint-Prix sur la législation et la tenue des actes de l'état civil depuis les Romains jusqu'à nos jours, t. IX des Mémoires de la Société des antiquaires, p. 245-293; et l'ouvrage du docteur J.-N. Loir sur l'étal civil des nouveau nés. Paris, 1854, in-8.