SI LES GRECS ONT CONNU LA LETTRE DE CHANGE
xoXXu5tcT'.yiç, fort bien dérivé, sans doute, de y.c/.XuS'.crfc, mais enfin qui manque jusqu'ici d'autorité, quoiqu'on le trouve dans la plupart de nos lexiques modernes de la langue grecque.
D'un autre côté, l'auteur du meilleur dictionnaire françaisgrec que nous possédions aujourd'hui, M. Courtaud-Divornéresse traduit lettre de change par -.i ir;jr:-:x/.T'./.i, xoAAu£tr:txà citant pour autorité, à l'appui du pre-
mier mot, Phrynichus, p. 440 (éd. Lobeck). qui n'autorise que x&a*j5s; et xsXXjS'.rrr;;, sans dire un seul mot du procédé commercial dont il s'agit. Ainsi, quelque convenable, quelque séduisante que soit l'expression xsAXjs'.rrixbv rj^fcAsv pour désigner ce qu'on appelle aujourd'hui une lettre do change1, il faut reconnaître que cette expression ne s'est pas rencontrée jusqu'ici chez les anciens. Assurément les nécessités du commerce entre pays éloignés l'un de l'autre ont dû faire imaginer de bonne heure uno méthode d'échanges qui épargnât le transport des espèces. Vivant en relation journalière avec tous les comptoirs du monde alors connu, ayant à se défier, en outre, de la piraterie, qui infesta presque do tout temps la Méditerranée, avant le triomphe définitif des Romains, les banquiers d'Athènes purent-ils se borner longtemps à des procédés aussi pénibles que périlleux pour leurs opérations commerciales? on ne se résigne pas à te croire.
On le croit moins encore pour les chevaliers romains ou publicains, quand leurs puissantes corporations furent chargées du recouvrement des impôts dans toutes les provinces de la République. D'ailleurs les lettres de Cicéron offrent des preuves incontestables d'un procédé que malheureusement elles no décrivent pas, mais qui dispensait de transporter
» Voir l«i Code de commerce , liv. !., lit. VIII, art. 110 : « La lettre de change est tirée d'un lieu sur un autre. Elle est datée. Elle énonce la sonne à payer, le nom de celui qui doit payer, l'époque et le lieu où le payement doit s'effectuer, etc. »
132 V. SI LES GRECS OXT COMNT l/l'SAGE
l'argent de Rome en Grèce ou do Grèce à Rome pour l'usage des caisses particulières ou des caisses publiques. Par exemple, lorsque Cicéron écrit à Atticus : n Je crois qu'il est temps de songer à la bourse de mon fils, mais je voudrais savoir, pour ce qu'il lui faudra d'argent à Athènes, si nous pouvons recourir au change, ou bien s'il doit emporter la somme avec lui, » permntnrine jsjssit, an ipsi ferendum sitiJ on ne conçoit guère deux façons d'expliquer un tel témoignage, qui d'ailleurs n'est pas isolé * ; il suppose évidemment l'emploi d'un papier de change, d'un procédé comme celui que nos banquiers modernes appellent, je crois, le virement. Mais enûn toutes les allusions de ce genre ne valent pas une assertion directe et claire, et cette assertion, je ne vois pas que les philologues, malgré leur juste curiosité, l'aient encore découverte chez les auteurs grecs, ni chez les auteurs latins.
Que notre aveu sur ce sujet soit un appel à de nouvelles recherches ; elles ne seront peut-être pas sans récompense. Voici du moins quelques faits qui peuvent y encourager les amateurs d'histoire ancienne.
Si la lettre de change ne fut pas connue des Grecs, la lettre de crédit ou le chèque et la lettre de créance paraissent l'avoir été.
Un texte de l'orateur Lysias, que citait déjà Budé, à propos des zû[xîz\cc Azù.jî'.z'iv.i, texte, il est vrai, gâté par une lacune, contient pourtant l'indication assez précise de la lettre de crédit : « Démus, fils de Pyrilampès, nous dit Lysias, partant comme triérarque (armateur et commandant d'une galère) pour l'Ile de Chypre, me pria de venir le voir, prétendant qu'il avait un symbolon du roi de Perse, [qu'il était venu trouver] Aristophane, avec une fiole d'or, sur laquelle celui-ci lui avait prêté seize mines pour ses dépenses d'armateur ;
» AdAUicum, XII, 24.
* Mid.,XV, 15; ad Div , II, 10, elc. Dans d autres passages permutatio et permulare paraissent ne s'appliquer qu'au change proprement dit d une monnaie contre une antre monnaie.