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RECHERCHES SUR LES SECRÉTAIRES DES PRIXCES

nous des ministres secrétaires d'État; mais peut-ôtre manquet-il à ces savants ouvrages une introduction, où l'on voie l'origine ancienne de l'institution moderne. C'est cette introduction que j'essaye d'esquisser, sans prétendre établir que nos gouvernements modernes aient directement copié des institutions de l'antiquité, mais avec l'espoir cependant qu'on n'observera pas sans intérêt comment, dans nos sociétés civilisées, les mômes besoins et les mômes devoirs de gouvernement ont peu à peu produit un mécanisme administratif fort semblable à celui que nous offrent déjà quelques gouvernements du monde ancien.

Le dernier historien de nos secrétaires d'État admet qu'une ordonnance de Henri II, en 1547, a véritablement constitué cet office. Mais il en signale déjà les principales attributions dans la charge que remplit Florimond Robertet sous les règnes de Charles VIII, de Louis XÏI et de François Ier; puis, remontant plus haut encore, il croit en reconnaître une ébauche dans la chancellerie de Louis VIII au treizième siècle,* et ainsi, de proche en proche, à travers les commencements de la monarchie française, il rejoint le siècle où l'administration de l'empire romain en décadence lui montre dans la fonction de primicerius notariorum le premier modèle d'un secrétariat officiel des princes.

C'est peut-être exagérer l'importance de ce primicerius wotariorum, et s'arrêter trop tôt dans la recherche des analogies historiques ; car il est facile do retrouver dans les Codes et dans la Notice de l'empire 1 une organisation de la chancellerie impériale qui, dans son ensemble, date au moins du quatrième siècle après Jésus-Christ, et où Ton voit cet ini-

» Code Théod., VI, 2G ; Code Just., XII, 19. Cf. Tzschucke, ad Eutropium, VIII, 25; Sotitia dignitatum, ed. Hoecking, p. 43 et 00, pour l'Occident; p. 38 et 49, pour l'Orient. Consulter, en outre, 1 ample commentaire de l'éditeur. Voir aussi le livre III du traité de Lydus sur les Magistrats

portant service divisé en quatre portefeuilles ou bureaux (scrinia), confiés chacun à un chef spécial (magisbT), sous l'autorité d'un chef unique {le magister officiorum). C'étaient, autant qu'on peut saisir et traduire en langage moderne des différences que les témoignages contemporains marquent tantôt avec une brièveté excessive, tantôt par des périphrases aussi obscures que la brièveté môme :

1° Le bureau central des renseignements et do l'enregistrement, ou scrinium mernoriœ ;

2° Le bureau des requêtes, ou scrinium libetlorwn;

3 * Le bureau des lettres ou de la correspondance, ou scrinium epistolarum, qui paraît avoir compris deux services distincts, celui des lettres grecques et celui des lettres latines, sans compter peut-f;tre quelques services secondaires pour les lettres conçues en d'autres langues *;

4° Le bureau des dispositions, ou scrinium dispositionum, qui avait probablement l'expédition des affaires les plus urgentes.

A côté, peut-être môme au-dessous de ces quatre directions se plaçait le service des nntarii, tachygraphes ou écrivains de chiffres, dont le chef portait le nom do primicerius, et est formellement distingué des quatre magis(rit en ce qu'il n'avait pas sous ses ordres des officiers proprement dits (officium non habet), mais do simples aides (adjutores).

C'est là l'organisation qui s'est perpétuée, avec des changements divers, soit auprès des pontifes chrétiens de Rome, pour devenir la chancellerie actuolle des papes *, soit auprès

» Une inscription latine, qui parait du deuxième siècle de notre ère, mentionne un librarius arabicus. M. de Saey a montré dans quel sens le mot arubicus doit y être interprété (Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. L, p. 31G et 317).

* VoirGalletli,d«i Primicero délia sanla sede apostolica (Roma, 1776, in-4), surtout, p. 5 et 133 et suiv. Cet ouvrage contient trop peu de rensei-

des royautés barbares, pour devenir, avec le progrès des temp3, le service savamment compliqué de nos chancelleries royales. Elle a, comme il était naturel, attiré de bonne heure l'attention des commentateurs des Codes et celle des historiens de l'empire; ello est décrite avec précision et à sa juste place dans un savant mémoiro de M. Naudet sur l'administration romaine au quatrième siècle do notre ère 1 ; mais il peut être curieux d'eu rechercher l'origine au delà de cette époque.

En remontant plus haut que le règne de Constantin, on ne trouve pas, il est vrai, sur cette matière, des renseignements aussi complets et aussi précis que ceux que nous venons de résumer; mais on peut, en réunissant divers témoignages qui sont, je crois, restés épars jusqu'ici, étudier les progrès de l'institution dont il s'agit, et en montrer l'origine dans l'ofûce do secrétaire des princes et surtout des empereurs. C'est l'objet même que je me suis proposé dans le présent mémoire.

Si le secrétaire d'État est éminemment le dépositaire des secrets qui intéressent un peuple, et le rédacteur officiel de ses volontés, c'est là une chargo qui, sous un nom ou sous un autre, ne saurait manquer dans aucun gouvernement régulier. Néanmoins il faut reconnaître que les républiques et les aristocraties de l'ancien monde s'accommodaient peu de ces charges qui supposent une délégation pcrpétuolle de confiance, un accord discret et journalier entre la volonté qui dirige et les agents qui exécutent.

Athènes, comme les autres villes libres de l'ancienne Grèce, avait dos greffiers (^px^x-.ii^} uzo^pa?^, iva^pa^eî;)

gueraents précis sur la transmission des usages de la chancellerie impériale à la chancellerie ponlilicale.

» Des changeants opères dans toutes les parties de l'empire romain sous les règnes de Dioctétien, de Constantin et de leurs successeurs jusqu'à Julten, Paris, 1817, 1. 1, p. 94, 224 et suiv.

pour rédiger ses délibérations publiques, transcrire ses décrets, expédier sa correspondance 1 ; on ne saurait dire que le peuple athénien ait jamais eu des secrétaires d'Etat, à moins qu'on ne veuille définir ainsi le rôle d'un Périclès ou d'un Cléon, lorsque, du droit de leur génie ou quelquefois de leur seule ambition, ils devenaient les directeurs du peuple (àr^-a- Wsi) en semblant lui obéir, et qu'ils lui dictaient le texte des lois que ratifiait le suffrage populaire et dont ils devenaient ensuite les exécuteurs. Mais ce serait là peut-être un grave abus de langage, et il est plus juste d avouer que la fonction dont nous recherchons les plus anciens exemples avait sa vraie place dans les monarchies.

En effet, sans remonter jusqu'aux antiques monarchies de l'Orient, qui sont moins de notre domaine, sans chercher si, en Perse, par exemple, le pouvoir personnel et presque absolu du prince ne tendait pas naturellement à s'appuyer sur le dévouement personnel aussi d'un ministre de confiauee, la Macédoine, parmi les États grecs, nous montre déjà auprès do ses rois un service assez régulièrement organisé pour l'expédition des affaires. Sur ce point, Démosthèno a senti, et il signale avec uno sorte de tristesse la supériorité des usages monarchiques de la Macédoine comparés aux institutions démocratiques de sa patrie. Ici la division et la mobilité des pouvoirs, la dangereuse et perpétuelle publicité des débats ; là, au contraire, l'action constante d'un pouvoir servi par des ministres obéissants et capables de secret *. Au milieu de la

1 Franz, Elementa epigraphiecs grœcœ, p. 516, 319 ; Rangabé, Antiq. hellén., t. II, d° 4'2Ô. Une inscription mutilée, provenant d'une ville grecque d'Asie [Corpus inscr. grœc, n°5858t [in Addendis), contient les signatures de plusieurs secrétaires, auteurs de la transcription d'actes publics ; par exemple, Mîvavàpc; ÀpTii/.t5w;cj ^aa-x fpâow.... Hularque atteste que le texte dos décrets que Tériclés avait proposés au peuple était le seul monuroeul authentiqne qui eut survécu de l'éloquence de cet homme célebre. [Vie de Périclès, c. vin.)

* Sur la Couronne, p. 505, éd. Reiske, § 235, 23G. Cf. sur l'Ambassade,

terrible lutte où Athènes était engagée, on comprend la justesse de ces réflexions *, on la comprend mieux encore si l'on songe qu'alors le roi de Macédoine était Philippe, et que son secrétaire était celui qui devait s'appeler un jour le célèbre général Eumène1.

Ces heureux capitaines d'un prince conquérant, devenus rois à leur tour, transportèrent dans leurs monarchies improvisées les usages de la Macédoine ; l'épistolographe, ou le chef de la comptabilité royale, garda auprès d eux le rôle important qu'il avait à la cour d'un Philippe ou d'un Alexandre. Polybe *, décrivant une fête donnée par le roi de Syrie, Antiochus Épiphane, raconte que Dionysius, f ami et l'épistolographe, y fit paraître mille jeunes gens portant des vases d'argent dont aucun ne valait moins de mille drachmes. Une charge qui donnait le titre d'ami du roi, titre d une valeur tout officielle à la cour de Macédoine, une charge qui s'accommodait de ce luxe princier, devait être plus que le modeste office d'un secrétaire intime.

Mais ce qui n'est qu'une conjecture pour l'épistolographe des Séleucides peut être établi de la façon la plus certaine pour l'épistolographe des Ptolémées.

Dès les temps pharaoniques, les scribes ou greffiers royaux se montrent sur les monuments de l'Egypte comme des fonctionnaires de très-haute classe (tels que seraient des mandarins chinois), auxquels était quelquefois confiée l'administration de provinces entières. Il est vrai que, parmi ces scribes, on n'a pas encore pu distinguer le personnage investi spécia-

p. 352, § 36. Cf. G. Boehnecke, Forschungen auf dem Gebiete der attischen Rtdner, I, 2, Berlin, 1843.

* Cornélius Népos, Vie d' Eumène, c. i.

1 HUt., XXXI, 3, § 46 (morceau conservé pat Àlhénée, Dip»., V, p. 195) : Évfc Tiv çtXuv, Atovuoîc-u toO jirtaroXtfvpeMpGU, x^101 tîcojMWUOaWj à?T>?«|xata fx'-mç oùttv {Xarrw àXxw (ou plutôt iXanov' ÔXxtv)

lement de la confiance du souverain et placé auprès de lui comme secrétaire intime. Néanmoins, dans un pays où les lettrés jouissaient d'un grand crédit, la fonction de l'épistolographe macédonien trouvait sa place naturello, et elle ne pouvait guère que s'y agrandir. En effet, ce fonctionnaire, chez les Ptolémées, eut non-seulement l'autorité d'un chef de chancellerie, dépositaire du sceau royal, expéditeur des ordres et des grâces du souverain ; mais il fut encore une sorte de ministre des cultes, surveillant l'administration de tous les temples de l'Egypte et le Musée d'Alexandrio, cet antique modèle de nos Académies européennes. Avec de telles attributions, l'épistolographe ressemblait fort à un premier ministre. La religion surtout et les lettres relevaient directement de lui ; il importait donc que de tels intérêts fussent toujours placés en des mains sûres, et l'on ne s'étonnera pas que, sous les rois grecs, ce chancelier royal ait toujours été un Grec de naissance et d'éducation, comme nous l'apprennent, en effet, tous les témoignages qui nous en sont parvenus. L'intention de cet usage ou plutôt de cette loi est assez manifeste par elle-même; mais elle le devient plus encore lorsque l'Egypte passe, après la bataille d'Actium, sous la domination romaine, car alors le grand prêtre de toute l'Egypte, l'administrateur du Musée, fut toujours un Romain. Le géographe Strabon, contemporain d* Auguste et de Tibère, avait vu ce changement, qui n'était que la continuation d'une politique habile à concilier les droits du pouvoir conquérant avec les justes égards que réclamait le peuple conquis; il en témoigne expressément, et d'autres textes établissent que les empereurs demeurèrent fidèles à l'exemple donné par les fondateurs de l'empire

1 Tous les témoignages aur ce sujet oui été réunis par M. LelFonne, Inscr. grecques et latines de l'Egypte, t. 1, p. 279 el suiv. ; 5Ô8 el suiv., et par J. Kranz, Introduction aux inscriptions de l'Egypte, dans le Corpus inscr. grœc, t. III, p. 307.

Nous voici amenés, par l'ordre des faits, à ces traditions romaines où remontent plus spécialement les règles et les usages de notre administration occidentale Y retrouveronsnous, avec des traits plus distincts et une ressemblance plus frappante, celte fonction de secrétaire du prince appelée quelquefois à devenir celle môme d'un ministre?

Nous n'avons rien à dire de la chancellerie romaine au temps des rois, bien qu'un historien grec de Rome se montre instruit jusqu'au dernier détail de tout ce qui se passait à la cour de Numitor et d'Amulius, et qu'il nous représente Romulus et Rémus comme deux princes très-bien élevés1. Nous ne savons pas non plus si les Étrusques, qui enseignèrent aux Romains tant do pratiques religieuses, leur donnèrent quelques leçons utiles en matière d'administration. Tito-Live s'est peut-être involontairement souvenu des Grecs lorsqu'il appelle scribe ou greffier le. ministre de Porsenna, qui, placé auprès de son maître et presque aussi richement vôtu que lui, reçut de Mucius Scœvola le coup destiné au roi défenseur . des Tarquins *. Ce qu'on peut affirmer, c'est que l'histoire de la république, dont il nous reste des récits plus longs et plus sûrs que de la première royauté, ne nous offre aucun office qui rappelle celui de l'épislolographe macédonien. Cornélius Népos en fait môme la remarque expresse à propos d'Eumène : la charge de secrétaire était bien autrement honorable et honorée chez les Grecs que chez les Romains ». « Chez les

1 Denys d'Ilalic. Antiq. rom., 1, 75 et suiv. ; II, 3 et suiv.

* Tite-Live, II, 12 : < Ibi cura stipendium forle militibus daretur, et scriba cum rege sedens pari fere ornalu, etc. » Cf. Denys d'Halic, Antiq. rom., V, 28.

» Vie d'Eumène, c. t : ■ Eura (Eumenera rex Pbilippus) babuit ad manura, scribe loco, quod raulto apud Graecos honorificeotius est quam apud Romaoos : nara apud nos rêvera, sicut sunt, merecuarii scribse existimantur . at apud îllos contrario nemo ad id ofticium adraitiilur, nisi bonesio loco ac bdc et industria cognitus, quod necesse est omnium consiliorum cum esse parUcipem. »

Romains, dit-il, on les traite comme des mercenaires, ce qu'ils sont en effet. »

Tels étaient apparemment les scribes que le sénat employait pour la rédaction de ses procès-verbaux et pour l'expédition des affaires, et que l'on renvoyait de la séance lorsqu'il y avait à traiter quelque affaire qui exigeât le secret Il les faut bien distinguer des commissaires spéciaux et tous sénateurs qui assistaient à la rédaction des sénatus-consulles (scribundu aderant), et dont la présence en garantissait l'authenticité Les pontifes aussi avaient des scribes, assez considérés, à ce qu'il semble, puisqu'on les appelait minores porttifices*. Les principaux magistrats civils en avaient également, les questeurs surtout, pour l'administration des finances ; ces scribes étaient organisés en décuries ou en bureaux, dont la direction, sous le titre de scriptus, formait un office transmissible et vénal*. On croit voir, dans un témoignage de Cicéron, que ces directeurs de service, peut-être les chefs du bureau chez les publicains, portaient déjà le titre de magistri scripturœ, fort analogue à ceux que prendront plus tard, sous

1 Jules Capitolin, Vie des trois Gordiens, c. xu : a Hune morem apud ve-

teres nécessitâtes public» repérer unt ut senatusconsullura tacilum

fieret; ita ut non scrifoe, non servi publici, non censuales illis actibus intéressent , senatores excipereut, senatores omnium officia censualium scribarumque comptèrent, ne quid forte proderetur. » Cf. Orelll, Inscr. loi., no. 2274, 3186, etc.

* Voir les exemples dans le recueil des Reliquiœ laiini sermonis vetustioris, p. 127, 289, 290, etc.

» Tïte-Live, XXII, 57. Cf. OreUi, n° 2437.

* Les principaux témoignages sur ce sujet sont indiqués dans le recueil des Reliquiœ latini sermonis, p. 284, à propos d'un fragment de loi sur les scribes, qui remonte au temps de Sylla. Cf. Weber : Vêler die rœmisehe Scribœ, eine Episode der Biographie des Horaiius. {Neue Jahr bûcher de Seebode, IX, Suppl. Band, p. 78-92.) M. Walckenaer, dans son Histoire de la vie et des poésies cT Horace, t. I, p. 239 et 240 de la deuxième édition, fixe, un peu arbitrairement, je pense, à la vingt-neuvième année de ce poète, l'achat qu'il fit du scriplus quœstorius.

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l'empire, les chefs des divers services de la chancellerie l. Les rédacteurs, les copistes et les dépositaires de tant d'actes importants pour la religion, pour les finances et pour la politique de Rome, prenaient, par la force môme des choses, une certaine part d'influence dans le gouvernement. L'histoire du célèbre scribe Flavius, qui, vers Tan 307 avant Jésus-Christ, divulgua le secret des formules, et qui ainsi accomplit ou provoqua une véritable révolution dans le droit romain, prouve quelle responsabilité pesait sur de tels fonctionnaires \ Il est d'autant plus étonnant que Rome n'en ait pas mieux assuré le recrutement, et qu'elle les ait laissés presque tous et si longtemps dans une condition d'infériorité sociale qui les invitait trop peu à s'honorer eux-mêmes parles recommandations du talent et du caractère. Cicéron se plaint encore de ce que les scribes, qui avaient entre leurs mains la fortune de la république, étaient, en général, des gens de peu de valeur; et pourtant, quelques années plus tard, au temps d'Horace, on voit que le scriptus quœstorius donnait accès au rang de chevalier. Horace, après sa malheureuse campagne de Philippes, ne dédaigna pas ce moyen de refaire sa fortune; ce fut une fonction de chef de bureau qui l'achemina vers la faveur de Mécène, puis vers celle d'Auguste, et l'on voit, par les confidences mômes du poète, que cette fonction môlait encore quelques soucis aux loisirs de sa prospérité *.

L'esprit de l'aristocratie romaine et la nature des institutions qu'elle a fait durer pendant cinq siècles, expliquent

1 Cicérou, ad Atticum, V, 15 : c Tu autera s*pe dare (litteras) tabellariis publicanorum poteris pcr magislros scripture et portas nostrarum dtocesiûm. »

* Pomponius, de Origine juris, § 7. Cf. Tite-Live, IX, 46 ; Cicéron, pro Slurcna, c. xi; Aulu-Gello, VI, 9, etc.

J In Verrent, II, act. III, 78, 79; Suétone, Vie d'Horace : c Viclis partibus, venia iœpetrata, scriptum quasstorium comparavit. » Horace, Satires, II, 6, v. 36; ailleurs [Sat. 1, 5, v. 54) il se moque pourtant de la haute fortune où un eertain Àufidim Luscus était parvenu par les fonctions de scribe.

assez comment les hommes qui tenaient la plume (qu'on me permette cet anachronisme) pour le Sénat ou pour les magistrats de Rome s'élevèrent si lentement et s'arrêtèrent si loin d'une autorité véritable. D'abord, par instinct et par tradition, le patriciat dédaignait les lettres et les lettrés; puis ces pouvoirs mobiles du consulat, de la préture, de la questure, de Tédilité, de la censure, ne comportaient guère au-dessous d'eux que des bureaux d'expédition, où pouvaient se perpétuer et se perfectionner les règles d'une administration savante, mais où la personne môme d'un chef habile de service n'avait guère le moyen de se produire au grand jour. Les hommes y restaient ce que voulait leur place, de modestes et obscurs instruments dans la main des grands citoyens que Rome appelait tour à tour au timon de l'État.

Quand ces grands citoyens se lassèrent eux-mêmes de servir comme magistrats annuels la fortune de leur patrie, quand l'action personnelle d'un Scipion ou d'un Sylla tendit à se perpétuer en dominant le jeu des institutions républicaines, la fortune des scribes suivit celle de leurs maîtres. Les scribes et surtout les secrétaires intimes d'un César ou d'un Octavien devinrent des coopéra leurs moins dédaignés et plus apparents de cette nouvelle politique. A mesure aussi que s'augmenta le goût pour les arts de l'esprit, et qu'on rechercha davantage pour les fonctions de secrétaire dos hommes déjà honorés par leurs succès littéraires, ces fonctions acquirent un surcroît de lustre et de crédit. Lorsque César Auguste demandait à Mécène de lui céder Horace pour secrétaire, et qu'il offrait au poète d'échanger « la table d'un favori contre celle d'un prince1, » apparemment il entendait adoucir par les égards dus au talent une dépendance que, du reste, la discrétion du poète sut habilement décliner. Mais co changement môme

* Suétone. Vie d'Horace : « Horatiuro Doslrura a te cupio abdu-

cere. Veotet ergo ah ista parasitica mensa ad banc regiam, et nos in scribeodis eplstolis adjutabît. a (Extrait d une lettre d'Aoguile.)

dans les mœurs politiques et sociales de Home ne se fit pas d'un seul coup et sans de lentes transitions qu'il est curieux d'étudier.

Saint-Simon parle quelque part, avec le dédain qui lui est si familier, de ces petits légistes qui, assis sur le marchepied du banc des seigneurs féodaux, dans leur conseil, se tenaient prêts à leur fournir la réponso ou le texte de droit nécessaire à la discussion l. Je no sais pas si tels furent, en effet, les commencements de cette magistrature parlementaire, qui, après avoir humblement servi la royauté, finit par en balancer le pouvoir et contribua môme à la renverser; mais je sais que la description do notre malicieux écrivain no conviendrait pas mal au petit personnage que font d'abord dans l'histoire les secrétaires des Césars.

On connaît les vastes tombeaux, appelés columbaria, où venaient se ranger par centaines, dans des niches étroites, les urnes funéraires des esclaves et des affranchis de la famille impériale 5. C'est là que se trouvent les plus anciens souvenirs do ces hommes de confiance, choisis dans l'esclavage, où souvent ils demeurèrent toute leur vie, et qui, sous la dictée d'un Auguste ou d'un Tibère, écrivaient les ordres destinés à porter l'impérieuse volonté do Home jusqu'aux limites du monde connu. Sur ces tombeaux, on rattachait d'ordinaire au nom de l'esclave celui de sa fonction, comme pour beaucoup d'autres services de la plus humble domesticité *. Dans une inscription du règne de Tibère, je vois trois secrétaires, deux grecs et un romain, mentionnés parmi

i Mémoires, t. XI, p. 375 de la première édition : « Ces légiste» étoient des roturiers qui s'étolent appliqués à l'4lude des lois... Ils éloient assis sur le marchepied du banc dos pairs et des hauts barons, etc. »

• Le seul columbarium des affranchis et esclaves de la maison de Livie, dont Gori a publié les inscriptions (Florence, 1727), contenait plus de trois cents urnes.

' Orelli, Inscr. M. n» 2437, 2931 : a inanu ; 2874 : ad manum.

beaucoup d'autres domestiques de la maison des Césars, à côté d'un valet de chambre et d'un cuisinier1 ! On les appelait d'ordinaire a manu, locution d'où le latin vulgaire dériva, d'assez bonne heure, le méchant adjeclif amanuensis, ou, plus rarement, ad nianum *, ou ab epistulis, ou selon la spécialité de leur emploi : ab epistulis latinis, quand ils servaient pour les lettres en latin ; ab epistulis grœcis, qnand c'était pour les lettres grecques5; ab actis \ quand c'était pour les procès-verbaux d'un conseil privé ou public, ou pour la rédaction d'un journal de dépense. De bonne heure aussi on s'habitua à les nommer notarii, à cause des signes, notœ, dont ils faisaient usage pour sténographier la parole *. Ces hommes-là étaient souvent initiés à d'importants secrets ; ils n'en étaient pas toujours dignes, et, en cas d'infidélité, de cruels supplices pouvaient punir leur faute. Thallus, secrétaire d'Octave, avait reçu 500 deniers pour livrer une lettre; Octave (c'était alors le temps du triumvirat) lui fît, dit-on, briser les deux jambes 6. D'ordinaire, cependant, on devait

1 Inscription communiquée par M. E. Desjardins à M. Henzen et insérée par ce dernier dans son Supplément au recueil d'Orelli, n« 6651.

1 Ce que les Grecs paraissent avoir traduit par wpôç x«p*. v°ir un exemple dans le Corpus inscr. grœc, u° 55684 (Addenda.). Le caractère a demi littéraire de cette fonction chez les Romains n'a pas été assez remarqué par l'auteur (M. Gevers) d'une dissertation, d'ailleurs intéressante, de Servilis conditions hominibus artes, litteras et scienlias Romœ colentibus (Lugduni Bat., 1816), p. 35 et 36.

» Orelli, no. 1727, 2997 , 3907.

* Orelli, n° 2273 : ab actis imperatoris Trajani. Voir plus haut (p. 228, note 1) des exemples de scribes ab actis Senatus.

» Voir le texte de ILampride cité dans la note suivante. Cf. Orelli, n<> 2876.

« Suétone, Vie d'Auguste, c. lxvii : « Thallo a manu, quod pro epistola prodita denarios quingentos accepisset, crura effregit. » Cf. Lampride, Vie de Diaduménien, c. ix : « Epistola per notarium prodita. » Le supplice de Tballus rappelle le trop célèbre supplice infligé par Louis ZI à son ancien

choisir avec soin ces esclaves ou ces affranchis confidents nécessaires et journaliers de leur maître ; l'habitude de s'entretenir avec eux donnait à la confiance quelque chose d'affectueux et de familier ; tout contribuait ainsi à relever leur emploi, à étendre leur action au delà des étroites limites où elle semble d'abord renfermée. En Grèce, dès le temps des successeurs d'Alexandre, et, à Rome, dès le siècle de Cicéron, on voit employés, pour la correspondance politique, des alphabets particuliers et secrets, ce que nous appellerions aujourd'hui des chiffres x. Les maîtres, surtout les princes, ne pouvaient guère s'en réserver strictement l'usage, et si un scribe avait, en cela même, les secrets du cabinet impérial, on devine combien une telle confiance devait accroître l'importance de sa fonction. Enfin, le prince, qui fondait son pouvoir sur le cumul des principales magistratures de l'ancienne république, se trouvait avoir la haute main sur les décuries de scribes depuis longtemps attachées au service do ces magistratures. Comme souverain pontife, par exemple, il dirigeait, sans intermédiaire, les minores pontifices dont nous parlions plus haut ; sans relever aussi directement de lui, les services des finances et de la guerre avaient des rapports journaliers et nécessaires avec le cabinet du souverain, et ces rapports ont pu conduire jusqu'aux plus hautes faveurs, nonseulement l'ofûcier lui-même, mais des personnes de sa famille ; témoin cette Flavia Domitilla, fille d'un scribe des questeurs, qui devint la femme de Vespasien, non encore

secrétaire le cardinal de La Balue. Voir les Mémoires de Comines, 1. 1, p. 1 59 et 403, et t. III, p. 66, éd. Bruxelles, 1706.

1 Polybe, VIII, 19 (cité par Suidas, au mot Zuvfaua-rutû;) ; Cicéron, ad Atticum, XIII, 32 ; Suétone, Vie de César, c. lti, et Vie d'Auguste, c. lxiv, lxxxviii ; Aulu-Gelle, XVII, 9; Julius Victor, Rhétorique, c. xxvn (à la suite des Scholiastes de Cicéron, éd. Orelli); Isidore, Origines. I, 24, § 2. Cf. W. de Goebel : Sotariorum veterum signa nonnuUa curiosa... pramissa diss.de notariis,k\i suite de l'ouvrage de Baringius intitulé Clairis diplomatka.

empereur, il faut le dire, mais fort ami dos scribes, sans doute, puisqu'on le voit, devenu César, et après la mort de Domitilla, prendre pour concubine et traiter presque commeune légitime épouse uno certaine Cœnis, femme grecque apparemment affranchie et autrefois secrétaire d'Antonia

Au temps surtout où Dion Cassius* déclare qu'il lui est fort difficile de distinguer entre le trésor public {(ernrium) et le trésor do César [fîsais), on comprend combien tous ces services divers tendaient à se centraliser sous l'action du pouvoir impérial. D'un autre côté, le nombre des affaires allait croissant toujours avec celui des provinces, et à mesure que les provinces s'habituaient davantage à demander des ordres d'en haut pour les moindres de leurs affaires intérieures. On a trouvé, dans une ville d'Italie, uno inscription constatant que trois pieds et demi de terrain sont concédés à des portefaix par ordre de l'em})ereur Auguste*. On sait à quelles minuties descend Pline le Jeune lorsqu'il consulte Trajan sur le détail de son gouvernement en Bithynie : pour les plus simples mesures il lui faut les ordres ou au moins les conseils do l'empereur, dont il a pourtant la contiance et même l'amitié. Sans parler de ces minuties, le seul service des rtscrito sur les matières législatives augmentait chaque jour d'importance, depuis qu'il n'y avait plus de plébiscites, et que le sénat intervenait plus rarement dans la confection des lois ; il augmenta surtout, je pense, lorsque par suite d'un célèbre rescrit de Caracalla le droit de cité fut étendu à tous los habitants de l'empire romain, et que dos millions de citoyens nouveaux purent s'adresser à l'empereur pour faire fixer par lui des points douteux de jurisprudence.

Tout cela devait exiger un nombre chaque jour plus grand

» Suétone, Vie de Vesptuien, c. ni.

* Hisl. rom., LUI, 16 et 22.

» Orelli, Inscr. la t., n» 575; el Guarini, Fasti duumvirali deUa cohnia di Pompcii, p. 82.

DE SECRÉTAIRE DBS PHIlfCBS. 235

de secrétaires subalternes pour seconder le secrétaire du chef de l'État; do bonne heure il fallut, dans co service central, établir une sorte de hiérarchie dont le chef, sans s'élcvor aux fonctions d'un véritable ministre et sans y prétendre, dut, de bonne heure aussi, avoir une véritable autorité dans les conseils du priuce.

Au début d'un rescrit do Tan 407, Arcadius et Honorius déclarent, sur ce ton d'emphase qui était alors consacré dans le style officiel, que « la gloire de leur chancellerie a déjà été honorée par d'innombrables lois1. » Ce qui reste de ces lois remplit aujourd'hui un titre du code Théodosion et un titre du code Justinien, mais aucune ne remonte au delà du quatrième siècle. Nous n'avons pas non plus l'histoire qu'un magister o/fîciorum de Justinien, Pélrus d'Illyric, avait écrite de la fonction même sur laquelle ses talents jetèrent, à ce qu'il paraît, un très-vif éclat'. C'est donc seulement à l'aide de témoignages indirects et très-divers que nous pouvons suivre les premiers progrès d'une fonction devenue si considérable, au siècle même de la décadence, qu'elle est formellement placée par Julien au second rang des fonctions publiques après la direction des armées 3.

Déjà la place offerte par Auguste au poète Horace devait être fort supérieure à colle d'un simple scribe comme Thallus. Sous le règne de Claude, je vois un affranchi de ce prince porter le titre de scrimarius ab epistulis; il avait, par consé-

1 Code Théod., VI, 26, 1. 14 : « Quamtis innuraeris legibus scriniorum gloria decoretur, jubemus primo omnium sit eorum secura possessio ab omnibus sordidis muneribus escusata, etc. »

4 Laurent Lydus, des Magistrats rom., Il, 25 : Tcî; £è ijMip«fu'vci; Ttù; içi^î {«ri i*yv&T«*t (*a^<TTp3u; dt^pi; ruwv ipvfaii Trpbc Jt<WxxXîav nîrptç ô ïrâvra (AifaX</ypft»v xai ttç xxôoX&u laropîx; inyolr,; è\$*cxaXc;, oY wv aùrb; hn (rapt ?) toû XryouiÉvcu (*a-jtonfjpîou avr^paî^aTo.

» Gode Tbéod., VI, 2», t. 2 : a In rébus prima militia est, secandus in litlerarum prsesidiis pacis ornatus, etc. »

236 IX. RECHERCHES StR LA FONCTION

quent, la direction ou la garde du portefeuille de la correspondance. Ce personnage a lui-môme des affranchis, et tient, à ce qu'il semble, un assez grand état dans le monde *. Avoir des affranchis, surtout avoir des nobles pour secrétaires, c'était comme un privilège du pouvoir suprême, au point que, sous Tibère, la calomnie s'armait de ce prétexte pour perdre des personnages de la famille impériale V Sous les règnes de Nerva et de Trajan les fonctions de secrétaire de l'empereur sont exercées à trois reprises par un ancien tribun militaire, qui obtient du sénat les insignes d'une préturo honoraire, ornamenta prœtoria*. Hadrien est le premier qui, au témoignage de son biographe, ait conûé le service a des lettres et des requêtes » à des chevaliers romains \ Dans ce témoignage

» Orelli, Irucr. ta/., t. III, n<> 6350 (supplément publié par Henxen), inscription dont l'authenticité ne parait pas suspecte, et qui contredit formellement un témoignage de Jean Lydus (des Magistrats romains, III, 31), d'après lequel le mot scriniarius n'aurait pas été employé avant le règne de Constantin. Varron, de Re rustica, III, 2, § 14, mentionne aussi un scribe qui apparuit Varroni, et qui avait lui-même un affranchi. Mais, dans ce texte, un nom propre a peut-être disparu par suite d'une erreur de copiste.

* Tacite, Annales, XVI, 8 : « Tanquam disponeret jam imperii curas, prœficeretque rationibus et epistulis et libellis libertos. a Cf. ibid., XV,

» Orelli, n<> 804 :

CN. OCTAVIVS. TITIWVS. CAPITO PRAEF. COHORTIS. TRIB. MI LIT. DON AT HASTA. PVRA. C0R0NA. VALLARI. PROC. AB EPISTVLIS. ET. A. PATR1MONIO. 1TERVM. AB EP1STVLIS. DM. NERVAE. EODEM. AVCTORE EX. S. C. «PRAETORIIS. ORNAMENT1S. AB. EPISTVL. TERTIO. IMP. NERVAE. CjESAR. TRAIANI. AVG. GER. PRAEF. VIG1LVM. VOLCANO D. D.

Cf. Pline le Jeune, Epist., 1, 17; VIII, 12.

k Spartien. Vie d'Hadrien, c. mi : « Ab epistoli* et a libellis primus équités romanos habuit »

mOme ne voit-on pas se marquer nettement une premièro division entre les employés romains de la chancellerie impériale? Bientôt, sous le règne de Commode et sous celui de Septime Sévère s'établiront les traditions d'un avancement régulier, qui fera passer les conseillers du préfet de Rome à la chancellerie de l'empereur, et de la chancellerie les élèvera à la préfecture de la ville. Quelques années plus tard, nouveau progrès, attesté par le biographe d'Alexandre Sévère : nous entrevoyons l'organisation d'un véritable conseil où préside l'empereur pour l'expédition des ordres et des dépêches1.

La faveur des Grecs appelés à ce service ne fut pas moins rapide que celle des Romains. De Néron à Trajan, voici un rhéteur alexandrin, nommé Denys, qui exerce (successivement, je pense) les fonctions de « directeur des bibliothèques » et celles de « préposé à la correspondance, aux ambassades et aux rescrils '. » C'est à lui qu'on peut attribuer avec beaucoup de vraisemblance une petite dissertation (i/.své$'.6Xcv) sur la formule de salut usitée dans la conversation et dans les lettres, dissertation dont le souvenir nous est parvenu par le témoignage d'un scholiaste d'Aristophane \ Sous Marc-Aurèle et Lu ci us Vérus, un certain Cornélianus arrive, par son talent d'avocat et de juriste, à la place de secrétaire (è^tsroXsu;)

1 Sparlien, Vie de Pescennius Niger, c. vu : « Quod postea Severus et deinceps multi tenuerunt, ut probant Fauli et Ulpiani praefecturœ, qui Papiniano in consiliis fuerunt; ac postea, quum unus ad memoriam, aller ad libelles paruisset, statua prœfecti facti sunt. »

* Suidas, au root Atcwato; ÀXefc^iû;, atleste que ce rhéteur, depuis le règne de Néron jusqu'à celui de Trajan (?) , tmv fiiQiicfaxrô 7ï?cô<rm xai iit\ TÙt tTnoTcXûv xai irpco&tttv i-ym-ro x»î ài?cxQt(j,âT<i>v. Sur ce service des ambassades, ajoutez le témoignage de Jean Lydus.dw Magistrats rom , II, 25 : Où ptôvcv xà; twv ifeûv 7rpio€waç ù«p' tauti TiXoûcaç i ixâ^iarpcç

«lOTIUITAU.

» Sur le Plutus, v. 522.

des Césars et à la direction supérieure des affaires pour les provinces grecques de l'empire ; à ce dernier titre il a pu être appelé sans flatterie, par un grammairien qui était de ses clients, lo coopéraleur (suvspvi;) des princes1. Deux inscriptions dWncyre4 semblent indiquer que ces fonctions do confiauce conduisaient quelquefois, dès le temps dos Antonins, à des charges do légat dans les provinces.

On ne saurait affirmer que tous les secrétaires intimes des empereurs, surtout les secrétaires grecs, aient eu depuis ce temps des attributions aussi importantes; mais si ce ne fut pas là une règle, ce fut, du moins, un exemple assez fréquent. On ne saurait non plus, quand on rencontre sous le môme règne un Latin qualifié d(; magister epistotarum, et un Grec de £«fAixwv è-i5T5>.ûv, déterminer lequel des deux

était le véritable chef de toute la chancellerie, ou s'ils avaient, dans l'ensemble du service, des fonctions simplement voisines et parallèles. Il est probable, en général, que tour à tour un Grec ou un Romain avait lo pas sur ses collègues, selon qu'en décidait la faveur du prince, plus puissante naturellement sur ce terrain que sur aucun autre3. Quoi qu'il en soit, à cet

1 Phryuichi Edoga vocum atticarum, éd. Lobeck, p. 290 : $ 8't (il s'adresse à Cornélianus, comme le montre la préface du recueil) fjx<jùt*ô{ imazùùj; i-tvxvi-;. P. 379, aux mois Tx rp'Jaoï-x Trxprv àji^vripa, il loue Cornélianus d'avoir banni des tribunaux l'emploi de cette mauvaise locution : KîtXXw^uv xxi xmwZwt ts paotXuùv àtxxa-nipiiv xxi Si&maXc; xa6i<773tucVG; tù {a-,v:v xùtwv tôiv X'J-ywv, Uiv (à).).' ii?) Xi-jwv, (r^aiTt; xxi tS).t(aaaT:; xxi ^wv$; xxî oxolum;. T^xpiûv ai p,î-yi<J7ttv xy<ioxvtîç et :ûv iwx-wv fixoiXû; xvéôiaxv rà ÈXXwuv ixïîxvtx ïcpxffAxrx o\cixtïv, 7vxpi^f'jffaa£vot ^jXxxx îxyrot;, Xo^w uèv «maroXia àïroçwavT»;, tp^u Si auves^v îXopiivc'. tt; (îxaiXiîxî.

• Corpus irtjcr. grac, n° 401 G et 4017.

3 M. de Luçay, Mémoire cité plus haut, p. 220 : a Les attributions des agents du pouvoir étaient alors mal définies, ou plutôt c'était au degré de confiance qu'ils inspiraient au monarque que ces agents devaient la part qu'ils prenaient au gouvernement. » Voir encore une observation sembla -

égard, il est intéressant de recueillir dans les auteurs et sur les monuments les noms des principaux personnages désignés comme secrétaires des Césars pendant la durée du deuxième et du troisième siècle de l'èro chrétienne. A ces noms se rattache souvent la mention précise de fonctions qui, soit à •Rome, soit dans les provinces, donnaient à leurs titulaires une certaine part de l'autorité active. Outre ceux que nous avons déjà nommés plus haut, énumérons rapidement : Maxime d'Egées1. On ignore de quel prince il fut secrétaire. Narcisse, qui fut ab epùtolùt auprès de Claude K Epaphrodite, qui fut a lihellis auprès de Néron et à qui sa complaisance pour un dernier ordre de ce prince coûta plus tard la mort3.

Celer, sophiste grec, malgré son nom latin, « chef de la correspondance impériale sous Hadrien. » C'est probablement le même qui, avec son nom plus complet de Caninius Celer, figure dans Pllistoire Augusto parmi les maîtres de Lucius Vérus v. •

C. Julius Vestinus, d'abord précepteur d'Hadrien , puis son secrétaire, puis directeur des bibliothèques de Rome, puis grand prêtre de touto l'Egypte et administrateur du Musée d'Alexandrie5.

bler p. 165. Toutes ces réflexions s'appliquent aussi justement à l'histoire de l'empire romain qu'à l'histoire de France, l Philoslrale, Vie d'Apollonius de Tyane, I, 12.

* Suétone, Vie de Claude, c. xxviii.

3 Suétone, Vie de Domitien, c. xi? : « Epaphroditum a libellis capitali pœua condemnavit, quod post deslitutionem Nero in adipiscenda morte manu ejus adjutus exislimabatur. » Cf. Vie de Néron, c. xlix.

* Philostrale, Vies des Sophistes, I, 22, § 5 ; Jules Capitolin, Vie de Lucius Vérus, c, il.

B Inscription publiée par Fabretti, heureusement commentée par M. Letronne (laser, de C Egypte, 1. c ), reproduite dans le Corpus inscr. grœc. sous le numéro 5900 ; elle a échappé à l'attention, ordinairement si exacte, de M. À. Westermaun, dans la première partie de sa très-utile compilation,

Avidius Héliodorus, rhéteur d'abord, et ensuite secrétaire d'Hadrien, puis gouverneur d'Égypte, qui fut le père de cet Avidius Cassius destiné au court et périlleux honneur de . l'usurpation1.

Suétonius Tranquillus, ou Suétone, l'historien érudit, ami de Pline le Jeune, qualifié de magister epistolarum par le biographe d'Hadrien, qui le mentionne pour une disgrâce do palais *.

Alexandre de Séleucie, secrétaire de Marc-Aurèle8, de ce prince qui, au jugement d'un sophiste non suspect de flatterie, n'avait pas besoin d'une main étrangère pour écrire en grec de fort belles lettres4.

Sallustius, qui paraît avoir fait l'office de magister ppistolarum près de Lucius Vérus, puisque ce prince se réfère à lui pour procurer à Fronton des exemplaires de dépêches officielles, relatives à la campagne contre les Parthes dont le célèbre rhéteur allait écrire l'histoire5.

de Epistolarum scriploribus grœcis (Lipsi», 1851 et suiv., in-4), p. 8. Voir aussi, sur ce personnage, la notice de Suidas au mol Oùïïotïv&î, et les Commentationes de Uernhardy sur Suidas (cap. n, p. xl), en tète de son édition de ce lexicographe.

» Letronne, Inscr. de l'Egypte, t. 1, p. 129 et 130.

' Spartien, Vie d'Hadrien, c. n : « Septicio Claro prxfecto pratorii, et Suelonio Tranquillo epistolarum magislro, multisque aliis, qui apud Sabinam uxorem, injussu ejus, familiarius se tonc egerant, quam reverentia domus aulics postulabat, successores dédit. »

3 Philostrate, Vies des Sophistes, II, 5, §§ 3 et 12.

4 Préface des Lettres de l'hilostrate, en forme de lettre à Aspasius. On y voit aussi loué c Drulus ou son secrétaire » comme ayant donné des modèles du bon style épistolaire.

8 Vérus à Fronton, p. 187, éd. de Rome : « Ea vero que post mcam profeclionem gesta sunt ex litleris a (je lirais plutôt : ad) me scriptis a negolio cuique praepositis ducibus cognosces. Earum exemplaria Sallustius noster, nunc Fulvianus (?), dabit. Ego vero, ut et consiliorum meorum raliones commemorare possis, meas quoque litleras, quibus quidquid gerendum esset dcmonslratur, miuam tibi.» Au sujet de ce Fulvianus, M. A. Mal

On connaît encore un employé secondaire de la chancellerie sous ce règne, T. Aurélius Egathéus K

Hadrien de Tyr, sophiste éminent, que Ton plaint d'avoir été le secrétaire d'un monstre tel que Commode. Il avait laissé divers ouvrages, entre autres un recueil de lettres dont le titre seul nous est parvenu 2.

Antipater d'Hiérapolis, secrétaire de Septime Sévère et de Caracalla'.

Aspasius de Ravenne et Festus, secrétaires de Caracalla \

Le jurisconsulte Paul, magister memoriœ, vers le môme temps, on ne sait pas au juste sous quel règne.

Le jurisconsulte Ulpien, qualifié de magister scrinii et de consiiiarius auprès d'Alexandre Sévère \

On croirait lire quelque page d'un de ces annuaires modernes où sont énumérés les chefs d'une même administration sous plusieurs règnes successifs. Notre Annuaire de la chancellerie romaine ne se continue pas longtemps avec cette

renvoie à la lettre vingtième du livre I, ad Amicos, qui lui est, dit-il, adressée ; c'est une évidente inadvertance, car cette lettre est adressée a Cl. Julianus. 11 est d'ailleurs probable que la leçon nunc Fulvianus est une faute de copie ou une erreur de lecture commise par l'éditeur du manuscrit.

» Orelli, Insor. lat., n° 5009 [inscription grecque et laliue), et Frontou, p. 167, éd. Rom.

* Philostrate, Vies des Sophistes, II, 10; § 9. Suidas, au mot jUpiavo;, où il lui attribue entre autres un recueil de lettres, sans doute de lettres purement sophistiques, comme il nous en est tant parvenu de l'antiquité. Je remarque aussi que Suidas l'appelle seulement àvTifpaotùc tûv foivTcX&v.

» Philostrate, 11,24, §1.

* Philostrate, II, 33, § 5 , et Ilérodien, Hist., IV, 14.

5 Lampride, Vie d'Alexandre Sévère, c.xxvi : a Et consiiiarius Alexandri et magister scrinii Ulpianus fuisse perbibetur. » C. xxji : « Post meridianas horas subscriptioni et leclioni epislolarura semper dédit operam, ita ut ab epislolis et libellis et a memoria semper assistèrent; nonnunquam etiam si slare per valetudinem non posscnl, sederent, relcgeulibus cuncla librariis et iis qui scrinium gerebant, ita ut Alexander sua manu adderet, si quid esset addendum, sed ex ejus senlentia qai disertior habebatur.»

précision instructive ; néanmoins je puis encore, pour les règnes suivants et à d'assez longs intervalles, citer quelques noms que l'histoire a conservés. Tels sont :

Mncsthée, affranchi et secrétaire intime d'Aurélien, auteur de la conspiration dont ce prince périt victime, triste exemple de la contagion de violence qui, dans ce siècle de fer, semblait avoir tout envahi *;

Junius Calpurnius, magister mcmoriœ sous le règne éphémère de Carus";

Le rhéteur latin Suménius, magister sacrœ memoriœ auprès de Constance Chlore3;

Le rhéteur et historien Eutrope, dont nous possédons un abrégé do l'histoire romaine, et qui fut épistolograpke de Constantin, puis accompagna Julien l'Apostat, sans doute au môme titre de secrétaire, dans son expédition en Perse v;

Paulus, dit Cattna, cité par A m mien Marcellin comme secrétaire de Constance, et qui fut brûlé par Julien en punition des cruautés dont il s'était fait l'instrument sous le précédent règne 5 ;

Calliopius d'Antioche, secrétaire de Constance, auquel sont adressées plusieurs lettres de Libanius*;

Pentadius, d'abord notarius, puis officiorum magister sous Constance, qui faillit, lui aussi, être puni, après la mort de son maître, pour la part qu'il avait prise à ses tyrannies 7;

1 VopUcus, Vie d'Aurélien, c. xxxvi : < Incidit ul... Mnestheum quemdara, quera pro nolario secretorum habuerat, libertum, ut quidam dicunt, suura, infensiorem sibi minando redderct, etc. »

5 Vopiscus, Vie de Carus, c. fin*

3 Eumenii Oratio pro reslaurandis scholis, c. xi, où il indique la somme de 500,000 sesterces comme le montant de son traitement.

* Codinus, de Originibus Constantinopoleos, p. 9, éd. Paris.

h Ammien Marcellin, xiv, 5 ; xv, 3; xxu, 3; Libanius, t. I, p. 429, éd. Reiske.

• Libanius, Lettres 412. 1033 et 1034. Cf. 204, 205, 221.

" Ammien, Marcellin, xiv, 11; xx, 8 ; xxu, 3. Ce dernier chapitre do

Nymphidianus de Smyrne, sncrétaire de Julien TA postât, l'un des rédacteurs de tant de rescrits célèbres dans l'histoire des lettres et de la religion ».

Dans celte énumération, si incomplète qu'elle soit, on a sans doute remarqué combien les savants et les rhéteurs abondent. La chose, au fond, est assez naturelle : le chef d'un ou de plusieurs bureaux dans la chancellerie n'était pas un officier de Tordre purement administratif; s'il avait des talents littéraires, il en pouvait trouver quelque emploi dans sa fonction môme.

Déjà le roi de Syrie Séleucus disait qu'on ne ramasserait pas par terre une couronne, si Ton savait toutes les lettres qu'un prince doit dicter, toutes colles qu'il lui faut lire Or, qu'étaitce que le royaume de Syrie auprès de l'empire des Césars? Quel prince, si actif et si habile qu'il fût, aurait sufû seul aux dovoirs d'une correspondance comme celle que nécessitait le gouvernement dû monde romain»? Aussi, voyons-nous, sous Constance, lo service de la chancellerie constituer un personnel considérable; Julien, qui voulut se réduire à quatre secrétaires et à dix-sept officiers pour la distribution des dépêches, épuisait de fatigue ces trop peu nombreux serviteurs. Sous Théodose, on voit le nombre des secrétaires de tout grade porté jusqu'au chiffre énorme de cinq cent vingt, et à dix mille le nombre des agents inférieurs qui portaient les dépêches*. Dans ce vaste service de la chancellerie, bien des

l'historien contient encore les noms restés obscurs de plusieurs fonctionnaires de la chancellerie impériale.

1 Eunape, Vies des Sophistes, p. 177, éd. Boissonade.

1 Plutarque. Si un vieillard doit s'occuper des affaires d'Elat, c. xi : Tôv *|cùv £ÎÀ.tuxw ixoûrr&Tc Xt-ytiv eçacrav, Et ytdit ci 7rcXXci -b ^pa^ttv jaovov i*i<roXà<; TcaaùTa; xal àva-pv«ox*iv 5a&v tpfci>$c; sjtiv, ipptu.jxsvov où* àv àveXioôou $iot^r,(Aa.

» Voir le témoignage de Fronton, cité plus bas, p. 245, note 2.

* Libanius, t. I, p. 190, 566, 571 ; oee textes, et quelques autres, me

lettres devaient être rédigées par le seul secrétaire et soumises ensuite à l'approbation de l'empereur. Il en fallait mesurer l'étendue, varier le ton et le style, selon bien des convenances de temps, de lieu, de personnes. De là des règles dont on trouve la trace dans quelques témoignages de l'antiquité. On y voit que Philostrate l'Ancien avait publié contre son confrère Aspasius, secrétaire d'un empereur, un Traité de l'art d'écrire des lettres, où il lui reprochait deux défauts également fâcheux pour la dignité d'un César : l'abus des formes oratoires et l'obscurité •. Cornélianus, le secrétaire de Marc-Aurèle, pensait aussi, apparemment, qu'un tel prince devait parler le plus pur attique à ses sujets grecs, car c'est lui qui avait commandé au grammairien Phrynichus un Manuel de f atticisme dont l'abrégé est parvenu jusqu'à nous*. La correspondance môme de Fronton et de ses disciples, et, plus tard, les Lettres de Julien, ne sont-elles pas des exemples du soin que l'on donnait, dans le palais des Césars, au style épistolaire?

Au reste, et pour le dire en passant, les calligraphes de la chancellerie impériale n'avaient pas moins bonne réputation

sont obligeamment indiqués par M. Em. Monnier, qui prépare en ce moment une dissertation historique sur Libanius.

1 Pbiloslrate, Vies des Sophistes , II, 33 : « ù £i çu*pjî^pap.{itvîj im- 97OA1 tû <&iX'.aTpaÎTci> ï« j t tcv* cû; iph ÎTnoriXXuv rrpô; tov Àff-oiot&v 7iivitt tïraSr, TrapiXOwv i~\ tx; jjaciXiîtv; îmoTiXà; rà; fiiv à^uviffroiciTtpcv rcû ftevn; tîrûmXXt, t«; Si où oa^û;, ûv cù$rripcv paaiXtl icpîm.v* aùtcxpâro»p -jàa Sr, ôirvrt îïnaTtXXct, cù £tî tvôujiTiaâTcav , w8" imytipMuav, àXXà o\i;r,;, tûS* au àdacfita;, ir.uH vojxvj; çât-pfera», vaçrviia&i îo|at,viÙ; vop.cu. Comparez les observations de M. E. de Rozières sur les Recueils de pièces de chancellerie, comme celui de Marculfe , au moyen âge, dans la Hevw historique de droit français et étranger ( janvier -février 1859).

* Voir la préface de ce petit recueil adressée à Cornélianus, dont Phrynichus semble avoir élé l'affranchi, peut être le secrétaire. Fronton témoigne des mêmes scrupules en parlant a un César de son rôle d'orateur devant le peuple romain, p. 232, 244, etc., éd. Rom.

que les secrétaires atticistes, et leur belle écriture parait avoir été presque proverbiale au temps dePlutarque1.

Mais le talent des secrétaires d'empereurs ne trouvait pas seulement à s'exercer dans la rédaction des dépêches. En devenant l'administrateur et le justicier suprême du monde, l'empereur était devenu une sorte d'orateur suprême, chargé de parler aux peuples et de les entretenir sur leurs intérêts et sur leurs devoirs, comme faisaient jadis les orateurs dans des Etats libres. Commander n'eût pas toujours suffi : il fallait justifier la loi par d'habiles considérants ; il fallait louer les uns, blâmer les autres; il fallait, par la séduction d'un langage grave et digne, calmer certaines colères, ou prévenir certaines résistances. 11 y avait lieu souvent de répondre à des ambassadeurs, de rendre compte au sénat de quelque grand succès militaire ou de quelque importante mesure de gouvernement. Voilà ce que nous apprend un homme initié de fort près à toutes ces difficultés du métier royal, le précepteur de Marc-Aurèle et de Vérus1; voilà ce qui nous est attesté par un exemple authentique et mémorable, le discours de Claude, dont la plus grande partie se conserve encore sur les célèbres tables de Lyon. Fronton, qui avait lu bien d'autres discours de ce genre, nous apprend aussi avec quels succès divers les empereurs, depuis César jusqu'aux Antonins, ont rempli cette partie de leur tâche; comment

1 Plularque, des Oracles de la Pythie, c. vu des éditions grecqueslatines : Ei fpâflpiiv (8ut jmî Xt'^ttv rcù; ^ptffjicû;, cùx àv, ctaat, tcu 6icû t« ■yfâuuaTft vguîÇcvti; i^i-fi^ui, Sri Xtirerai xzXXt^paçta tôt» f}a<nXtxuv.

1 Ad Marcum Casarem, de Eloqutntia, p. 234: c Ccsareum est in Scnalu qus e re sunt suadere, populum de plcrisque negotiis in concione appellare, jus injustum corripere, per ornera tcrrs litteras missitare, leges (A. Mal propose de lire reges ; ce serait plutôt legatos) cetera ru m gentium coropellare, sociorum culpas dictis coërcere, benefacta laudare, seditiosos compescere, féroces territare, oninia isla profeclo verbis sunt ac litteris agenda. » Cf. Lampride, Vie d'Alexandre Sévère, c. m : c Conciones in urbe rauUas babuit more velerum tribunorum et consulum. •

parlait Auguste, comment Tibère ou Vespasien, non pas chez Tacite, cet admirable et trop peu fidèle interprète de l'éloquence de ses personnages, mais dans l'histoire et en réalité. En môme temps qu'il loue affectueusement l'habileté oratoire de ses deux élèves, Fronton plaint le malheur des hommes d'État obligés de recourir par leurs discours à l'éloquence d'autrui. Ainsi, dit-il, jadis Venlidius, vainqueur des Parthes, avait emprunté la main d'un écrivain de profession pour rédiger le récit officiel de ses campagnes; ainsi l'honnête Nerva exposait et justifiait ses actes devant le Sénat avec des paroles d'emprunt, verbis rogaticiis1. De môme, selon Tacite, l'empereur Olhon usait, pour les affaires civiles, du talent de Galérius Trachalus, orateur alors célèbre, dont le style plein et sonore se reconnaissait assez facilement dans le3 harangues impériales*. De même Trajan confia quelquefois à celui qui devint plus tard l'empereur Hadrien, le soin de dicter pour lui des discours officiels*. De même encore MYms Vérus n'avait, dit-on, rédigé qu'avec l'aide de ses secrétaires et de ses maîtres d'éloquence certaine harangue qu'il devait réciter à son père adoplif, Hadrien, le premier jour de l'an, et que la mort l'empêcha de prononcer1. Enfin, Antonin le Pieux

1 Ad Verum, p. 180 et 181. Cf. p. 227, une belle réponse aux scrupules de M. Àurèle qui poussait l'austérité stoïcienne jusqu'à fuir les succès de sa propre éloquence.

* Histoires, 1, 90 : « In rébus urbanis Galerii Tracbali ingenio Othonem uti credebatur ; et erant qui genusipsum orandi noscerent, crebro fori usu célèbre et ad iroplendasaures latum elsonan9. » Cf. Meyer, Oraturum rom. fragm. Turici, 1842. p. 592.

* Sparlicn, Vie d'Hadrien, c. it : « El jlefuncto quidem Sura Trajani ei familiarilas crevil, causa praecipue orationum quas pro imperatore dicta- ▼erat. •

* Spartlen,Fïe d'jElius Vérus, c. nr : « Cum de provincia jEliu9 redisset, atque orationein pulcherrimara, quœ hodieque legitur, sive per se. sive per scriniorum aut dicendi magUtros, parapet, qua kalendis januariis lladriano patri gratias ageret, accepta polione qua se existimarel juvari, kalendis ipsis Januariis periit. »

DE SECRÉTAIRE DBS PR1KCES. 247

passait pour n'avoir pas écrit lui-même les discours qui circulaient sous son nom1. Ce n'est donc pas chose neuve que la participation, si fréquente et beaucoup plus sérieuse chez nous, des ministres aux discours du trône. L'antiquité nous en offre déjà des exemples, et ces exemples durent être fort nombreux au temps du principal militaire, lorsque si souvent les armées couronnaient un soldat grossier ou môme un barbare; lorsque le hasard de continuelles révolutions plaçait ou laissait sur le trône « quelque César imberbe qui ne pouvait signer un ordre sans que son maître d'écriture lui dirigeât la main. » Je traduis ici (et peut-être dois-je en avertir),la plainte étrange et presque comique d'un sénateur romain de ce temps *.

On peut conjecturer que le secrétaire lettré d'un empereur trouvait encore quelque autre occasion d'utiliser officieusement ses talents au service de son maître. Beaucoup de princes, dans l'antiquité, ont laissé des récits historiques de leur vie. Auguste, par exemple, Hadrien et Septime Sévère écrivirent de ces ouvrages que déjà on appelait quelquefois Afemoriw, d'un nom qui nous semble moderne*. Or, si Sallustc se faisait aider par un grammairien pour ses travaux d'annaliste4, on peut croire qu'un empereur ait souvent

1 J. Capitolin, Vie cTAntonm Je Pieux, c. xi : t Orationee plerique aliénas dixernnt que sub ejua Domine feruntur ; lfarius Maxiinus ejus proprias fuisse dicit. »

5 Discours d'un sénateur, cilé dans la Vie de Tacite, parVopiscus, c. ri: « Du avertanl Principes pueros et Patres patriœ dici impubères, el quibus ad subscribendum (comparez, sur ces subscriptiones, la Vie de Commode, par Lampride, c. mi) magistrl litterarii raanus teneant, etc.»

* Aulu-Gelle, VI, 6 : « In veteribus memoriis scriptum legimus. » Cf. X, 12: < Favorinus memoriarum veterum exsequentissimus. s Cf. Orelli, n° 2952, où un procurator ab ephemeride, sous Alexandre Sévère, parait avoir exercé un important office de palais, mais non pas un office littéraire.

* Suétone, Vies des Grammairiens, c. x.

employé le zèle d'un secrétaire, soit à recueillir les matériaux, soit à corriger le style de ses Mémoires. Les fragments précieux que nous lisons aujourd'hui sous le titre de Mémoires de Louis XIV, et où les éditeurs signalent çà et là la main de l'honnête et correct écrivain Pellisson, nous laissent voir ce que pouvait être ce genre de collaboration discrète1.

Mais nous pouvons, autrement que par des conjectures, apprécier la part que prenaient les secrétaires des rois grecs et des empereurs romains à la rédaction de leurs dépêches ou de leurs autres écrits. Nous possédons encore aujourd'hui beaucoup do documents qui émanent, plus ou moins directement, des chancelleries du monde ancien.

Et d'abord, grâce à l'usage si commun chez les Grecs et chez les Romains de faire graver sur marbre ou sur bronze les actes officiels, beaucoup de ces actes, et entre autres beaucoup de lettres, se sont conservés dans des inscriptions.

Je rappelais tout à l'heure les Mémoires d'Auguste. Le résumé qui s'en trouve, sous la forme d'une sorte de testament politique, sur le monument d'Ancyre, n'est pas tout entier de la main de cet empereur. Il a lui- môme indiqué l'endroit où il en arrêta la rédaction : Hœc scripsi cum annum agebam septuagesimum sextum; mais, à la suite, un de ses secrétaires a écrit quelques lignes encore qui présentent le total des dépenses et des travaux publics sous ce long règne.

Parmi les dépêches qui nous sont parvenues de la môme manière, soit en grec, soit en latin, quelquefois dans les deux langues, j'indiquerai rapidement, et en me bornant aux plus intéressantes :

1° Une lettre du roi Séleucus aux Milésiens, qui accompagnait l'envoi de riches offrandes pour un temple de leur ville, et qui contient la liste de ces offrandes « ;

1 Voir le jugement de M. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. V, p. 252. * Corpus inscr. grœc, n» 2852.

2° Une lettre du roi Lysimaque aux Samiens, à propos d'une contestation relative aux frontières du territoire de Samos et du territoire de Priène l;

3° La réclamation des prêtres dlsis, à Phila?, au roi Evergète II, contre les vexations d'un corps de troupes cantonné dans leur île ; et la réponse favorable de Numénius, l'épistolographe, à cette requête *j

4° Deux dépêches, malheureusement mutilées, de l'empereur Auguste, l'une aux habitants de Mylasa, l'autre aux habitants de Cnide *;

5°Une lettre de Caïus (Caligula) en réponse aux compliments que lui apportait une ambassade des villes grecques de Béotie, la première année de son règne, lorsqu'il relevait d'une grave maladie \:

6° Un rescrit de Vespasien, à une ville de Bétique 5;

7° Une courte dépêche de Marc-Aurèle aux chefs d'une corporation religieuse de l'Asie Mineure, en réponse aux compliments qu'il en avait reçus à propos de la naissance d'un prince 6;

8° Une dépêche de Septime Sévère et de Caracalla, portant concession d'immunités à un sophiste de Smyrne nommé Claudius Rufinus 7;

» Corpus inscr. grœc, n° 2254.

* Letronne, Inscr. de P Egypte, tome I, p. 338; Corpus inscr. grœc, n» 4806.

3 Ph. Le Bas, Voyage archéologique en Grèce, Inscriptions, parlie V, n° 441 ; L. Ross, Inscriptiones antiques, n° 312.

* Keil, Sylloge inscr. Bœotic, p. 117 et suiv., où la date et le caractère du monument qui nous a conservé une partie de cette lettre sont établis a l'aide de rapprochements ingénieux et sûrs.

5 Orelli, Inscr. lat., n° 4031. Un fragment en grec d'une dépêche du même prince se lit dans le Corpus inscr. grœc, n° 1305. « Corpus inscr. grœc, n° 3176 A.

7 Corpus inscr. grœc, n» 3178. Cf. 1058, 1529, 2845,3414, d'autres exemplea-des faveurs obtenues par les sophistes.

9° Les pièces, moitié grecques, moitié latines, relatives au territoire du temple de Jupiter, dans la ville d\Ezania x;

10° Diverses lettres d'empereurs on réponse à des compliments de joyeux avènement a.

Les papyrus grecs de l'Egypte contiennent aussi plusieurs pièces émanées de la* chancellerie ptolémaïque. Telle est une lettre qui paraît du règne de Ptolémée Physcon et de Tan 119 avant Jésus-Christ. C'est une circulaire qui signale à la sévérité des gouverneurs de provinces des concussions et des injustices commises par les publicains; on voit que, même sous un assez mauvais prince, l'administration égyptienne n'oubliait pas tous ses devoirs. Cette pièce appartient au musée du Louvre.

Le texte des auteurs anciens renferme aussi bon nombre de ces documents. Tout le monde connaît les lettres de Philippe conservées dans les discours de Démosthène. Voici un fragment do la correspondance administrative des Séleucides que je trouve chez le compilateur Athénée, et que je vais transcrire pour sa singularité piquante.

« Antiochus (on pense que c'est Antiochus VI) à Phanias (gouverneur d'Antioche) salut. Nous t'avons déjà écrit pour qu'aucun philosophe ne demeurât dans la ville ni dans le pays. Or. nous apprenons qu'il s'y en trouve encore, et que la jeunesse pâtit parce que tu n'as rien accompli de nos ordres. Dès que tu auras reçu cette lettre, fais aussitôt publier que les philosophes aient à vider le territoire. Les jeunes gens que l'on surprendra auprès d'eux seront frappés de verges, et leurs parents seront punis avec la dernière rigueur. Qu'il soit fait selon notre volonté M » On dirait quelque con-

i Corpus inscr. grac, n* 3835.

* Corpus inscr. grœo., n° 2743. Dioclétien et Maximien aux habitants U'Apbrodisias. Cf. n° 346 et 3176.

3 Athénée, Dipnos., XII, p. 547 (cf. XIV, p. 653 A, une réponse du mémo prince à la prétendue lettre d'un roi des Indiens); je traduis

trefaçon, hyperbolique jusqu'à l'invraisemblance, du décret par lequel, un peu avant Antiochus VI, le sénat de Rome avait expulsé les rhéteurs et les philosophes l. Dans le dixième livre de ses Lettres, livre uniquement rempli par des lettres d'affaires, Pline le Jeune a inséré sa correspondance avec Trajan au sujet des chrétiens d Asie. A comparer Antiochus et Trajan, il semble vraiment que le persécuteur des chrétiens soit moins cruel encore que le persécuteur des philosophes.

Mais, quels que soient le nombre et l'importance des documents que je viens de rappeler, le recueil qui nous intéresse le plus à cet égard est encore celui des biographies d'empereurs connu sous le nom do Scriplores hittoriœ Auguste. Là do modestes compilateurs, moins sûrs de leur génie que ne l'étaient jadis un Tite-Live et un Tacite, et uniquement curieux d'une minutieuse vérité, quedailleursils ne savent pas toujours atteindre 3, insèrent souvent dans leur récit des actes authentiques provenant des archives de l'empire romain. des lettres, des discours,dessénatus-consultes, extraitsdes procès-verbaux du Sénat, ou de ce 'précieux registre d'ivoire que l'on conservait, à Rome, dans la bibliothèque Ulpienne 5, ou enfin copiés

xptuii<7GvT&i dans le sens plus adouci qu'indique déjà Casaubon, et que paraît autoriser un passage de Synésius, Lettre 44, p. 185, éd. Petau.

1 Dans Aulu-Gelle, XV, il, et dans Suétone, de Claris rhet., c. i, rapprochement déjà indiqué par Casaubon.

* Vopiscus, Vie de Carus, c. xx : « Non eloquenlie causa, sed curiositatis. > — « Qui bec et talia non la m diserte quara vere scripseruot, » dit Vopiscus, Vie de Probus, c. n, en parlant des auteurs qu'il imite. Voir daus les biographies de Maxime et Balbin, c. xi, xv, xvi ; de Maximin le Jeune, c. vit. etc., des exemples étranges d'une ignorance que d'ailleurs l'historien confesse avec naïveté.

« Vopiscus, Vie de Tacite, c. tiii : « Ne quls me Grœcoruru alicui vel Latinorum existimet temere credidisse, habet bibliotheca Ulpia in armario sexto librura elephantinum in quo hoc senatuscousultum perscriptum est,cui Tacitus ipse manu sua subscripsit. Nam diu hœc senalusconsulta, que ad principes pertinebaut, in libris elephanlinis acribebantur. »

dans des recueils spéciaux que composaient déjà certains officiers du palais *. Parmi ces pièces, plusieurs ont un caractère tout familier : non-seulement elles émanent du cabinet de l'empereur, mais, écrites ou dictées par lui, elles ne devaient rien à l'habileté de son secrétaire. C'est ce qu'atteste formellement Trébellius Pollion pour une lettre de Claude le Gothique * ; c'est ce que l'on peut deviner pour plusieurs autres. Par exemple, Hadrien seul a écrit la lettre où sont dépeintes avec tant de vérité les mœurs bizarres et turbulentes des Alexandrins 5 : j'y reconnais cette malice d'un bel esprit qui, trop souvent, devenait cruel devant d 'inoffensives contradictions. Nul autre que Septime Sévère n'a dicté cette menaçante dépêche aux sénateurs où sont tournées en amère dérision les manies littéraires d'un de ses concurrents à l'empire * :

1 Vopiscus, Vie d'Aurélien, c. xu : « Ex libris Acholii, qui raagisler admissionura Valeriani principis fuit, libre Âctorum ejus nono. » C. xvu : c Exstat e pis toi a quara ego, ut soleo, fidei causa, imo ut alios annaliuro scriptorcs fecisse video, inscrendam putavi. » Cf. Tréb. Pollion, Vie de Valérien, c. m ; Tacite, de Claris oral., c. xxxvu.

' Trébellius Pollion, Vie de Claude U, c. vu: Exstat ipsius epistola... qus talis est : Senatui populoque romano Claudius princeps (tianc aulem ipse dictasse perhibetur Ego verba mngislri raeraoria& non requiro) Patres conscripti, militantes audite quod verum est, etc., » texte évidemment altéré. Casaubon proposait de lire latanUs au Heu de militantes et d'insérer sint ipsius an avant magistri. Saumaise blâme avec raison ces conjectures, sans proposer une autre correction. Peut-être suffit-il de rapporter les

mots hanc perhibetur après requiro et de mettre dans la bouche de

Claude les mots ego requiro. Quant à militantes audite quod verum est,

dans le style de ce soldat empereur, on pourrait l'entendre ainsi : t Apprenez d'un soldat ce qui est la vérité. »

:t Vopiscus, Les XXX tyrans, Vie de Saturninus, c. vin. La lettre est écrite à un consul, mais qui était beau-frère d'Hadrien.

* J. Capitoliu, Vie cTAUrinus, c. xu. Remarquez surtout les dernières lignes dirigées contre les goûts littéraires d'Albinus : « Major fuit dolor, quod illum pro lilteralo laudandura plerique duxistis, cum ille naeniis quibusdam anilibus occupalus inter Milesias Punicas Apuleii sui et ludicra lilleraria consenesceret. »

□2 le

Sévère y montrait son âme, ostendit animumsuum, dit avec raison l'historien ; en effet, on y sent la rude énergie du soldat qui put être, un jour, salutaire au monde en* ressaisissant avec vigueur le faisceau des forces militaires do l'empire près de se dissoudre dans l'anarchie.

D'autres pièces sont moins caractérisées par le ton et par ce cachet moral que l'improvisation personnelle imprime toujours au style d une lettre; celles-là peuvent nous donner une idée du style officiel de la chancellerie. D'autres enûn émanent notoirement des secrétaires eux-mêmes en l'absence des empereurs : tel est ce fragment de la dépêche que je vais traduire, et où le magister mernoriœ de l'empereur Carus apprend au préfet de Rome la mort de son maître, subitement frappé au début d'une expédition contre les Perses 1 :

« Carus, notre prince vraiment cher (il joue sur le double sens du mot Carus), était malade, lorsque soudain éclata une si violente tempête, que l'obscurité nous enleva tous à la vue l'un de l'autre; puis les éclairs et les tonnerres brillant sans interruption, comme des astres do feu, nous ôtèrent à tous la connaissance de ce qui se passait. Soudain on cria que l'empereur était mort, et cela précisément après un coup de tonnerre qui avait tout ébranlé. Ajoutez que les chambellans, dans leur émotion, mirent le feu à la tente du prince. Ainsi s'est formé le bruit qui attribue sa mort à la foudre, et pourtant, si nous sommes bien informé, il est mort de maladie. »

Familiers ou officiels, tous ces documents sont précieux pour l'histoire ; tous attestent, par leur conservation même, la régularité d'un service depuis longtemps organisé auprès

» Vopiscus, Vit de Carus, c. tiii : « Junius Calpurnius, qui ad memoriam dictabat (cf. Nolitia dignilatum imp. occ, p. 60, éd. Boecking : « Magister mémorisa annolationes omnes dictai cl emillit »), talt-m ad pr&fectum Urbi» saper morte Cari, episloiam dédit. Inter caetera (?) : Gum Carus priaceps «osier vere carus, etc. »

de la personne des Césars, et qui s'y maintenait malgré les fréquentes secousses des révolutions.

Mais il y a deux pièces qui brillent d'un éclat particulier dans ce recueil, grâce au double souvenir qu'elles consacrent ; je veux dire la lettre d'Aurélien à Zénobie et la réponse de Zénobie à Aurélion *. On me permettra de citer encore ces deux courts et précieux documents :

h Aurélien, empereur de l'univers romain et nouveau conquérant de l'Orient, à Zénobie et à ses alliés dans la guerre.

« Tu aurais dû faire de toi-môme ce qu'aujourd'hui ma lettre t'ordonne. Je t'enjoins de te rendre, en le promettant la vie, et à condition, Zénobie, que tu vivras avec tes alliés là où je t'aurai placée d'accord avec l'illustre Sénat (de Rome). Tu remettras en nos mains tes pierres précieuses, ton argent, ton or, tes étoffes de soie, tes chevaux et tes chameaux. Les Palmyréniens garderont l'usage de leurs lois. »

Celte lettre était en grec; la reine do Palmyre répondit dans sa langue, qui était un dialecte du syriaque :

« Zénobie, reine de l'Orient, à Aurélien Auguste :

« Personne encore autre que toi ne m'a demandé par lettre ce que tu réclames. C'est au courage à décider dans toutes les choses de la guerre. Tu veux que je me rende, comme si tu ne savais pas que la reine Cléopàtre aima mieux mourir que de vivre en toute autre dignité. Le secours des Perses ne me manque pas, et déjà je l'attends. Avec nous sont les Saracènes, avec nous les Arméniens. Les brigands de Syrie, Aurélien, ont vaincu ton armée; que sera-ce si arrivent à nous les bandes que j'attends de tous côtés? Alors sans doute ta rabattras de cet orgueil avec lequel, aujourd'hui vainqueur, tu m'ordonnes de me rendre. »

Le philosophe Longin, maître de Zénobie pour les lettres

1 Vopiscug, Vit d'Aurélien, c. xxrx et xtyii. Peut-être contient-il de remarquer que Vopiscus avait pris ces deux documents, non dans les archives publiques, mais dans les récits d'un historien grec, de Nicomaqoe.

grecques, avait, dit-on, dicté cette noble réponse. Après la prise de Palmyre il paya de sa tête l'honneur d'avoir si bien exprimé les sentiments virils dont Zénobie lui donnait l'exemple. Nous trouvons encore dans le môme historien une lettre de l'empereur où ce prince avoue les cruelles représailles exercées en son nom contre les défenseurs do Palmyre et dont Longin fut la plus illustre victime.

Le nom de Longin nous inviterait, ce semble, à chercher ce que furent, comme écrivains et en dehors de leurs fonctions officielles, ces philosophes, ces historiens, ces rhéteurs ou ces jurisconsultes employés comme secrétaires des princes. Plusieurs, en effet, ont laissé des ouvrages qui nous sont parvenus.

On aimerait à savoir si c'est après ou avant sa disgrâce que Suétone écrivit les Douze Césars, si c'est à Palmyre que Longin rédigea quelques-uns de ses livres philosophiques. Les Césars, ce livre d'une véracité froidement impartiale, sont-ils une revanche de l'indiscrétion d'un courtisan humilié, ou témoignent-ils seulement de la liberté qu'Hadrien permettait sans réserve à l'historien de ses prédécesseurs ? En tous cas, il est certain que Suétone avait largement profité pour ses recherches de l'accès facile qu'il dut avoir auprès des bibliothèques et des plus secrètes archives de lempire. Il en avait môme profité plus que no le laissent voir les Césars. Ses petites biographies des rhéteurs, des grammairiens et des poètes, et les fragments de ses ouvrages perdus, supposent le même goût pour les curiosités anecdotiques. Suétone avait encore écrit un livre dont Tunique fragment, conservé par Priscien, ne sufût pas à nous montrer le sujet, mais dont le titre semble indiquer des recherches sur l'origine môme des offices du palais l. Qui sait si l'on n'y trouvait pas

1 De Institution* offlciorum, cité par Prlscieo, Imtit. gramm., VI, 8, p. 697, éd. Putsch ; t. I, p. Î47, éd. Krehl.

l'histoire même de la fonction que l'aiiteur a remplie auprès d'Hadrien?

Lo Traité du Sublhne , que, malgré bien des raisons de doute, l'opinion commune s'obstine à tenir pour une œuvre de Longin, ce traité empreint d'un si noble sentiment de la dignité humaine, nous vient-il de la cour de Palmyre et doitil quelque chose au génie oriental heureusement associé avec le goût exquis de la Grèce ? Je ne saurais le dire ; du moins il faut reconnaître que la critique y montre une sorte d'impartialité alors assez nouvelle dans les écoles : c'est la première fois qu'on plaçait ainsi Moïse à côté d'Homère et qu'on louait éloquemment Cicéron à côté de Démosthène.

Au reste, la plupart des lettrés, surtout les lettrés grecs, que les empereurs appelaient au secret de leurs conseils, n'étaient pas des Longins. Ils appartiennent d'ordinaire à cette classe de sophistes frivoles dont Philostrate et Eunapo ne se sont faits les historiens que parce qu'ils les ont trop admirés. La gravité de leurs fonctions auprès du prince contraste singulièrement avec la futilité de leurs occupations habituelles. Ces hommes accoutumés aux petits triomphes de l'école ou de la place publique, déclamateurs de profession, puristes jusqu'à l'afféterie, vivant par lo souvenir et l'imagination avec les héros d'une liberté désormais impossible, se trouvaient, à ce qu'il semble, un peu dépaysés au milieu des devoirs de leur nouvelle charge ; et pourtant le choix môme qu'un empereur faisait d'eux était un hommage rendu par le pouvoir à la science et aux lettres, un hommage qu'il faut apprécier dans l'abaissement commun des esprits sous l'empire romain.

Il serait donc intéressant, à cette occasion, d'examiner, en général, quelles furent l'influence et l'autorité des hommes de lettres sous un régime qui d'ailleurs laissait peu de place au libre exercice de la pensée ; mais cette étude excéderait les limites du sujet que nous avons choisi.

Une question qui s'y rattache de plus près nous reste à résoudre, avant de finir.

Nous avons souvent employé, dans le cours de ce Mémoire, les mots secrétaire et chancellerie pour désigner des fonctions relatives au service de la correspondance impériale, et pourtant nous ne rencontrons dans aucun des textes cités jusqu'ici le mot secretarius ni le mot cancellarius. C'est que l'origine do ces mots, fort ancienne d'ailleurs, est toute différente. Le secretarium était, sous le Bas-Kmpire, un tribunal qui connaissait des causes capitales et siégeait à huis clos, d'où lui venait son nom même, qui a pu s'étendre aussi à des officiers chargés, dans l'enceinte du tribunal, soit de la fonction de juge, 3oit de quelque fonction de police intérieure, comme celle de nos huissiers. Les barreaux ou cancelli, qui entouraient, dès une époque assez ancienne, le prétoire d'un tribunal, ont aussi donné leur nom aux cancellarii, chargés d'en écarter le public. Plus tard, sous le gouvernement des papes, le secretarium a désigné tantôt un tribunal secret, tantôt une salle d'archives pour los documents officiels et pour les trésors do la basilique Vaticane1. Le sens des mots tend tour à tour à se généraliser ou à se restreindre : ici c'est par extension qu'il s'est modifié. On s'habitua peu à peu à employer le mot secretarius pour tout fonctionnaire dont le premier devoir était la discrétion, et le mot de cancellarius, chancelier, pour le fonctionnaire qui secondait spécialement le prince dans l'administration de la justice, et, dans l'usage, le mot de chancellerie s'est étendu plus encore, jusqu'à signifier d'une manière générale tout le service des

1 Voir les lexiques de Forcellini et de Du Cange aux roots cités, et le savant ouvrage de Cancellieri, de Secretariis basilicœ vaticanœ veteris ac novœ. Rome, 1786, 4 vol. io-4°, ouvrage qui, malgré son titre, n'est pas une histoire de la chancellerie pontificale. Jean Lydus, sur les Magistrats romains, III, 5, 11, etc., fournit aussi do précieux détails sur ce sujet.

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