XIII. DE L'HISTORIEN DION CAS8IV
face, quelques pages de littérature écrites avec beaucoup de soin et de goût : il faut l'en remercier et passer sans plus long préambule à l'examen de son important travail.
Depuis Xénophon jusqu'à Hérodien, Josèphe est peut-être le seul historien grec dont les ouvrages nous soient parvenus à peu près intacts. Nous n'avons de Polybe, de Denys, de Diodore, d'Appien,de Dion Cassius que quelques livres, avec des fragments recueillis dans les compilateurs du moyen âge ou dans les grammairiens. Une compilation surtout nous t fourni le plus grand nombre d'extraits de ces auteurs; c'est celle qui fut exécutée au dixième siècle par les ordres d'un empereur grec, savant lui-même, mais a la manière un peu puérile de ce temps. Les extraits y sont disposés par ordre de matière, sous les titres des Ambassades, des Vertus et des vices, dm Harangues (ce dernier était un véritable Concioncs,) etc. Il s agissait sans doute, pour les collaborateurs de Constantin, non pas d'abréger avec proportion les longs récits de Diodore ou d'Appien, mais d'y choisir les pages les plus brillantes ou les plus instructives pour en composer une espèce de Morale en action, moins étendue que n'eût été une collection complète des historiens eux-mêmes, mais bien considérable encore, puisque les seuls débris qui nous en restent forment plus de deux volumes de moyenne grosseur. Par suite de cette disposition fâcheuse, beaucoup de fragments nous sont parvenus sans les indices chronologiques qui permettraient de les rapporter sûrement à une date précise. L'embarras s'est accru par l'état déplorable de plusieurs manuscrits; on peut dire même qu'il est sans remède pour toutes ces sentences morales, plus ou moins développées, dont les écrivains anciens aimaient à semer le tissu de leurs histoires, surtout les harangues. Que l'on prenne, en effet, dans certaines éditions de Tacite, le recueil qu'on a fait de ces sortes de sentences, et qu'on essaye de les rapporter à telle ou telle page des Annales ou des Histoires, on verra comment, dans ce
travail, l'art de l'historien aura étrangement déjoué les conjectures du lecteur. Enfin, il y a des fragments plus courts encore et cependant utiles pour l'appréciation du talent d'un écrivain, ce sont les citations où les grammairiens relèvent les mots ou les tournures propres à son style. Là, il est vraiment impossible d'établir un ordre rigoureux.
Depuis la renaissance des lettres, la diligence des éditeurs s'attache à grossir par des recherches nouvelles le recueil de ces fragments grands ou petits. Il en résulte que, depuis trois siècles, chaque édition de Denys ou de Dion Cassius a sur les précédentes, outre l'avantage d'une meilleure recenston, celui d'un texte plus complet. Ainsi, entre les deux éditions que les Estienne donnèrent de Dion, et celle de Leunclavius, Orsini publia des morceaux inédits de cet historien. Ils furent compris dans celle de Leunclavius, en 1606, qui devint bientôt incomplète par la publication que fît Valois en 1634 de nouveaux fragments empruntés à un manuscrit de Peiresc, puis en 1675 et en 1724, par d'autres publications du même genre. En 1751-1752, Reimarus réunit toutes ces richesses dans une belle édition qui n'a pas perdu tout son prix, mais qui ne renferme plus aujourd'hui tout ce que Ton possède de Dion Cassius, car l'abbé Morelli a retrouvé en 1798 quelques pages inédites de Dion, et Stura venait à peine de réimprimer le beau travail de Reimarus avec les additions nécessaires pour le mettre au niveau de la science moderne, que l'infatigable M. Angelo Mai a donné, en 1827, tout un volume de nouveaux fragments des historiens grecs, dans lequel Dion Cassiu3 figure pour une bonne part ; il a fallu pour ne rien laisser désirer aux acheteurs du travail de M. Sturz, réimprimer en un petit volume, qui fait mainlenant le nouvième de son édition, les morceaux dus aux découvertes de. M. Mai. Cette moisson dans les ruines est-elle maintenant épuisée? On peut le craindre, maison n'osera pas l'affirmer, pour peu qu'on soit familier avec l'étude des