‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 38 sur 102 · XIII. DB L'HISTORIEN DION CASSIUS · texte numérisé non relu

XIII. DB L'HISTORIEN DION CASSIUS

manuscrits. Heureusement, sans avoir à enrichir, si ce n'est de quelques lignes, le recueil des fragments de Dion, il restait au nouvel éditeur une intéressante et belle tâche. C'était de coordonner les résultats des travaux antérieurs, de conférer des manuscrits collationnés avec négligence, ou demeurés inconnus aux éditeurs précédents; c'était enfin de traduire Dion, on peut dire pour la première fois, car on ne saurait tenir compte aujourd'hui de la traduction française de DesRoziers, faite, en 1542, d'après une version italienne, qui elle-même ne reproduisait que la partie alors connue du texte de l'historien grec. M. Gros s'est imposé toute cette tâche ; il y a même ajouté une élude consciencieuse des textes de Xiphilin, abréviateur de Dion Cassius, et de Zonaras, annaliste byzantin, souvent copiste servilo de notre historien, tous deux par là fort utiles pour la correction de passages altérés dans les manuscrits de l'écrivain qu'ils ont suivi de si près. Sa préface sera précieuse non-seulement aux lecteurs de Dion Cassius, mais à tous ceux qui s'occupent de la critique des anciens auteurs grecs. Elle contient une description minutieuse et complète des manuscrits collationnés par M. Gros soit en Italie, où il a fait un voyage pour cet objet, soit à Paris, où d'importantes communications lui ont été adressées sur la demande et par l'entremise bienveillante de deux ministres dignes d'encourager de tels travaux, M. Guizot et M. Villemain. On remarque surtout, parmi les manuscrits signalés dans cette préface, celui de Tours, qui remonte au dixième siècle et contient des extraits de plus de dix historiens. Henri de Valois, qui les publia ic premier, et, depuis, M. Haenel, dans son Recueil des catalogues de manuscrits, n'avaient donné sur ce volume que des notices imparfaites et souvent trompeuses. La longue notice que M. Gros lui a consacrée (p. 57-84), laissera, je crois, peu à désirer aux plus scrupuleux connaisseurs en matière de paléographie.

Après Y Introduction commencent les fragments des trentesix premiers livres de Dion Cassius, avec le français en regard. C'est précisément la partie la plus difficile, et, il faut l'avouer, la moins intéressante du vaste travail que M. Gros a entrepris ; mais il n'y devait pas apporter, pour cela, moins de courage, car il a, de tout temps, aimé les entreprises difficiles, même les entreprises ingrates. Son début (et il était bien jeune alors) fut une traduction de la Rhétorique d'Aristote. Quelques années après, il se donnait pour tâche de mettre en français les œuvres critiques de Denys d'Halicarnasse, tâche assurément fort délicate ; car, malgré le tour naturel et simple de sa pensée, le rhéteur grec a des finesses de style et des subtilités d'analyse qui exigent, pour être fidèlement reproduites, beaucoup d'érudition et de sagacité ; d'ailleurs lo texte de ses mémoires littéraires est encore très-corrompu. Comme si ce n'était point assez pour son zèle de s'être dévoué à populariser des textes jusque-là négligés, M. Gros, après avoir fait dans l'histoire de la rhétorique chez les Grecs une savante excursion1, a voulu nous rendre, par une restitution laborieuse, l'ouvrage d'un rhéteur contemporain de Cicéron, de Philodème. J'ai montré ailleurs ce qu'il avait fallu d'efforts pour amener à une forme seulement intelligible ces débris extraits des papyrus d'Herculanum s. Auprès de la Rhétorique de Philodème, les fragments des trente cinq premiers livres de Dion Cassius offrent sans doute des difficultés moins nombreuses et moins décourageantes. Toutefois, c'était encore une assez rude tâche de corriger et d'expliquer plus de quatre cents fragments, pour la plupart très-courts, provenant de sources très-diverses, et dont le contenu embrasse une période de sept siècles. Mais il était

1 Thèse sur l'histoire de la Rhétorique chez les Grecs (Paris, 1835), reproduite plus tard avec de nouveaux développements en lôte du travail sur Philodème.

' Journal de l Instruction publique, 24 avril et 28 juillet 1841.

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