‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 40 sur 102 · HL DE L'HISTORIEN DION CASSIUS · texte numérisé non relu

HL DE L'HISTORIEN DION CASSIUS

Voici deux ou trois fragments qui portent des indications chronologiques plus saisissables, et dont M. Gros n'a pas, selon nous, déterminé la place avec exactitude Le neuvième, où Dion se justifie d'une digression relative aux Thyrrhéniens, se trouve mal placé au milieu des aventures de Romulus et de Rémus ; il appartient plutôt, soit au préambule de l'auteur sur les populations primitives de l'Italie, soit au livre où Dion commençait le récit des hostilités entre les Romains et les Etrusques. Un alinéa du seizième fragment semble avoir fait partie de la préface générale, ou au moins de quelque préface placée en tête d'un des livres suivants; dans ce dernier cas, il faudrait le ranger parmi les morceaux dont la place est incertaine. «Je m'applique, dit l'historien, à écrire toutes les actions mémorables des Romains en temps de paix et en temps de guerre, de telle manière qu'eux et les autres peuples n'aient à regretter l'absence d'aucun fait important. » On conçoit difficilement que ces lignes fussent jetées au milieu d'un récit. Au reste, les trois phrases dont ce fragment se compose auraient peut-être dû former autant de fragments séparés.

Parmi ceux qui se rapportent à la guerre avec Pyrrhus, le cent vingt et unième est évidemment un résumé écrit de la main de quelque abréviateur, puisqu'on y trouve indiquée en une ligno la réponse de Pyrrhus au sujet des captifs romains, réponse que nous avons reproduite et jugée plus haut d'après le fragment cent vingt-huitième. Le cent vingtdeuxième nous semblerait mieux placé vers le cent dix-septième ; car on y parle de la surprise qu'éprouvèrent les Romains à la vue des éléphants, ce qui eut lieu lors de la première bataille, au témoignage de Plutarque et de Tile- Live {Fpitome du livre XIII), et le fragment 117 rapporte précisément un incident de celte bataille.

Quant à la traduction , je ne lui reprocherais pas d'être obscure en certains passages où tous les efforts de l'éditeur

Digitinod by Cnragle

ne pouvaient triompher d'un texte altéré sans ressource. Mais quelques traits de l'original pourraient être rendus avec plus de vigueur ou de justesse. Par exemple, quand Pyrrhus, après sa victoire sur les Romains, admirant le courage de ses ennemis vaincus, dit qu'avec de tels soldats il aurait déjà vaincu l'univers, Dion termine ainsi cette belle parole : El Pco|jLa{(ov èSaafAsusv. « Si j'étais leur roi, » dit le traducteur. Évidemment il fallait nommer ici les Romains, comme dans le grec ; Pyrrhus les oppose à ses Tarentins et à ses Epirotes. Lorsque Lucrèce déclare à son père et à son mari le crime de Sextus ;fragm.26) : « Mon père, dit-elle (je rougirais bien plus de m ouvrir à mon époux qu'à toi), cette nuit n'a pas été heureuse pour ta fille. » Elle s'ouvre aussi bien à son époux qu'à son père ; elle les a convoqués pour cela ; mais elle s'adresse à son père seul, par une pudeur délicate qui, d'ailleurs, est peut-être moins un trait historique qu'un raffinement ingénieux du narrateur. Au soixante-deuxième fragment, p. 119, je vois que Camille, ayant fait bannir FébruariUs, « rendit le mois auquel Fébruarius a donné son nom (tsv è-wvuj/sv ourw) plus court que les autres. » On croirait que le second mois de Tannée romaine devait son nom au citoyen ennemi de Camille ; c'est une distraction échappée au traducteur, qui a lui -môme exposé quelque part, dans son Commentaire, l'histoire du vieux calendrier romain. 'Ezûvj;jis; ne marque ici que la ressemblance étymologique des deux noms.

Au soixante-cinquième fragment on lit : « Le fils du consul Manlius, dans un combat singulier contre le Latin Ponlius, terrassa son adversaire. Son père lui décerna une couronne pour prix de sa victoire ; mais il lui trancha la tête d'un coup de hache pour avoir transgressé ses ordres. » En y réfléchissant, ot en relisant la note qu'il a écrite sur ce passage môme, M. Gros n'eût pas hésité à traduire ir.ihiuzzv par il lui fit tranchr la tête. Le témoignage des autres historiens et toutes les vraisemblances confirment cette interprétation, d'après

322 XIII. DK L'HISTORIEN DIO* CASfcllS

laquelle l'héroïsme de Manlius est encore assez barbare.

Lorsque Dion explique dans sa langue des termes de la langue latino, M. Gros conserve d'ordinaire les mots grecs dans sa traduction (voir p. 19, 75, 1 35 ; ne vaudrait-il pas mieux reléguer le mot grec dans une note et le traduire dans le texte français ? Cela serait plus conforme à l'intention de Dion, qui veut évidemment rendre intelligibles pour ses lecteurs des mots d'une langue étrangère. Il est vrai que souvent le nom des magistratures romaines ayant passé dans notre langue, la traduction offrirait une véritable tautologie, comme, par exemple, dans le trente-troisième fragment où Dion explique le titre de dirtator par zlrr^rr^z, qu'il faut rendre en français par dictateur, à moins d'employer uno périphrase. Qui sait, du reste, si, dans ce dernier passage, la leçon du manuscrit n'est pas fautive ? Aucun autre écrivain grec, parlant des magistratures romaines, n'a donné du mot dictator ce singulier équivalent. Dion lui-même se contente ordinairement de le transcrire eu lettres grecques ; il en dérive même le verbe z:y.'7.-.u^iUo. Quant à zlzr^-r,^; (ou plutôt èjYjYTjrr,;, selon l'orthographe attique), je n'en trouve chez lui qu'un seul exemple XLVI. 28), où ce mot offre un sens tout différent1.

Le second volume, dont nous allons maintenant parler, achève la première série des fragments : il en comprend cent vingt , qui s'étendent depuis l'an de Rome 545 jusqu'à l'an 687, sans compter deux Appendices renfermant, l'un, quelques pages publiées en 1839, à Paris, par M. F. Haase, d'après un manuscrit de notre bibliothèque nationale, pages très-mutilées et que M. Gros hésite avec raison à mettre sous le nom de Dion Cassius; l'autre, les fragments,

1 Voir la-dessus le livre fort utile de Waunowski : A>,tiqu,ta!<s romame egrtpcts fimttlus explicita- (kœuigsberg, 184»',, in-S).

d'un caractère tout grammatical, conservés par les lexicographes.

Les morceaux les plus remarquables de cette série sont : une peinture assez étendue des proscriptions do Sylla et plusieurs scèucs de la guerre des Romains avec Mithridate et Tigrane, qui faisaient notoirement partie du trente-sixième livre de Dion1; on pourrait signaler ensuite quelques récits qui se rapporteut aux guerres puniques, des portraits de Scipion et des Gracques, etc. Mais, en général, la curiosité est plus souvent éveillée que satisfaite par ces menus frag-

ments qu'il faut rattacher, pour les comprendre, à un texte de Polybe, de Tite-Live, de l'lutarque ou d'Appien. Quelques uns même portent des traces d'altérations évidentes et irrémédiables : ce no sont pas seulement des extraits, mais des résumés, où il est impossible de reconnaître la main de l'auteur original.

Ainsi, le numéro 325 est conçu en ces termes : « Sylla et" Marius avaient excité des troubles el opprimé la Képublique. Après la mort de Marius, Sylla poursuivit ses advorsaires avec tant d'acharnement, que celte mort parut changer la tyrannie plutôt que la détruire. 11 déploya contre eux une cruauté excessive, et finit par faire périr la plupart do ceux qui possédaient des richesses ou des terres, afin de les donner à ses amis. Aussi8 Quinlus, citoyen d'une naissance illustre, d'un caractère doux et modéré, qui ne s'était jamais déclaré pour aucun parti, s'éjria, dit-on, en se vojant, contre toute attente, sur la liste des proscrits : Malheureux que je suis I

1 Voir Y Avertissement, en lète de ce second volume, p VIII et suiv.

» Attirai y.Ov Kcïvtcv àvàpx ir«.'w.wi, etc., dit le grec. Ne serait-il pas plus juste de traduire ce y- jv dans le sens, qu il a souvent, de;;ar exemple? M. Gros avait peut-être écrit ainsi. Aussi ne serait alors qu'une des fautes typographiques, d'ailleurs très-rares, que nous avoii3 remarquée* dans un volume dont l'exécution offrait, a cet égard, beaucoup de diflicultés.

Page 1