‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 46 sur 102 · STELLATINA MILES. PRAET ORIANVS EX. COHORTE. III · texte numérisé non relu

STELLATINA MILES. PRAET ORIANVS EX. COHORTE. III

qui appartient certainement au temps de l'empire, et qui. en tout cas, n'a peut-être aucun rapport à un personnage de la grande famille qui nous occupe, car le nom mémo de cet Ateilius est lu Atellius par quelques éditeurs, et la perte du monument origiual ne permet plus aujourd'hui de choisir avec certitude entre les deux variantes â.

Il ne faut donc pas compter sur le témoignage des autres monuments épigraphiques pour retrouver le patron de notre

■ Muratori, p. '287, n° i. Celte inscription et la suivante me sont signalées par Y Indexé K. Séguier, dont le manuscrit appartient à la Bibliothèque impériale.

» Gruter, p. 525, n» 8. Comparez le texte donné par M. de Boissieu dans son Recueil des Inscriptions antiques de Lyon, InscripUons militaires, n" 40.

Evhodus. Le nom même que porte cet affranchi était déjà connu par des exemples do dates assez diverses. On le trouve, sous sa forme grecque Lyj:8s; \ dans Suidas 3, dans des inscriptions d'Athènes"', et, sous sa forme latine, dans plusieurs inscriptions romaines, dont l'une est du temps de Tibère % mais dont aucune no se rapporte à l'affranchi de la famille Atilia.

Les autres particularités que présente l'épitaphe d'Atilius Evhodus s'accordent assez facilement avec les indices fournis par l'orthographe et les caractères de l'écriture. Le mot grumuSy dans le sens de tertre, ou iumulus, paraît appartenir à l'ancienne langue latine, car on le trouve déjà dans un exemple du poète Attius que Nouius s nous a c onservé ; et depuis Attius, qui est précisément un contemporain du C. Atilius Serranus, consul en G48, co moL a été employé par

Vitruve, par Columolle, par Pline, et par d'autres auteurs. Le nom de profession margaritarim se lit déjà dans d'autres inscriptions romaines ; je le trouve mf-me une fois avec

' F.jcftoç, et non pas V.ùùoV,;, comme je le vois explique par Furlanelto, dans son Supplément à Forccllini. Le féminin Evhodia semble répondre plus juslement à LumoV,:. Mais il y a contre ces deux étymologies une objection très-grave, je veux dire la présence de la lettre A, qui doit remplacer l'esprit rude de oàd;, dans les composés et ù-Mx. Ce dernier d'ailleurs est évidemment le féminin du dérivé eOvï-.c;.

s Au mot KOe^o;, nom d'un poète épique.

3 Corpus inscr. grœc, n°* 24ô, 2GG, 2G9.

* Crispillœ, Evhodi divi Aug . I. liberlœ. (iruler, p. 611, n° 12. Cf. Murât., p. 1459. Fabrelti, p. 543, n" 209 ; Orelli, n°» 4200, 4480. On trouve même un Atilius Evhodus dans les Inscr. Regni ncupol. de Mommsen, n° 58; Cf. l'inscription suivante (à Marguerites, près de Nîmes) : D. M j| L. FAB. HYGINI || FAB. KVHODVS |j ET. FAB. ]j ON ESI M VS || LIB. P. (Communiquée par Al. Germer Durand.) H. DesjardiAs, Topogr. du Lalium, p. 159, cite, comme existaut au Vatican (corridor Chiaratnonti), un sarcophage de C. Julius Evhodus, représentant la mort d'Alccsle, et qui fut découvert, en 182G, parmi les ruines de l'ancienne Oslie.

r> I, p. 9, éd. Gerlach : Gruraraus dicitur agger a congerîe dictus. Attius (JEnomao : « Queracuraque instileram grummum.aut pra»cisum jumim. <>

l'addition de Sacra via, dans l'inscription tumulaire d'une femme, qui s'intitule aurariu et margaritaria l. C'était apparemment une distinction honorable pour les artisans et les marchands de Rome que d'avoir leur boutiquo dans la Voie Sacrée, car on rencontre assez fréquemment cette mention sur les tombeaux antiques ; mais il est vrai que d'autres localités de Rome, telles que le Circus Maxiwus et le Vicus Tusctis, sont mentionnées de la même manière 2.

Un nouvel exemple du même usage m'est, fort à propos, fourni par M. E. Desjardins. C'est l'inscription, qui semble inédite, d'un marchand de vin du Vélabre; elle se lit audessous d'un bas-relief en marbre du plus beau style, et dont j'ai sous les yeux un dessin que je regrette de ne pouvoir reproduire ici.

P. SERGIVS. P. P. a , DEMETRIVS

VINARIVS*. DE. VELABRO SERGIA. P. P. L. RVFA. VXOR P. SERGIVS P. ET. 3 L. BASSVS ARIMTRIATV. RVFAE. VXORIS.

Quant à la formule, d'ailleurs fort commune, qui résume une disposition testamentaire du défunt, notre inscription en offre peut-être un des plus anciens exemples. Mais ce qui doit surtout attirer l'attention dans le monument sépul-

» Orelli, n°»'1602, 4070. 4218. Cf. Forcellini. au mot Margaritarius.

2 Orelti, n» 41 48. Cf. n" 421 1 .... Doctor lihrarius de Sacra via.

s II faut probablement ajouler à cette ligne une I. qui a été effacée sur Io monument. P. P. L. signifiera alors PubUorum (Sergforum) li'jertus, selon un usage que j'expliquerai dans l'article suivant. De mAme à la ligne 4; de même aussi, à la ligne 5, P. Scrgius était l'ub'ii et ïergiœ liberlus; car tel est le sens ordiuairc de 0 pour C. Voir Orelli, n°» 18, 1654, 2743 et 2744. Cf. Mommsrn, CGI, n°» 3G81, et 4994.

* Vinarius, sous-entendu negotiator. Ce dernier mot est exprimé dans une inscription du Recueil d'Orelli, n° 4253. On trouve aussi le nom de profession vinariorius dans Orelli, n» 4249, et (iruter, p. 1116, n" 17.

cral d'Evhodus, ce sont les épithètes misericordis et amnntis pauperis \ la dernière surtout, exprimant une vertu qui semble bien étrangère au paganisme, avant les premières leçons de l'Evangile.

En effet, si la Miséricorde ou la Pitié était honorée comme déesse chez les Grecs et les Romains *, des philosophes cependant recommandaient de la tenir en défiance ; ils lui reprochaient d'amollir l'âme et de troubler ce calme intérieur dont ils faisaient la condition suprême de la sagesse. C'est ainsi que Cicéron, dans les Tuscutanes, a pu ranger la pitié parmi les émotions qui déchirent le cœur de l'homme, et la considérer à ce titre comme une sorte de maladie morale9; que Virgile a pu écrire dans les Géorgiques, en décrivant le parfait bonheur du philosophe païen :

Nec doluit miser ans inopem, aut invidil habenti*.

C'est ainsi que Sénèque dans un accès de sévérité stoïcienne a pu écrire : « Clementiam mansuetudinemque omnes boni prœstabunt, misericordiam autem vitabunt. Est enim vitium pusilli animi ad speciem alienorum malorum succidentis. » Mais il ne faut pas oublier que Sénèque ajoute, un peu plus bas, que cette fermeté du sage n'exclura pas la bienfaisance. « Succurret alienis lacrimis, non accedet : dabit manum naufrago, exuli hospitium, ogcnti stipem, non hanc contumeliosam, qua pars major horum qui se miséricordes videri vo-

1 Pauperis paraK être pour pauperes, selon l'usage fréquent dans le lalin du siècle d'Auguste, et attesté, entre autres preuves, par la légende si fréquente sur les médailles de ce prince : OB Cl VIS SERVATOS.

« Quintilien, lnstit. oral., V, ii, § 58 ; Lucien, Dëmonax, § 57; Servius, ad .flneidis 111, 607 ; ad Ed. VI, 3.

3 Cicéron, Tusculanes, IV, 8. Cf. Aristote, Rhétorique, II, 8.

* Géorgiques, II, 449, et la note curieuse de Servius sur ce passage, où le commentateur n'est pas éloigné de voir une imitation du texte de Cicéron que nous venons de citer.

luat, abjicit et fastidit quosadjuvat, contingique ab his iiknet : sed ut homo homini ex communi dabit, » et tout ce qui suit, où respirent les plus purs sentiments d'humauité \

L'amour des pauvres est une vertu plus étonnante encoro chez un Romain. On n'en avait pas, je crois, jusqu'ici trouvé la moindre trace dans les monuments religieux ou philosophiques du paganisme.

On lisait déià, mais dans des inscriptions chrétiennes, l'épithète amator ou amatrix pauperum. Ainsi, une femme chrétienne de Milan, morte Tan 48G après J.-C., est honorée, sur son tombeau, de ce touchant éloge :

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