‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 70 sur 102 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

VATIONS

petites pierres, des tessons, avec ou sans inscriptions. Le mot qui signifie suffrage est, en grec attique, <jflfaoç, « petite pierre, » et il s'est perpétué dans la pratique des institutions républicaines S avec ses dérivés, comme ^(Çeiv, ^çtcjxa, èxttefctv, etc. Le mot &crp«wv, celui même que nous avons relevé sur un fragment de poterie égyptienne, celui qu'emploient Diogène Laërte et le biographe d'Apollonius Dyscole, reparaît dans ostracisme, nom du jugement par lequel l'inquiet patriotisme des Athéniens exilait le citoyen suspect d'être dangereux, fût-ce même par le génie et la vertu, à la liberté de son pays * ; et c'est par erreur qu'on dit et qu'on imprime encore que, dans ce jugement, les bulletins de vote étaient des coquilles.

En rapprochant tous ces faits, qu'il serait possible de multiplier encore, on se persuade facilement que des matières assez diverses ont dû faire concurrence au papier de papyrus 3, et que l'usage d'écrire sur des fragments de poterie avait, chez les anciens, surtout chez les habitants de l'Egypte, plus d'extension que d'abord on ne l'aurait pu croire. Les tessons écrits en copte cbnûrment tout à fait cette induction ; car on y a lu déjà, soit de courts contrats de vente, soit des prières chrétiennes, soit même des fragments épistolaires. Bien plus, un ostrakon grec, dont lo texte, communiqué par sirGardnerWilkinson à M. Letronne, se retrouve aujourd'hui parmi les matériaux recueillis par ce savant pour son troisième volume des Inscriptions de l'Egypte, contient la fin d'une lettre ou d'une allocution pieuse de quelque chrétien grec à un courageux défenseur de sa foi *. EnCn, voici une

1 De là l'expression Xeuxoù îïxocu (toutes boules blanches) pour designer un vote n à l'unanimité ». Corpus iriser, grœc, n°« 5361, 5362. Cf. 5491.

f Voir sur ce sujet la dissertation de K. Lugebil, Leipiig, 1801,

3 Voir, en général, sur ce sujet, l'ouvrage de Martorelli, De Regia theca calamaria (Naples, 1756, iu-4), lib. 1, c. w.

1 Cf. le texte publié sous le n° 8607 dan» le Corpus inscr. grac.

trouvaille, je n'ose pas dire une découverte, qui lèvera sur ce sujet toute espèce de doute, eu apportant à la critique un certain nombre de matériaux intéressants.

Appelé à ('improviste, le 23 octobre 1855, aux enchères où se vendaient les livres et papiers d'un Français mort au Caire en 1849, j'ai pu distinguer en temps utile, et j'ai été assez heureux pour acquérir un certain nombre do poteries portant des inscriptions coptes et des inscriptions grecques.

En étudiant avec soin ce lot précieux, je n'ai pas tardé à y reconnaître dix fragments grecs dont :

1" Cinq se rejoignaient sans peine et formaient un texte presque complet, de huit longues lignes ;

2° Trois autres se rejoignaient encore et m'offraient jusqu'à onze lignes, inégalement lisibles ;

3° Les deux derniers devaient demeurer isolés à moins que le hasard ne me fît retrouver ailleurs des fragments qui vinssent les compléter.

De ces tessons isolés, l'un nous laisse lire, sur quatre lignes, les noms propres SajicuYjA et ïl£Tpo[;], et les quatre premières lettres du mot xupt[c;], deux fois répété 1 : c'est déjà l'indice d'une autre société que la société païenne du temps des Ptolémées ou de l'Empire romain.

Un second fragment, sur neuf lignes fort effacées et d'ailleurs réduites quelquefois, par des fractures, à quatre ou même à deux lettres, laisse pourtant lire encore les mots afamov, -fjjjuov xpTrjar[éç ?] , îsÛAiv ao[u], indiquant d'autres idées que celles qu'on a jusqu'ici rencontrées sur les ostraka.

Mais le tesson que j'ai recomposé de trois fragments montre clairement l'origine toute chrétienne du texte qu'y a tracé en

1 Ici et ailleurs, où j'ai placé, pour faciliter la lecture, les accents sur les textes grecs conservés par des papyrus et des tessons, il est bien entendu que ces accents n'existent pas, non plus que sur les inscriptions, sauf les exceptions notées p. 160 et p. m, dans les textes originaux.

grosses lettres une main ancienne et assez habile. Aux deux premières lignes, je déchiffre, malgré la pâleur actuelle de l'encre en quelques endroits :

fltafjvveXx (?) to yîvv[y;]Q£v èx tsj -nva tsu.

Soit que les doux derniers mots se doivent lire ^vj\i%'z; -zï, en suppléant ry-sy, soit quil faille les réunir en uo seul svrj{i.xT5y, barbarisme qui ne s'expliquera que trop bien par la suite de notre travail, il est clair que ce texte se rapporte à quelque nouvelle, apportée par un ange, de la naissance du Sauveur. Dans les trois lignes suivantes, les mots vexpwv, BiviTs; et avérrsi (pour àvérrr,) font penser à la résurrection des morts. Les lignes 6 et 7 sont à peu près ainsi conçues :

« Nous le célébrerons, nous tous les peuples; nous crierons : « Seigneur, soyez glorifié 1 » Des indices analogues se retrouvent dans les quatre dernières lignes, malheureusement fort mutilées, et dont la restitution me semble jusqu'ici im possible :

piaxap«»>aet xai xaXûv earivo;?

J ainsi répété f»)

XaÇa xouç xap.... pavoç arçove

xe |X£t' àvvéXc[u?] rr(v 0#:tX£[(av twv oùpavwv?]

Mais toute conjecture devient inutile devant le principal document de cette petite collection, celui dont j'ai rassemblé les cinq morceaux, et auquel il ne manque que quelques

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