‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 71 sur 102 · NUI · texte numérisé non relu

NUI

lettres 1 : c'est évidemment l'œuvre d'un chrétien, d'un chrétien illettré, quoiqu'il écrive, d'ailleurs, d une main assez, hardie. Je donnerai d'abord de ce document une traduction aussi fidèle qu'il m'a été possible de la faire ; j'essayerai ensuite de démêler les faits et les idées qui s'y trouvent dans une confusion étrange. Puis, revenant au texte môme, j'espère en pouvoir éclaircir l'obscurité, et parfois môme en expliquer la barbarie à l'aide de divers textes épars dans los collections d'antiquités.

« À Soloham, dans la piscine aux Moutons (son nom, en hébreu, est Bedmïda), le Seigneur a trouvé, dans le portique de Salomon, a trouvé le Seigneur l'homme gisant à terre ; il a guéri le boiteux et il a fait revoir l'aveugle ; et c'est de là que nous, avec les archanges incorporels, nous disons, en criant de toute notre voix : « Saint est le Dieu quo chantent « les Chérubins et devant lequel ils se prosternent... Saint et « fort, celui que glorifie le chœur des anges incorporels... « [celui que môme les] bôtes sans raison ont reconnu. Ayez « pitié de nous. »

La première ligne de ce texte commence par un chrisma très-bien conservé; à la fin de la dernière ligne on reconnaît le T, dont la signification mystique, sur les monuments de l'antiquité chrétienne, est expliquée par Tertullien *, et dont

1 Le dessin du fac-similé joint à ce mémoire est dû à M. Edmond Le Blant, auteur de l'excellent Recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, dont le premier volume a paru en 1856.

1 Adv. Marc, III, 22 ; « Prsmittens i laque et subjungens proinde, passum eliam Chrislum, œque justos ejus eadem passuros, tam Apostolos quam et deinceps omnes Qdelcs propbetavit signalos illa nota, scilicel de qua Ezechiel : dicit Dominus ad me : Pertransi in medio ports, in média Hierusalem et da signa tau in fronlibus virorum. Ipsa est enim littera Graecorum tau, nostra T, species crucis quam portendebat futuram in fronlibus nostris apud veram et catbolicam llierusalem, etc. > — Il est vrai que, dans les Septante, le texte d'Ezéchiel (IX, 4), ciléici par Tertullien, ne renferme ni le nom ni le signe du T; mais le nom se trouve dans la Vulgate de saint

l'usage est attesté par de nombreux exemples !. Les cinq mots Kup'.sc, âvOpwTTs;, ivjjxvcùai, xps7y.jvci>7t et tsy.ysî; sont écrits avec des abréviations faciles à résoudre et telles qu'on en trouve souvent, soit sur les ostraka, soit sur les papyrus grecs -, ce ne sont donc point la des lacunes. Ainsi , sauf quelques lettres enlevées par une fracture aux lignes 7 et 8, on peut dire que nous possédons le document dans son entier. Il n'est pas pour cela beaucoup plus clair à la première lecture. Si toutefois nous recourons à l'Évangile de saint Jean, nous y retrouverons, sans beaucoup d'efforts, le fil de deux •récils qui se sont entremêlés dans la mémoire du narrateur chrétien.

Dans son chapitre ix, saint Jean raconte comment Jésus, pour guérir un aveugle de naissance, lui enduisit les yeux avec de la poussière imprégnée de sa salive et lui ordonna ensuite d aller se baigner à la piscine de Siloam *. Dans son chapitre v, il raconte la guérison du paralytique : « Il y a, à Jérusalem, auprès de la porte aux Moutons, une piscine appelée en hébreu Bethesda, et qui a cinq portiques. Sous ces portiques était couchée une grande foule de malades, de gens aveugles ou boiteux, ou ayant quelque membre desséché1, qui attendaient que l'eau fût mise en mouvement. Car un

Jérôme, et cette forme du / phénicien vient d'être reconnue sur un trèsancien monument découvert par M. Botta dans les ruines de Korsabad.

« M. E. Le Blant me fournit obligeamment les exemples qui suivent, et dont on pourrait, au besoin, augmenter le nombre : Letronne, Matériaux pour Thist. du Christ, en Êgypte, p. 92, pl. III, lettres g. h. ; Bosio, Roma solterr., p. 407 ; Boltari, Pilture e scult.sagre, 1. 1, p. 83; Aringhi, Roma subterr., t. II, p 315, etc.

* Verset 7 : Kzl êîwev aCiTw- Vtra-ye, vtyxt i; rfo xoXy|<.Giiftpav toû ZiXoteCu. (Ô fcfur.YîûîTflU àTrîaTaXuêV,;}.

3 Ou « d'hommes aux membres seeso comme traduit en cet endroit M. H. Wallon, à la manière de Rossuet, dont il complète la version. {Us Saints Évangiles, traduction de Bossuet, mise en ordre par H. Wallon, Paris, 1855, p. 242.)

ange du Seigneur descendait à l'heure fixe dans la piscine et y troublait l'eau, et celui qui, alors, y descendait le premier, redevenait sain, de quelque maladie qu'il fût attaqué. Or, il y avait un homme malade depuis trente-huit ans. Jésus, le voyant étendu à terre et apprenant qu'il était depuis longtemps malade, lui dit : «Veux-tu redevenir sain?» Le malade lui répondit : « Seigneur, je n'ai pas un homme pour me « jeter dans la piscine quand l'eau aura été troublée, et, pente dant que je marche, un autre y descend avant moi. » Jésus lui dit : a Lève-toi, prends ton lit et marche. » Aussitôt Thomme redevint sain, il prit son lit et il marcha. »

Enfin, au chapitre x, le même évangéliste nous représente le Sauveur se promenant dans k temple, dans le portique de Salomon*. En rapprochant ces trois textes, on s'explique assez bien la confusion qu'en a pu faire une mémoire infidèle. Il est question d'une piscino dans le récit sur le paralytique, d'une autre piscine dans le récit sur l'aveugle : los deux piscines, ont été confondues, quoique fort distantes l'une de l'autre, puisque celle de Siloam ou Siloé était au sud-est do Jérusalem, et l'autre au nord L'une de ces deux piscines avait cinq portiques, et il y avait à Jérusalem un lieu appelé les portiques de Salomon : autre sujet de confusion et d'erreur. Peut-être même l'écrivain dont nous essayons de débrouiller le texte n'est-il pas coupable de tout ce désordre. Qui sait s'il ne reproduit pas simplement quelque version populaire du récit évangélique, et une version déjà consacrée depuis longtemps dans le pays où il écrivait? Sans sortir de l'histoire du christianisme, les évangiles apocryphes et tous les écrits analogues montrent combien la tradition des apôtres s'est souvent altérée, en se resserrant ou en se

1 Kal iripiircotTtt 6 iï}«û; <v tû upi» iv rji <rroà 2cXc{xûvoç. * Robinson, Voyage en Palestine, 1. 1, p. 94, 147, 148 de la traduction française.

développant, tantôt par le travail de pieux faussaires, tantôt par le travail de transformation presque involontaire que l'imagination des peuples fait subir aux objets les plus sacrés de leur respect et de leur foi.

Au reste, Tôtrangeté du style et de l'orthographe répond bien, dans ce document, à l'ignorance dont témoigne une pareille altération des récits évangéliques. Pour en donner une idée, commencerons par transcrire le texte dans toute sa barbarie; nous le ramènerons ensuite à une forme plus voisine non pas do l'atticisme, mais au moins du grec des évangélistes :

f £V 70) ZUhZ$Z\l. ZZZZZV.Y.T, AZ\Z[J.Zrflz% | GVSJA2 TJZZ'.Z zz-

p xsrriv faîzxiîx zjzrfii z £v tïj z~zz'jx | xz «asjxwvts; uzrfii z rr^xsTr^ iz-i avOp x2-2V£>|/.£vc; | Xc^sv rfhzxz&zvt X2t tsv cj^Xsv avîSAY$£v oOîv y.r. litjLît^ | jj.ata tcv xy/%^i\z^ zzv a^tojxa-rwv ava:wvTa y.2t *;£Xpa | y.jv:a X2t Xr/cvTî; 2715^ o (Uzz z avj;xvt 72/cpcuSiv X2t t.zztawjz | .... et 271c; t?*/?? cv £vcsça^

aot c /ope; tcv a(fc>|AaTSV Vf(ÛJW | c(?)tc^ ov 9 T tsv

aXc^sv TvopiTOs'.^ rjXeijssv u^a; -

Ce que je transcris, en faisant au texte les corrections et additions les plus nécessaires :

Xptr:i;. 'Ev tu luXsip, [èv Tfj] zpo52Ttxf, xcXu;jLCir;0p2

tcj ^sXg|j.û>vs;, eOpr(s£[vj 0 CîCTcdrr^ twv 2vOpitau>v (ou ihv av- Opw-sv) %2T2y.£'!;xsvsv /wXév [tcv] /wXcv èOspixsuaev x»t tcv tjsXsv àvéêXî'^îv SOsv y.2t tyiîç jxs-à tu>v 2p/j277éXwv twv

dbti)V.2Tl«)V 2V25s(î>VT£C X2tX£Xp27a>V7£Ç (OU XEXp27é7cû) X21 Xé*]fSV-

nq- rA*]ftc; c Oîc;, cv àv'j;j.vsj?'. 72 yepcuStv X21 ^pscxuvcÛGiv

et 2v.sç, îr/;jp:;, cv Ivssci**». (?) 5 y:pb; twv dbwjjiiTwv 277É- Xwv z-zq cv 9 t twv iXcYWVjfvwpisOstç- èXiijcsv t,^.*;. T.

Tous les genres d'incorrection sont réunis dans ce texte.

1° Les consonnes sont confondues entre elles, le ô avec le 3 dans Br,c*z£â pour Br,(ka(ca, faute excusable dans un mot étranger écrit en Egypte, où le grec dominant était le grec macédonien, qui substitue volontiers le S à l'aspirée correspondante 6 l. Mais il est plus difficile de justifier la confusion du 6 avec le s, dans eupvjQs pour eSpr;^, aoriste d'ailleurs peu classique de eOptsxw ;

Du 5 avec le t, dans cvsàsv pour tuçXcv ;

Du x avec le y, dans xira^^-svc; pour xrraxeÉji^vsc, qui lui-môme fait solécisme, étant au nominatif au lieu de l'accusatif, que demanderait la syntaxe ; dans 7£xpaxsv?a, qui paraît être pour xexpaY<hs;, participe du parfait de xps£o, ou pour xexpaYcyrreç, participe présent d'un verbe xsxpxyéw-w, dérivé lui-môme du parfait xé/.p 17a, comme de xéroiOx se forme zezciOito-û, d'où le dérivé raraftojsiç, mot très-usité dans le grec ecclésiastique1. Au reste, on pourrait, à la rigueur, restituer dans notre texte xsxpi-ycvre;, qui serait, par une coïncidence assez singulière, tout à fait analogue au participe xexXVjfovTe; que nous offre le grec homérique *.

La substitution du Ç au s est ancienne aussi, mais seulement devant la semi-voyelle |x, comme dans Zixùpvr, pour SpOpvr,, et ^ipavèo; pour ^j-apar^^ \ Au contraire, elle est tout à fait sans exemple entre deux voyelles, comme dans aÇwyurrcv pour iawjjLitwv.

2° Les voyelles sont confondues :

0 avec a), dans tsv pour twv et dans plusieurs autres mots ; c avec u, dans xoXc^Opa pour xoXyj/.6r(ôpa, ce qui ne peut être ici attribué à quelque usage dialectique, comme celui

« Voir Slurz, d« DtaJ. mawd. et ait*., p. 31, n° 12. C'est ainsi que tortues; devient Çocvfao'ç, nom d'un mois macédonien.

* Voir ces mois dans la nouvelle édition du Thésaurus linguœ grœcœ. » Voir Fischer, ad VeUerum, II, p. 248, 240.

* Lucien, Jugement des voyelles, § 9, et lu interprètes sur ce passage.

i.3 V XVIII. OBSERVATIONS

dont on trouvo des exemples dans des inscriptions ioniennes d*une assez haute antiquité 1 ;

7] avec *, dans avs6Xr;^Ev pour àviî"Ap>sv, r,0spazeuj£v pour iOcpi^u^îv, r( Arr^sv pour èXéyjaov ;

u avec y), dans pour •tjpleTç, et dans ujJLaç pour fjjJiïç.

La diphthongue se trouve même pour r, dans oùtstç pour ijtt(ç, ce qui ne s'est rencontré jusqu'ici que dans la grécité d'une très-basse décadence1. Par une confusion plus étrange encore, a est employé pour e dans pour jast*.

3° Quelquefois la confusion des voyelles et celle des consonnes se rencontrent dans le môme mot, comme dans tyjstcotyj; pour cst^ttjc, et probablement dans £v5s;ajcct pour ivsjïi^Et, qui offre aussi ci pour ei, signe d'une décadence fort avancée.

4° Un mot est rais à la placo d'un autre avec lequel il n'a qu'une vague ressemblance de son, sans aucun rapport de signilicalion : ao^ov remplace le mot '/<*>X6v, que l'autorité du texte évangélique nous a permis de restituer avec certitude.

5° Les fautes contre la syntaxe ne sont pas moins nombreuses. On en a déjà relevé plusieurs ci-dessus. Sans vouloir

1 Corpus inscr. grœc , n°< 2098, 2121, 4221', in Attendis, et t. II, p. 623. Cf. 0. Gerhard, Rapporto volcente, nota 658, et la Revue archéol., vol. III, p. 383. Dans les Antiquités du Bosphore cimmérien, récemment publiées à Saint-Pétersbourg, je trouve, au n° 18 des Inscriptions, le mot àsiro-yXÛTxi, pour iv.TrsïC'.MTxt, plusieurs fois répété.

* La confusion de t, v., et ïi en un seul son, et celle de « et u en un seul son, même dans les pays grecs, remontent respectivement à une assez haute antiquité; mais il n'en est pas de même de Vitacisme proprement dit, qui, aujourd'hui, confond t, et, r, u, ci en une seule et même prononciation. Cette dernière altération n'a pas paru jusqu'ici antérieure au huitième siècle de notre ère. Tous les exemples où l'on croit la reconnaître avant celte époque sont sujets a beaucoup de doutes. Ainsi, dans Ylliadr, XXIV, 750, le très -ancien manuscrit sur papyrus de M. Bankes (PhUological Muséum de Cambridge, t. I, p. 177-186) présente la variante 01 pour H; mais il est probable que la leçon 01 provient elle-même de £ I, que le copiste aura mal lu dans l'exemplaire qu'il avait sous les yeux. (Cf. v. 566.)

SIR QFELQl'E* FRAGMENTS DE POTERIE ÀNTIQEE. i.lj

les relover toutes, il faul pourtant nolor encore la phrase qui commence par oOîv, et qui manque de verbe principal à un mode personnel : ce verbe devait être Xé^c^rv au lieu de XsfovTî;. AvsSwrra pour faz*où»-zç est à la fois un solécisme el un barbarisme. Enfin, avdX^v pour àvé5/,^:v, variante qui se retrouve dans un manuscrit très incorrect de saint Jean, connu sous le nom de manuscrit des Templiers1, avs- 5Xtj'J/sv, dis je, est évidemment employé avec le sens actif de rendre In ru* ô ou fm'rp revoir ; or, ce sons est jusqu'ici sans exemple, que je sache, bien qu'il ne soit pas sans analogie avec celui de faire connaître, que prend le verbe 7v(03t> dans quelques passages du Nouveau Testament».

Mais la cause do toutes ces altérations de langage nous est indiquée, je crois, par certains traits d'orthographe qui me restent à signaler, et qui , d'ailleurs, vont nous permettre quelques conjectures sur l'origine du document que nous examinons.

A la seconde ligne, Rrfcxïïx pour Br/bxiix nous offre, en caractères grecs, la forme que prend ce nom de Ûethmide dans une traduction copte de l'Evangile, publiée en 1799 à Oxford, par Woide.

Tout me porte à croire que la variante z-.zz-ji pour rrci, provient également de l'influence d'un dialecte copte ; car je trouve le mot rtwa dans le Lexicon copticum de M. A. Peyron, avec deux interprétations, dont la seconde, présentée, il est vrai, comme douteuse par l'auteur, est précisément celle de portique, et tendrait à identifier ce mot avec le grec ttsz.

* Voir la collation de ce curieux manuscrit dans Thilo, Codex apocryphus Sovi Test, I, p. 874.

* 1 Cor., 15, i : l\tu?îÇw Ht ouïv ro lùryjîXiov. Acta, II, 28 : Kpfôptsa; fA«i iï&ù; Çtuf,;. Il est vrai que les verbes en Çm expriment volontiers en grec la nuance de sens que nous traduisons en français par faire, snivi d'un infinitif. Par exemple : iksîÇw, primitivement fait * passer ; fJiSx^w, faire marcher. ÀvaSXrâ« n'est point dans le même cas.

La substitution de Yrt à Yi dans <xvîSay#sv et dans T^tynj;1, celle du t au 3 dans le même mot rqzzzrr,;, et cello du $ au dans paraissent dues à la môme influence1. Mais

voici un indice plus décisif encore. A la première ligne du texte, entre l'o et l'a de so/as-xia, il est impossible de méconnaître le s ou kori, signe d'aspiration particulier à l'alphabet copte, et c'est, en effet, sous cette forme que le même nom propre se retrouve dans la traduction copte

de l'Evangile selon saint Jean, que nous citions plus haut. Nous surprenons donc ici, à n'en point douter, la main inhabile de quelque chrétien d'origine égyptienne, qui portait dans l'usage de la langue grecque les habitudes de sa langue maternelle.

En général, on se ferait une idée trop favorable du grec parlé en Egypte, si on le jugeait d'après ce qui nous reste de la fameuse école d'Alexandrie. Dans celte société savante, dans cette vie tout artificielle du Mu$A>, la langue grecque pouvait se soutenir à un degré d'élégance et de pureté que, dans le reste de l'Egypte, elle n'atteint que rarement et presque par exception. Le dialecte même d'Alexandrie n'a point eu de littérature proprement dite, et il njest guère signalé que pour ses défauts par les grammairiens et les littérateurs classiques de l'antiquité. Soit païens, soit chrétiens, les auteurs grecs originaires d'Egypte avaient mauvais renom auprès des vrais hellénistes. Photius reproche à Olympiodore,

1 Je n'ose citer comme exemple authentique de la même altération l'inscription d'une œuvre d'art qui n'a peut-être pas été bien reproduite ni bien déchiffrée; je veux dire celle qui se trouve dans Gerhard, Anlik. Jiildtv., pl. LX (I, p. 503).

5 Voir A. Peyron, Grammatica coptica, p. 4. Cf. Corpus inscr. grœc., n° 5072, et les dernières lignes du Commentaire de J. Franz sur cette inscription. — Au reste, il est remarquable que Lucien déjà .se plaint de la substitution du ? au £ dans cvTiXrxua, qui est, selon lui. gv£iX('xtt% [Jugstnent des voyelles, § 10;. Cf. 4. Brugscb, Grammaire démotiqw (Berliu, 1855), p. 9.

annaliste païen, natif de Thèbes, son langage d'une clarté sans force et d'une vulgaire platitude1. Chez les chrétiens môme, ce mauvais s\y\o n'était pas le simple effet de la négligence : l'orateur de la religion nouvelle avait besoin de se rapprocher du peuple par la familiarité d'une éloquence qui descendait quelquefois jusqu'à l'expression incorrecto ou grossière ; on en a d'assez nombreux exemples».

Les monuments épigraphiques et les papyrus nous offrent, en effet, des témoignages de la difficulté que les Egyptiens ou les barbares domiciles en Egypte éprouvaient à écrire correctement le grec. Pour commencer par le plus ancien témoignage, je citerai un papyrus de la collection du Louvre. Il contient uno lettre sans date, mais certainement antérieure à 1ère chrétienne. Cette lettre est écrite par deux Arabes qui ne semblent pas tout à fait illettrés, et qui pourtant laissent échapper, avec des fautes d'orthographe, des expressions, des tours syntaxiques assez étranges.

MupsuXXx; xx: XxXèa;s | "\px5xc (pour "Apafs;) Axxîjtsi | tu> dtèsX^o) yx'p£*.v. | 'Axcûïxvtsc iv Ilatsi (pour èv HéXst?) | tx r.ipi svj cujA6:5Tj|xiTx r.-.p\ tsj xv6pw|^cj ?s0 zi | rrjv xr.cîixv rsYj'cxvTs;, f(xx}j.sv £•!; | -h -xpx-'.îîov £oXi| ;i.svct (pour ïzj\i\xzvz'. ) wVjA'îx». zzv | xxsjîxvtî; l\ h ~Co | \xz^%kiù £xpx-

7?.z.Uù | SVTX ZI Sys^CVTX ? | YJJU T5U AyJTSITsXC I TG'J" XlXfOÇ CUV

zs\t>zz\~ rxpxY'vi^Ox: r(;;.tv s; Ibî., | Iv. xxtxttXsÎv uiX|Xs;;.£v rpc; -csv falcXé-x [hx] ;;.ev [pour kiSwy.îv) èVrzuHtv rep{ | w.» T(j> (îxstXîi* | "Eppo)'s. LxO, | iAî-spf, 7.7.

» Bibliotheca, cod. 80 : Sxox; aiv rf.v çîiciv, irevo; Si *a't «XiXyjav-:;

5 Voir dans le torae IX du Spiàlegium rowanvm d'Ang. Mal. les homélies grecques d'Kusébius, évt-que d'Alexandrie, et les témoignages historiques recueillis par l'éditeur dans une noie de la page 28.

3 Voir sur ces deux noms propres et sur quelques autres noms arabes, fournis par les inscriptions grecques, les observations de M. E. Renan, dans le BulUtin archéologique de TAthènéum français de septembre 1856.

438 XVIII. OBSBlVATIOlfS

Aure\ers,on litl'adresse: AxxîOte'.. (Papyrus. n° 48 du Musée du Louvre, copie communiquée par M. Brunei do Presle)

Or, il semble que les Egyptiens de naissance aienl élé plus mal préparés encore que les Arabes à manier correctement môme la langue vulgaire que les Grecs appelaient xctvrj Sti- Xextgç, bien éloignée cependant des délicatesses de l'atlieisme. A en juger par le copte, un idiome presque entièrement dénué de flexions grammaticales contrastait singulièrement avec l'abondance des déclinaisons et des conjugaisons grecques, avec la complexité des règles syntaxiques qui en résultent De là viennent, sans doute, les innombrables fautes dont fourmillent tant de textes écrits en grec par dos Égyptiens, surtout les textes écrits par de simples particuliers, tels que proscynèmes, lettres familières, épitaphes. Parmi les proscynèmes, il suffira de rappeler les numéros 5030-5035 du Corpus, et de transcrire le numéro 4999, qui, à lui seul, peut servir de modèle :

Ts ^psr/.6vr4u,« Br;:;[a]p{u>v, Upéw; v^j, x[ai] 'AroXXtovic; zpc; xaù S\z àoeXçsî; aitsj xaù {r]f,v fjXYjjtépav aù-où* xxt Ilavou- [^jt; r.z-pz: xal Z£VZ£T5stpt; xa[i tJsï; ftXsûstv [xst /al tsuç àrb

Ce texte porte la date de l'an 214 après J.-C.1. C'est probablement quelque helléniste de la même classe, mais u$ peu plus lettré, qui écrivait à sa sœur la lettre, aujourd'hui

déposée dans la Collection du Louvre, et dont M. Am. Peyron a jadis publié les premières lignes ainsi conçues :

*Àiq«i>vi Ila/vcù-M rrt isaX^ /atpstv. Ilps u.sv zàVrwv zi j-j'taîviv, xxi TO ^po3XJvr,ixi cou xa6' âxasTTjv Yj^pav

» Cf. Corpus, n° 5922, une inscription de Syrie contemporaine de SepUme Sévère; n- 2114, une inscr. de Panticapée, qui est de l'an 130 après J.-C, et où le mot oô> est construit comme jut* avec le génitif. Cf., noîUi-.

àff&âSoixat tïsXXx -rfev fc;abùtz~>év jjlou utbv Aéwv xe^o; xxi tîv fazsv jjtou 1 xxl MéXx; (?)■ jit) £|UA-J3tç tû utw jasd àffitûtCo^*t -iw-î xxi texîcjjix'. rrjv lAr/répxv », x. t. X.

On peut rapprocher de la lettre d'Artimon à Pachnumis celle de Senpamonthes à Pamonthès, son frère, qui fait également partie de notre collection du Louvre, et qui paraît être de l'époque romaine :

2cvza;xû>v0r(; ÏIi^wvOyj | tc£ àcîÀ^ /xîpî'.v. | "Ersy^x aot to otojxa SUvtjpts; | vrtz wçpiz jaou xexij$£t>|iJiiv5;, J^iuv -cxéXav xxtx | tsO Tpr/T(Asj, s-.i Txàïjts; | rxTpb; 'lipxxs;, sv rXs{o>| t$i<;), tcû vxOXsu ccO£r:s; j C*~' èjjLcO zATjpr;;. wEr:'.v Ci | tï;|/.eTgv ri}; <TÎv|cti)v im iy/cb; 2yu>v /p^yx jbBtvév èirt^sYpaji.-

l«|vov èicl rrt; xsiX(xç tô o|vsjxx xi-rf,;* !ppu>70xi 7£, | xîeX<pé, suXûjax'.. 6d>0 tx.

Un passage de cette lettre mérite de nous arrêter quelques instants, parce qu'il nous offre l'occasion de signaler une fois de plus l'usage d'écrire sur des planchettes do bois, usage si répandu chez les anciens. La tx6Xx, ou tabula, est la tablette où I on inscrivait le nom du mort et qu'on suspendait au sarcophage, pour que les visiteurs et les gardiens pussent facilement reconnaître chaque momie; l'inscription en est fort courte d'ordinaire, comme celle-ci, dont je possède l'original :

'AzoXXwr.s; 'Açpcc^.s-cj, M' pi; HxyjJcic;? |

t Cf. Corpus, n« 4996, uu proscynemo qui s'éteud aux bêles et même à îles choses inanimées (ûiti;) /.al t£v xt/.vwv **l tûv t?p>v jjlcu.

* Même barbarisme au numéro 5030 du Corpus. Cf. n» 5364b, e»rf*7t'pav ; ■° 3827», «aTÎ?xv ; u° 4000, àv$?iâv7av. Ces exemples, appartenant à des localités différentes, témoignent d'une altération assez générale, dans cette classe de mois déclinés, dès les premiers siècles de l'ère chrétienne.

Quelquefois elle indique la patrie du défunt, comme dans deux exemples qu'a publiés M. Bern. Peyron, et dont l'original est au Musée de Paris. Quelquefois aussi elle renferme des renseignements plus explicites encore, et elle prend la forme d'une espèce de lettre, analogue, d'ailleurs, pour le contenu et pour l'incorrection du style, à l'épître de Senpamonthes qu'on vient do lire. Tel est le texte suivant :

Ssvûpts; ITkcjgï, xijxisov to cw^xt-.ov toO u-sD peu. vEmv 3è

vauXoo x«t twv oarcavwv z... aûjia1.

C'est aussi à l'époque romaine que doit appartenir un sarcophage en bois, du môme musée, dont l'inscription, en caractères cursifs, rappelle souvent l'écriture de la doxologie que nous expliquons. Cette inscription, inédite encore, mérite, je crois, d'être citée ici :

XsXtîova £U|xopft) gov irX(i)x«|AOiç a c£(xvo; (âtwoa; enj X7 |j.rr vac 7, ïîfxepa;"^ xaXw; xYjBsjriffa* Oxs SsvBtxfitoToç Ou^aipu);

exavaOw ewjuxet s^X... -es; £Tpx]a ttjv Ejxai/rcu suvéïov. Que je transcris plus correctement' :

XfiXiBéva fijjxdp^r,, sùv xXoxijxoiç, aciJ.vu>; ^iwsasx £tiq X7, \xrr

» Papiri jfreci (tt museo Britannico di tondra t délia biUioleca Vaticana tradolti ed illustrait da Bernardioo Peyroo. Torino, 1841, in-4, p. 39, 40. Cf. Corpus inscr. grœc. n. 4976e.

3 En effet, la peinlure qui décore le fond du sarcophage représente une femme avec de beaux cheveux noirs.

3 Comparez les épilaphes moins incorrectes de plusieurs personnages du deuxième siècle après J.-C. dans le Corpus, »° 4822.4827; entre autres l'inscription de la célèbre momie rapportée par M. Cailliaud et interprétée par M. Lelronne.

va; ç, ^J{X£paç 7, xaAw; xrjÎÊuOeTaa W 2sv2ca5wTo; O-jfaTpc; oc/njc, iwxcupcOvro; TS-yx... toj ivëpb; rfo XcA'.ëiw;; a... 0, èV

On en peut rapprocher, parmi les monuments chrétiens de la môme époque et du môme pays, l'inscription d'un cippe en pierre calcaire, aujourd'hui déposé au musée de Leyde, et dont nous ne saurions apprécier les caractères paléographiques, l'éditeur des textes de cette collection n'ayant pas donné de ce monument le fac-similé, qui nous serait ici nécessaire ; elle forme dix lignes dans l'original et elle offre quelques abréviations et quelques lacunes auxquelles a suppléé M. Janssen :

îvOa x<zTr/.oi-£^i] tj |iaxapia |xav|i.a eceXj simjffev] ytf)[va?] yatr/ 1 tvô[ixtuovcç] xÇ avarauaov ttjv tyjyrp ai/cou [e]t; xuX-mr;; a[6p]<x2\k x[a«. j ».5a[ax] x[ai] iaxu>6 -f- * ;

c'est-à-dire, selon M. Janssen :

1 -r-svOa xaTaxsiTit (je corrigerais plus volontiers xrraxe'.Tai) f, pxxzpîa Mivjxa. 'E-îAsâTïjasv iayjvî (ou plutôt jjrçvt) -/cay i7 îvStxT'wvcç xÇ. 'Avjteaucov tîjv ^yy^v «^sS pour aOrr,; v.z xa>A7n;;(pour eîç xéXxoiç, qui serait lui-même pour zlç xéXzcv) 'Afpaàjx xxl *Isaàx xzt *Iaxu>6.

Les longs papyrus du musée de Leyde, qui contiennent des

1 Ivji&cc, dans le sens de épouse, est un mot tres-fréquent sur les monuments grecs de l'Egypte. (Voir Corpus, n« 5009, 5020, 5028, 5105, 5110, etc.) Au n° 5003, le mot est écrit ov&ov, à peu près comme on écrivait chez les Romains cojux pour conjux. Une inscription de Philadelphie rappelle, en outre, le root ai|xvû; du sarcophage dn Louvre . ttv

«tvH&ô* pou. {Corpus, n°3436, monument élevé par un affranchi de Septime Sévère.) Dn autre exemple semblable se lit au n» 4539.

* Mussi Lugduno-Hatavi inscription** grœcœ et lathiœ (Lugd. Bat., 1842, in-4). p. 63, n° 6

142 XVlll. OBSERVATIONS

recettes chimiques, et qu'a analysés M. Reuvens, n'offrent pas moins d'incorrections grossières1.

Enfin, si nous sortons de l'Egypte, mais sans nous en éloigner beaucoup, nous rencontrons le monument du roi Silcon, qui a fourni à M. Letronne la matière d'un si intéressant mémoire sur l'introduction du christianisme dans l'Abyssinie. Là encore le grec se montro singulièrement corrompu par le contact d'une langue barbare; et le sens des mots, et leur forme, et leurs rapports syntaxiques sont souvent altérés3. Les mômes caractères se retrouvent dans l'épitaphe grecque de deux pauvres chrétiens de Palestine, découverte le 18 janvier 1854, assez près de l'endroit où, un an plus tard, on déterra le sarcophage d'un roi de Sidon, et publiée, avec l'épitaphe de ce dernier, par M. Dietrich3.

Cette phase nouvelle de la langue grecque, ou, si l'on veut, cette forme de sa corruption, quelquefois si précoce, ne nous est guère connue que depuis un demi-siècle, à peu près comme l'écriture cursive de cette même langue nous a été presque révélée par les documents sur papyrus et par quelques inscriptions des nécropoles égyptiennes. Aussi, à la première vue, tant d'ignorance nous étonne et pourrait presque nous inspirer des doutes sur raulhenticité de pareils monuments, si, par leur nombre, par la diversité de leur provenance, par leur état de conservation, ils n'offraient à la critique les plus rassurantes garanties. D'ailleurs, l'étonnement qu'ils nous causent tient à ce que nous ne connaissons

1 Lettre 111 à M. Letronw, p 06 et suiv.

2 Corpus inscr. grœc., n° 5072, et le Commentaire de M. Letronne, soit dans le tome IX du Recueil de l'Académie des inscriptions (nouvelle aério), soit dans le volume intitulé : Matériaux pour servir à l'histoire de l introduction du C hristianisme en Abyssinie. Cf. sur ces altérations de la langue grecque en Égyple, la Paiaog raphia ctitica de Hopp, U 1U, p. 428 (Mannheim,1829).

* Zuxi sidonische Insohriflm und eine altphosnizisehe Kœnigsinschriff. Marburg, 1855, in-8.)

guère l'ancienne langue dos Grecs que par des chefs-d'œuvre, ou du moins par des compositions qui nous la présentent constamment correcte et cultivée. A ce point de vue, tout ce qui contrarie notre goût nous semble volontiers indigne de figurer parmi les souvenirs d'un peuple et les monuments d'une langue que nous voulons uniquement admirer. Mais si, de ces régions de l'art, nous descendions quelquefois à celle de la pratique vulgaire; si de la société des grands écrivains et des littérateurs de profession nous pouvions passer plus souvent à celle des laboureurs, des artisans, de tous les gommes pour qui le grec n'était qu'un moyen de se faire comprendre dans les relations journalières d'une vie tout occupée au travail des mains ; si nous pouvions observer plus souvent, dans leur rudesse native, les dialectes populaires qui végétaient modestement en Béotie, en Laconie, en Sicile, peut-être en Altique même, au-dessous des grands dialectes privilégiés, alors, sans doute, notre jugement deviendrait plus impartial ; nous comprendrions mieux que la vie d'une langue n'est pas seulement représentée par les œuvres de sa littérature proprement dite, et qu'elle embrasse toutes les formes que cette langue a pu revêtir selon les temps et les lieux où elle a été parlée. A ce nouveau point de vue, le grec des homérides et celui de Platon méritent d'être étudiés aussi dans leurs dégradations diverses, dopuis ce style de Polyht, que nous estimons encore et que dédaignait tant un puriste contemporain d'Auguste1, jusqu'à l'originalité exotique et populaire du style des apôtres % et, plus bas encore, jusqu'à l'informe grécité que, parmi les races indigènes de l'Egypte,

1 Deoyg d'Halicarnasse, wtpi SuvMoie»; ôvch»7mv, c. n : TorçâpTU tc.oû- -raç ajvxâÇti; xxt&iicov, ax; cù£ùç ûrcaivct iwy.pt xopwvtîc; âuXôûv, <frjXxfxcv M-pi, **i Acûpw, xxi IloXùëtfrv, x. t. X.

! Voir sur ce sujet l'intéressant Mémoire de notre confrère 11. B. de Xivrey, Etufrw le texte et l* stylo du Nouveau Testament, (uaris, 1856.)

bégayaient les derniers adorateurs des idoles et les premiers chrétiens.

Ce rapprochement entre les deux religions nous ramène au document même qui fait le sujet de ce mémoire. D'une part, en effet, ce document, par son caractère général, rappelle les nombreux proscynèmes ou actes d'adoration qu'on a retrouvés sur les monuments religieux de l'Égypte, proscynèmes écrits en hiéroglyphes, en démotique ou en grec1. Le mot même zpcTxovstv se trouve dans notre doxologie, à la fin de la sixième ligne, pour exprimer l'acte des Chérubins qui se prosternent devant Dieu, et entonnent un hymne à sa louange. Une pensée analogue, exprimée par le verbe sOXe- Ysïv et par le substantif etos-fCa, se retrouve dans une singulière inscription de YHydreuma de Pan, qu'a publiée M. Letronne*, et qui nous montre deux Juifs remerciant tôv 0£év « le Dieu, » en apparence le dieu Pan, en réalité Jéhovah, de les avoir sauvés des périls d'un long voyage à travers le désert.

Mais, si notre document rappelle par quelques traits la langue et les superstitions païennes, bien d'autres ressemblances le rattachent aux traditions les plus authentiques du culte chrétien. Quoique l'orthographe y soit presque toujours barbare, la grécité du moins n'y est guère différente, pour le fond, de celle que pratiquaient les Pères grecs de la primitive Eglise. La plupart des expressions contenues dans la dernière partie, qui forme la doxologie proprement dite, se retrouvent dans les écrits des Pères et dans les anciennes liturgies grecques de l'Orient, comme on le verra par les rapprochements ci-dessous :

jxexà t&v àpy a*fY^AlI>v et ~« /spouéfv, expressions qui

1 Voir, en général, sur cetle transmission des formule* pieuses, H. Le Blant, Inscript, chrétiennes de la Gaule, l. 1, p. 18C. * Inscriptions de l'Egypte, n" 197, 198, vol. Il, p. 252-265.

se retrouvent à chaque page dans les liturgies grecques de la primitive Église, réunies par M. Bunsen, Hippolytust t. IV, p. 259 (Lit. de saint Marc); p. 280, 298 (Lit. de saint Marc des Byzantins); p. 369 (Lit. apost. d'Antioche), etc.

TÛ>v àîoj;j.r:u>v. Eusche (Dnnonsfr. evany., I, 1) : *A?(*>pâr;uc T.vàç, vjîpàr -Ai'. 6î(a; envahit;, à*f;é*ACj; te v.v. àc/a*ffé)»cjç, xiAi te y.ai irivrfl y.aOapà TT/îO^a-ra. (Cf. Philon , t, II, p. 656, éd. Mangcy ; Tertuliien, Aj»)lo(j., c. XXII.)

dtvaSswv-rîç-y.-x? â^evreç. Lit. de saint Marc des Byzantins (ap. Bunsen, /. c), p. 298 i ... -ra yipzjî\[j. /.al tx ceci-

çtu. tcv lciv(xtsv y.ai Tpisr/tsv G^ivsv qtBovTa, {Scwvra, csSsas-

vouvta, y.vt.zx^l-.i. xat Aé-'cvra ri; [j-E-'aXcirpErE? ci;r/ "A^icr, 5^tc;, «710;. Cf. p. 336 (Lit. Antioch.) : xéxpafev ÊtEps; -p-î frspsv ; p. 369 (161Y/.) : Xé^ovra atxa /iXtai; -/'.A-asiv xpyrtfi- Xtav àxara^aûoTœ; xal aai-^Ta); (iswcatç.

&«;io; ô Hsôç... âvto; tV/jpé;. (Bunsen, /. c. p., 273): Pop u lus. P\\i.ty. "Avis; & fckd;, £7*0; îr/;jpc;, ôrftoç àOivarcç. M. Le Bas a retrouvé la même formule , en grec et en latin, suivie do sAsr,?sv fox; « miserere nos, » dans une inscription de la grande église deTénos. ( Voyage archéologique, huer. Il, n» 1826.)

avun-vcOst. Saint Jean Chrysostome ad Psalm. 149 (t. V, p. 599, éd. Gaume) : "On ibv <-)ebv àv'Jii.v&yv?£? ^'iXrjv caurctr

7rpccy.jv5Û7t. Même expression dans divers textes liturgiques (ap. Bunsen, /. c), p. 320, 359, 378,390, 403, etc.

iv^iÇst. Isaïe, xlt, 86 : *Ev -rû Gsu> ivîsçawW.îSTai -ôv c-Êp^a tôjv u'fov 'bpar.X. /</. XLIX, 3 : *Ev ce- èv$o;x70r^:;xx'.. (Cf. Ezéchiel, xxviii, 22 ; Exod., xxxm, 16.)

c xepbç twv àrréXwv. Saint Basile, £>is/. 7/, t. III, p. 101 B.

Tl ojv jx3txap»a)T£pov tsû Tr,v vftiXw /opifxv h *ffj p.t{JLeïaflat, eùOù; ;jlîv dp/5|i.£VY;; ^pips; et; eù/s; cp^toma , jjjlvs'.ç y.a\ (jicatç; yEpatpîtv'bvy-tcravTa. Saint Chrysostomc, tn Matthtpum, ffomil. VIII (t. VII, p. 147, éd. Gaumo) , dit quo l'Égypte, aulrefois remplie de superslilions païennes, renferme maintenant y.spsù; ■rfjféXiov jxjptwv èv àvflpoimvw r/r^x:»..

Enfin les mots ?tov iXé-;wv vvwptsOîtî semblent faire la fin d'une phrase où l'auteur rappelait que Jésus enfant fut reconnu, dans l'élable, par deux bêtes, un bœuf et un âne, selon la prédiction d'Isaïo et d'Habacuc', prédiction dont s'est inspiré le rédacteur d'un faux Évangile de saint Matthieu*.

Il serait facile de multiplier ces rapprochements; mais on jugera, sans doute, que nous avons assez montré l'étroite conformité de notre texte avec plusieurs monuments du christianisme primitif. Cette conformité, d'ailleurs, s'explique très-bien par d'autres témoignages. L'usage des doxologies remonte aux origines du christianisme et même au delà. On en trouve les premiers exemples dans Isaïe 3 et dans le livre

1 Isaïe, c. i, 3; cf. xi. 7-9 Quant au passage prétendu d'Habacuc, il m'a été impossible de le retrouver, non seulement dans Habacuo, mais dans aucun autre livre de l'Ancien Testament.

a Pseudo-Natlluei Evangelium, c. xiv (p. 77 des Evangelia apocrypha de Tischendorf; Leipzig, 18ô3) : « Posait (Maria) puerum suura in pnesepio, quera Los cl asinus adoraverunt. Tune adiroplrlura est quod dictum est per Isaiam prophelam dicentem : Cognovit Los possessorem suutn et asinus prœsepe dotnini sui. Ipsa ergo animalia, bos et asinus, in medio eum habentes incessanter adorabanl eum. Tune impletum est quod dictum est per Abacuc propbetam dicentem : In medio duorum animalium innolesceris. » On pourra comparer avec ce récit la légende rapportée par saint Jérôme, dans la Vie de saint Paul ermite, et qui nous représente, au milieu du désert d TÏgyplc, un monstre à forme de satyre confessant Jésus Clirist et réclamant, pour ses semblables, les prières de saint Antoine. Bestiœ Christian Ivquunlur. dil le satyre, ù la fin du petit discours qu'il adresse au saint ermite.

* Ghap. yi : < Les Séraphins étaient debout au-dessus du trône... Ils se

de Daniel l: le Nouveau Testament en offre plusieurs qui sont familiers à la mémoire de tous les chrétiens. Ainsi, au chapitre rr de saint Luc, Marie s'écrie, après avoir entendu les paroles d'Elisabeth : « Mon âme glorifie le Seigneur et mon esprit est ravi de joie, en Dieu mon sauveur » Au chapitre h du même évangéliste, c'est une grande troupe de l'année céleste qui se joint à Fange pour chanter : a Gloire à Dieu, au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté1. » Les Juifs avaient l'usage de louer ainsi Jéhovah ; les chrétiens ont conservé cet usage, en l'appliquant à Jésus- Christ : Carmen Christo quasi Deo dicere seewn invicem, dit formellement Pline le Jeune, dans sa célèbre lettre à Trajan\ Les Pères recommandent de répéter souvent ces sortes d'hymnes, en vers ou en prose, soit pour témoigner d une foi vive aux vérités de la religion4, soit pour sanctifier quelques actes de la vie journalière, comme les repas \ soit enfin pour échapper, en adorant Dieu avec un redoublement do ferveur, aux dangers et aux afflictions imprévues6. Bien plus, selon saint Jean Chrysostome, dont je reproduis ici les subtiles distinctions, sans prétendre les expliquer, rien n'égale la puissance de l'hymne, de cetélan désintéressé de l àmeversson Créateur.

criaient l'un à l'autre : « Saint, saini est le Seigneur, le Dieu des armées ; « toute la terre est pleine de sa gloire. » (Cf. le beau cantique contenu au chapitre xxti.) 1 Chapitre in, cantique des trois Juifs dans la fournaise.

• Traduction de Bossuet, dans l'édition qu'eu a donnée M. H. Wallon. Paris, 1835.

:> Episl. X, 07, ad Trajanum.

4 Voir le Thésaurus linguœ grœcœ, au mot A^'Ac-p*, article emprunté en partie au Thesawus ecclesiasticus de Suicer, et comparer les nombreux textes réunis par Bingham, Antiquities ofthe Christian ihurch (éd. de Londres.1840), li?. XIII, c. v (vol. IV, p. 197), elliv. XIV, c. n(vol. IV, p. 444).

* Saint Jean Chrysost., Homél. 55 (al. 30) »r saint Matthieu, t. VII, p. 631, éd. Gaume.

« /d. sur le Psaume 14», t. V, p. 390. Cf. p. 632-937, et t. XI, p. 463.

V hymne a quelque chose de plus divin que le psaume, dont lo nom seul rappelle je ne sais quelle alliance profane avec l'harmonie des instruments, avec une musique tout humaine. Au contraire, l'hymne intérieur de la conscience monte de lui-môme et sans effort au trône de Dieu : c'est, dit-on, en louant ainsi le père de leur divin maître, que Paul et Silas, dans les prisons de Philippes, en Macédoine, sanctifient tous ceux qui les entourent et bientôt voient tomber leurs fers*. La pieuse pratique des doxologies remonte donc aux premiers âges du christianisme, et Ton ne s'étonnera pas de la trouver réduite en règles, pour ainsi dire, dans les Constitutions monastiques de saint Basile *. Recommandée aux humbles comme aux grands de la terre, cette pratique a pu se produire sous des formes très-diverses, selon la condition des personnes qui prononçaient ou rédigeaient ces actes de confiance et d'amour. Ainsi, le texte que nous avons sous les yeux paraît être l'œuvre de quelque pauvre chrétien, qui déposa sur un fragment de sa vaisselle le témoignage d'une piété naïve, et qui sembla destiner cet humble document à sanctifier ou sa cellule d'anachorète ou son foyer de famille. On a retrouvé, particulièrement en Algérie, des versets de l'Ecriture ainsi gravés sur des murailles avec une intention pieuse3. Qui sait môme si cette poterie, où notre chrétien d'Egypte écrivait le récit abrégé de deux miracles du Sauveur, n'avait pas pour lui une valeur particulière et n'était pas destinée, comme une sorte de phylactère ou d'amulette,

1 Saint Jean Chrysosl., sur saint Paul aux Romains, VIII, 28, I. III, p. 184.

* Chapitre î (t. II, p. 769, éd. Gaume), où je remarque, entre autres, l'expression £c!-oXc"yiïv eiïro riv fpa^ûv, qui semble s'appliquer précisément à notre doxologie. En effet, l'auteur part d'un récit de l'Écriiure pour «"écrier : ôôiv xal xu.eî;, x. t. X.

3 De Clarac, Inscriptions du Musée du Louvre (supplément), pl. LXXXIX. M. L. Renier m'en a communiqué plusieurs autres qui font partie de son Recueil des inscriptions de l'Algérie.

à le défendre contre quelque fléau? Malgré les sages prescriptions de l'Église, ces premiers chrétiens devaient se préserver avec peine des vieilles pratiques de la superstition l.

Malheureusement, toutes ces conjectures, quelque vraisemblance qu'on leur veuille bien attribuer, ne nous aident pas à déterminer la date du document en question, ni celle des pièces analogues qui l'accompagnent. A cet égard, la barbarie du style et de l'orthographe ne nous éclaire pas davantage. L'incorrection causée par le mélange des races et des idiomes est de tous les temps; on en trouverait des exemples môme dans las beaux siècles de l'antiquité classique. La plus ancienne inscription grecque do l'Egypte est assurément celle du colosse d'Ipsamboul, où lés mercenaires doriens au service de Psammétik ont consigné le souvenir de leur passage dans ces régions éloignées ; or, elle est d'une grécité fort inculte *. Au centre même de la civilisation grecque, en Attique, Xénophon nous apprend que le grec que l'on parlait au Pirée, était altéré par le mélange des dialectes helléniques et des langues barbares 3. Dans une pièce d'Aristophane, les archers scythes d'Athènes font entendre un jargon plus affreux que le grec des indigènes de l'Egypte; et ce grec même, si peu grammatical et si grossier, nous venons d'en

» Concile de Laodicée, can. 36 (372 de l'ère chrétienne) : On où &tl iif aTixoù; ti xX«pi*cù; (Aat-jxo; $ irrwiJ&ùç ttv», $ uafcr.ttXTtxcù; x àarpe- Xofui;, ^ rouï* ri Xtpjitvx çuXzx-njpia (cf. saint Basile, De Spiritu Sancto, e. x, et c. xxix, § 73, t. III , p, 8G, éd. Gaume, avec la noie des Bénédictins sur ce dernier passage), AViva ion £to{A6>7iipi* twv <i»ux«v aù?ûv tcuç 8i (poptijvTac pt7TT*<3Ôai ix Tt£ ixxXnaîx; ixtXtû jatfitv . (Coll. Hard. I, p. 787.) M. Fr. Lenormant n'a pas tenu compte de ce canon dans sa Note, d'ailleurs instructive, Sur un amulette chrétien conservé au Cabinet des Médailles (t. III des Mélanges d'Archéologie du P. Martin). L'usage des çvXoutrnjia, dans l'Égyple païenne, est encore attesté par l'inscription de Rosette, ligne 43. (Conf. Corpus, n° 4971.)

« Corpus inscr. greec, n» 5126.

3 Xénophon, Rép. des Athéniens, II, 8.

450 XVIli. OBSERVATIONS, ETC.

signaler des échantillons contemporains de la prose élégante de Pausanias et de Dion Cassius. Un siècle et demi plus tard, l'empereur Julien, stationnant sur quelque frontière lointaine de l'empire, signale avec agrément et semble craindre, pour son propre style, cette inévitable contagion de la barbarie

D'un autre côté, M. Quatremère pensait que, dès le neuvième siècle, le copte ne servait plus, en Egypte, qu'à rédiger ou à perpétuer des livres de liturgie, et que cette langue était remplacée par l'arabe dans l'usage populaire*. S'il en était ainsi de la langue maternelle des Égyptiens, à plus forte raison le grec avait dû cesser alors d'être usité dans la vallée du Nil, bien qu'on y ait retrouvé deux ou trois inscriptions grecques datées du septième et môme du huitième siècle après J4-C.\ On peut dono, aveo probabilité, circonscrire entre la fin du troisième siècle et l'époque de l'invasion musulmane la période de temps où paraissent avoir été écrits les documents qu'un heureux hasard m'a fait retrouver. Il me paraît impossible d'en fixer aujourd'hui la date avec plus de précision. Mais, en attendante lumière de découvertes nouvelles, j'ai cru qu'il était à propos de demander quelque attention pour ces souvenirs d'une chrétienté obscure, pour ces accents pieux qui nous viennent de si loin, à travers tant de chances d'oubli, humble écho des pensées qu'anima, sur cette môme terre d'Égypte, l'éloquence des Origène et des Athanase.

« JSp. 57 ( 55 éd. Hejler) : Ta si Rat ©ô^ctjAy.v i>Xwd, ôa*-

fisÇtiv i;iwr, cjtw; iapiv ùtGeoapêapMjjtivci Sik rk 7.tofta. 1 Recherches sur la langue et la littérature de l'Êgypte, p. 39. 3 Lelrenue, Inscriptions de l'Egypte, t. II, p. 223.

POOa St-RYlfe

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