A L'HISTOIRE DES LANGUES ROMANES
Le document que jo me propose de faire connaître et d'éclaircir, dans ce Mémoire, par le rapprochement de quelques pièces analogues, est un document bilingue^ Il comprend : 1° le Symbole de la Foi, en grec, et en languo franque ou romane, môlée de quelques mois latins; 2° le Pater, en grec et en latin, le tout de la main d'un copiste grec. L'intérêt de ce document, peut-ùtre unique en son genre, dépendant surtout de la date môme où on le rapportera, je crois devoir m'altachcr d'abord à marquer l'âge du manuscrit qui nous Ta conservé.
Le manuscrit grec, n" 2408 de la Bibliothèque impériale, que notre savant confrère M. Hase a plus d'une fois signalé aux auditeurs de son cours de paléographie, et sur lequel M. de Rochefort a jadis publié une notice», se divise en trois parties bien distinctes :
1° Quatre feuillets d'écritures diverses, contenant des fragments relatifs à la liturgie et au comput ecclésiastique;
* Publié dans le lorae XXI, ite partie, de» Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles lellres.
i Notices et Extraits des manuscrits, vol. I, 131 .153. Malheureusement le travail de H. de Rochefort est incomplet et inexact à beaucoup d'égard*.
452 XIX. DOCIMKNT INÉDIT
2« Du feuillet 5 au feuillet 199^ Lexique de mots grecs extraits des auteurs sacrés et des auteurs profanes : c'est l'ouvrage même sur lequel M. de Rochefort s'est particulièrement étendu dans sa Notice, et dont l'importance parait avoir,échappé aux derniers éditeurs de Suidas, d'Hésychius et des Étymologiques; du moins, le manuscrit 2408 n'est signalé ni dans les préfaces, ni dans les recueils de variantes qui accompagnent le texte des éditions les plus récentes de ces lexiques ;
3° Une cinquantaine de pièces diverses de grammaire, d'histoire, de théologie, etc., dont l'une permet de fixer par approximation la date du manuscrit. Cette pièce, l'avantdernière de celles qui sont de la même main que le lexique, est une liste des soixante et treize empereurs qui régnèrent à Constantinople, depuis Constantin le Grand jusqu'à Alexis Dupas Murzuphle, dont le règne éphémère finit dès l'occupation de Byzance par les Croisés, cj jiaîiAîûcv-s:, dit l'auteur de la liste, ^apeBiOr, fjKwvcravTtvwTrcXi^apàTGiv Aa-j-vwv iv=T£i jr i Ji, tvîixTtwvoç «rcptXAÈw [At;vb; r^épa £>, c'est-à-dire l'an 6712 de l'ère mondaine de Constantinople (1204 do l'ère chrétienne), la douzième année de l'indiction, le 2 du mois d'avril. Or, il est très-probable que si, à l'époque où le manuscrit fut achevé, la dynastie grecque eût été déjà rétablie sur le trône, le copiste de celte nomenclature n'eût pas manqué de la reprendre avec Michel Paléologue, le premier souverain national après l'expulsion des Francs. On peut donc admettre, avec beaucoup de vraisemblance, que le manuscrit 2408 a été écrit entre 1204 et 1261.
On lit, il est vrai, sur le dernier feuillet, la note suivante de l'abbé Sallier : « Videlur scriptus hic codex circa annum Christi 1270, » et plus bas : « Codex scriptus manu Alhanasii Hamartoli, ejusdem scilicet qui scripsit codicem 2753. » Mais cette assertion se fonde uniquement sur la ressemblance des écritures; or, dans le manuscrit 2753 (aujourd'hui 2654),
pour l'histoire des langues romanes. 453
terminé par une souscription du moine Athanasius, et formellement daté de l'an du monde 6781, 1273 de Père chrétienne; dans ce manuscrit, dis-je, les feuillets 142 à 165 ressemblent seuls par l'écriture à la partie qui nous occupe dans le manuscrit 2408 ; le reste est certainement d'une autre main et d une main plus moderne, celle même qui a signé et daté le manuscrit. Le rapprochement établi par Sallier entre les deux manuscrits est donc pour nous de nulle valeur. Mais, ce rapprochement fût-il exact de tout point, on concevrait encore que le môme copiste ait pu, à plusieurs années de distance, écrire deux volumes où sa main soit reconnaissable. Ainsi, de toute façon, le manuscrit 2654 ne nous fournit point la date du manuscrit 2408, et ce dernier appartient très- probable ment presque tout entier (depuis le cinquième feuillet jusqu'à la fin) à la première moitié du treizième siècle, comme d'ailleurs le montre assez bien le caractère général de l'écriture.
Cela posé, venons au document en question. Il se lit aux folios 223 verso et suivant du manuscrit 2408, entre deux morceaux sur des sujets différents, à savoir : 1° une généalogie de sainte Anne ; 2° un extrait de la As^iA-anx)) isaws^Xi'a de Zigabénus \ contenant le prétendu témoignage de l'historien Josèpho sur Jésus -Christ. Les mots grecs sont écrits en lettres rouges ; les mots francs ou latins sont en lettres noires. L'écriture offre peu d'abréviations ; sauf en deux ou trois endroits que je noterai, la leçon n'en est jamais douteuse. J'ai reproduit les divisions souvent bizarres du texte. Mais, tandis que le copiste a écrit d'un seul trait et sans alinéa les mots de l'original grec et ceux de la traduction romane ou latine, j'ai disposé, pour rendre la lecture plus facile, le texte et la traduction sur deux colonnes parallèles. En outre,
• Voir, sur cet auteur, Fabricius, BMiotheca grœca, t. Y1II, p. 328, éd. Harle».
il m'a semblé utile de récrire, aussi bien que je l'ai pu, eu lettres latines les sons que le copiste s'efforçait de rendre avec les caractères de l'alphabet grec. On remarquera que ses procédés de transcription attestent une prononciation du grec tout à fait conforme à celle qui a prévalu depuis tant de siècles en Orient , et qui est remplacée dans nos écoles par la prononciation érasmienne. Par exemple, peur rendre le son de notre d, le copiste grec écrit d'ordinaire les deui lettres rr; pour le son de notre p, il emploie un Il représente le son de notre i tantôt par tj, tantôt par u, tantôt par la diphlhongue ot. Quant à l'accentuation des mots néo-latins, elle est d'une étrange irrégularité, et je n'ai cru devoir en tenir compte, dans la transcription en lettres françaises, que pour certains mots où l'utilité de cette observation sera bientôt appréciée. D'autres remarques de ce genre trouveront mieux leur place, soit au bas du texte et sous forme de notes, soit dans la discussion critique qui suivra le texte, que j'ai hàto de placer sous les yeux du lecteur.
T O "AHON ITMBOAON
Pifîwv -r Kp»™» r- Cretto 5 ùj fr* Oiov^r à m ru» -r- a ip 4ee ir^Ti^a — TïotTf ijjl — patrera
ïravrexparosa — {ioWct«vte * monnpotante (pour omnipotente ♦)
« On sait que depuis longtemps les Grecs de Byxance s'appelaient K- (MÛtt. C'est donc leur langue qui est désignée ici par le mot romaïque ; la langue ^Unique est celle des Latins ou des Croisés français, italiens ou autres, qui prirent Conslanlinople en 1204.
s Peut-être faudrait-il ici xji'vtio, pour que le son d fût exprimé par yr, comme dans iïvTtw, pour a in (un) Deo. Maison trouvera plus bas d'autres exemples de l'infidélité du copiste à cette règle de transcription.
» te mot est ainsi altéré, dans le manuscrit, pour *prniroT«ro, avec