POUR L'HISTOIRE DBS LANGUES ROMANES
xxî xviXOévrx — i peuvra — c mou II ta ti; tcÙ; c&pxvoô; — xo <jiiX; — ao ciols 1 xxl xaôiCotisvcv — i oxarirt — «; s'assist tv $i£t£ — x vrxarpe — a dastrc roû rxrpo; — vtvj îra'p — dou per *xl Troi).iv — à-)ptcpx — [e] ancora ipxo'f*lv6v — BouvxW — venaont ftirà ^o'Çn; — xfxXotpz — angloera xpïvxi — vT^ioumCtp — dziustizer Çivr»; — fitSx- — vivas xxt vtxpoû; — t* jxo'p; — e mors
Çwvtx; xxl vixpw; — Xe peî; i Xe fiop; — vis e lé mors ci — :a» -taki'
Tii; PaoïXiixç — m XaviaW — de laneaté 3 sùx «ttxi Tt'Xo; — vo6 vix <ptv — nou nia fin
xxî et; tô xvt5ux rb xy.oy — t xXt <nruptT axv? — e aie spirit sant
rh xûpi&v — X» <nviouf)i — le siniouré
xxl C«oî?:tôv — s pit ox«mfi — e vie fastem k
tô ix «g uxrpb; - xi vrcu *!p ; vtou o^" — ke dou per : dou (ilii.
Ici le copiste s'arrête pour prendre acte de sa propre orthodoxie contre ce qu'il appelle « le blasphème » des chrétiens d'Occident :
, Al $ûo xurxt XtÇu; eteri to pXx<rWx tmv AartW iûvavrot -pp «irûv
Xt VTÎU fft'p TTJfCUV TOÛ RXTpOÇ, XXt T 0 G ©ÎXlOt IXOXt . T)?Ct TCU ul«Û-
par la transcription grecque. (Voir Burguy, Grammaire de la langue d'oïl, t. H, p. 364, 365.)
1 Ao pour au, ou pour avis, en ne tenant compte que des voyelles qui se prononçaient.
* Ta kl est pour vrx xt = da fci, de qui. (Voir plus haut p. 454, note 2.)
3 vfXTt, pour pïXTi, reaté-reallé, royauté, par suite de la confusion du v et do p, confusion fréquente dans le grec oncial de cette époque. (Voir Bast, Comment, palœogr., p. 726, 731, et comparez plus bas, p. 459, note 1.)
k E vie fastem, transcription grossièrement altérée de «iw^cantem ou vivifacientem. On a déjà vu plus haut, par exemple, dans <mXç, pour ciels, le c latin transcrit par le a grec.
458 XIX. DOCUMENT 1WBWT
m; xX*p6V0ULCt «5 Oùw Xfyu<n TÔ Îx tcû B»Tfi>{ X*î t«5 uioQ £x*opeuo>iv<v r^ï; opUcÇ»; ivarp^w « tcotoiv &Xci- <T<ptîa&v Xi-yovTi; tô ix -où iratTpoç dxi:opsuc>ivûv. Tb ix toû «aTpôî ixîTopîyôuLêvov fax» xarà ttjv Àam*v Xî&v cttaéiffr — saseist !.
Puis il reprend :
to 9ùv 773tTpî — xi ivTpercép — ki aiitreper
x*i uîw — £ fîxtc — c filio
cuvrpo*Txuvcûpr»ov — iv rptdxoupe — antres aouré
xott ouvîoÇxijc.'ii.tvo'» — ÈavTpioa-yxî.o'ipe — eantresangloeré *
tô X«Xwr«v — km mtpXS — kin parla
âià twv rpoîpTiTwv — irapXc rcpccpaîç — par lé profes
ti; (wav — i tvav — a inan
crpav — «sûvTa — Senta
xafcXurô — xxôoXtx — catliolic
xai «roiToXtxtjv — è irûsreXix — e pystelic (?)
ixxXuoxM — ifx^i — gcize n
éjAcXcoffi» — tîiax^ — * ezachi v
1 Ed français : « Ces deux mots sont le blasphème des Latins. Ils peuvent dire : qui [procède] du père , et omettre du fils ; mais, en vrais héritiers de l'Imprécation, ils disent : qui procède du pire et du fils. Pour nous, conformément à l'orthodoxie, nous renversons leqr blasphème, et nous disons : qui procède du père, ce qui, dans la langue des Latins, s'exprime par saneist. » On peut comparer, pour plus de détail, le commentaire du Symbole byzantin que G. Phrantzès a inséré dans sa Chronique, IV, 22, p. 450 et suiv. de 1 édiliou de Bonn, et celui que renferme le ms. grec n° 1265 de la Bibliothèque impériale, donné en 1276 à ai. de Noinlel.
* Dans ce ca*. la particule <xiv se trouve trois fois traduite par antre ou entre (de inlra?) qui, en effet, avait, dans le vieux français, le sens de conjointement, ensemble, avec. (Voir Burguy, Grammaire de la langue d'oil, t. II, p. 553.)
I Comparez ici la forme italienne cjiiesa, beaucoup plus éloignée de ecckm que ne l'est la forme usitée dans les dialectes uéo-latins du nord.
\ I:sachi, altération du verbe roman jequi ou jaqui, pour {je) confesse, usité plus tard, et qu'on trouve (ci dessous, p. 466) dans une rédaction du Credo appartenant au quatorzième siècle. Zi est probablement pour ji ou
POl'R 1/MSTOfBE DES LAHGIES ROMANES. 459
tv p*im<»a* — « (Awxrîa|« — hin batisme
il; à^totv àaapTiwv — ànap tcûv vtittûtSeî; — apar toun de pytzees
iîfc<j^cxw — iavTtv; — e antens
ivâorxov* vixpïuv — piwoi&uv 1 m {isp; — ressensioun de mors xaî Ç^iv» — s pîi — e vie
tcû (/.e'xxcvTcc atwvo; — toù t«v; xiv tït Pcrôp — ton tens ki det venir àjMT» — à|x*> — aman .
Le copiste continue, sans paraître se douter que la traduction du Pater n'est plus dans la même langue que celle du Credo :
TOIOTTOTP OUQZ KÀl T 0 [l'ATEP hmdn.
nâTtp xjaûv — ilàrtp voVrpvjy. — Pater nostroum ô »v tcï; cGpxvoî; — xi t; tv T^éXci; — ki es in UtiUs àf ioioOttu — cavTiçtrCîTi-jp; (sic) — santifitzetours tô «vcu-ot oto — vous Tcàcju — nome tououm «*X6fru — ap&vtxft — amviniath •h ffooiXûx ocu — pîvcujju tcOo'jja — renoum tououm
•yevy,(hrÎTfù — %iaô — fiath
tô ftiXr.jxi ncu — (kXiûvTa; t&uxu. — volountas tpuam »; iv cùpxvû — otxoûft iv rÇiXw — sicouth in tzelo *al iv -rf — ifl iv tïpjx — eth in terra jbt âjiTcv iu*r* — noîvtjx voarp&ujit — panem nostroum tw ém&ômcv -y *&rÂ7t« — eotitia [noum ?] «
je, pronom de la première personne. An reste, l'altération que je signale Ici. prouve une fois de plus que ce teste du Symbole bilingue ne nous est parvenu que de seconde main. (Sur le verbe eu question, voir M. de Chevallet, Origine de la langue fr.f I, p. 550, et M. Diez, Lexicon etym. ling. rom., p. 1C7, au mot Gecchire.)
1 i>ë<KvoiVjv est probablement pour pscspaîcuv, par le changement du p en v, dont nous avons déjà relevé plus haut un eiemple. (Voir p. 457, note 3.) On aurait ainsi une contraction grossière, mais encore recounaissable, du mot résurrection, en grec «vxcxxai;.
s Sur cette leçon, remplacée, dans la Vulgate, par super sulstantialis, consulte* M. B de Xivrey, Etude sur le texte et le style du i\ouveau Testament (Paris, 1856), p. 23 et suiv.
460 YIX. POCl MKST INÉDIT
t,jj.îv — (sic) — dda nobbis
or,atpcv — ô£i — ode
x*î e; Vjaî* — * tô fyun v&'^i; — eth dmite nobbis
t* GeptiXxpkara rawv — ^iSotra vdirpa — debbita nostra
m; xxi Tiatî: — otxouO ift vo; — sicouth eth nos
à^îtutv — ^ifAtTiêÊcu; — diniitibbous
roî; ôçuXtTUt; — ^ïpL&Topt&y; — dcmbitoribous
Tiaiv — vdffTp&uu. — nostroum
xat air, tîaivrYxr,; — ift vi ivfftuxa; — eth ne indoucas
xjxiç — vis; — nos
«c irupaau.iw — iv Tr»7»TÇ£cve — in tentetzione 1 ÀXXa pûaai r.aâ; — otô 4 )iirisa — seth lipera nos àtro Ttû xxxcj scvrpcû (sic) — à u.a).o» — a malo iuah* — — aman.
Après la lecture de ce singulier document, la première
1 Remarque* avec quelle indifférence Ym est ajoutée plus haut, dans touam, pour tua, et suprimée ici dans tentetzione, pour tentationem. Cola tient évidemment à ce que le son de ces consonnes finales était peu sensible à l'oreille. (Voir ci-dessus, p. 45i, note 3.) Le phénomène que nous offre, à cet égard, la déeadeucc du latin, se retrouve dans*les plus anciens monuments de cette langue, par exemple, dans les épitaphes des Scipions. L'orthographe qui n'est pas encore réglée par les grammairiens et celle gui ne l'est plus admettent les mêmes irrégularités (Voir les Latini sermonis velustioris Reliquiœ, p. 100, 104, 305, 208, note; et M. Edmond Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, I, p. 56, 74, 115, 155, etc.) Quinlilien (Instit. or., IX, 4, 39 et 40) indique déjà combien, de son temps, la prononciation de Y m finale était sourde et peu sensible en latin.
* On ne s'explique guère, dans ce second document, l'attention que met le copiste à rendre le t latin par un 0 grec, qui certainement n'avait pas le même son. Mais c'est là un usage fort commun, au moyen âge, dans les transcriptions du latin en lettres grecques que renfermeut les manuscrits latins. Pour n'en citer que deux exemples, le copiste du manuscrit de Saint- (iermain, n° 17, qui affecte d'employer souvent l'alphabet grec, écrit xaptôx&T pour corilatem, et autres semblables. Le manuscrit du même fonds, n° 320, se termine par un e.Tplicil ainsi transcrit : Tr/rXvttft. On trouvera des exemples analogues dans l'épigraphie de la décadence. (Voir Olivieri, Mnrmora Pisaur.,v\° clixi, p. 69; Marini. Papiri diplom., n° 110, p. 170.)
POtR L'HISTOIRE DES LANGUES ROMANES. 461
observation qui se présente à l'esprit, c'est que nous n'en avons pas sous les yeux la rédaction originale, mais seulement une copie. En effet, 1° l'écriture, malgré quelques traits douteux, qui çà et là nous arrêtent, atteste une main exercée et un certain effort do calligraphie ; on n'écrit pas ainsi le brouillon d'une traduction tant soit peu difficile. 2° Diverses syllabes, évidemment omises ou altérées, comme dans les mots qui répondent à cOpxvsy y.al vf,:, à to>v aùôvwv, à rr,z ,3 aciXs(aç , à â^s'As^û, à xa'i iT.zs-s\:v.ty , montrent un copiste qui ne lisait pas sans peine l'original placé sous ses yeux, qui, peut-être même, le lisait quelquefois avec négligence. 3° On a pu remarquer que les mots Ç&r.zq xa» vexpsuc sont deux fois répétés, et traduits de deux manières différentes ; or, le manuscrit porte en marge, à cet endroit, et d'une écriture semblable à celle du texte, quoique un peu moins grosse, la note que voici : wc£ 5i:rAi£s» c Af-p;, par laquelle le copiste prend acte d'une répétition qu'il lisait sur l'original, et dont, apparemment, il ne voulait pas être accusé lui-même. 4° Un indice plus subtil, mais non moins convaincant à mes yeux, c'est que les accents placés par le copiste grec sur un grand nombre de mots romans sont contraires à la prononciation latine, ce qui n'a pu arriver ni à un traducteur connaissant bien la langue dans laquelle il traduit, ni même à un Grec ignorant les langues romanes, mais à qui un Latin aurait dicté celte version de sou Symbole. Dans ces deux cas, en effet, les signes d'accents placés sur les mots romains y représenteraient fidèlement l'accentuation usuelle des peuples occidentaux. Or, il n'eu est pas toujours ainsi dans notre manuscrit. Pour citer quelques exemples, si dans a ddstre pour ht csçtï, et dans suinta pour cqtav, l'accent roman a été maintenu, il est, au contraire, méconnu et mal placé dans siniouré (seigneur) pour xupisv, dans vtîttôt^ss; ^péchés) pour àjxapTiwv, dans vxïrré (né) pour-pvvrjOlvTa, etc. Ces infractions n'indiquent-elles pas une personne qui lisait le roman,
102 XIX. DOCl'MHNT IKÊDIT
mais qui n'était accoutumée ni à l'entendre ni à le prononcer ?
Des raisons qui précèdent je crois pouvoir conclure que tout ce document ne nous est représenté aujourd'hui que par une transcription très-incorrecte. Or, comme le ms. n° 2408 nous a déjà paru antérieur à Tan 1261, il s'ensuit que l'original sur lequel on Ta copié doit être d'une date plus voisine encore de la prise de Constantinople par les Croisés. Un second point qu'il est facile d'établir, c'est que, dans le document primitif, le Symbole grec a servi de texte a la traduction en dialecte néo-latin, et non le Symbole néo latin à la traduction grecque En ( ffet, non-seulement les mots grecs précèdent toujours ici les mots qui leur correspondent dans la version néo-latine ; mais encore l'ordre des mots, dans cette dernière pour suivre de plus près l'ordre des mots grecs, devient quelquefois contraire à toute syntaxe romane Ainsi, dans ce passage : cprrwv ?e zivttov xat àspattwv, ki se voet te tout mou ki ne voet ; et dans cet autre : ci rrt; [iir.Xîta: eux Irrai téXsc, da ki de ta reaté non nia /fw, il est évident que l'interprète a voulu, bon gré mal gré, calquer sa phrase sur l'original grec. Peut-ôtre aura-t-il dicté a quelque Grec, qui lui récitait successivement chaque morceau de l'original pour en recueillir la traduction; et ce Grec lui-môme, ignorant, sans doute, les langues de l'Occident latin, a noté, comme il a pu, avec certaines hésitations, les sons qu'il entendait. De là, cette double traduction des mots tôv-ra; xal vexpeir, vivas (pour vivants) c mors, puis te vis et le mors; de là l'omission fréquente des parliculos de liaison, comme la conjection xaï; l'omission, plus grave encore, de la préposition de dans les mots qui traduisent cùpavoii xal 775; ; de là, tant d'altérations plus ou moins barbares des mots romans, altérations sous lesquelles ils sont parfois méconnaissables. Tous ces défauts s'expliquent par une égale inexpérience de la part du traducteur et de la part de l'écrivain grec qui recueillait la traduction sous sa dictée.