POUR L'HISTOIRE DES LANGUES ROMANES. K
Quant à la rédaction que nous avons sous les yeux, elle témoigue aussi d'une grande négligence. Le titre principal : ïb i^tov -u|/.6cXcv, etc., n'annonçait que le Symbole de la Foi. Le rédacteur y ajoute le lli-t? r^wv, et cela sans s'apercevoir quo ce second morceau est traduit, non pas dans la même langue que le précédent (TStcuTSTpcroj;), mais en latin ancien. Il est vrai que le nombre assez considérable de mots purement latins que renferme la traduction du Credo a pu causer quelque trouble à un esprit peu lettré, et lui laisser croire que les deux traductions étaient Tune et l'autre en langue latine. D'ailleurs, on sait que, pour les hommes de 1 Orient, tous les peuplos de l'Occident s'appelaient des Lutin».
On peut, en effet, conjecturer que l'auteur de la rédaction du Symbole conservée dans le manuscrit 2408 est quelque moine byzantin qui tenait fermement au dogme oriental, et que scandalisait dans le Symbole romain l'addition des mois filioquv, objet de tant de controverses entre l'Eglise d'Orient et le Saint Siège1» Lorsque les chefs de la quatrième croisade arrivèrent devant Constantinople, pour prix des secours qu'ils promettaient au jeune Alexis Comnène contre l'usurpateur, on sait qu'ils imposèrent à ce prince de fort dures conditions, entre autres, et avant tout, celle d'abjurer le schisme et de se soumettre à l'Eglise romaine Si l'empereur
1 Voir Y Histoire de Phutitis, par M. l'abbé Jager (ouvrage trop souvent copié sur celui de P. Faucher, 1772,. liv. IX, el surtout p. 554-557.
* Nicélas Choniates, liv. III, p. 548, éd. du Louvre, énumérant les concessions promises par le jeune Alexis Comnène a ses trop puissants alliés, ajoute : Tè <îi p.ùÇ&* *ai ÙT&ww-aTtv, îcaf ucpurô îr-wTtw; irAn tcï; Aa^vot; àairaÇs-xt xai tûv tcÛ n*T:i «p&vcjûuv xxmdavv, atrâOtoiv xi xx>. jAE7»77&tviaiv tm» îioXatwv Pmukîci; î8ûv cj-pcaTiihr:. « Tout premiers mettre tout votre empire en l'obédience de Rome, » dit à l'empereur îc messager des Croisés, dans Villebardouin, Conquesle de Constantitwple, § 87. (Cf. Micbaud, Histoire des Croisades, 1. 111, p. 141.)
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et le clergé de Constantinople se résignèrent à cette abjuration, ce ne fut pas, on peut le croire, sans protester secrètement contre la violence qui leur était faite. A plus forte raison, hors de Constantinople, et dans les cloîtres, où pénétrait moins facilement la tyrannie des Latins, le Symbole schismatique dut garder toute son autorité sur les consciences. La résistance des Grecs à 1* Église romaine s'accroissait, d'ailleurs, de toute l'antipathie excitée par la domiuation des Francs. Ainsi s'explique assez bien l'analhème lancé contre Y hétérodoxie romaine par le rédacteur de notre symbole bilingue. Ainsi ce document se rattache à l'un des plus remarquables incidents de la quatrième croisade , et peut-être n'était-il pas sans intérêt pour l'histoire de recueillir, parmi les débris de l'érudition byzantine, cette étrange protestation du patriotisme et de la liberté religieuse contre la servitude apportée aux Grecs par les armées de l'Occident.
Mais la version romane du Symbole, que le manuscrit 2408 nous a transmise, a pour nous un autre genre d'intérêt, un intérêt plus direct et plus national.
Les traductions en langue vulgaire des prières de l'Église sont assez rares au moyen âge et de date assez récente. Pour ma part, je n'ai pu retrouver que quatre versions du Credo en langue d'oïl ; encore, de ces quatre versions, une seule reproduit le formulaire canonique de Nicée ; les autres se rapportent chacune à quelqu'un des nombreux textes du Symbole qui, avant ou même après le célèbre concile, circulaient parmi les chrétiens orthodoxes1.
Les quatre traductions romanes dont je parle sont un complément naturel de celle qui fait l'objet principal de ce mémoire :
1° Credo, dit du sire de Joinville, publié en 1837, parla
1 On les trouve énnmérées et transcrites dans Bingliam, Origines eccksiasticœ, X, 4, vol. UI, p. 535 et «uiv., éd. 1840.
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Société dos bibliophiles français, d'après un manuscrit unique do la Bibliothèque royale, qui paraît avoir été écrit vers le même temps que le manuscrit grec 2408. A supposer que ce document et le commentaire théologique qui l'accompagne ne viennent pas de Joinville lui-mémo, ils viennent certainement de quelque autre compagnon du saint roi, qui l'avait suivi en Palestine1. Ce Crech français n'est pas rédigé sur le Symbole de Nicée ; il est beaucoup plus court, et il ne mentionne même pas le dogme de la procession du S tint-Esprit. Le commentaire contemporain ne mentionne pas davantage les difficultés auxquelles ce dogme avait donné lieu, et qui furent une des causes de la séparation entre l'Eglise do Rome et celle de Constantinople. Voici le texte, tel qu'il est divisé dans le manuscrit :
le croi en Dieu le pere tout poissant le creator dou ciel et de la terre
et en Ihesu Crit son lil notre seignor
qui est conceuz dou saint esperit
ne de la virge Marie
qui souffri de souz Ponce Pylate
et fu crucefiez et mor
et fu encevelis
il descendi en anfer
et au lier iour resucita de mort
il monta es oiaux
et siet à la désire lou pere tout poissant
ie croi ou Saint Esperit et si croi en Sainte Eglise
et ou pardon des péchiez qui nous est fait par les sacremens de sainte enlise et si croi la résurrection de la char et la vie pardurable. Amen.
2° Cmfo, qu'on lit dans un beau missol de la Biblio-
1 P. 2, on lit: a Prere Henri li tynois qui moul fu graut clers disl que nos ne pooit cslre saus se il ne sauoit san Credo cl se pour esmouoir les gens acroirece de quoi il ne se pooiont soffar (!) fisie premiers faire teste euvre en Acre après ce que H frerc le roi en fussent venu* et deuant que U roi alast fermer la cite de Claire en Palestine. »
thèque impériale, n° 6843% fol. 223, où il m'a été obligeamment signalé par mon savant confrère, M. Paulin Paris. Ce morceau est d'un sièclo environ postérieur au précédent; il reproduit le formulaire même que nous offre le manuscrit grec 2408.