‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 78 sur 102 · LES DOUZE ARTICLES DE LA FOY · texte numérisé non relu

LES DOUZE ARTICLES DE LA FOY

Je eroy en Dieu le pere tout-puissant, créateur du ciel et de la terre : et en Jésus Christ son lilz uug seul nostre seigneur : qui fut conoeu du sainct esperit, ne de la vierge Marie, souffrit dessoubz l'once l'ylale, fut crucilie mort et ensi vt'ly : descendit es enfers : le tiers jours resuscita de mort et monta es cieul.x : se siel a la dextre de Dieu le pere tout-puissant; en après viendra jugier les vifz 1 1 les mors. Amen.

Je eroy au sainct esprit, la saincte église catholique, la communion des sainclz, la remissiou des péchiez, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Amen.

L'article de la foy actuel et théologal pour avoir paradis :

Je eroy eu Dieu le pere tout-puissant, qui a crée le ciel et la terre a son plaisir.: lequel est le pore et le lilz et le saint esperit, qui sont troys personnes en une essence. Je eroy en Jésus son filz qui est la setoude personne de la trinilé, lequel fut couceu dedans le ventre de la vierge Marie de par le benoist saint esperit : et fut ne au jour de noel.

Je eroy qu'il fut crucifie en l'arbre de la croix et mourut par l'once Pylate et puis mys en sépulture et est descendu aux enfers.

Je eroy que au tiers jour il resuscita et eroy qu'il monta es cieulx et se siet a la dextre de Dieu son pere, et son royaulme est inûny.

Je eroy qu'il viendra juger les vifz et lez mors.

Je eroy la mission du benoisl saint esperit qui est la tierce personne de la trinite et est vivifiant.

Je eroy a saincte église et eroy ce qu'elle croyt et contient, qui est leglise universelle de creliente et catholique de tout le monde.

Je eroy que tous les saint* sont en paradis et communiquent ensemble.

Je eroy que tout le monde resuscitera.

Je eroy en la remission des péchiez.

Je eroy que en ma mesmes chair et chacun en icelle verra Dieu face a face au grand jour du jugement.

Je eroy que les saulvez vivront éternellement. Amen.

470 , XIX. DOCUMENT INKDIT

Le numéro 1403 de la Bibliothèque impériale contient aussi, après les prières en latin, quelques pages de prières françaises ; mais aucune de ces pièces n'est, à proprement dire, une traduction du Credo.

Au reste, quand des recherches heureuses parmi les manuscrits de Paris, ou dans les bibliothèques de la province et de l'étranger, devraient augmenter le nombre de ces traductions, celle que nous offre, en caractères grecs, le nu-

méro 2408 demeurerait encore une des plus anciennes, et, par conséquent, une des plus dignes d'être étudiées avec attention au point de vue du langage. Il serait intéressant de déterminer auquel dos dialectes néo latins appartient, à proprement dire, la langue de ce document. Par malheur, la choso est aussi difficile qu'elle est désirable. Un document fort court, dont il ne nous est resté qu'une copie, et une copie incorrecte, ne peut guère autoriser, à cet égard, que des conjectures.

M. Raynouard soutenait jadis que de la décomposition du latin s'était formée d'abord une seule languo romane, diversifiée plus tard par le génie, de plus en plus distinct, des nationalités modernes. Si une telle hypothèse pouvait se soutenir, ce serait assurément à l'aide de documents comme celui qui nous occupe. Le nom de langue lalinique, appliqué par le rédacteur byzantin à son texte roman du Credo, conviendrait bien à cette langue commune de tous les peuples d'origine latine, ou ralliés aux traditions latines par le travail de la civilisation. L'idiome que nous offre cette traduction n'est décidément ni celui des vieilles poésies populaires de l'Italie, ni celui des troubadours, ni celui de Yillehardouin ; on y trouve tour à tour des idiotismes qui se rapportent à ces dialectes divers-, on y trouve même des expressions purement latines. Il pouvait étro également compris, sinon également avoué par un Vénitien, par un Provençal, et par un Français du Nord.

POIR L'HISTOIRE des langues ROMANES. 474

Mais l'hypothèse de M. Raynouard est depuis longtemps abandonnée1. On s'accorde à reconnaître aujourd'hui que la corruption du latin a fait naître d'abord des dialectes infiniment divers selon les lieux et les races, et selon les nuances de civilisation ou de barbarie qui distinguent, au moyen âge, les nations de l'Occident chrétien ; on ne dispute plus que sur le nombre de ces dialectes et sur les causes de leur simplification progressive. D'ailleurs, au temps de saint Louis, où nous reporte notre document, la Variété des langues romanes est trop apparente pour soulever le moindre doute. Toutefois, dans une réunion comme celle des Croisés en 1204, sous les murs de Constantinople, les dialectes romans, si semblables entre eux par leur origine et par leur physionomie générale, devaient, grâce à leur rapprochement journalier, tendro un pou à se mêler et à se confondre. Les soldats de Dandolo, ceux de Baudoin et du sénéchal de Champagne, sans cesse appelés au même service militaire, dans le camp ou à la brèche, s'entr'aidant chaque jour par les mille besoins de la vie commune, avaient dû se faire comme un patois de circonstance, et c'est ce patois que je reconnaîtrais volontiers dans le roman de notre traducteur du Symbole*. Au moins,

« Entre autres réfutations de celle opinion, voir celle de M. Ampère, Formation de la langue française, c. m, p. 25-34 ; le tome II des Leçons de M. Fouriel sur Dante el les origines de la littérature italienne, leçons publiée» par M. J. M util ; V Introduction de M. Édel. du Méril à son édition de Fioire et H;.jitcr(lor {V.nh, ISr-T..,, p. ccxxi et suiv., l 'Introduction à ViliiUirc littéraire du XIV sievlr j.ar M. J.-V. Le Clerc), t. XXIV, p. 527 et suiv.

1 Aujourd'hui encore, dans les Échelles du Levant et sur la cote barbaresque, les marins et les ouvriers de* ports, venus de tous les pays, pialiijucnl naturellement et sans recherche une langue à leur usage, grossier mélange où l'italien, le grec et le fraudais entrent pour des parts inégales : c'est ce qu'on appelle la langue de* Francs ou la langue franque ou petit maunsque, dont je connais an court vocabulaire, publié à Marseille en 18~»(», avec quelques dialogues familiers.

H2 XIX. DOCIMENT INÉDIT

est-il impossible de voir dans son travail l'œuvre d'un savant ou celle d'un interprète officiel.

Si l'humiliante formalité de l'abjuration, que les Croisés imposaient à l'empereur, fut jamais accomplie, tout induit à penser qu'elle exigea la rédaction de formulaires bilingues, et que les Latins ne se contentèrent pas d'entendre réciter en grec l'acte d'union des deux Églises. Mais alors c'est le latin mémo, la langue de l'Église romaine, qui dut servir à la traduction du Symbole. Déjà le pape Léon III avait fait graver sur deux écussons circulaires, suspendus aux parois de l'église Saint- Pierre, un texte grec et un texte latin du Symbole de Nicée1. Les clercs et les dignitaires ecclésiastiques, qui accompagnaient les conquérants de Constantinople, pouvaient facilement préparer la double rédaction nécessaire pour l'abjuration du prince et du clergé grecs; ils pouvaient prendre acte de l'accomplissement de cette formalité. Ainsi le document que nous avons sous les yeux ne saurait être une pièce officielle ; mais, pour n'être qu'un essai grossier de version en langue vulgaire, il ne perd pas toute valeur historique ni tout intérêt.

On connaît plus d'un manuscrit où le copiste a naïvement altéré, par des formes particulières à sa propre langue, le style de l'original qu'il copiait ; c'ost de cette manière que, chez les anciens, le dorisme sicilien des écrits d'Archimède s'est peu à peu effacé, sous la main des scribes, pour faire place aux formes du dialecte attique, ou même du dialecte commun ; c'est de mAme que, chez, nous, au moyen âge, le texte de Froissard s'empreignait, sous la plume d'un copiste champenois, des idiotismes do la Champague. Pour prendre un exemple qui se rapporte de plus près encore à notre version romane du Symbole, on possède une rédaction véni-

» Labbe, Concilia, t. VII, p. 1198, cité par l'abbé Jager, Histoire de Photiia, p. 356.

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