MO XX. SI R LE RECCRIL DES FRAGMENTS
pu couronner deux livres également dignes, à des titres divers, de l'esliine des philologues connue de l'intérêt des gens du monde : le livre de M. Ch. Benoît ouvrage d'un maître mûri par l'étude, par l'observation et par l'expérience de la vie; celui de M. G. Guizot :, essai à la fois ingénieux et approfondi d'un jeune esprit destiné par vocation et comme par devoir de famille au plus noble exercice du talent. C'était un succès pour l'Académie, pour les deux lauréats, pour tout le monde. Souhaitons qu'un tel exemple encourage beaucoup d'entreprises semblables. L'antiquité nous offre tant de ruines que pourrait encore restaurer une critique intelligente et discrète!
Le volume que nous avons sous les yeux J servira beaucoup à faciliter cos utiles travaux, et à réconcilier bien des gens av ec une étude dont ils désespèrent trop vite de tirer quelque plaisir et quelque profit.
Les immenses travaux de M. Meiueke et des philologues de son école sur la comédie grecque, embrassent les trois périodes durant lesquelles le génie comique a produit, dans la seule ville d'Athènes, des milliers de pièces, et parmi ces pièces cent chefs-d'œuvre peut-être. Seuls de tant d auteurs, Ménandro et Philémon nous étaient facilement abordables ; un recueil portatif de leurs fragments se trouvait à la suite de l'Aristophane dans la Bibliothèque Didot. L'éditeur de
» Essai historique et littéraire sur la comédie de Ménandre, avec le texte de la plus grande partie des fragments du poète (Paris, 1854, in-8).
* Ménandre ; Étude historique et littéraire sur la comédie et la société grecques (Paris, 1855, in-8).
» Voetarum comicorum grœcorum fragmenta posl Augustum Meinckc recognovit et latine transitait F. -H. Bollie. Accessit index nominum et rerum quem construxit L. Hunzicker. Parisiis, 1853, gr. in-8. Celle table historique n'oie rien à l'utilité il un autre travail, qui complète la belle collection de M. Meineke, Index comicœ diclionis rédigé en deux volumes par M. ll.Jacobi (Berlin, 1837).
celte savante cl riche collection d'auteurs grecs ne pouvait tarder à réunir sous le môme format les fragments des autres comiques. C'est le travail de patience et de désintéressement qu'il a confié a un helléniste fort habile, mais un peu téméraire, M. Bothe. M. Botbj? a fait de son mieux pour se réduire au rôle modeste d'abréviateur et de traducteur, et, sauf quelques échappées d'indépendance que relève doucement certaine préface du savant libraire éditeur, il est parvenu à nous donner assez fidèlement en un volume la substance do quatre. Une excellente table historique, rédigée par M. Hunzicker, complète le bienfait de cette publication méritoire.
J ai dit bienfait, que l'on me permette de ne pas retirer le mot. Après tout, qui voudrait y contredire? Les philologues? Mais il n'y a pas pour eux une ligne de trop dans ce volume, et tout y est d'un usage commode, textes, traductions, curiosités historiques ou grammaticales, autant du moins que cela . se pouvait au milieu des nombreuses difiicultés que présentent tant do débris souvent informes du répertoire comiquo d'Athènes. Les gens du monde? J'ose croire que ceux qui savent le grec ou seulement le latin trouveront peu de fatigue et beaucoup de charme à parcourir le recueil de M. Meineke, abrégé et traduit par M. Bothe. Je l'ouvre au hasard, pour les encourager, et, presque à chaque page, je rencontre quelque trait curieux pour l'histoire, quelque modèle de cette grâce al tique qu'on ne peut mieux définir qu'en l'assimilant aux meilleures qualités de l'esprit français.
Voici Antiphane, le plus célèbre des poètes de la Moyenne Comédie, qui expose les misères de son métier :
« La tragédie est sur tout point un bien heureux genre 1 D'abord les sujets sont connus du spectateur avant qu'un seul personnage ait parlé ; le poète n'a qu'à les rappeler au souvenir. Que je nomme seulement OEdipe, chacun sait déjà le reste : son père, Laïus j sa mère, Jocaste ; puis ses filles, ses enfants, ses malheurs, ses crimes. Que l'on nomme Alcméon,