‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 90 sur 102 · XXI. IN HISTORIEN GREC · texte numérisé non relu

XXI. IN HISTORIEN GREC

rapprendre l'antiquité classique et pour s'y mettre au courant des progrès de la science européenne ; quand ils traduisent nos meilleurs ouvrages, au risque d'écrire le grec un peu à la façon française ou allemande, comme en convient quelque part M. Tricoupi , ils font, en vérité, ce qu'il y a pour eux de plus sage au monde : jadis, nous leur avons emprunté la lumière, ils viennent nous la demander à leur tour. Ils savent que le foyer de la civilisation s'est déplacé dans le cours des âges, et ils le viennont chercher où il est aujourd'hui, bien assurés que ce n'est pas là déserter leur patrie, mais en ressaisir les traditions partout où elles sont vivantes et fécondes. A chacun son rôle et son devoir; celui de la Grèce n'est pas maintenant de nous précéder, mais de nous suivre, et pour longtemps encore, dans les lettres et surtout dans les sciences; ce n'est pas d'inventer, mais de traduire, pour populariser en Orient les principes et les idées de la civilisation occidentale. Que si, par surcroît, la Grèce nous envoie quelque œuvre de poésie élégante et originale, nous l'en féliciterons comme d'un heureux symptôme de renaissance littéraire. Que si elle prend parfois les devants sur notre érudition pour expliquer les monuments rendus au jour par les découvertes de ses antiquaires sur un sol inépuisable en vieux souvenirs1, nous dirons que c'est bien son droit et qu'elle s'honore en l'exerçant. L'histoire nous semble surtout le genre où peut, où doit s'attacher, en Grèce, l'élite des esprits sérieux. L'histoire est la meilleure école où se reforme l'esprit d'uu peuple longtemps corrompu par l'ignorance et abaissé par la servitude, et c'est aussi l'œuvre où se résume le mieux ce que j'appellerai sa conscience. A ce titre surtout, le livre de M. Tricoupi mérite l'attention et l'estime de tous

1 Antiquités helléniques, par M. R. Rangabé ; diverses dissertations archéologiques, par H. G. -G. Fappadopoulo, sur le monument de Lysicrate (1852), sur les jeux des enfants dans l'ancienne Grèce (t854), sur l'iconographie de Démosthene, (1853h ele

ceux qui, en Europe, cherchent à connaître la vérité sur les affaires de la Grèce. Je rappelais tout à l'heure les grands historiens des républiques grecques. M. Tricoupi aime à s'en inspirer et à les citer, mais il le fait avec une juste modestie. En effet, pour les beautés du langage, un Grec même est fort embarrassé à imiter Hérodote, Thucydide ou Xénophon. La langue moderne a secoué la barbarie qui depuis tant de siècles pesait sur elle, et elle se rattache hardiment à la belle langue des anciens. Mais ce travail de rénovation difficile, où le génie du dix-neuvième siècle réclame aussi sa part, n'est pas encore accompli. Nul ne sait où s'arrêtera le mouvement commencé. A l'heure qu'il est, ce style qui hésite entre deux écoles, cette prose toute pleine de mots antiques et tout imprégnée d'idées modernes, offre un mélange assez bizarre, dont notre goût s'offense ou tout au moins s'étonne ; mais, chez M. Tricoupi, elle a un mérite qui surpasse bien des qualités littéraires, je veux dire l'accent austère et persuasif que donnent l'habitude des méditations studieuses et le sentiment d'une haute probité. De pareils livres sont assurément les meilleurs plaidoyers en faveur de la cause hellénique, dans un débat depuis si longtemps ouvert devant l'Europe et qui ne semhle pas près de finir; la Grèce n'en saurait trop produire pour désar* mer ses ennemis et raviver le zèle de ses amis inquiets ou découragés.

11 nous reste à faire apprécier plus directement par quelques extraits le style et la critique de M. Tricoupi. Voici, par exemple, en quels termes fauteur raconte la mort de lord Byron à Misolonghi :

u Tout le monde était à l'œuvre pour la réussito de ce projet (l'expédition en Acarnanie) et le lord s'y employait plus que personne, lorsque le 3 février il eut une syncope, puis une courte maladie. A peine rétabli, il reprenait sa part dans les préparatifs de l'expédition. Mais la ville était sans cesse

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