AVENTURE DE LA GOIITESSE DE CHATEAUBRIAND
Mdtthieu H, baron dé Montmorency^ qui j vivait au «reiziëme siècle; fut mâri^ deux fois; il eut on fils de chacune de ses deux femmes. lUn de ses filsëpousa rhérhièrede Laval; delà vinrent, les Montmorency- Laval. Ce nom' de .Laval prévalut de telle sorte que, danS Fhîs- 'toire de Bretagne ^ il fit dispanaitre presque entièrement celui de Montmorency.
Uautre fils deMatthteu'II eominua làjignée jdes Montmorency de Plsle - c/e î- France^ ' Its •furent plus connus que les • Momtnraremy- Laital, parce que les chroniqueursven.éèrivatnt
'les gestes de dos Rois^ paplftient nëoessaîremeDt des setgoeurs yoîs'ids et vassaux îmmë- . dîats de eeë Rois. . Les autres familles^ ^ussi - .-anciennes que celles-ci, mais qui viraient dans les provîneesv é^î^nt à pejne mentionnées aux t: annales publiques. GVstce qui donne hrai- ; son du peu de noms historiques que Ton
* remarque dans notre histoire générale ^
Le beau temps de«<Mont«K)rency rfé» /'/rfe- :,de^Fixmc€ commence à Louis- le- Gros etiinit
• à peu près à. Charles V. Dans cet intervalle on
* les voit .partout à la léte des régences royales , ^ des coMieils et des armées, après quoi ils s^é-
ciipsEenL Ik n^émergent de nouveau qu'an con- ^nétablé Anne de' Montmorency, qu'on trouve
• d^abord simple page : mince début pour un homme dHin aussi grand nom. Le connétable,
< d\ine avarice sordide^ comme presque tous les (Montmorency , recomposa la fortune de ses -pèresyou phstôt se fit une fortune immense par -la--guerre civile et étranigère, les foveurs deila ' * «l'ai /ait la néme remorqte dans les Éiuées Iwêiwiques. ,
250 MÉMOIRES D*OUTRB-TOMBE.
cour, les confiscalions et les extorsions. Montmorency-LavaK comte de Chateaubriand « fut lui-même victime de la rapacité du connétable.
Les Montmorency-Laval établis en Breta-* gne, en épousant diverses héritières bretonnes, avaient pris place entre les premiers seigneurs de cette province. Devenus barons de Vitré et de Chateaubriand, ils s^étaient maintenus en richesses et en honneurs.
Jean de Laval- Montmorency , seigneur de Chateaubriand (terre qu'il tenait de son trisaïeul, marié à Théritière de Dinan-Chateaubriand), Jean de Laval avait à femme Fran*çoise, fille de Phcbus de Foix, de la maison qui transmit la couronne de Navarre à la maison d'Âlbret. Françoise de Foix, comtesse de Chateaubriand, était sœur de Lautrec et du maréchal de Foix, braves comme les Grailli,sans avoir les talents du captai de Buch. Selon Yarillas et les romanciers qui Font suivi (fauteur des Galanteries des rois de France, TEs- CQuvel, la Dixmerie, madame de Murât , etc. )^
la dame de Chateaubriand vivait ensevelie dans le vieux château de Chateaubriand, au fond de la Bretagne. Elle ne fut pas si bien cachée que Je bruit de sa beauté ne parvint jusqu'à François I". Ce prince, qui délournant le mot de Périclès disait qu^une cour sans femmes est un printemps sans roses, voulut orner sa cour de la rose prisonnière. Le comte de Chateaubriand était jaloux. De deux bagues parfaitement semblables, il en laissa une à sa femme , lui défendant de quitter sa retraite, quelque instance quMI lui en fît par écrit, à moins que cet écrit ne fût accompagné de la bague qu'il gardaiu (Ceci , soit dit en passant , ressemble beaucoup à Thistoire de Childéric /*^) La bague du comte lui fut dérobée , mise à son insu dans une lettre dinvitation qu'il envoyait à la châtelaine , et la comtesse de Chateaubriand arriva à Fontainebleau. Elle fut aimée de François P% céda à sa passion après une assez longue résistance, et fut ensuite abandonnée par Tinconstant monarque, qui se prit d'un nouvel amour pour
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mademoiselle d'Heily, duchesse * d^Ét^spes.
« Tai ouï conter, dît Braniôme, et le tiens « de bon lieu, que lorsque le roy Françeis l*"^ « eut laissé madame de Chateaubrient , sa <msit- « tresse fort favorite , pour prendre madame
« d^Estampes , ainsi qu^un clou chasse I"^-
a tre, madame d'Estampes pria le roy de retirer « de ladite dame de Chateaubrient tous les plus t beaux joyaux qu^I lui avoît donnés, non pour « le prix et la valeur, car pour lors* tes 'pierres « n^avoient la vogue qu^elles ont depuis, mais « pour Pamour des belles devises qui étaient « mises, engravées et empreintes, lesquels la « royne de Navarre, sa sœur, avoit faites et « composées, car elle étoit très-bowne maî- « tresse. »
Brantôme ajoute que madame de Clfateaubriand fil fondre tes joyaux , les remit an gentilhomme envoyé de la part de son royaïaraant en lui disant : « Portez cela au roy, ef drtesf-luî « que puisqù^il lui a plu me révoquer ce qifîl « m'avoit donné si libéralement , je le lui rends
MËM0m£S D'OUTRE-TOMfiA. . 25|
« et le lui renvoyé en lingots d'or. Quant aux « devises, je les ai si bien empreintes etcollo- « quëes en ma pensée, et les y tiens si chères, « que je n'ai pu souffrir que personne en dis- « posât, en jouît et en eût du plaisir que moi- « même. »
La conclusion de toul cela^ diaprés Yarillas, fut que le mari offensé enferma sa femme pendant six mois à Ghaiteaubriand , dans une chambre tendue de noir, et lui fit ensuite ouvrir les veines. La chose advint pendant la captivité du roi à Madrid, en 1526. Cest dommage que la chronologie ne s'accorde point avec cette histoire. Il est certain' que madame de Chateaubriand reparut à la cour après la bataille de Pavie, et qu'elle ne mourut que le 16 octobre, en 1537. Le comte de Chateaubriand lui éleva un tombeau décoré d'une stalua,et Marot composa l'épilaphe suivante qu'on lisait sur le monument de» Françoise, dans l'église des Matfau^ rins, à Chateaubriand :
îif MÉMOIRES D'OUTRE-TOMBE.
iPlTAPHE.
FF Peu de telles FF
Sous ce tombeau gît Françoise de
Foix ,
De qui tout bien ung chacun souloit
dire,
£t le disant onc une seule voix
Me s'avança d'y vouloir contre
dire.
|De grand beauté , de grâce qui
« attire, m
I De bon sçavoir, d'intelligence S*
« prompte, ^
De biens , d'honneurs , et mieux "H.
£ que ne raconte ?
Dieu éternel richement Tétoffa.
O viateur, pour t'abréger le
conte y Cy gît uiig rien là où tout triompha.
FF décéda le 16 d'octobre 1537. FF.
Il est certain pourtant que le comte de Chateaubriand fut soupçonné d'avoir attenté aux jours de sa femme. Brantôme prétend que M. de Chateaubrient donna sa belle terre de Chateaubrlent au connétable de Montmorency
MÉMOIRES D*OUTRE*TOMBB. 255
pour avoir Tordre; sur quoi Le Laboureur fait observer que ce fut pour avoir le gouvernement de Bretagne et aussi pour le tirer de la poursuite que Von faisoit contre lui pour la mort de safemme^ dont il étoit accusé.
Les Mémoires de Vieilleville disent que le connétable^ pour se faire donner la baronnie de Chateaubriand , menaça le comte de le faire poursuivre comme dilapidateur des deniers des États de Bretagne . Xin/actum du connétable de Montmorency contre les héritiers de Jean de Laval^qui lui contestaient la donation de la terre de Chateaubriand, commençait par ces mots :
« Les malheurs qui ont accompagné la vie de « M. de Chateaubriand sont si connus de toute € la France, qu'il est inutile de les rappeler. )» Voilà comme la seigneurie de Chateaubriand tomba dans les maiins avides du connétable.
Marguerite de Montmorency la porta dans la maison de Condé.
Toute la Bretagne se crut offensée par le récit de Varillas ; plusieurs écrivains joutèrent
a» MÉatOIRBSrB'OUTBS-TOiaS.
contre lui, entre autres Hevin ^ avocat au. parlement de Rennes.
Mais où rhistorien a-t-i) puisé le fond de sob« aa\&cdote? Je crois^ Fa voir découvert. Yarillas. ne ment pas faute d'instruction , mais il a Fia-^ concevable manie de brouiller leà temps, les noms et les faits.
La fin tragique de Gilles <le Bretagne^, frère du duc François T', semble avoir fourni à VariUas. une idée vague de son mensonge. Gilles avait épousé Françoise de Dinan^ dame de Chateaubriand et héritière de la branche ainée ? de^ma famille. Le favori du due de Bretagne, Arthur de Montauban , était devenu éperdument amoureux de Françoise; pour s^emparer de la femme, il résolut de se défaire du mari. . Il accusa le prince Gilles auprès du roi de/ France d'avoir des intelligences avec les An-i glais. Gilles fut enfermé^ par ordre deson frère le duc François P% dans un souterraiin du château de la Hardouinaye, et condamné à mourir de. faim. Une paysanne le nourrit secrètement
BfÉMOIEBS D'OinCBE-TOHnL W
pendant trois semaines dans son cachot; elle lui portait du pain et de Teau par une petite fenêtre grillée de fer qui répondait de sa bassefosse sur la douve. Les persécuteurs du jeune prince, voyant qu'il vivait toujours, Pétranglè»rent le 24 d'avril U50.
Le duc François revenait du Mont-Saint- Michel , un religieux Taccoste sur la grève et demande à lui parler, a Le duc, se baissant sur a Tarçon de la selle pour Técouter, lui dit:
« Parlez, mon père. — Monseigneur, dit le (( cordelier, j'ai oui en confession monseigneur (c Gilles de Bretagne , votre frère , quelques « jours avant sa mort , lequel m'a chargé de c( vous aller trouver quelque part que vous fus- « siez , et vous signifier de sa part que comme <c appelant de vous de défaut de droit, et de la « cruelle mort dont vous l'avez souffert mourir, « faute de justice, j'eusse à vous citer à corn* « paroir, en propre personne , d'aujourd'hui <c en quarante jours, pour tout tern^ , devant
<( le tribunal de Dieu, le juste juge,, pour réxn. 17
i5S Ii£ltfOIRB8 B'OtJTRB-TOMBB.
« parer en sa justice les torts et griefs dessus f( dits. Partant ^ je vous fais cette signification « de la part du défunt dont j'ai accepté la « commission comme ministre de Dieu. »
Gilles fut enterré à Tabbaye de Boquen ; son cercueil fut porté dans une charrette attelée de deux bœufs. Selon la tradition du lien , la charrette entra dans Téglise , fit le tour de la fosse ^ et onques depuis nulle charrette n*a pu passer par le chemin de la Hardouinaye à Boquen. Cette abbaye dans une forêt n'^est plus qu^une asse« belle ruine.
La veuve du prince Gilles, Françoise de Dînan^ comtesse de Chateaubriand^ se remaria en secondes noces au comte de Laval.
Quand on tient de Timagination déVarillaset qu'on remarque les transformations qui s^opèrent dans le cerveau de cet écrivain, on est disposé à croire que les aventures du prince Gilles (frère de François I", duc de Bretagne), d* Arthur de Montauban , de Françoise de Dinan, comtesse de Chateaubriand i épouse en
MiSMiBBS OrOUlMkTOWNB. 2«i
secondes noces du comte de Laval, sont deve<nueS) sous la plume de rbistorien-romancîtr^ les aventures de François P, roi de Franeep deMontmorency^^Laval et de Françoise de Foix^ comtesse de Chateaubriand. Ajoutez à cectque^ peu de temps ajM'ès les malheurs du prince Gilles^ François II, duc de Bretagne, prince fort dâ>auGhë, épousa Marguerite de Foix : c'en était encore assez pour que Yarillas^ au moyen d'une nouvelle confusion, fit de François II, duc de Bretagne, François F, roi de France, et de Marguerite de Foix, Françoise de Foix.