‹ Mémoires d'un aide-major sous le premier empireChapitre 10 sur 53 · PRÉFACE XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIX

Gonneville, revenant en Espagne pour la seconde fois, reçut à Tolosa l'hospitalité d'un chef de bataillon « qui avait avec lui une femme de la tournure la plus suspecte, quoique déjà loin de la jeunesse, et qui, dès le premier coup d'œil, révélait que sous le rapport de l'intempérance elle ne le cédait à personne ».

Dans certains régiments, des Françaises, parfois des Espagnoles accompagnaient des officiers ou des soldats. Elles voyageaient avec les équipages, en voiture, en charrette ou à pied, non point selon leur rang social ou le grade de leur ami, mais selon les circonstances parfois difficiles que traversaient les troupes qu'elles accompagnaient, au milieu de soldats d'escorte et de conducteurs étrangers à la galanterie française. Leur sort n'avait rien d'enviable. Exposées pendant les marches aux coups de fusil des guérillas, soumises aux mille hasards de la vie mihtaire dans les camps ou en garnison, elles risquaient aussi de tomber vivantes aux mains des Espagnols et de subir leurs brutalités, comme il arriva à la célèbre affaire de Salinas. Enfin, si leur mari ou leur amant venait à être tué ou à disparaître (on le vit très souvent), la plus affreuse misère, le plus complet abandon attendaient les pauvres créatures, si jeunes et si jolies qu'elles fussent. Car la guerre rend égoïste et insensible. La plupart des femmes à la suite de l'armée périrent en Espagne de faim ou de misère. On lira dans les Mémoires d'un Aide- Major le triste sort des malheureuses qui accompagnèrent dans sa retraite l'armée d'Andalousie, dont Sébastien Blaze nous a tracé le saisissant tableau.

Pendant la marche sur la Corogne, en 1808, les dragons de la division Lahoussaye firent prisonnières de jeunes Anglaises, filles et femmes d'officiers, et montées sur do jolis chevaux. Ce butin vivant fut mis à l'encan en même

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