‹ Mémoires d'un aide-major sous le premier empireChapitre 9 sur 53 · PRÉFACE XV · texte numérisé non relu

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çais exercèrent leur autorité uniquement sur les points qu'ils occupaient. La moitié des effectifs était la plupait du temps occupée à garantir la sécurité de l'autre moitié. Un corps spécial de gendarmerie composé d'hommes d'élite formé à Burgos, en portant le nom, était spécialement chargé d'assurer dans le nord de l'Espagne la sécurité des routes d'étapes.

Cet état de choses amena parfois des conséquences singulières. Dans la campagne de 1808 notre avant-garde, poursuivant l'armée du général Moore vers la Corogne, rencontra sur sa route un village palissade, sur le clocher duquel flottait le drapeau tricolore. Depuis trois mois, trois cents soldats français, coupés en battant eu retraite, s'étaient établis dans ce poste et l'avaient fortifié. Souvent attaqués, ils avaient toujours repoussé l'ennemi. Leur général en chef, caporal obéi de ses hommes comme l'Empereur lui-même, avait intelligemment fortifié le village et su parfaitement se concilier l'amitié des habitants. A son départ, il reçut de l'alcade les plus honorables certificats, et Napoléon fit rentrer sans les punir ces enfants perdus dans leurs régiments respectifs. Un fait analogue se produisit pendant la seconde campagne de Portugal.

Bessières, Gouvion-Saint-Cyr, Jourdan, Junot, Lannes, Marmont, Masséna, Mortier, Murât, Ney, Soult, Suchet, Victor, etc., furent les maréchaux employés par l'Empereur en Espagne. Les opérations militaires eurent pour théâtres la Galice, la Navarre, la Catalogne, l'Aragon, les deux Castilles, l'Estramadure, Valence et Léon, l'Andalousie, etc., et aussi le royaume de Portugal.

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Aucune des trois invasions du Portugal ne fut heureuse. La première, celle de Junot, en 1808, se termina par la convention de Cintra, moins funeste en ses conséquences que la capitulation de Baylen, mais aussi humiliante : car elle stipula que les troupes seraient ramenées en France sur des vaisseaux anglais. Le général Thiébault, chef d'état-major du duc d'Abrantès, a fort bien raconté cette courte campagne, sans oublier la colère et l'indignation de l'Empereur quand il en connut les fâcheux résultats.

En 1809, le maréchal Soult envahit à son tour le Portugal, qu'il dut quitter très vite. Il l'évacuaà grand'peine, sur le point d'être enveloppé et pris par le due de Wellington, ayant perdu tous ses canons et tous ses bagages. Entré en Portugal avec vingt- trois mille hommes, troupes superbes, et une belle artillerie, Soult ramena seulement dix-huit mille hommes dans un état déplorable et dénués de tout. Cinq mille hommes lui avaient été tués par les paysans.

L'année suivante le maréchal Masséua, lieutenant de l'Empereur et nommé généralissime, ayant sous ses ordres trois corps d'armée commandes par le maréchal Ney et les généraux Junot et Reynier, voulut à son tour chasser les Anglais du Portugal. Il essaya vainement, après avoir traversé un pays systématiquement ravagé par les populations, de s'emparer des lignes fortifiées de Torrès- Vedras, derrière lesquelles s'étaient retranchés les Anglais, qui s'obstinèrent à refuser le combat que leur offrait le maréchal. Nos troupes durent s'arrêter devant Lisbonne. Bientôt la disette et les maladies éprouvèrent l'armée du généralissime. Les ^villages étaient déserts, les grains brûlés, les moulins détruits, les outres et les tonneaux de vin éventrés; il ne restait pas un seul animal domestique. L'anuco française, pressée par le manque de vivres.

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battit une fois de plus on retraite. Le maréchal Ney chargé du .commandement de l'arrière-garde. assura la retraite de nos soldats poursuivis par un ennemi énergique, supérieur en nombre, commandé par Wellington en personne et aidé, dans un pays très accidenté et facile aux surjH'ises, par une population soulevée contre les Français.

Pendant la retraite de Portugal les dissentiments qui existaient entre le généralissime Masséna et le maréchal Ney prirent le caractère le plus aigu. Le lieutenant de l'empereur enleva son commandement au maréchal Ney qui, responsable de son corps d'armée, refusait d'obéir aux ordres de Masséna, et le remplaça par le général Lofson, le terrible maneta (manchot), exécré par les Espagnols pour ses cruautés. L'Empereur saisi du conflit sembla d'abord donner raison à Masséna en rappelant en France Ney, bientôt employé à l'armée d'Allemagne. Le maréchal Marmont vînt succéder au maréchal Ney dans le commandement du 6^ corps, puis quelques jours après présenta au maréchal Masséna la lettre de service qui le nommait généralissime à la place du duc de Rivoli, rappelé à Paris, oîi l'Empereur mécontent refusa de le recevoir pendant un mois. Ses dissentiments avec Ney pendant la campagne de Portugal servirent de prétexte, en 1815, à Masséna pour récuser la qualité de membre du conseil de guerre appelé à juger le maréchal Ney.

Pendant la campagne de Portugal le vainqueur de Zurich s'était montré inférieur à lui-même. Vieilli, souffrant, sombre, misanthrope, avare, mécontent, jaloux, le maréchal autrefois si ferme était à présent irrésolu. Mal entouré, mal conseillé, il n'avait plus auprès de lui son aide de camp de Sainte-Croix, devenu général et qui fut l'àme de son état-major pendant la campagne de Wagram. Il

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se faisait accompagner d'une dame qui le suivit en Portugal et l'embarrassa fort à diverses reprises. Aux heures difficiles de la retraite il disait à son aide de camp Marbot :

— Quelle faute j'ai commise en amenant une femme à la guerre!

C'est celte même dame dont le généralissime voulut un jour imposer à la table de son quartier général la société au maréchal Ney, aux généraux Junot et Reynier, qui en furent vivement froissés et ne cachèrent pas leur mécontentement, dont Marbot nous a rapporté le récit.

Masséna n'était pas le seul dans cette situation jieu militaire. Un grand nombre de femmes suivaient l'armée, accompagnant leurs maris ou leurs amants. Parmi les généraux : Montbrun, Fournier-Sarlovèze et bien d'autres curent à. diverses reprises des femmes dans leur étatmajor. Le général Loison (maneta), dont il a été parlé à plusieurs reprises, vivait avec deux danseuses qu'il avait amenées de Bordeaux. Le général Lefebvre était suivi partout d'une comédienne de Paris, Les fonctionnaires des villes, les administrateurs, les employés aux vivres, que S. Blaze appelle « les chanoines de l'armée », les officiers de place, tous ceux dont les facilités de séjour étaient assez grandes avaient très souvent leur ménage, régulier ou irrégulier. Nos lecteurs feront connaissance au cours de ce volume avec la brave épouse du commandant Petit-Pierre, au fort de la Chartreuse, à Séville. Malheureusement toutes les femmes de l'armée d'Espagne étaient loin de ressembler à madame Petit-Pierre. Le capitaine de

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