XX' PRÉFACE
temps que leurs montures. Les femmes atteignirent des prix moins élevés que les chevaux.
Nous avons signalé ces menus incidents de la vie militaire, systématiquement mis à l'écart par les historiens, pour montrer le relâcliement de la discipline. Ainsi s'expliquent aisément plus d'un insuccès, plus d'une opération de guerre manquée, le désordre dans les garnisons et les sanglantes surprises qui en furent trop souvent le résultat.
L'Empereur, de sa main de fer, aurait pu seul maintenir j)armi ses maréchaux une obéissance entière et la stricte exécution de ses ordres. Des rivalités existèrent toujours entre quelques-uns de ses lieutenants. Après Esshng, sur le cliamp de bataille même, Lannes et Bessières faillirent tirer l'épée. Ils en furent empêchés par Masséna. Le général de Marbot a raconté la scène dans ses Mémoires.
Pour maintenir une exacte discipline à tous les degrés de la hiérarchie, la présence de Napoléon était indispensable à la tète de ses armées. Il n'en fut pas ainsi en Es- I)agne. Le roi Joseph n'avait ni la fermeté de caractère, ni les connaissances militaires, ni l'autorité morale nécessaires pour obtenir des maréchaux « une obéissance entière et une soumission de tous les instants ». Son major général Jourdan ne fut pas obéi par Soult, qui à son tour rencontra les mêmes résistances de la part des maréchaux lorsqu'il remplaça Jourdan, à l'automne de 1809. En. mai 1812 le maréchal Soult refusa même d'obéir à des ordres formels du roi Joseph, offrit sa démission qui no fut pas acceptée et persista dans sa désobéissance. Le maréchal Marmont, (iuel<iuc temps auparavant, avait
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fermé les portes de Talaveira au conseiller d'État Amoros, envoyé de Madrid i»our faire une enquête sur des réquisitions irrégulièrement perçues et s'élevant à plus d'un million. Le maréchal Soult en 1810, laissa pendant plusieurs mois Masséna aux portes de Lisbonne sans envoyer les renforts que le prince d'Essling ne cessait de lui réclamer. Déjà il n'avait pas secouru en Galice le maréchal Victor, livré à ses seules forces et obligé d'évacuer la province. Le maréchal Bessières, à Fuentès de Onoro, refusa au maréchal Masséna la cavalerie de Monlbrun, qui aurait achevé la victoire et changé en une déroute complète la retraite de l'armée anglaise. Le maréchal (Jouvion-Saint-Cyr en Catalogne refusa de combiner ses efforts à ceux du maréchal Suchet pour amener la pacification complète de l'Aragon et du royaume de Valence, où opérait très brillamment le duc d'Albuféra. « Si j'avais eu deux maréchaux comme Suchet en Espagne, a écrit Napoléon à Sainte-Hélène, j'aurais conserve la Péninsule. »
Des faits pareils se répétèrent trop souvent pendant la guerre d'Espagne... Ils expliquent la réflexion de l'Empereur à Sainte-Hélène... Suchet lui-même, à la bataille de Toulouse en 1814, où il ne réunit j)as ses troupes à celles de Soult, ne fut pas exempt de reproches. Car il empêcha ainsi l'armée anglaise d'être détruite sous les murs de cette ville.
H faut bien le dire : la désunion, la mésintelligence, les rivalités, les rancunes des maréchaux et môme des généraux sous leurs ordres; les préoccupations personnelles et parfois même le souci d'intérêts privés compromirent gravement à plus d'une reprise le succès de nos armes dans la Péninsule. Les maréchaux dont les troupes occupaient une province la considérèrent trop souvent comme leur gouvernement particulier, se refusant même à