‹ Mémoires d'un aide-major sous le premier empireChapitre 13 sur 53 · XXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXIV PRÉFACE

l'Empereur, furent révoltés de cette œuvre infernale, jurèrent de leur fidélité à Votre Majesté et de n'avoir jamais eu ni reçu le moindre indice sur un pareil complot. » Dans son rapport officiel, le maréchal donne de cette sédition militaire écrasée dans l'œuf une explication recueillie de la bouche même des officiers interrogés : « ... la fatigue de Vannée pour l'espèce de guerre quelle fait en Espagne » : aveu significatif et de grande importance.

Il eût été dangereux de faire la lumière complète sur ces graves événements : un immense scandale en fût sorti. Napoléon ne le voulut pas. Le cai)itaine Argenton paya pour tous. Condamné à mort par une commission militaire, il fut fusillé dans la plaine de Grenelle le 21 décembre 1809, maudissant à son heure dernière « ceux qui l'avaient abandonné et qui étaient eux-mêmes ses assassins ».

Napoléon garda rancune à Soult de sa tentative monarchique en Portugal et fut sur le point de le briser. Il le nomma pourtant en 1809 major général de l'armée d'Espagne, en remplacement de Jourdan. « L'Empereur, écrit dans ses mémoires le général de Saint-Chamans, alors aide de camp du duc de Dalmatie, reprocha durement au maréchal Soult d'avoir cherché à se faire nommer roi de Portugal et d'avoir ainsi trahi les intérêts de la France. Il disait que son premier mouvement avait été de le traduire devant une haute-cour impériale pour lui faire subir la peine qu'il avait méritée... Cependant, ajoutait-il, j'ai voulu user de clémence envers vous, en mémoire des bons services «lue vous m'avez rendus, notamment ;\ la bataille d'Austerlitz. Et pour vous mettre h même, en m'en rendant do nouveaux, d'efîacer votre faute, je vous ai'nommé major général de mes armées en Espagne. » Le général de Saint-Cliamans ajoute « qu'après la lecture

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de cette lettre, le maréchal avait l'air soucieux et qu'il poussait quelquefois de gros soupirs pendant ses moments de rêverie ». Regrets, dépit, tristesse ou inquiétude, qui sait? Du moins, la foudre lancée par Jupiter allait atteindre celui qu'elle voulait frapper, jusqu'aux points les plus éloignés de l'Empire !

Dé(;u dans ses espérances de royauté le duc de Dalmatie s'occupa dès lors à retirer des églises, des couvents et des musées les plus beaux spécimens de la peinture espagnole. Quand il quitta le pays, la galerie qu'il emporta était une des plus belles de l'Europe. Ce qui fit dire « que le maréchal Soult possédait une magnifique collection de tableaux de pris ».

L'auteur des Mémoires d'un Aide- Major, pharmacien militaire, faisait partie de ce corits honorable, modeste et instruit, généralement peu connu, qui a rendu et qui rend encore à l'armée et à la science les plus signalés services. « On les a vus souvent seconder sur les champs de bataille les chirurgiens, leurs confrères, dans le pénible et dangereux exercice de leurs fonctions. Jamais ils n'ont refusé le poste d'honneur, soit lorsqu'il s'est agi dans les retraites d'assurer le service des hôpitaux qu'on devait abandonner à l'ennemi, soit lorsque ces é[tidémi(;s offraient dans ces mêmes établissements des chances plus meurtrières que celles des combats », a écrit des pharmaciens militaires un vétéran des guerres de la République et de l'Empire.

En 1793 les pharmaciens militaires approvisionnèrent de salpêtre les magasins de l'Etat. Plus tard, pendant le

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