‹ Mémoires d'un aide-major sous le premier empireChapitre 14 sur 53 · XXVI PREFACE · texte numérisé non relu

XXVI PREFACE

blocus continental, ils contribuèrent par leurs travaux à remplacer le sucre des colonies par le sucre indigène, et dès le début même des guerres de la République, ils avaient eu leur part dans le rapport lu par Fourcroy à la Convention, le 27 novembre 1794 : « La Convention apprendra avec sensibilité que plus de six cents officiers de santé ont péri depuis dix-huit mois au milieu et à la suite des fonctions qu'ils exerçaient. Si c'est une gloire pour eux qu'ils soient morts pour la patrie, c'est un besoin pour la République de réparer cette perte. »

Le règlement du 30 juin 1792 institua le service de Santé militaire, établissant sur un même pied d'égalité les médecins, les chirurgiens et les pharmaciens. Leur action s'exerce , outre la fabrication des médicaments dont ils ont la responsabilité, sur les ({uestions les plus variées relatives à l'habillement, à l'équipement, à l'alimentation, à l'hygiène, aux recherches, aux essais, aux expériences de laboratoire, aux expertises de tout genre intéressant l'armée en ses multiples besoins, en ses multiples organes. Ils ont obtenu, le 18 juin 18G0, l'assimilation aux grades de la hiérarchie militaire.

M. le Pharmacien Inspecteur Baliand a publié il y a (juclqucs années, sous ce titre : Tvacaux scieuti/iques des Pliarmaciens militaires français, depuis 1700 jusqu'à vos jours, un exposé méthodique des progrès accomplis par ses devanciers. C'est le livre d'or de ce corps d'élite. Près de deux cents auteurs y figurent avec des œuvres iuq»ortantcs. « Pourtant, dit dans son avant-propos M. Baliand, cet ouvrage n'est pas complet. Car pour traiter d'une uianièro satisfaisante un sujet aussi étendu. il faudrait posséder itleincmont l'ensemble des sciences physiques et naturelles. »

L'Institut a compté dans ses rangs les trois premiers

l>r, EFACK xxvii

Pharmaciens Inspecteurs de l'armée : Bayen, Parmcnlier, l'illustre propagateur de la pomme de terre, et Pelletier, mort à trente-six ans. Parmi les savants, on peut citer : Dizé, le collaborateur de Leblanc dans la découverte de la soude artificielle et l'organisateur de la première pharmacie centrale destinée aux besoins des armées; Pierre Boudet, de l'Institut d'Egypte; Roycr, dont les travaux ont été insérés dans le Recueil des Obset^alions faites pendant Vexpédition d' Egypte; Astier, qui eut l'idée d'appliquer le sublimé corrosif à la conservation des bois de construction; Yirey, littérateur comme S. Blaze et homme de science; Alyon, Chaumeton, Nesles, Guéret, mort à l'armée de la Moselle; Morelot, mort à l'armée d'Espagne; Deserterie, mort du typhus à Yilna, etc. {\].

Il est temps de présenter à nos lecteurs l'auteur des Mémoires d'un Aide-Major. Voici le portrait ou plutôt le croquis légèrement enlevé que trace de Sébastien Blaze son camarade L.-A. Fée, pharmacien militaire comme lui, et qui le connut en Espagne,

... Parmi les camarades que je rencontrai a Sévillc était Sébastien Blaze, bien différent de ce qu'il paraît cire dans ses Mémoires : chanteur agréable, spirituel quand il le voulait bien, grand fumeur, prolongeant la sieste autant qu'il le pouvait; paresseux avec délices comme Figaro; quelque peu apathique et n'aimant que les plaisirs faciles. Du reste, parlant, grimaçant et gesticulant comme un véritable Cas-

(I) Len Pharmaciens militaires, par A. Ralland, 1887. — Notices biographiques siir les anciens pharmaciens inspecteurs, par Balland,

xxviu PRÉFACE

tillan. S'il eût été vêtu à l'espagnole, nul ne se serait doute qu'il lïit Français (1).

« Bien dilTérent de ce qu'il paraît être dans ses Mémoires, » a écrit de Sébastien Blaze son camarade L.-A. Fée. C'est pourquoi, sans en modifier en rien la forme, nous avons essayé de restituer à l'auteur, dans cette nouvelle édition, son caractère véritable. Opérant comme pour les Mémoires d'une Contemporaine, nous avons allégé, sans toucher à leurs parties essentielles, les Mémoires d'un Apothicaire, titre sous lequel parurent sans nom d'auteur, en 1827, chez le libraire Ladvocat, les deux volumes de Sébastien Blaze. Nous avons supprimé les citations nombreuses, comprenant des chapitres entiers, empruntées à divers ouvratres parus vers la même époque et qui renferment de longues descriptions n'ayant aucun rapport avec le récit des événements racontés par S. Blaze. Nous avons de même écarté les ardentes apostrophes qui sont sorties à diverses reprises de la plume fougueuse de l'ardent méridional et qui constituent d'ailleurs dans ses Mémoires de véritables hors-d'œuvre. Il nous a paru toutefois que le lecteur ne saurait être privé de quelquesunes des philippiques enflammées qui feront mieux connaître l'état d'esprit de V Aide-Major, un non-combattant, à l'égard de certains officiers. Voici comment Sébastien Blaze classe en quatre catégories « avec les malins du quartier général » le personnel d'une armée :

I'Ki:.Mli:Ul-: CLASSK (gldii-.k et uichesse).

Elle comprend les maréchaux d'empire et les généraux. Ils moissonnent dans les clianips de Mars cl les trésors de la

. fl) I,.-A. Vi-o. Souvenirs de la guerre d'Espagne dite guerre de l'Indépendance.

PRÉFACE xxix

foi'tiinc s'ouvi-eiit à leur voix. Plusieurs ne pensaient qu'à la gloire, il est juste d'en convenir. Mais ces exceptions étaient trop rares pour infirmer la règle. Ces illustres seigneurs cueillent des lauriers d'une main et de l'autre ils font ratle de quadruples : autant d'argent que de gloire, tel est le résultat de leurs campagnes. La balance a penché plus d'une fois du côté de l'argent.

DEUXIÈME CLASSE (gmiiuk sans uicuesse).

La plus grande quantité des militaires appartient à cette deuxième classe. Les officiers subalternes trouvent encore à glaner dans les champs de gloire, mais la fortune leur dénie ses faveurs. Ils attrapent par-ci par-là quelques décorations et de petites pensions, s'ils sont assez heureux pour échapper aux balles, aux boulets qui les attrapent à leur tour. On les considère beaucoup à l'armée. Ils retournent dans leurs foyers avec une assez bonne somme de palmes et de cicatrices, mais légers d'argent.

TROISIÈME CLASSE (richesse sans gloire).

... En avant commissaires des guerres, employés du trésor, des vivres, des hôpitaux et généralement tous ceux (|ui tiennent une comptabilité; il reste toujours quelque chose à celui qui reçoit les espèces. Les garde-magasin mettent du foin dans leurs bottes et largement; ils ne font pas mystère de leurs déprédations, que leui- administration rend quelquefois oltligatuircs. Lorsqu'un chef envoie ses employés dans une petite ville pour en assurer le service et veiller à tous ses détails, il leur fait donner quittance des appointements qu'ils devraient toucher pendant la durée de ce service, et le chef confisque cette somme à son profit. Les employés sont ainsi autorisés à mettre de la paille dans l'orge, du son et du sable dans la farine, de l'eau dans le vin, pour rattraper d'abord leurs honoraires et les tripler ensuite, s'il n'est pas trop facile d'organiser le vol. Cela se pratiquait ainsi de notre temps.

...Lorsqu'un mince propriétaire, un avocat sans cause, un petit commerçant retournait dans son village avec une cas-

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