PRÉFACE XXXI
...Les inspecteurs généraux du service de santé ont formé plusieurs fois le projet de relever ce corps si respectable et si peu respecté; mais leurs eft'orts n'ont produit aucun résultat.
... En 1811, on proposa de changer leur uniforme et de leur donner l'épaulette. Malheureusement ce projet fut rejeté. Je dis malheureusement, parce que cette faveur les aurait satisfaits bien plus qu'une augmentation de solde. L'épaulette leur eût donné cette considération dont ils sont privés, et qui pour eux est d'un grand prix (1).
Il existe une infinité d'ofiiciers sans trou[)c'S (jui portent l'épaulette, les officiers des centeniers qui ne commandent que des infirmiers, ceux du train qui ont des charretiers sous leurs ordres, les quartiers-maîtres et les officiers du génie. On dira, sans doute, que ces derniers sont d'une pins grande utilité pour l'armée, et que leurs fonctions ont un rapport plus direct avec le service militaire. Soit, il ne m'appartient pas de décider la question: je la proposerais à un général ou, si l'on veut, à un maréchal de France. Demandons-lui s'il pense que les officiers de santé doivent porter l'épaulette. Il répondra négativement, il ajoutera même que ce sont des gens inutiles dans une armée, il les enverra à tous les diables... s'il se porte bien.
Sébastien Blaze appartenait à une famille provençale qui a donné à la Finance contemporaine plusieurs écrivains distingués. Son père, Henri-Sébastien Blaze, fut d'abord avocat au barreau de Cavaillon, puis administrateur après le neuf thermidor du départementde Vaucluse etenfinnotaire à Avignon. Amateur de musique distingué, il a composé des opéras-comiques dont plusieurs ont été représentés à
(1) L'assiniilalion aux grades de rarniée, on l'a vu plus liaut, a été accordée en 1860 aux médecins el aux pharmaciens militaires. Elle a constitué pour eux l'état d'oflicior, en leur conférant la propriété de leur grade.
xxxii PREFACE
la salle Favart. Ami de Méhul et de Grétry, il a publié en outre à Paris en 1803 un roman en deux volumes, Julien ou le Pr'ètre, qui obtint alors un très vif succès. M. Henri- Sébastien Blaze est mort à Cavaillon le 11 juin 1833, à l'âge de soixante-dix ans. Ses cinq fils : François, dit Castil-Blaze, Elzéar, Sébastien, Jules et Henri reçurent dès l'enfance une éducation artistique très soignée.
L'aîné, François Blaze, dit Castil-Blaze, musicien et littérateur, a écrit de nombreux ouvrages : L'Opéra en Fi-ance, Molièfe musicien, un Diclionnaù'e de la Musique moderne, etc. Critique au Journal des Débats pendant de longues années, il a composé lui-même des romances, de la musique religieuse et des opéras-comiques. Il a surtout contribué à développer le goût musical en France et fait connaître par ses traductions et ses adaptations les chefsd'œuvre des compositeurs étrangers : le Mariage secret, de Cimarosa, le Barbier de Sécille, de Rossini, Fretschûtz et Eurianlhe, de Webcr, Don Juan, de Mozart, etc. Au début de sa carrière littéraire, alors qu'il était encore employé de l'État, il avait pris un nom qui, tout en rappelant le sien, ne pouvait le compromettre aux yeux de l'administration. Il empniula à Lesage celui de Castil-Blazo, le premier maître de Gil-Blas, le francisa et le conserva jusqu'à la fin de sa carrière.
Son fils, Henri Blaze de Bury, a été lui aussi un écrivain et un critique de talent. Collaborateur assidu de la Reçue des Deux-Mondes il a publié en outre sur la littérature et les écrivains allemands, sur les musiciens de son temps, etc., et traduit le premier en français les deux Faust de Gœthe. Il a été pendant de longues années, sous le nom de F. de Lagenevais, le critique musical très compétent et très renseigné, de la Revue, on il avait succédé en 1864, à Scudo.
PRÉFACE xxxiii
La fille de M. Castil-Blaze épousa le fondateur de la Revue des Deux-Mondes, M. François Buloz, dont le gendre est M. Edouard Pailleron, membre de rAcadémic Française.
Le troisième frère futoflicierdelaGrande Armée. Chef de bataillon en retraite après 1830, il a écrit toute une série d'ouvrages sur la chasse, dont plusieurs sont restés classiques, et aussi la Vie militaire sous l Empire, série de tableaux de détnil d'une grande sincérité, dépourvus d'ailleurs de tout enthousiasme impérial, mais oii l'auteur conserve toujours un sentiment très élevé de l'honneur et du devoir militaire. Les bivouacs, les cantines, les garnisons, la caserne, les revues, les marches, les cantonnements, les camps, etc., etc., revivent dans le livre d'Elzéar Blaze avec leur terre à terre trivial, brutal même, mais toujours animé de gaîté française.
Les deux derniers frères, comme les peuples heureux, n'ont pas eu d'histoire. Jules est rentré à Cavaillon après Wagram ; Henri a exercé paisiblement dans sa ville natale les fonctions de notaire.
Le relevé de l'état de services de Sébastien Blaze précède ce volume. Ses Mémoires embrassent les quatre années qu'il passa en Esjiagne, de 1808 à 1813, comme pharmacien aide-major. Parus en 1827 sans nom d'auteur, sous ce titre : Mémoires d'un ApofJiicaire, ils obtinrent alors un grand succès. C'est qu'en effet, écrits d'une plume légère, ils sont fort intéressants et apportent une précieuse contribution à l'histoire par la situation même de leur auteur, non-combattant et témoin de bonne foi.
Sébastien Blaze n'a pas cherché à prendre une attitude devant la postérité. Dans ses souvenirs, écrits sans i)rétention, uniquement avec les dates et quelques notes inscrites sur ses carnets, il a pris pour règle le vieil adage : <( J'étais là, telle chose m'advint », et s'y est con-