XXXIV PREFACE
formé. En terminanl ses Mémoires, il explique en quelles circonstances il a été amené à les écrire « avec une plume de dindon ». Il avait si peu d'amour-propre d'auteur que. dédaigneux de cliercher un jiseudonyme, il signa tout simplement ses deux volumes : « Un apothicaire ». Il se montre toi qu'il était, avec ses qualités et ses défauts : son exubérance de méridional, sa joyeuse humeur, sa gaieté bruyante, son amour du plaisir, son goût des aventures, son esprit fertile en ressources, sa facilité à changer de profession, qui font de lui, par instants, comme un petit-neveu de Gil Blas.
Attaché à l'hôpital militaire de Madrid, il est laissé dans la capitale évacuée par les troupes françaises après la capitulation de Baylen, et que réoccupent aussitôt les troupes espagnoles du général Castanos. Les officiers de santé, traités en jirisonniers de guerre, sont emmenés hors de Madrid à l'approche de l'armée française. Alors commence pour le jeune aide-major — il n'avait pas vingt ans — une cruelle captivité qui ne prendra fin que trois ans plus tard, après un héroïque coup de hardiesse. C'est d'abord un triste voyage vers Cadix à petites journées, sous la conduite d'une escorte de soldats espagnols. Ces brigands rançonnent et pillent nos malheureux compatriotes. Reçus partout à coups de pierres, menacés cent fois d'être assassinés, ils accomplissent leur douloureux calvaire sans que la bonne humeur abandonne Sébastien ïilaze et ses compagnons. A Albuqucrque, les dames de la ville viennent voir les prisonniers à la citadelle : aussitôt un bal s'improvise. Mais bientôt les maris jaloux, inlorrom|iaul brusquement une fête si bien commencée, emmènent leurs femmes. Elles se retirent en disant :
— Que. ces Français sont donc charmants !
l'ii autre .ji ur il s'improvise ménétrier d'un bal do
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« tonsurés » dans l'espoir, hélas déçu! diiii Ixju Si^upcr. 11 n'en rit pas moins de bon cœur en voyant les gambades endiablées des révérends pères.
Mais les gais instants sont rares. Mal nourris, niid traités, considérés comme des hérétiques par une population fanatisée, les prisonniers continuent, au milieu des souffrances de toutes sortes, leur lamentable voyage vers Cadix. Blaze trouve dans son esprit ingénieux et Icrtilt' en ressources le moyen d'obtenir quelques adoucissements à son sort et de se procurer quelques réaux. Il est tour à tour ménétrier, fabricant de bagues en crin, marmiton de geôlier, médecin, sujet des États du pape, professeur d'italien. Il n'en sait pas le premier mot et se borne à enseigner consciencieusement le provençal à ses élèves... N'ai-je pas dit qu'il était un peu parent de Gil Blas !
Les ofliciers de santé français sont remis aux autorités de Cadix. Alors commence la cruelle vie sur les pontons. La rade est remplie de ces vaisseaux démâtés, prisons llottantes. Sébastien Blaze est successivement embarqué sur le Terrible, ponton des simples soldats, puis sur la Vieille-Casùlk, ponton des ol'ficiers et « de la grande propriété )). Il sera interné ensuite au quartier San-Carlos, dans l'Ile de Léon, et enfin sur ï Argonaute, oii il accomplira, deux ans plus tard, son audacieuse évasion, la dernière qui ait réussi à Cadix. Les pages consacrées par l'aide-major à la vie sur les pontons sont du plus puissant intérêt. On y voit la misère des Français, dénués de tout, entassés par milliers dans ces vieux bâtiments. Les vingt-cinq mille hommes du corps do Dui)onl sont là avant d'être évacués sur Cabrera, d'où un si petit nombre reviendra. Les malades, très nombreux, ne reçoivent aucun secours. Sur le ponton le Souvei'cdn, ijuinze <mi vingt hommes meurent chaque jour. On les jette à la mer.