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CHAPITRE XI

Arrivée sur la plage de Piierlo-Pieal. — Singulière réception. On nous croit pestiféri's. — Générosité du grenadier Salmon. — Dans la campagne. Douce émotion. — Un commandant de place sans cœur. — Au lazaret! — Enfermés comme avec la peste au lazaret Sainte-Marie. — Mes compagnons d'infortune. — Beautés de l'administration militaire pour avoir des vivres. — A l'hôpital comme blessé. Mes deux blessures. — Ne sens-je pas la mitraille? — Excellent accueil de M. LebauLe, pharmacien en chef. — A Xérès.

— Attention délicate de M. Moizin et de ses camarades. — Retour à Sainte-Marie. — Départ pour San-Lucar de Barrameda. — Ancienne connaissance retrouvée. — Désigné pour servir à Sévillc.

— Départ pour Séville.

Après avoir rendu grâces à la Providence de ce qu'elle m'avait rendu ma chère liberté, je me hâtai d'en profiter. J'avais la clef des champs. Je me mis à courir comme un fou, et j'arrivai à Puerto Real sans m'arrêter, sans modérer même l'agilité de ma course.

Le sang qui coulait sur ma cuisse droite et les douleurs que me causa le sable en s'introduisant dans une cavité que j'avais au pied gauche, me firent apercevoir deux blessures au lieu d'une.

La première personne que je rencontrai à Puerto Real, fut un ancien pensionnaire de la Vieille-Castille. Il s'en était échappé le 22 février avec le capitaine Grivol. Incor

poré clans un réiriment du premier corps d'armée, cet officier était hors des remparts avec sa compagnie pour nous empêcher d'entrer en ville. On croyait que nous avions la peste. 11 m'appela; je m'approchai et lui demandai quelques vêtements pour me couvrir. Il s'excusa, fort honnêtement, sur ce qu'il en pouvait rien m'olîrir et voulut me persuader qu'il était obligé d'emprunter des habits à ses camarades.

Une foule de militaires et de curieux de toute espèce m'abordèrent alors et s'amusèrent à me faire raconter mésaventures; ils m'accablaient de questions, sans songer à me procurer l(>s objets de première nécessité que mon état réclamait. Je m'interrompais à chaque instant pour leur demander si je ne pourrais pas aller me chauUer quelque part, en attendant que le général eût désigné le coin, l'antre ou le caveau qui devait nous recevoir. Le capucin del Caslillo de p'iedra buena délogea ses cochons pour nous préparer une chambre et le général français. le commissaire des guerres, n'avaient pas eu la même prévoyance.

J "étais absolument nu. Le vent était furt et très froid, je grelottais. Tandis que j'exhalais ma bile contre les administrateurs qui nous faisaient une semblable réception, un grenadier perça la foule et vint me prendre par le bras :

— Venez avec moi, me dit-il.

Je le suivis dans sou logeiiienl. Il liabitail une maison ruinée, hors de la ville. Il alluma un bon feu dans sa chambre et servit à souper. Le pain de soldat, le vin de ration, un morceau de bouilli, une pincée de salade, tel était le repas du brave grenadier; il me l'olTrit, et du meilleur conir du monde.' Je ne mangeais pas, je dévorais. Mon liôle me tenait comi)agnie. rs'ous trinquions

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ensemble et souvent; la gaieté la plus franche, le plus parfait contentement tinrent animer le meilleur repas que j'aie fait de ma vie.

Tandis ([ue je faisais main basse sur les débris de mon repas, mon hùlc me quitta un instant et alla chercher son sac. Il en tira un pantalon de nankin tout neuf et qu'il n'avait pas mis encore, une ])aire de souliers et de guêtres et me força d'accepter tout cela. Saint .Martin partagea son manteau j)Our en donner la moitié, le généreux grenadier fit plus : il se dépouilla de sa capote et la mit sur mes épaules.

— Pardonnez, me dit-il, si j'ai tardé à vous amener ici!... Il me semblait qu'un grenadier devait céder le pas à des officiers jjour tirer l'un d'eux de la triste position où il se trouve, pour l'empêcher de mourir de faim et pour couvrir ses membres nus... Acceptez le peu que je vous olTrc : il est offert de bon cœur.

Je remerciai avec effusion ce brave soldat, qui seul avait pris pitié de ma misère, auquel je vouai une reconnaissance éternelle... Puis voyant qu'il se déj)Ouillait en ma faveur de sa chaudu capote, si nécessaire pendant les glaciales nuits du bivouac, j'eus la maladresse de lui offrir, pour la renq)lacer. trois jiiastres que j'avais sauvées du naufrage : tout ce que je possédais. Combien alors j'eus regret en voyant la peine que j'avais causée à ce brave cœur en lui olfrant de l'argent... Il me repoussa avec véhémence. Puis avec brusquerie :

— Soldat depuis quinze ans. je connais les égards dus au malheur. Demain peut-être je serai pris à umn tour; heureux si je rencontre alors un camarade ium[)atissant. L'intérêt n'est i)as mon guide. Gardez voire argent ipii vous sera nécessaire... et habillez-vous!...

Pour toute réponse j'embrassai le grenadier, i)las noble

qu'un général chamarré de broderies, avec des larmes d'attendrissement et d'admiration.

Après cette accolade fraternelle, et tandis que j'achevais de m'habiller, un caporal vint me prendre, d'après l'ordre du général, pour me conduire à Sainte-Marie, ainsi que les autres naufragés qui se trouvaient sur le bord de la mer. Le brave qui m'avait si bien accueilli m'accompagna jusqu'à la moitié du chemin. Je lui donnai mon nom et mon adresse et lui demandai la sienne :

— Salmon, grenadier au 24^ régiment d'infanterie de ligne, 3*^ bataillon, 1'"^ compagnie.

— Eh bien! mon cher Salmon, comptez sur mon amitié, sur mon estime et ma reconnaissance. Partout où je rencontrerai votre régiment, je vous chercherai et vous ne me refuserez pas le plaisir d'embrasser le jilus brave homme du monde.

Nous nous serrâmes de nouveau dans les bras l'un de l'autre; les larmes les jikis douces coulèrent encore de nos yeux. Salmon retourna sur ses pas et je suivis la route del Puerto de Sanla-Mar'ia. Il faisait presque nuit. Nous marchions sur un chemin bordé de superbes moissons. Depuis dix-huit mois je n'avais pas mis pied à terre, et je n'avais entendu pendant tout ce temps que le mugissement des vagues, le fracas de la tempête et l'appel 1 auquc et discordant des oiseaux de mer. Le calme pénétrant de la nature qui nous entourait me produisit un effet que je ne saurais décrire...

Il était nuit close quand nous arrivâmes chez le commandant de i)lace de Sainte-Marie. Le caporal qui nous servait de guide nous lit entrer dans une grande cour, nous y laissa et monta au bureau du commandant pour prendre des ordres.

11 écrivait quand le caporal l'avertit que nous étions là.

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Un commandant de i)lacc ne se dérange point quand il écrit; celui-ci continua sa lettre, et ne fit pas môme attention que nous recevions la pluie sur le corps, qu'il était tard et que nous mourions de faim et de froid. Il nous aurait laissés peut-être en plein air jusqu'au lendemain si je n'avais enfin pris le parti d'interrompre le malencontreux écrivain qui nous oubliait dans une cour où je 'grelottais, couvert de la capote de Salmon, mais n'ayant dessous ni gilet, ni chemise. Je montai et j'entrai chez M. le commandant, sans me faire annoncer. .Je le trouvai assis auprès d'une table placée au bout d'une grande salle richement meublée. Je m'approchai de lui, il ne bougea pas. Je le saluai, et lui parlai honnêtement. Il tourna, comme par hasard, la tète de mon côté; puis, pour ne pas laisser croire qu'il s'était dérangé pour moi, il fit semblant de se gratter l'oreille et reprit son travail sans me répondre. Etonné de ce procédé, je réprimai un mouvement de colère et me résignai à prendre patience. Fatigue par la marche et plus encore par les douleurs vives que mes blessures me faisaient éprouver, j'avais besoin de repos. Un superbe fauteuil de veloui's cramoisi, doré sur tranches, s'offrit à mes yeux. Je m'en emparai, je l'approchai du bureau et m'y campai fort à mon aise.

— J'attendrai ainsi iilus commodémonl! dis-je alors à haute voix.

Le commandant, qui craiguui (luc la contagion ne se communiquât à son meuble occupé par un pestiféré, se leva aussitôt pour m'engager à en faire autant. Je restai sur mon siège, attendu que j'étais blessé. Le commandant alors me fit beaucoup de questions au sujet des maladies qui régnaient sur le ponton V Argonaute.

— Donnez à nos malheureux naufratçés de bons ali-

nicnts, des vêtements propres : ils guériront. Leur mal c'est la misère.

Telle fut ma réponse. L'enragé commandant voulait absolument que nous eussions la peste, et. pour prouver qu'il avait raison, il dit à une espèce de sergent espagnol qui lui servait de domestique, de nous conduire au lazaret.

— Mais, monsieur le commandant, nous n'avons pas la peste.

— - }s'importc! Au lazaret.

— Mais, monsieur le commandant, nous mourons de lai m.

— Au lazaret, vous dis-jc!

— Mais, monsieur le commandant, vous avez là-bas dans votre cour vingt naufragés qui n'ont rien mangé depuis deux jours, faites-leur donner des vivres.

— Ils en trouveront au lazaret. Partez, vous dis-je. et sans ré])lique; au lazaret! c'est l'ordre du général...

Je m'acheminai très tristement vers le gîte désigné par M. le commandant. 11 faisait noir comme dans un four. Le temps s'était habillé le soir comme Scaramouche et pas une étoile ne montrait le bout do sou nez.

Mes compagnons d'armes étaient installés déjà dans cette léproserie : Castagner, Montchoisy, Casavielle et deux autres qui s'étaient sauvés avant moi. .le les retrouvai assis par terre, expédiant de la meilleure grâce du monde un immense plat de f/uisado ranch o ; mais non. c'était de la ralalonille, qu'on me pardonne ce mot de l'argot soldatesque. Il rend avec fidélité le sens des expressions espagnoles (jue je dois laisser au ponton. Le portier du lazaret, homme essentiellement Français et d'une générosité parfaite, en avait fait cadeau à mes <<nii|(agnons moyennant la bagatelle de trois piastres,

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({uinzc francs. Je pris place au banquet des léjtretix ou (les pestiférés, et je leur prêtai mou assistance {tour achever ce qu'ils avaient si bien commencé.

Qui pourra croire qu'après une action aussi brillante, aussi périlleuse que la fuite de Y Argonaute; après une action que les journaux du temps ont exaltée et que les pages de l'histoire ont déjà recueillie, de malheureux Français, ramenés par miracle au milieu de leurs comiiatriotcs a[irès avoir échappé au feu terrible et meurtrier de rarlillerie, à la fureur des flots et à l'incendie, trouvèrent de nouveaux dangers à terre et furent exposés à mourir de faim au milieu des troupes françaises?

Pour donner des vivres aux Français échapi)és du naufrage il fallut que le commandant de place écrivit au gouverneur, le gouverneur au général de division, le général de division au maréchal d'empire. Celui-ci donna des ordres à l'ordonnateur en chef, qui les transmit à l'ordonnateur particulier, le(iuol eut soin de les communiquer au conuuissaire des guerres, qui en fit part à l'insjiecteur des vivres. Cet inspecteur transmit ces ordres au garde-magasin, et celui-ci les signifia à ses aides, qui firent alors, et seulement alors, abattre des bu'ufs, et pétrir dti pain <[ue l'on fit cuire ensuite [loiir nous le distribuer.

Ce ne lut que le lendemain au soir que les naufragés, qu'on avait oubliés sur le rivage, reçurent un morceau de ))ain. Ceux du lazaret attendirent plus longlenq)s encore, et si je n'avais pas sauvé trois piastres, Castagner cinci, et Montclioisy deux, nous serions morts de faim dans la léproserie, ainsi (|u'une infinité d'autres (|ui tombaient à nos côtés.

Le lendemain de notre entrée au lazaret, M. Lebaube, pharmacien de l'hôpital militaire, vint \\\q voir et m'olïric

ses services, son logement et sa table. Il avait appris qu'un de ses confrères s'était sauvé. Je passai le reste de la journée dans la léproserie, et le 29 mai j'en sortis par contrebande. J'allai me présenter au commandant de place pour obtenir un logement; il me le refusa. Ce tyran subalterne voulait me renvoyer au lazaret. Mais comme cette fois il négligea de me donner un guide pour m'y reconduire, je m'égarai en chemin, et j'entrai à l'hôpital, où je m'établis pour faire panser mes blessures et les guérir. Elles s'étaient enflammées au point de me donner de l'inquiétude.

Pendant les premiers jours qui suivirent mon évasion, ma tête était troublée, au point que je la croyais perdue. J'étais à peu près fou. Tant de dangers bravés à jeun et sans repos ni sommeil, une tension d'esprit continuelle, une force d'àme que la faiblesse du corps rendait plus difficile à entretenir, une agonie de quarante-huit heures, suivie du plus inattendu dénoûment, tout cela lit une telle impression sur moi, rendit mes nerfs tellement irritables, que je demeurai dans une espèce de délire. Je parlais sans savoir ce que je disais : le moindre bruit m'incommodait. Une porte criait-elle sur ses gonds, ou se fermaitelle avec fracas, c'était pour moi le sifflement du boulet, l'explosion de la bouibe. Je me voyais sans cesse harcelé par les artilleurs et les fusiliers. En tous lieux j'étais poursuivi par les boulets et les balles, comme Pourccaugnac par les lavements.

— Ne sens-je pas la mitraille? disais-je à mes voisins, en parodiant la question que ce gonlilhonnne adresse à son ami Sbrigani.

Ouand je fus tout à l'ail remis de mes fatigues, je partis [lour Xérès. Vers le milieu de la roule on trou>e deux piliers en moellons avec celte inscrijilion : I\cc plus ullra.

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Ces piliers représentent les colonnes d'Hcrciil(î avec la même vérité que les pilastres de papier peint d'une loge de francs-maçons représentent le temple de Salomon.

Xérès est une ville mal bâtie, située sur une hauteur à deux lieues de Sainte-Marie en avançant dans l'intérieur des terres. On n'y voit aucun monument remarquable. Les caves et surtout les vins qu'elles renferment méritent seuls l'attention des voyageurs. Le pharmacien du premier corps d'armée était à Xérès. J'allai me présenter à lui, je fus très bien reçu. Mes camarades m'accueillirent avec les marques de l'amitié la plus franche, et tous les pharmaciens qui étaient dans cette division rivalisèrent envers moi de prévenance et d'honnêteté. C'était à qui m'aurait à sa table. On se disputait l'échappé du ponton. L'un me retenait à déjeuner, l'autre à dîner. Un troisième avait l'art d'ajouter encore un petit repas, et le lendemain d'autres amphytrions recommençaient la fête dans le même ordre et avec les mêmes convives.

Partout on me faisait raconter mon Iliade : Comme quoi, m'éloignant de San Fernando, j'avais traversé l'Espagne, aussi dolent que Triste-à-Pattes roué de coups par mes Lagingeole ; exposé chaque jour à être écorché comme l'ours du fameux Scha-Baam; comme quoi un capucin m'ayant logé dans une loge à cochons, j'avais reçu d'excellentes confitures des dames d'Albuquerque; comme quoi un abbé s'était emparé de ma montre, un sergent de mon chapeau, et par quel miracle le scapulaire de la tendre Dolorès me sauva du trépas. Puis, le marchand de bagues de crin se transformait en officier d'infanterie cassé de son grade, passant comme officier dans un autre corps et redevenant à la fin aide-major pour s'échapper enfin avec de hardis compagnons sur un navire en feu, criblé par la mitraille ennemie. L'épilogue

avait failli dev<'nii' lragi(iiic et le héros, faux pestiféré, inaïKjué mourir de faim au milieu de l'armée française, .le n'avais garde d'oublier le brave Salmon, grenadier français, qui fut touché de ma misère et partagea son vin et ses vêtements avec un frère malheureux oublié par ses chefs. Il me fallait répéter encore comment un commandant de place, imbécile, me fit jeter dans une léproserie de malheureux affamés.

.Mon verre était toujoui-s i)lein. .Je le vidais i)Ourlant à chaque période : il fallait porter de nombreux toasts. Le vin de Xérès est si séduisant, si facile à boire! Nous en faisions une notable consommation. Comme j'étais nouvellement débarqué à Xérès, je n'osais pas me hasarder seul dans les rues étroites et tortueuses; je me savais perdu au milieu de ce la])yrinthe. D"ailleui-.s j'étais boiteux et j'avais besoin que l'on soutint mes pas inégaux et clumcelauts. Mes amis se chargeaient encore du soin de me reconduire tons les soirs, ou du moins à l'heure de la nuit qui marquait la conclusion do nos banipiets.

Un jour, tandis que je faisais la sieste, M. Moizin entra dans ma chambre et posa un paquet sur ma table. Il se jeta ensuite sur mon lit en disant qu'il allait dormir aussi. ,fe lui fis place et me rendormis. Je fus surpris de me trouver seul en m'éveillaut. Mais le paquet re-sté sur la table m'apprit aussitôt la cause de la retraite di' Moizin. Je procédai à l'ouverture du paijnet. Il enfermait des chcjuises, des pantalons, des mouchoirs, un trousseau complet et un rouleau de dix-sept piastres. Je ne savais à qui adresser mes remercîments. Moizin seul n'aurait pas pu être aussi généreux. J'examinai la marque du linge j^our connaître au moins le chilTre de mes généreux fournisseurs. Toutes les pièces portaient une manjue dincrenle. On avait eu la précaution de le l'aire disparaître sur plu-

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sieurs. Je vis alors que, par un excès de délicatesse, mes camarades avaient voulu ni'épargner l'embarras d'un remorciment. Le bienfait restait anonyme. J'adressai le témoignage de ma reconnaissance à la troupe entière et particulièrement à Moizin, le messager mystérieux, otqni. sans doute, parmi mes généreux camarades, y avait le plus de droit.

Je revins à Sainte-Marie queb^ues jours après. J'y revis M. Labanbe. Je pris congé de lui en parlant pour San-Lucar de Barrameda. Cette ville me rappelait de cruels souvenirs. J'y retrouvai le gouverneur es[iagnol qui m'avait fait rendre mon babit et une partie de l'argent de ma montre, lorsque je passai à San-Lucar avec le convoi de prisonniers français. Le gouverneur me reçut à merveille et me dit qu'il était enclianté de me revoir. Il m'assura qu'après notre arrivée au ponton, le brigand tonsuré qui nous y avait menés était revenu à San-Lucar et qu'il l'avait fait conduire à Sévillc, où sans doute on l'aurait sévèrement puni, sur le rapport de ses méfaits. J'eus quelque peine à croire cela, d'autant plus ([u'en Espagne on ne punissait pas un boinme qui avait volé et maltraité des Français.

Après avoir fait un séjour de courte durée à San Lucar, je m'embarquai sur le Guadalquivir pour me rendre à Séville, où je venais d'être désigné pour servir à l'bôpital militaire du grand quartier général d'Andalousie. Cinq Esjiagnols conduisaient le bateau, j'étais seul passager. Les périls que j'avais courus auraieut dû me donner de la prudence. Je me confiai itourtant sans bésitation ;Y mes guides, que les flots et la nuit rendaient encore plus dangereux.

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