‹ Mémoires d'un aide-major sous le premier empireChapitre 34 sur 53 · SOLS LE PREMIER EMPIRE · texte numérisé non relu

SOLS LE PREMIER EMPIRE

qui se jiassc chez lui. H veille sur l'objet qui lui inspire quelquefois plus d'inquiétude que d'amour. Je n'adressai aucune question à la senora Inez sur ce sujet; mais le gardien du sérail, dont j'avais gagné la confiance jiar une nouvelle augmentation de solde, me mit au courant de l'abominable vérité. Don Vicente, jaloux sans amour, avait, outre sa femme, une maîtresse qu'il tenait cachée dans une maison éloignée de celle qu'il habitait. Sa femme aurait pu l'apprendre. Aussi prenait-il mille pré. cautions et faisait-il garder l'infortunée et sensible Inez, pour qu'elle ne cherchât pas à se venger. Mais D. Vicente n'avait pas songé au système des compensations, dont il devait bientôt subir les effets.

Cne semblable conduite en effetexcita mon indignation. Pour punir cet époux infidèle je résolus de lui enlever sa maîtresse. Le gardien du sérail toujours dévoué me prêta son concours. Il porta de ma part un billet à cette belle, que je n'avais jamais vue. Je la priais de prendre enliu pitié de l'état déplorable où se trouvait mon cœur séduit par tant de charmes et dévoré par les feux de la passion la plus violente. Pépita, c'est le nom de l'odalisque de D. Vicente, répondit à ma lettre en termes assez clairs pour faire entendre qu'on n'était pas une tigresse d'IIyrcanie et qu'on ne voulait ni m'étrangler ni me laisser mourir de douleur. Notre commerce épistolaire se prolongea quelques jours encore, après lesquels mon fidèle serviteur me ménagea un rendez-vous dans la maison de la belle, qui ne se montra pas inhumaine.

Je conduisais cette double intrigue avec assez de bonheur, trompant deux fois mon indigne propriétaire. Quelquefois cependant il me semblait que j'étais trop riche de moitié. J'étais occupé du choix définitif que j'allais faire, lorsque la jalousie de 1). Vicente, plus active pour

sa maîtresse que pour sa femme, vint me tirer de ce grand embarras en me privant de l'une et de Tautre. Des voisins l'avaient averti que Pépita me recevait en son absence. Vicente comprit que son gardien avait favorisé mes visites. Pépita fut éloignée et placée dans une autre maison, et doua Inez si bien surveillée qu'il me fut impossible de la revoir. Après un tel dénoùment ma dignité ne me permettait pas de rester une heure de plus dans la maison d'un si méchant homme... Je me retirai et allai rendre une dernière visite au très aimable secrétaire, qui m'envoya chez D. Tomas Numez, vieillard excellent, chez lequel je passai sans incidents les dix-huit mois que je restai encore à Séville.

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