‹ Mémoires d'un avocat au Parlement de Paris: de?pute? a? l'Assemble?e le?gislativeChapitre 11 sur 27 · DES CAUSES DE LA RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

DES CAUSES DE LA RÉVOLUTION DE

L'exposé que je viens de faire ne seroit pas complet, si jen^'y joignoisun aperçu des causes générales qui ont produit la révolution de 1789; de quelques faits marquants de celle époque et des temps postérieurs jusqu'à la convocation de l'Assemblée législative en 1792. Je ne ferai qu'une esquisse de ces faits et seulement pour montrer comment ils se lient avec ceux qui appartiennent à cette seconde assem- Wée et que j'aurai plus particulièrement à décrire.

Quant aux causes, plusieurs les ont recherchées dans un esprit de système. On a fait des livres là-dessus. Moi qui "e suis pas historien^ encore moins philosophe, je dirai ^out simplement ma pensée. Il y a un principe de destruction dans tout ce qui existe : c'est la vieillesse. Notre édifice politique était vieux, le temps Tavoit usé, il a dû faire place ^ tin autre. Ainsi avoit péri le régime féodal si fortement ^'"ganisé et qui a dominé si longtemps sur la France. Il ^^oit son principe dans le pouvoir de quelques-uns, et ^^ns le servage de tous. Mais du moment où les hommes '^^ voulurent plus être serfs, être attachés à la glèbe, la Puissance féodale fut brisée. Il n'y eut plus de pasteurs dès ^^*il n'y eut plus de troupeau. La société, qui a toujours ^G^oin d'être gouvernée, se réfugia naturellement dans un ^Ut:x»e pouvoir plus conforme à ses intérêts, plus en har- ^^^Tiie avec ses droits : ce fut le pouvoir monarchique. Il ^^Xoit mieux obéir à un roi qu'à mille seigneurs. Cette ré- ^^Itition s'explique, elle fut opérée par le temps, et pour- ^vxoi ? Parce que le temps, qui agit toujours, amène avec lui

— Salies changements à toutes choses, soit par améliorati( soit par détérioration, soit enfin par destruction.

Pour toutes, la destruction est inévitable. Combien gouvernements, de nations même ont disparu ! Ainsi révolutions, qui apparaissent comme des phénomènes, m pourtant dans l'ordre naturel. Ici, il n'y avait pas, à p prement parler, révolution , ce qui est un changera brusque quand il est fait par la main des hommes. C'éi tout simplement un progrès naturel dans la marche choses. La royauté s*étoit émancipée du joug de la féo( lilé.

Le principe monarchique qui convient si bien, qui c( vient seul à la France, subsista longtemps avec indép( dance et dignité ; mais les ressorts de la vieille monarc s'usèrent à la fin. On voyoit bien encore les trois ordi clergé, noblesse, tiers-état ; mais les deux premiers avoi perdu de leur influence, la troisième en avoit acquis: co ment cela? Par le temps^puisque rien n'est stationna Ainsi le clergé, la noblesse, qui étoient arrivés au f haut degré de puissance et d'illustration, ne pouvoient < déchoir ; le tiers-état, qui avoit acquis de l'aisance et lumières, ne pouvoit que s'élever. Il falloit, bon gré, i gré, que les deux ordres privilégiés lui fissent place, el lui cédant la sienne, ils perdoient la leur. La perte des ] viléges étoit la suite de la reconnoissance des droits, gouvernement pouvoit-il opposer une digue assez forte p arrêter cette invasion? Il est permis d'en douter. Quand eaux qui se sont successivement élevées, dépassent le veau, elles font irruption. De même lorsque des idées qu n'a pas su diriger se sont amoncelées, pour ainsi din faut en souff'rir le débordement. On a dit qiie la révolu! étoit faite dans l'opinion avant d'être réalisée par l'évé ment. C'est une vérité; mais il faut ajouter de si

— saque ce n'est pas la Révolution telle que nous Favons vue, telle que la passion des hommes ou la colère du ciel nous l'ont infligée. Les esprits étoient disposés à des changements, on désirait. des réformes dans le gouvernement, on n'en vouloit pas la chute. Les cahiers des collèges électoraux sont là pour en faire foi. Qu'y voit-on? Des remontrances sur les abus qui avoient envahi les différentes branches de l'administration, des protestations contre les actes arbitraires, l'invocation des principes de justice qui protègent la liberté, la propriété. On demandoit qu'il "'y eût de, force que dans les lois, que les charges publiques fussent diminuées, qu'elles fussent surtout également réparties entre toutes les classes : les privilèges en matière d'inapôts paroissoient insupportables. Enfin, dans tous les ^œux produits à cette époque, on n'en voit pas un qui tienne à l'esprit de révolution. Au contraire, cette France <Jont les factieux ont voulu depuis faire une complice, proclamoit hautement son respect pour la religion, sa fidélité, ^n amour pour le roi, sa soumission à son pouvoir légal ®^ tutélaire. Rût à Dieu que ses vœux, qui dévoient être des Ordres pour ses mandataires, eussent été suivis 1 On sait ^® qui arriva. L'histoire dit les événements, je continue de ''^chercher les causes.

Gomment s'est-il fait que du sein d'une nation éclairée, ''^^is soumise, soit sortie une députation insui'gente qui, re- *^8Uant dans ses mandats l'esprit de paix qui les avoit ^*ctés, apporte la guerre qu'elle avoit dans le cœur ? C'est ici ÎUe les passions ont joué un rôle qu'il importe de décrire. Voltaire a dit quelque part que l'amour-propre est un ^ïlon enflé de vent, et qu'une piqûre en fait sortir des tem- ^^t^s. Cette comparaison n'est pas tout à fait étrangère à ^^ri sujet. Peut-être peut-on dire que la nation , plus ou ^^ins profondément blessée dans ses droits, fut moins

sensible à ces blessures, qu'aux piqûres faites à sa vani Chaque peuple a son caractère; on connoit la fierté es{ gnole et encore l'orgueil anglais. Pourquoi la vanité fra çaise seroit-elle dissimulée? Il n'y a peut-être pas de uati plus avide de distinctions et d*honneurs. Ne lui présen pas déchaînes*, elle les briseroit; elle se laissera condu avec un ruban. On n'a peut-être pas assez remarqué l'i fluence de c^tte passion dominante sur les événemens. Ain en temps d'orage, les nuages les plus épais font peur, c'est quelquefois le nuage le plus léger qui recèle la fond Dès l'instant que les privilèges ont été abolis, que l'égal des droits a été proclamée, la Révolution fut faite. La 1 volution, c'est-à-dire la foudre, étoit dans ce décret. U il n'étoit lui-même que l'expression des idées qui doE noient. 11 faut donc voir quelle étoit la disposition des prits, et par quel enchaînement de circonstances leur f mentation avoit été préparée.

Ici, je dois faire une distinction qui peut paroître sin^ lière , et qui pourtant est réelle. Quand je dis la nation , n'entendspas le peuple; ce n'est paspar le peuple que la volution a été faite en France,ni peut-être dans aucun an pays. Partout il sait endurer, attendre du temps une an lioration qui souvent ne lui arrive pas, mais qu'il es[> toujours. Il ne connoit que les maux réels, et de ceux-ci famine seule lui est intolérable. Frappé de ce fléau territ ce n'est pas un changement dans l'État qu'il demande, c' du pain. Ainsi le peuple français auroit supporté longterr ses charges accoutumées ; il auroit continuée payer l'imp ladixme,à acquitter les droits féodaux, à se courber sous corvée et les autres misères de la vassalité. Je trouve preuve de sa patience, dans les moyens mêmes qu'on e:

1. Bonaparte lui en a donné pourtant; mais il les couvroitpar la glo

(Note de V auteur.)

ploya pour l'en faire sortir. L'Assemblée constituante ne pou voit s'insurger toute seule, elle avoit besoin d'un appui dans la multitude; et, pour la faire entrer avec elle dans les voies révolutionnaires , il n'est point de ressorts qu'elle n'ait fait jouer. La peur fut le levier puissant dont elle se servit pour remuer la masse. Que de fables, de mensonges jetés au milieu de la crédulité publique I Des agents parcouroient les campagnes, répai^doient partout des bruits effrayants. On supposoit des armées de brigands imaginaires que personne n'avoit vues, et qjii pourtant coupoient lesbieds, ravageoient les récoltes, piiloient, brûloient.... et ces terreurs étoient envoyées au peuple dans le but de le faire armer. Ce fut là le commencement de la garde nationale, utile depuis dans les malheurs réels qui assailloient la nation ; mais alors elle étoit une force que les factieux se créoient contre le gouverne- 'ûenl. Que devient en effet une armée au milieu d'une population en armes? Aussi l'Assemblée nationale sentit qu'elle pouvoit oser. Le fougueux Mirabeau avoit bien la ^nscience de ses forces dans cette fière réponse qu'il fit à ' envoyé du roi* : • Va dire à ton maître, que nous sommes

* *cî par la volonté du peuple, et que nous n'en sortirons

* ^ue par la puissance des baïonnettes...» Cela étoit fort <^Urageux quand il n'étoit plus temps d'employer les ba- '^Otiettes. Du reste la volonté du peuple qu'invoquoit ce '^ibun, n'étoit pas que l'Assemblée de ses représentants se

^*t à la place de son roi.

-^lais si le peuple n'étoit pour rien dans tout cela, le tiersy jouoit un grand rôle. C'est lui qui fut le moteur de la Solution. Il y étoit tout préparé par sa position même, il ^Oioit la classe intermédiaire entre le peuple avec lequel

Le marquis de Brézé.

il ne vouloit pas se confondre, et les deux autres privilégiés dans lesquels la constitution de TÉtat ne lui permettoit pas d'entrer. Son amour-propre irrité le poussoit contre ces barrières que le temps avoient usées, qui ne pouvoient plus résistera l'effort combiné de mille ambitions longtemps contenues, et que Tesprit du siècle venoit d'émanciper. Elles ne tenoient pas j;outes à des sentimens honorables; plusieurs étoient aveuglées par la haine du pouvoir, envenimées par des ressentiments personnels, des injustices souffertes, et surtout par des hauteurs, des mépris qu'on n'oublie point. Le tiers-état se trouva donc placé, pour ainsi dire, dana.une position hostile vis-à-vis dés deux autres ordres. Ses députés arri voient de leurs provinces avecdes préventions toutes faites, non contre les intentions du roi qui n'étoient pas suspectées alors , mais contre tous ceux qui exerçoient le pouvoir. Le luxe de la cour, ses profusions, le désordre des finances, la corruption introduite dans l'administration, dans la justice, jusque dans le sanctuaire, la vénalité des charges et mille autres griefs que la raison seule auroit du présenter avec sa modération ordinaire, furent cette fois déclamés, amplifiés par les passions. La raison vouloit des réformes, elle les auroit obtenues ; l'ambition haineuse vouloit des destructions, elle les opéra. C'étoit la guerre que les députés apportoient, elle existoit déjà dans les opinions; ils ne faisoient que la déclarer : en effet, entre les privilèges qu'on ne vouloit pas céder, et l'égalité des droits qu'on vouloit établir, une lutte étoit inévitable *. Elle fut terrible, et il ne faut pas s'étonner de la faiblesse du gouvernement au moment delà crise, l'emploi de la forcené lui auroit pas

I . N*oublions pas Tesprit et les dispositions de tous les corps de la monarchie en 1788 ; Tesprit universel était Findépendance : clergé , noblesse , parlement, tiers-état, chacun voulait une eiEtension de prérogatives pour soi et pour le*8 siens, et la suppression ou la réduction de toutes celles qui

réussi. D'ailleurs, la force n'étoit plus à lui, elle étoit pas^ sée du côté de l'opposition. Je reviens toujours à cette idée : le tî ers-état ne pouvoit plus être contenu dans ses limites, c'étoit un fleuve qui débordoit. Cette portion intéressante de la nation Françoise, laborieuse, industrieuse, devenue riclie, devenoit par là même plus indépendante. Elle ne pouvoit plus rester dans la clientèle des grands dont elle n'a voit pas besoin. Sa dignité eût été blessée de leur patronag'e. Le mérite réel ne valoit-il pas des parchemins ? Et pourquoi donc des privilèges, quand les talents, les services, les lumières, le courage , l'attachement au prince étoient au moins égaux ? On ne pouvoit plus reconnaître de suprématie que dans la loi et le roi. C'étoit là le point où l'on ëtoit arrivé. Ainsi l'opinion, qu'on a justement appelée

lui étaient étrangères. La noblesse de province ne voulait plus supporter le joug' <3e celle de la Cour ; le clergé inférieur voulait entrer en partage des digni&ës du haut clergé; les officiers et les sous-officiers de Farmée, partant cies mêmes principes , tenaient le même langage , et les grands seigneur-s trouvaient très-bon que le roi fût le maître absolu partout ailleurs que <ians leur classe, où il voulaient être les compagnons plutôt que les ger^i^eurs du souverain. Ue ce choc simultané de toutes les corporations, qui ^e heurtaient sur tous les points et ne se répondaient par aucun , il féd^^tait dans les individus une apparence trompeuse d'unanimité pour des ifiaovations tendant à quelque chose de semblable à un gouvernement ^b^®^ que chacun entendait et composait à sa manière. Celle du peuple grossier, qui n*analyse rien, était d*accepter, dans toute son étendue, dans toUS ses excès, ce mot de liberté qui retentissait sans cesse à ses oreilles ; ipais, au milieu de toutes ces voix discordantes , une voix plus grave se faisait entendre , celle des gens honnêtes et éclairés , qui forme presque toujours Topinion publique, et à laquelle le gouvernement pouvait donner toute Tactivité de sa direction. Cette voix, reproduite^ à quelques exceptions près , dans les cahiers , devenait un vœu national dont la sanction était indispensable. Qu*a fait alors le gouvernement? Quelle a été son attitude ? pendant que tout s*agitait autour de lui , il hésitait, il attendait, il appelait tous les périls et n*en repoussait aucun. C'était aux trois ordres , inconci-

la reine du monde, faisoit la révolution. Mais la révolution n'auroit pas été à faire, si le pouvoirs plu, prévoyant, plcis habile, avoit su donner en temps utile ies satisfactions q tie maintenant on lui arrachoit.

Loin de prévoir et*d*écarter l'orage, il en avoit lui-mêaae amassé les éléments. Ses torts ne datoient pas d'un joi^^* Au règne de Louis XIV brillant de gloire et aussi d'un fast^e qui coûta cher à la nation, succéda le règne de Louis X^ qui ne sut ni gouverner son peuple ni se gouveri^r lixîmême. Ce furent les femmes et lei courtisans qui s'en cYisfÊT-gèrent. Sa régence avoit pris à tâche de démoraliser et ruiner la France; les temps qui suivirent ne devinrent p meilleurs. La corruption s'étoit enracinée ; la licence, <I avoit commencé par les mœurs, gagna les esprits ; c'étoi*

liables entre eux, qu*il abandonnait le soin de calmer des troubles qu' mômes faisaient naître.

Aussitôt que les deux premiers ordres eurent entendu cette grande ^v^^^ de )a nation qui leur commandait des sacrifices, non-seulement les pr*^^^ légiés , qui n'étaient plus rien , se persuadent qu'ils sont encore une pm^^ sance , mais ie roi et son conseil se le persuadent aussi ; on se ratt9 ^^ plus que jamais à la constitution des trois ordres , dont le peuple et -^ partisans les plus modérés de la liberté ne pouvaient s*accommoder voilà le gouvernement en opposition manifeste au vœu général, quoi son intérêt comme sa volonté fussent d*y condescendre, s*ii l'avait o Dans cette lutte , dont la violence croissait à chaque instant , l'exaltât des communes, qui était celle de la masse du peuple, les porta à se décla Assemblée nationale : usurpation téméraire qu*une sagesse courage pouvait encore réprimer en renonçant aux trois ordres , dont Texistec^^' hostile et tumultueuse faisait craindre la dissolution des États. Mais abandonne toute mesure sage pour employer la force , dont On ne pei^ (^ont on ne sait user ; on la montre précisément pour dire : Mettez-vo^ en défense; et, dans cette vaine démonstration, c'est la cour qui est vai eue sans avoir combattu , et qui se voue au discrédit , à l'humiliation , exaspérant tous les partis.

(Malouet, Mémoires, T. I, p. 329 et suiv.)

beaueoupde la tolérer, d'audacieux écri vains renseignèrent.

L'esprit de philosophie parut. Il est bâti sur Torgueil. Il fit

comparoitre devant lui et interrogea toutes les institutions;

il étoit bien d'en élaguer les vices, mais il porta la hache au

pied. Je ne sais quel est le grand penseur qui a dit que les

peixples ue seroient heureux que quand la philosophie se-

roit assise sur le trône ; en vérité, l'essai que nous avons fait

de sa puissance ne donne guère envie de la voir monter si

bsàut. Il est vrai que cette philosophie du dix-huitième

sièole n'étoit pas, suivant sa définition, l'amour de la sa-

gresse , mais toute autre chose.

Q^e faisoient pourtant les pouvoirs de l'Etat? Dormoient- ^'s siu milieu de la tourmente? Non, mais ils ne savoient P^.s laianœuvrer et tout alloit en dérive.Une main forte man- 9 *^oit au gouvernail. Louis XVI, qui auroit été le père du P^ ^i pie s'il avoit pu en être le maître, sembloit n'être monur le trône que pour y expier les fautes de ses prédéces- :i:*s. Ce prince infortuné, digne de tant d'amour et d'éter- ^ ^ï ^ regrets, n'étoit pas né pour ces temps déplorables ; il ^^-•^^ fallut un roi de fer, et lui ne savoit exercer d'autre em- P * ^^*^ quecelui delà justice etdela bonté. Voilà le Roi que des ^*^ ^^'^ usés ont appelé despote, que des furieux....!!... Il est

*^^ux de penser que c'est au nom de la liberté que périt ^ * ^^i qui le premier avoit rompu les chaînes de la servi- ^'^ «M II avoit trouvé les parlements dans l'exil, il lesrap-

i. Ces corps, qui se disoient et qui avoient été dans d'au- **^^"^ temps l'appui de la monarchie, se firent cette fois

iliaires des factions. Les impôts les plus nécessaires fut refusés. Que faisoit-on dans le conseil du roi? Les mi- *^5âtres, divisés d'opinion, se perdoient dans les systèmes :

'^ - Louis XVI , en montant sur le Irône , abolit la corvée dans ses do- ^^ines.

réduits à n'employer que des mesures faibles, ou à faire des coups d'Etat qui sont eux-mêmes uu autre genre de faiblesse. Je ne suis point ici l'historien des faits, ils sont écrits par tout ; mais dans la complication des causes qui les ont amenés, j'en remarquerai une, pour ainsi dire, inaperçue , et qui suivant moi a produit le plus actif, Je plus irascible des mécontentements. C'est encore de l'amour- propre et du tiers-état que je veux parler. Cette classe, comme je l'ai dit, n'étoit pas à sa place : elle tendoit à monter , elle supportoit difficilement le joug des supériorités légales. C'était bien pis d'avoir à souffrir les petites dominations personnelles. La haute noblesse jouissoit de sa dignité sans blesser personne. Il n'étoit pas encore venu à l'idée de la faire descendre de son rang illustre. Les prérogatives qu'elle avait acquises par ses services , la gloire et le temps les avoient consacrées. Mais la noblesse d'hier, dont on avoit vu l'origine, n'inspiroit plus les mêmes égards ; et puis ces nobliaux , surtout dans les provinces, se pavanoient, se haussoient pour ainsi dire , méprisoient sans distinction tout ce qui n'étoit pas noble, s'imaginant sans doute que la fîerté étoit aussi un insigne et qu'elle ■attiroit des respects. Pauvres gens, qui se faisoient détester, sans se faire valoir. Le tiers-état s'irritoit de leurs privilèges. Telle étoit la disposition des esprits, lorsqu'en 1778, je crois, et sous l'administration de M. de Ségur, ministre de la guerre, parut Tordonnance du roi qui ne permettoit qu'aux nobles l'avancement dans le service militaire; le grade d'officier ne pouvoit plus, être donné à un roturier : ainsi un nouveau Chevert ne deviendroit jamais lieutenantgénéral des armées. Cette décision ne pouvoit être rendue plus mal a propos. On ne voyoit donc pas les circonstances, on -ne tenoit pas compte de l'opinion , on marchoit en contre-sens des idées nouvelles qui faisoient irruption de toutes

parts. En les comprimant, on préparoit une explosion; elle éclata en 1789.

DE L^ASSEUBLÉB CONSTITUANTE.

C'est une chose curieuse que Phistoire des États géné> raux en France. Convoqués dans des temps de besoin ou de crise, le gouvernement leur demandoit des secours qu'ils donnoient, ils lui demandoienl des réformes dans Tadminîstration ; la diminution des charges publiques, le redresseoient des torts, des abus, c'était le chapitre des vœux ï'i'on appeloit alors les doléances^ et ces doléances dornnoient longtemps dans les cahiers, avant qu on fit droit ^ quelques-unes. On votoit alors paro/'dres; les trois ordres '^ * aboient pas en tout les mêmes intérêts, leurs vœux ne ^voient donc pas être unanimes, et c'est dans cette di- ^ence que le gouvernement prenoit sa force, s'appuyant i v-ant les circonstances sur le peuple pour contenir Tarnt-ion des grands, et sur ceux-ci pour réprimer l'exagéra- *'*^^^:i. des prétentions populaires. Sagesse de nos pères, reti- •- vous devant la philosophie moderne, regardez crouler édifice, et venez médiier sur ses ruines. Il n'y a plus ^*^lBltats généraux. Ceux de 1789 ont bien été convoqués délibérer ptir ardre, ils voteront par têtes. De leurs vnents réunis et confondus se formera une assemblée uniqui s'appellera Assemblée nationale, qui plus est, As- ^^^^^^blée constituante, et qui en effet va faire une constiiu- ^^^^^», en proclamant que jusqu'à elle la monarchie n'en ^^^^t pas encore eue. Il est vrai que cette monarchie avoii ^^^Té quatorze siècles avec ses institutions gothiques, et que ^^^\les-ci sorties <!es conceptions les plus sublimes ira bientôt ^'V^cc le roi, s'engouffrer dans ane république.... N*importef

il faut essayer, il faut voir, les faiseurs vont se mettre à rœuvreavecun enthousiasme que la nation mieux instruite n'auroit pas partagé.

J'expose briî^.vementles faits.

Après la fusion des trois ordres, le tiers-état se trouva en majorité, et, dans toute Assemblée, la majorité fait la loi. La loi fut bientôt faite. Dans la fameuse nuit du 4 août 1789, tombèrent, comme sous la hache, toutes les redevances féodales. Plusieurs familles se réveillèrent ruinées. C'était pourtant justice de supprimer de prétendus droits, qui avoient pour origine l'abus de la puissance féodale. C'étoit encore une conséquence de faire disparoître les effets d'une cause qui ne subsistoit plus : la noblesse fut supprimée.

L'État avoit besoin d'argent, le clergé étoit riche, le clergé va payer. A quoi bon ces bénéfices, ces riches abbayes, ces moines opulents et fainéants? Ils possédoient les deux tiers àes terres , et comment les avoient-ils acquises? Par des abus * d'influence ou de pouvoir ; ils promettoient autant de biens dans le ciel qu'on leur en abandonnoit sur la terre, c'étoit donc la superstition qui les avoit enrichis. Tout cela étoit bon à reprendre et ne pouvoit venir plus à prçpos. Ainsi se trouva comblé et dix fois au delà ce déficit de 55 millions que le ministre Necker avoit découvert comme un gouffre, sur les bords duquel assis, il envoyait ses jérémiades à toute la France.

Par ces deux mesures seules, l'Assemblée se donnoit une immense popularité. Elle consolidoit la fortune des rentiers, rendoit le crédit à l'État, et, ce qu'il ne faut pas oublier, satisfaisoit l'amour-propre national, puisque la barrière des privilèges n'existoit plus, et que désormais il n'y auroit plus de distinction entre les citoyens que celle des talents, et, disait-on aussi, des vertus.

On ne peut dire avec quel enthousiasme furent accueillis ces décrets. De ce moment , ce ne fut plus le roi, ce fut TAssemblée qui régna. En effet, en sa qualité de C€Mfistituante , elle disoit réunir tous les pouvoirs. Elle reconnoissoit bien que le pouvoir exécutif appartenoit au ï'oi. IHais c'est elle qui alloit le lui donner, et vraiment l^ lui faire, car tous avoient cessé devant elle.

Ici Ton ne peut se défendre d'étonnement , et Ton se

demande comment ces députés, simples mandataires pour

apporter les vœux de leurs provinces, s'étoient tout-à-coiip

^''^ïisformés en pouvoir suprême et même unique? C'est

^^*en se déliant de leurs mandats ils n'étoient plus députés

do telle classe, de telle province ; tous réunis, ils seciisoient

'^opr^^sentants de la nation, en sorte que c'est la nation qu'il

*^^t -voir dans leur enceinte, c'est elle qui va vouloir et agir

pour* eux. A présent il faut se reporter à ce principe alors

^'^ faveur-, que tout pouvoir vient du peuple, et Ton ne

**^^ O.Tera plus extraordinaireque ses représentantsl'exercent,

^^ l« délèguent à leur plaisir. Encore si l'Assemblée eût fait

^*^^ bon usage de la puissance qu'elle s'arrogeoit! Mais la

'^^^dération est la vertu diflScile du caractère français, elle

^•l lie rarement avec la force; et puis cette assemblée bril-

"^ t:e de talents divers étoit, comme on l'a vu depuis, inex-

%e en politique ; elle ne pouvoit pas juger l'effet de ses

ovations hardies; elle avoit pris le fardeau immense de

t créer, après avoir tout détruit; enfin elle étoit pous-

, entraînée par le mouvement même qu'elle avoit

'^r:iné.

uivons les événements.

jC roi et rassemblée vont se transférer à Paris. Versailles "tiendra désert, il pourra aller méditer dans son jeu de ^^^ ^Ime sur lus causes de l'écroulement de toutes les gran- ^^ S qui le remplissoient, et qui se retirent, comme l'eau

de la mer d'un port qu elle veut abandonner. Ce n'étoit pas volontairement que le roiquittoit sa résidence ordinaire, mais déjà il n'étoit plus maître de sa personne. Le peuple de la capitale s'est ébranlé, cent mille hommes de la gardenationale raccompagnent, le général la Fayette est à leur tète, il voudra diriger le flot qui l'entraîne, et préserver la famille royale du dangerdont elleest menacée.Mais qui donc a arraché ce peuple de ses foyers, de ses fauxbourgs? Allez le demander à ceux qui le trompent , à cette assemblée qui dit qu'elle n'est pas/î6re,qu'elle délibère sous les poignards, sous le sabre du régiment de Flandres. Ce peuple est exaspéré, et comme si ce n'étoit pas assez de son patriotisme en alarmes, on lui a préparé la famine. Le séjour du roi à Parts lui amènera du pain*. Voilà donc le roi, la reine, la famille royale, les députés, le peuple, revenant pêle-mêle à Paris, premier spectacle que donne la démagogie qui prélude à de plus sanglants excès. Le peuple apprit à connoître sa force dans les deux journées des 5 et 6 octobre; il s'en est bien souvenu depuis.

Cependant l'assemblée, établie au Carrousel dans la salie du manège, reprend tranquillement ses travaux. Je dirai, sans déroger à la gravité de mon sujet, qu'elle fit une première révolution à Paris, ce fut de retarder l'heure des dîners. On ne se mit plus à table qu'à six heures, pour attendre les convives députés , politiquer et disputer avec eux. Dès ce moraent la gaieté française fut bannie des repas ; on avoit tant à penser, qu'on ne rioit plus; on ne chanta plus au dessert.

Des changements d'une autre importance eurentlieu dans toutes les parties de l'administration ; il seroit trop long de les énumérer, j'en puis donner l'idée en deux mots; il ne

1. Le peuple disoit sur la route en désignant le roi , la reine et le dauphin : « Voilà le houlanQer, la boulangère et le petit mUron. »

resta pas pierre sur pieiTe de l'ancien édifice : le sol même ne se reconnut plus, car ses divisions, ses dénominations furent changées, les provinces devinrent départements. Les provinces conquises annexées à la France par des traités, perdirent le fruit de leurs capitulations, elles furent mises au niveau des autres. L'administration, la justice, la finance, l'armée reçurent une organisation nouvelle. Le clergé luimême eut sa constitution civile; la France enfin eut Tair d'être une jeune nation.

Il étoit bien impossible que des changements si multipliés, si graves, se fissent sans secousses. La paix publique en fut ébranlée, des insurrections éclatèrent, la sagesse de l'assemblée fut obligée plus d'une fois d'appeler la force à son secours. Cette force, elle ne pou voit plus la demander au roi à qui elleTavoit ôtée; elle ne pouvoit pas l'attendre de l 'opinion qu'elle avoit divisée ; ses institutions néesd'hier, avoîent elles-mêmes besoin d'appui , et le peuple qui avoit d ^sappris l'obéissance, étoit devenu plus difficile à gouverner <I^ie jamais.L'assemblée n'en poursuivit pas moins sa tâche; ^^ faut lui rendre cette justice que, dans les plus grandes ^^îses, elle conservoit du calme et de la dignité. On l'eût Pi*îse à certains jours pour un Sénat romain.

Cependant la discorde étoit au dedans et au dehors. La

"^^^blesse qui n'étoit plus noble, ne pouvoit concevoir ni

^^Pporter son changement d'état. Le clergé,dépouillé de ses

^i^ns, ne goûtoit pas beaucoup les préceptes de pauvreté

4U*on tiroit du temps de3 apôtres, et puis il étoit blessé

^^ris ses croyances. L'assemblée, qui avoit la rage de faire

^®s constitutions, en avoit fait une pour lui. C'étoit porter

^^ naain à l'encensoir. Ainsi voilà deux partis créés dans

^'^glise, comme ils existoient déjà dans la nation, Tun de

P^^tres assermentés, l'autre de prêtres qui ne voulurent pas

^ soumettre à prêter serment, et qui plus tard payèrent

cher leurs scrupules. C'étoit une conséquence que les fidèles se partageassent à leur tour.

Que pouYoit le roi au milieu de cette perturbation générale? Rien. Fatigué enfin de sa position qui manquoit de puissance, de dignité, même de liberté ; réduit à cette extrémité ou de sanctionner des décrets qui lui paroissoient injustes, ou de leur opposer son veto dont Texercice devenoit tous les jours plus dangereux, le roi tenta de se dérober par la fuite à cette indigne oppression. Ses intentions étoient pures, aucune idée de vengeance ne pouvoit entrer dans son cœur; il n'alloit pas appeler contre son peuple les puissances étrangères; roi et toujours père de ce peuple divisé et opprimé lui-même, il ne vouloit que sortir de Paris et trouver dans une de nos places fortes l'indépendance qu'il avoit perdue dans la capitale. On connott les événements de ce fatal voyage; le roi ne put arriver à Montmédy ; arrêté à Varennes, il fut ramené à Paris et réintégré dans ce château des Tuileries dont il devoit sortir plus tard pour entrer dans la prison du Temple.

De ce moment, l'assemblée put ce qu'elle voulut. Ce n'étoit plus désormais que d'elle-même qu'elle devoit recevoir des limites. Cette assemblée n'avoit jamais eu dans^a pensée qu'elle préparoit le malheur de la France ; loin de là, elle croyoit trouver dans sa restauration le principe de toutes les prospérités. Les hommes sages et instruits qui se trouvoient en grand nombre dans son sein, qui n'avoient pas partagé l'enthousiasme des idées ti/^ra-libérales, essayoient de la faire revenir à des mesures justes et modérées. On sentit qu'on avoit été trop loin. Un comité dit de révision fut créé, et dutfaire un rapport sur les changements et modifications dont les lois rendues et la constitution elle-même pouvoient être susceptibles. Mais il n'étoit plus temps; cette sagesse étoit tardive; aux yeux des esprits dé-

fiants et prévenus, elle passa pour crainte ou trahison. Comme ce sculpteur de la fable qui tomba à genoux devant le dieu qu'il avoit fabriqué , l'assemblée dut s'incliner devant son ouvrage, et laiâser au temps à en faire justîoe.

Au nombre de ses fautes, on en voit sortir deux qui sont ca.pitales.

La première,d'avoir placé dans le corps législatif l'initiati ve, c'est-à-dire la proposition des lois, et d'avoir réduit le pouvoir exécutif à un simple veto^ à la faculté de rejeter les pY*ojets de loi que l'autre pouvoir présentoit à sa sanction.

La seconde, de n'avoir pas divisé le pouvoir législatif en deux Chambres, afin que les décrets, passant de l'une à l'autre, fussent élaborés, préparés par une plus mûre discussion , et devinssent ainsi le vœu d'une assemblée, et non l'opinion d'un parti.

Le parlement d^ Angleterre avec sa Chambre haute et sa Chambre des communes pouvoit servir de modèle ; mais l'Assemblée nationale française avoit un profond mépris pour les choses existantes; elle avoit la manie sans avoir le génie de la création. Elle qui n'avoit trouvé rien de bon à Pi'^odre dans les institutions nationales, étoit bien éloignée ^'^ïïiprunter quelque chose à une nation étrangère; bien ^'flRôrente en cela de ces Romains qui avoient interrogé la sagesse de la Grèce, pour là confection de leur lois.

^«pendant, rien n'étoit plus nécessaire que la composition ^" Clorps législatif en deux Chambres. Combien de mauvais P^^^jets de loi seront improvisés par une assemblée unique, ^^J ours ardente, parce qu'elle est française, par uneassem* ^l^^qui elle-même ne sera pas toujours libre, et qui peut se ^^^ Vu ver sous l'influence, sous le joug d'un parti qui la domi- ^®**^ dans son sein, ou la commandera du dehors ! La Ré-

volutioQ aprouvéquesi le Français a éminemment le courage militaire, le courage civil lui a souvent manqué. Chose incroyable, mais vraie: la peur a, dans toutes les crises, exercé son pouvoir lâcheet honteux, et le farouche />an/o/i, en disant que pour faire une révolution en France, il ne falloit que de l'audace, connoissoit bien Tétat du pays. Mais supposons une assemblée libre, et qui n'étoit plus TAssemblée constituante à la fin de sa^ session : la proposition des lois ne peut lui appaitenir sans de graves inconvénients. Si le roi refuse d'accepter, c'est le roi qui a tort, et pourquoi ? C'est que des représentants du peuple connoissent ses besoins et sont censés agiressentiellement dans ses intérêts: c'est que des projets de loi sont le résultat des plus savantes discussions auxquelles le roi ne peut répondre que par deux mots qui ne prouvent rien : Je refuse\ c'est que ces refus, quand ils deviennent fréquents,sont bien vite imputés à mauvaise volonté, qu'ils arrivent infailliblement à provoquer la défiance, la haine du pouvoir royal, la déconsidération, le mépris de la personne sacrée du roi *. L'événement a constaté ces effets déplorables.

J'ai dit qu'une assemblée pouvoit n'être pas libre, et que la constituante nel'étoit plus dans les derniers temps de sa session. Elle aura donc ôté la liberté au roi pour perdre la sienne? Oui, et voilà ce qui arrive quand les limites de chacun des pouvoirs ne sont pas respectées. Il n'y a plus alors de droits, il ne reste que la force qui réside toujours dans la multitude, et qui, en dernière analyse, y aboutit. Voyez en effet le pouvoir descendre du roi à l'assemblée, de l'assemblée au peuple ; de la classe du peuple éclairée et

1. Le temps va bientôt venir où le peuple appellera le roi et la reine

M. ei Mme Yeto ; en d*autre8 termes, ceux qui s*opposent à ce qu*il soit

heureux.

{Noie de l'auteur.)

qui pourroit encore gouverner, à la populace qui n'a que des passions violentes et des idées grossières. Le tiers-état avoit vu l'aristocratie dans la classe privilégiée; le peuple la trouvera dans la classe de la bourgeoisie. Celui qui possède sera un aristocrate pour celui qui n'a riqn, et les attaques à la propi-iété seront aussi naturelles, que Tavoient été les comhats de celle-ci contre les privilèges.

I^^ puis longtemps, l'assemblée étoit dominée par la société des Jacobins, Prononcer le nom de cette secte fameuse, c'est ''api>cler les erreurs, les fureurs, les crimes de laRévolution, Ramais d'ambitieux, de têtes ardentes, foyor d'enthousiasme et cl ^ patriotisme en délire, c'étoit dans son club que la déï^^^S^gie forgeoit ses chaînes pour asservir toute la France. C'étoit elle qui préparoit et enlevoit les décrets à une assemblée qui n'exprimoit plus les vœux de la France, mais les siens. Elle comptoit parmi ses chefs des hommes perdus de dettes et de mœurs, des hommes qui deviendront depuis des coqu.ins obscurs, ou des scélérats fameux : l'hypocrite Robe8f>9'erre^ le farouche Danton^ l'affreux Coutkon^ Barrère que 1^ pour rendra féroce, et le tigre Marat qui avoit une soif inextinguible du sang humain. Voilà les dieux infernaux devant lesquels il faudra un jour que la France se prosterne, sans pouvoir les apaiser par des sacrifices! ^' ïie faut pas s'étonner de l'ascendant que prenoit dès lors lasociété jacobine.Elle étoit fortement organisée pour le mal. ^^ ï'amitications s'étendoient dans les départements. Les villes , les villages même avoient leur société , qui corir^spondoit avec la société mère de Paris : celle-ci em- P^^'^onnoit ses journaux périodiques de faits propres à ^g^fer, à échauffer les esprits, et Dieu sait avec quelle avi- ^^^^ cette manne envoyée- de la capitale, étoit dévorée par ics affiliés de province î ï-»*Assemblée nationale, ne pouvant plus gouverner l'opi-

nion, dut se retirer devant elle. Elle convoqua ses successeurs ; et comme si elle devoit finir comme elle avoit commencé, par des fautes, elle déclara ses membres inéligibles à rassemblée future. Ainsi l'ouvrier déserta son ouvrage,et la constitution naissante fut livréeàdes hommes nouveaux, qui alloient secouer fortement l'édifice, et s'écraser sous ses ruines.

DE l'assemblée législative.

L'Assemblée législative a dû laisser peu de traces dans les

souvenirs. Sa durée a été courte : du i^^ octobre 1791 au 21

septembre 1792. Une autre raison contribue à l'effacer, c'es

sa position enîre deux colosses : la Constituante qui l'avoi

précédée, la Convention qui lui succéda; Tune qui avoi

étonné, l'autre qui avoit épouvanté la France ; toutes deu

par conséquent célèbres, car la célébrité s'attache aux fait^

qui ont de l'éclat ou de l'horreur. L'oubli attend la fai —

blesse ou la nullité. Ce n'est pas que cette assemblé

manquât de talents ou de vertus : aucune peut-être n'

réuni plus d'hommes probes et éclairés. Ses intentions^.

c'est-à-dire celles de l'immense majorité, étoient pures, et

ce fut en vérité de bonne foi qu'elle jura de maintenir 1

constitution établie. Cependant nous verrons bientôt 1

constitution détruite, le trône renversé. Nous arriverons a

20 juin, au 10 août, au 2 septembre, jours affreux, les seul

peut^tre de ce temps qui marqueront dans l'histoire, et l'o

demandera comment une assemblée sera restée pure, a

milieu de ce ramas de forfaits. Cette question suppose qu(?

i 'assemblée aToit le ponvoir de les empêcher, et précisémeQl

cela n'est pas. Qoand le château des Toileries fui forcé, elle

étoit elle-même euTahie ; elle étoit elle-même sous ces poî-

groards par lesquels tant de malheureux furent égoi^és. Il

faudioît n'aToir aucune idée de la Révolutioo, pour ne pas

conoeroir par quelle série d'événements on arrive à des catas-

ti*oplies. Les révolutions sont faites au profit des gueux ; ils

fin issent par s'en rendre les maîtres; quand ils le sont deve-

i^^^s, comme ils n*ont ni le savoir, ni la volonté de gouver-

'ï^r, ils répandent la terreur par des crimes; la liberté pour

^^^^ est le droit de pillage et de mort ; et si Ton demande

^onament il se fait que le pouvoir descende en de si in-

^ 'Sues mains, cela s'explique quand on voit d'abord la

^^^<5i^té se diviser en factions, et puis celles-ci se combattre

P^^**r l'obtenir. Si la lutte pouvoit se passer entre elles seules,

^'^ ^n seroit quitte pour obéir au parti vainqueur; et qu*im-

P^^i*t« qui gouverne , pourvu qu'on soit gouverné? Mais il

^ ^ïa arrive pas communément ainsi. Pour être victorieux,

***^ parti doit se rendre populaire; le peuple qu'il aura sé-

^^*â t viendra se mêler dans ses rangs; mais s'il a combattu,

^^^■'i:ament lui faire entendre qu'il n'aura pas vaincu pour

*^i--" même? Son intérêt n'étoitpasde changer de maître,

'^^^isdele devenir à son tour. Oui,rambition,cet aliment des

■^•^^ généreuses , devient aussi la pâture des instincts gros-

*^^*^s, et le trop fameux Mirabeau étoit dans l'erreur lors-

^'^^il se vantoit de museler le peuple qu'il avoit déchaîné.

^'a pas assez vécu pour voir comment les insurrections

^^^"^îl avoit fomentées au profit de son assemblée, se sont

^^^uite organisées contre elle, comment elles l'ont asservie,

^ l ui ont arraché le pouvoir dont, avec leur aide, elle avoit

^l^ouillé la royauté. Que va faire maintenant TAsseroblée

^^islative de celte royauté qu'on a tenue captive, qu'on lui

^^Vfe faible et presque avilie ? Quefera-t-elle de cette consti-

tution si mal inspirée, accusée par le projet même de révision qu'en avoient voulu faire ses auteurs? Quelle sera Faction de son pouvoir au milieu des pouvoir mal définis dont on a couvert la France, et de ces terribles clubs qui sont pourtant constitutionnels, et dans lesquels la démocratie ira incessamment délibérer? On lui donne une noblesse mécontente, un clergé dévoré par le schisme, une nation divisée. L'Assemblée constituante, en se retirant, semble lui dire : « Marche si tu peux, et recule si tu oses » 1 Certes, si j'avois pu comprendre cet état de choses comme je le vois à présent, j'aurois remercié les électeurs du district de Mantes, et je n'auroispas été leur député de 1792.

J'ai maintenant à raconter l'histoire de cette assemblée: dans laquelle se trouvera mêlée la mienne.

Elle étoit composée de 761 députés. La Constituante e^t avoit eu 1200. On ne peut rien faire de bon avec ces masses. Les conditions d'éligibilité n'étoient pas, comme elles le sont aujourd'hui , de payer 1000 fr. d'impôts. Il sufSsoit d'être imposé pour la valeur d'un marc d'argent, c'est-àdire de 40 à 50 fr. Avec la garantie de la fortune, celle de l'âge avoit été oubliée. Il sufiSsoit d'avoir 25 ans pour être élu ; il en faut aujourd'hui 40. Ces différences sont notables, elles influent naturellement sur l'esprit d'une assemblée. Voici, au reste, quelle étoit sa composition : force avocats, beaucoup du juges, grand nombre d'administrateurs de départements et de districts. Les fonctionnaires publics y abondaient. On voyoit après eux quelques hommes de lettres, des négociants, des propriétaires grands et petits, et de simples cultivateurs. Les élections sont en général le thermoniètre de l'opinion publique: il faut donc remarquer l'époque à laquelle nous avons été élus. Le clergé, la noblesse détruits, n^ont point de représentation parmi nous ;

nos débats ne seront donc pas ceux de TAssemblée constituante. Nous n'aurons pas à combattre Taristocratie qui est à terre. Ce terme même d'aristocrate n'a plus de sens, dans un ^tat de choses où tout est aligné sur Tégalité des droits. Nous sommes le produit de la constitution ; et le coté de l'assemblée qui se dévouera pour la soutenir n'aura pas d'autres vues que de maintenir ce qu'elle a établi. Les idées de retour à l'ancien régime peuvent rester déposées dans quelques têtes ; mais elles ne sont pas celles des hommes raisonnables, des hommes consciencieux qui sont liés par leur serment, qui dans tous les cas n'ont pas le moindre intérêt à voir revivre des institutions qui ne leur profiteraient pas. L'Assemblée législative, c'est le tiers-état consti- ^^^- Il sera royaliste par devoir et par instinct, car il sait <iu'en tous pays il faut respecter les lois, et queles lois dans une monarchie tirent leur force de la royauté. Mais il va se trouver en présence de la démocratie qui est entrée avec lui ®^ qui lui fera bientôt voir qu'elle est l'ennemie acharnée de toute supériorité qui ne vient pas d'elle *.

* * Ce que i*ai dit de Tétat de la France et des différents partis se trouve

'^staté par la composition du Corps législatif; la grande majorité était

^^/^^^îtutionnelle; le parti de la Gironde, les Brissotins, tendaient au répu-

^^^■kisme; et, parmi eux, il y avait des hommes de la plus dangereuse

•I^^oe ; le reste , sans être prononcé contre la monarchie , Tétait contre la

^**» contre Taristocratie , contrôle clergé, ne rêvait que conspiration et

^**f>yait pouvoir se défendre qu*en attaquant. II y avait là encore des

^■^ts sans expérience; ils manquaient même de celle que nous avions

^^îse. Nos députés patriotes avaient, en grande partie, la conviction de

^""^ fautes ; ceux-ci ne l'avaient pas; ils étaient prêts à recommencer.

^ooup d*hommes sages et éclairés devaient avoir le même sort que ceux

., ^» parmi nous, s'étaient ainsi signalés. Le géomètre Condorcet, qui ne

^it pas en politique, d'autres esprits faux et ardents se manifestaient au

. **^t de la nouvelle assemblée. Enfin celte représentation donnait une

^ Juste de ce qu'on pouvait appeler l'opinion publique en France , qui

Voyons comme, à leur entrée même, les députés se distribuent, lis arrivoient pêle-mêle sur les bancs. En deux jours les voilà casés. Voilà un côté droit, un côté gauche, et u centre. Le côté droit composé de 150 constitutionnels, côtégauchequi compte 150 jacobins,et le centre qui préseo une masse de plus de 400 députés, qu'on appelle les imps tiaux : phalange immobile pour le bien, et qui ne se r^fn. que par la peur ; c'est elle qui donnera la majorité, et& la donnera constamment non au côté droit qu'elle estinrJ mais au côté gauche qu'elle crainte Les événements que j

86 subdivisait dans les mômes nuances et les mêmes proportions que d ^ rassemblée : la majorité de la nation , constitutionnelle ; la minorité , tf mocrate. Dans la société , dans les salons , c'était tout différent : on aurait pas reçu de Jacobins, Ton se moquait des constitutionnels ; l'htf reur de la Révolution était le sentiment dominant.

(Malouet, Mémoires, T. II, p. 115 à 117.) Condarcei. — Rédacteur, au début de la Révolution, de la Bibliothèque V Historien pubUc et de la Feuille villageoise , Condorcet avait été Tun c promoteurs du système républicain. Porté par les électeurs à TÂssembJ législative , il fut immédiatement élu secrétaire. La Chronique de Par fondée par lui à cette époque, contribua , avec le journal de Brissot préparer la chute de la royauté. Sicard , qui était son ami , sans partag ses opinions, lui écrivait : « Il est à craindre que la Législative ne si composée d*hommes ardents et fanatiques qui, ayant capté la faveur de multitude par des principes d*une popularité exagérée, voudront les maii tenir par des lois agraires. »

(Malouet, Mémoires, T. II, p. 110, note.)

1. M. Malouet, T. II, p. 117, de ses Mémoires, exprime la même idée ( ces termes :

« Dans les gouvernements représentatifs , on croit que c*est majorité qui fait les lois ; rien n*est moins vrai : il est si bû dans la nature du pouvoir de se concentrer, que partout et toujours c*e la minorité qui gouverne. Dans les assemblées politiques, un observate attentif remarquera deux espèces de minorités actives : Tune qui se poi en avant, l'autre qui résiste. La pluralité est passive, et la majorité forme toujours par entraînement de Taction ou de la résistance ; mai

à décrire rendront cette vérité évidente. Mais d'abord ins- ^llons-nous. Voilà qu'à notre première séance nous voyons arriver Tarchiviste Camus *. C'étoit un avocat au parlement de Paris, ex-député à l'Assemblée constituante. On l'avoil appelé le drapeau rouge^ parce qu'il s'entlammoit toujours eo portantlaparole.il avoit été l'avocat du clergé au palais, ^t> dans l'assemblée, le clergé n'avoit pas eu de plus redoutable adversaire que lui. Il s'avance à pas lents, avec l'air recueilli, les yeux baissés. Il portoit de ses deux mains, appuyé sur sa poitrine , le livre de la constitution qu'il va déposer respectueusement sur le bureau du président. Chaque député , appelé à son tour , va prêter serment sur ce livre sacré. Cérémonie imposante qui remplit cette prenoière journée*.

lorsque Taction est populaire, elle sera toujours enlrainante, si la résistance ne parvient pas à se rendre redoutable. CSux qui écriront Thistoire ^e la Révolution doivent partir de ce principe pour en expliquer les événe- '^^Qts et ne pas oublier la foule craintive, qui est un des éléments de *^uies les majorités. »

^ - Armand- Goiton Camus, né en 1740, avocat au parlement de Paris et

Pu té de cette ville. Jl se fit remarquer dans les débats sur la réunion des

''dr^^ et fut en grande partie Tauteur de la Constitution civile du clergé.

^ *)^oment du voyagé de Varennes , il accusa de conspiration Montmorin,

Fayette et Bailly. Garde général des Archives, on lui reprocha, non sans

'^^>«i, des idées absolues et systématiques , très-peu propres à réparer les

p. ®^^*'dres de la période révolutionnaire; il fut membre du conseil des

^^Cents et de TÂcadémie des Inscriptions, et mourut en 180i.

(Note de Malouet, p. 30i, 305.)

^ * Le Moniteur (séance du mardi i octobre) donne sur cette cérémonie

détails trop caractéristiques pour ne pas être reproduits ici.

^^ - le Président. — L'ordre du jour est la prestation du serment indi-

^^«1 prescrit par la constitution. — La loi du 17 juin porte que le Pré-

^^«it en prononcera la formule, et que tous les membres monteront

^^^essivement à la tribune et diront : « Je le jure l »

^^ . **\ — Ne serait-il pas convenable de donner à cette cérémonie tout

Le lendemain autre scène, et d'un genre bien différent. Le roi annonce à rassemblée qu'il va venir lui-même pour prêter son serment. Après la lecture de sa lettre, voilà un brouhaha qui s'élève dans un coin de la salle; il s* agit de savoir quel cérémonial on va observer pour la réception du roi. Suivant l'usage, son fauteuil étoit plus élevé que

Tappareil et toate la solennité propres à caractériser son importance ? Je demande que la constitution soit apportée par Tarchiviste , et que ce soit eu tenant la main sur ce livre sacré que chacun prête serment. (On applaudit.)

M. Girardin. — J*appuie la motion du préopinant , mais i*y joins un amendement : c*est de nommer une députation pour aller chercher aux archives Pacte constitutionnel. (11 8*élève des rumeurs.)

M. ***. — La loi du 17 juin 1791 porte que chaque membre montera à la tribune et dira : m Je le jure ! » Mais la constitution n*en parle point ; puisque nous avons dérogé déjà hier à cette loi , je demande , afin qu*il n'y ait pas de restriction mentale , qu*il soit déclaré que chaque membre prononcera la formule du serment dans toute son intégrité.

M. *'*.— J*appuie la proposition de Tanté-préopinant, et je demande qu*il soit décrété que Tacte constitutionnel sera apporté à la tribune.

Cette proposition est adoptée.

M. Lacroix. — Je demande Tordre du jour sur la proposition qui a été faite d'envoyer une députation aux archives.

M. *'*. — Le préopinant ne parait pas avoir compris Tesprit de la proposition. Ce n*est pas à Tarchiviste qu'on envoie une députation, c'est au dépôt sacré, qui ne peut être déplacé sans être sous la garde d'une commission de l'assemblée.

M. '*'. — Pour terminer tous ces inutiles débats» je pense que , comme l'acte constitutionnel ne peut arriver ici tout seul, il est tout naturel de l'envoyer chercher.

M. Lacroix demande la parole contre cette proposition et fait de vains efforts pour l'obtenir.

L'Assemblée ferme la discussion et décrète que le Président nommera , parmi les plus anciens d'âge , douze commissaires chargés d'apporter l'acte constitutionnel.

^lui du président; mais les jacobins aiment le niveau. Les

députés de ce parti se lèvent; ce sont des orateurs fougueux,

Chabot^ Basire , Merlin , et autres encore inconnus et

fu'on apprendra à connoitre par la suite. Ils parlent avec

indignation delà dernière séance deTÂssemblée constituante

où Ton vit son président parler presque à genoux au roi. Ils

MBf . les commissaires, ayant le vice-président à lear tête, se retirent pour Aller cliercher Tacte constitutionnel.

M- **'. — Je demande que toute rassemblée reste debout jusqu*à ce que Tacie ooDStitutionnel soit déposé sur le bureau.

^* **". — L*acte constitutionnel est Tétendard sous lequel nous devons marcHer ; le serment que nous allons prêter sera le garant de la fidélité avec laquelle nous devons maintenir la constitution. Je demande que le serm Qmt que iioug 3II0QS prêter soit imprimé en gros caractères et placé au^dessns du bureau du Président, afin que chaque membre qui demandera flésormais la parole ait sous les yeux ce serment qui représente conslamoa em ses devoirs .

*• *•*. — Il n*y a personne qui puisse Toublier. f^- **\ — Pour ajouter à la solennité du serment, je demande qu*il ^'^ annoncé dans toute la ville , d*une manière quelconque , au bruit du ^'^oo , par exemple ; cela ne serait peut*étre pas de trop. (Il s*élève beau- ^P de murmures.)

^**^, — Je rappelle à rassemblée un trait de Thistoire des Athéniens ;

^^ le monde le connaît sans doute. Après une défaite, ils firent prêter à

^r^ soldats le serment de mourir ou de vaincre. Ces soldats furent fidèles

^^>^ serment; on récrivit ensuite sur les drapeaux : il y eut beaucoup de

'^^Fages. Je demande qu'on passe à l'ordre du jour.

j, Ducos. — Plus la prestation du serment sera simple, plus cette cé-

^^^xiie sera sublime. Je demande la question préalable sur toutes les

^•^c^ns nouvelles.

. 7^ * ^*\ — L*assemblée a décidé que les vieillards qui sont dans son sein

^. ^^^t chercher l'acte constitutionnel. Je demande que les plus jeunes

^*^t le recevoir. (On murmure.) ,^ assemblée ferme la discussion et passe à Tordre du jour sur toutes les ^•ons proposées.

^ ^sieurs minutes se passent dans Tinaction.

espèrent que rAssemblée législative saura mieux maintenir la dignité de la nation qu'elle représente. Us proposent donc, et au milieu du tumulte on se lève comme des étourneaax,et voilà qui est décidé, le fauteuil du roi est descendu d'un pied. La belle équipée I Le lendiemain on en est honteux, on fait rapporter le décret de la veille. Mais l'effet étoit pro-

Un huissier. — Messieurs, j'annonce à rAssemblée nationale Taete eons- • titutionnel.

Les douze commissaires , escortés par les huissiers et par un détache

ment des gardes nationales et de la gendarmerie , entrent dans la salle aiu^ milieu des applaudissements de l'assemblée et du public.

M. Camus, archiviste, porte Tacte constitationnel.

Tous les membres restent levés et découverts.

M. *** s^adressant aux spectateurs : Peuple Français , citoyens de Paris ^ Français généreux et vous, citoyennes vertueuses et savantes , qui appor— * tez dans le sanctuaire des lois la plus douce influence , voilà le gage de la paix que la législature vous présente Nous allons jurer, sur ce dépôt de

la volonté du peuple, de mourir libres et de défendre la constitution

(11 s*élève des rumeurs qui étouffent la voix de Torateur.)

M. Camus porte à la tribune Pacte constitutionnel.

M. Lacroix demande la parole et réitère sa demande au milieu de longs murmures.

M. "*. — Lorsque le roi paraît dans le sein de rassemblée, il est d'usage qu'on ne prenne aucune délibération. Je demande que tant que l'acte consti^tionnel sera ici, on ne. prenne aucune délibération. (On applaudit.)

La garde armée se retire.

M. Camus reste à la tribune , gardien de l'acte constitutionnel.

Tous les membres sont assis et découverts.

M. le Président prête le serment, et successivement tous les membres appelés

M. Camus descend de la tribune portant l'acte constitutionnel.

La même députation, qui l'était allé chercher, l'entoure.

Toute l'assemblée se lève , et la députation sort au milieu des plus vifs applaudissements. (Moniteur, T. XI, p. 31. >

Se peut-il imaginer quelque chose de plus puérilement théâtral? D'autres diraient peut-être ridicule.

duit*. Le premier acte de cette assemblée est une niaiserie et une hostilité. Il se passa ensuite une quinzaine de jours employés à entendre des pétitions, à faire des motions par lesquelles les parleurs s'essayent. Des comités sont organi*

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