‹ Mémoires d'un avocat au Parlement de Paris: de?pute? a? l'Assemble?e le?gislativeChapitre 13 sur 27 · L.e pouvoir royal , déjà si fort compromis par la nature · texte numérisé non relu

L.e pouvoir royal , déjà si fort compromis par la nature

inênae des institutions , ne pouvoit reprendre d'action que

par la fermeté personnelle du monarque, secondé d'un

<H>nseil sage, uni de principes , courageux et absolument

dévoué. Malheureusement le roi étoit faible, ses ministres

^toîent divisés d'opinion, découragés, et quelquefois

épouvantés. L'Assemblée les traînoit à sa barre, les traitoit

avec défiance et mépris. Ih étoient dénoncés à l'opinion

Piibliqoie comme des traîtres. Ainsi le ministre de la marine,

^^rtrand de Molleville , échappa à grand'peine au décret

d "accusation que le côté gauche de l'Assemblée avoit pro-

Pc>sé contre lui , mais il fut déclaré qu'il avoit perdu la

^^^nfîance de la nation *. M. de Lesmrt^ ^ ministre des rela-

"^ • Le roi n*avait plus pour ministres que des hommes désignés par le

^^^^ b des Jacobins el qui en professaient les maximes ; on avait dénoncé et

'^ l*avait forcé de renvoyer tous ceux qui n*étaient pas sur cette ligne, tels

^^^^ AdM. Bertrand, de Lessart, de Grave, Narhonne et Monciel, plus ou

"^^^î Os constitutionnels, mais iucapables^ de trahir la contiaiice du roi, s'il

^^^ ^ en avait accordé. Au moins ne voyaii-il pas en eux des ennemis,

^*~^^^îtfu*une imprudence de M. de Narbonne eût excité son juslp mécunten-

^'^ont. Lorsque ce malheureux prince eut pour tout conseil Roland, Cla-

^^e et Dumouriez; obligé de sanctionner les décrets contre les prêtres,

^-•'ïtrc ses frères , ou de résistera ses ministres ainsi qu'à l'Assemblée, il

■^*it enfin toute l'horreur de sa position.

(Malouel, Mém., T. Il, p. 128.)

^- Antoine Valdec de Lessart, né en 1742. Maîlre des requêtes par la pro- ^^^tîoo de Necker, qui le chargea, sous sa direction, d'une partie de la

t'ons extérieures, ne fut pas si heureux. Son poste ëloit biS en difficile, ses relations diplomatiques étoîent suspectes, i| étoit pourtant de bonne foi; il suivoit avec les puissan^CDes étrangères un système de modération qui ménageoit aupi^rès d'elles les intérêts du roi , ceux de la Fiance, évitant tom:ile rupture , et temporisant pour attendre des circonstanciées meilleures. Il avoit demandé à Tempereur d'Allemagne de ne plus souffrir le rassemblement et l'armement des écaciigrés dans ses États. Cette demande étoit juste et politiq^LJ^ La présence des émigrés sur la frontière étoit une cat-ase permanente d'irritation dans l'intérieur. Léopold ^ prir:»ce pacifique , y avoit accédé ; il avoit défendu les rasserob~B e-

direction des finances, il lui succéda comme contrôleur général, le 4 ^3é- *

cembre 1790, après le court intérim de Lambert; passa A rinlérieur, ^^

25 janvier 1791, et, le 27 novembre suivant, remplaça M. de Montmc^"^

aux affaires étrangères Décrété d*accusation le 10 mars 1792, à la suite ^^

discours de Brissot et de Vergniaud, qui lui reprochèrent d'avoir favo^"^**

les progrès de la coalition , il fut massacré à Versailles, le 9 septem Wox^

suivant, avec les prisonniers qu*on y transférait d*Orléans. Bertrand ^^

Molleville dit de lui : « Il avait le sens droit, Tâme hunnête et délic^^*^^*

« peut-être aurait-il eu de l'énergie dans le caractère, s'il avait eu une mc^**^'

« leure santé; il était singulièrement attaché au roi». (Note des }IL^^^^' de Malouet, T. I, p. 280.)

De Lessart fut accusé de trahison, et Brissot le fit déiTéter d'aceuf tion (10 mars 1792); c'était la réponse de l'Assemblée au renvoi de Ni bonne. Le roi se vit réduit, à partir de ce moment, à choisir ses ministi parmi les Girondins. La nomination de Dumouriez aux afifaires étrangèi (15 mars) avait été suivie de celle de Lacoste à la marine, de Roland etii^ Clavière à l'intérieur et aux finances. Le ministère girondin, complé^^^^^ bientôt par l'entrée de Servan à la guerre, et de Duranton à la justi^ (U avril), devaitdisparailre lui-même le 12 juin, et par sa retraite, donn un nouveau prétexte à l'insurrection du 20 juin (Mme de Slaël, Consid rations). L'Assemblée, par le choix des minisires qu'elle imposait i ^' royauté, préludait à la déclaration de guerre du 20 avril contre Tempi reur.

ment (rémigrés dans les provinces belges, mais il s'en fornioit dans Télectorat de Trêves ^ et le minisire de Lessart insîstoit pour une évacuation complète. L'Assemblée le toJtipmentoit à ce sujet , elle vouloit qu'il lui rendît compte de l*élat des choses , et que la correspondance diplomatique fiit mise sous ses yeux. Cette prétention n'était pas du tout constitutionnelle; le ministre ne devait compte des affaires de son département qu'au roi. D'un autre côté , 'ï était d'un grand intérêt de calmer les esprits. Voilà <^onc qu'un jour M. de Lessart arrive à l'Assemblée et lui f^it lecture de sa correspondance avec le prince de Eaunitz, Pï*emier ministre de l'empereur. Il lit même une note confidentielle que, mieux avisé, il auroit dû taire, mais dont il attendoit un bon effet. Elle éloit qpnçue dans ce sens : le ■ministre autrichien promettoit l'intervention de l'empereur pour faire cesser les rassemblements d'émigrés dansTélectorat de Trêves, mais il y mettoit cette condition que le ^^i de France seroit respecté dans son autorité; que ) Assemblée songeroit à s'affranchir y ainsi que la nation , ^e la honteuse domination des clubs qui causoient tous les ^•^oubles de la France, et étoient, par leurs docrines anar- ^bîques, un sujet d'effroi pour tous les gouvernements. *^^ute d'une prompte satisfaction sur ce point, le ministre -^^Oonçoit que la résolution de son maître étoit de pourvoir ^ ï a. sûreté de ses Ëtats, et même à la sûreté, à la dignité de ^^ri intime allié, le roi de France.

Que nous étions niais, nous autres, députés du côté droit I ^ous triomphions de cette réponse et nous disions : « Le Peuple averti de ses dangers va enfin ouvrir les yeux, il ^^rra <|ue la paix est dans le maintien de l'ordre, dans le ^^s uect des lois ; il verra dans les Jacobins ses plus dange- ^*ouii ennemis. » Ceux-ci pensoienl bien diiTéremment. La

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note de Tempereur leur doniioit de l'importance. Ils étoî^ûl donc bien puissants puisque les rois avoient peur d'eux! Lft peuple s'aitacheroit à leur parti comme étant le plus Rc3rt. Il ne seroit pas difficile de le tromper; de lui faire crc^re que les prétendus constitutionnels étoient des traîtres ^qui négocioient avec l'étranger pour l'asservir. Dès ce moc^'^nt les Jacobins devinrent une puissance. Ils avoient jur& la perle du malheureux de Lessart, Le député Brissot "^ fit nommer une commission dans l'Assemblée pour examL Mier la conduite de ce ministre qui pourtant venoit d'en veit ^re compte. A quelque temps de là, nos énergumèues, appia. jés du parti de la Gironde, le firent mettre en accusation et 1*" envoyèrent dans les prisons d'Orléans où siégeoit la ha. iite -COur nationale. La séance du 10 mars, dans laquelle fut lancé le décret d'accusation, fut vraiment terrible. J'y ^uis encore; lecôtédroit de l'Assemblée détendit le ministre a ^ec

1. Brissot ii.~?\ene) y qni se donna 1h nom de Warville, était fils d'un pâtissiertraiteiir; il avait eu, avant la Révolution, une existence assez lou^^^^* 11 entra d'abord chez un procureur, puis quitta Tétude du droit pou^ ^^ faire auteur. Nourri des écrits de J.-J. Rousseau, il se fit remarquer P^' ses opinions exaltées contre Tinégalité des rangs , et fut mis à la Bastille. ^^"'^ de la prison, il se rendit en Angleterre avec une mission du lieutenan ^ ^^ police ; puis il alla visiter TAmérique et revint en France en 1789. H pi» ^^^ un journal républicain, le Patriote français^ et fut membre de la G^^*^* mune. Après la fuite de Louis XVI, il rédigea au Champ-de-MarsIa fam^*^^^ pétition pour la déchéance du roi. Nommé à l'Assemblée legislative.il ;3^ déclarer la guerre à TAutriche et devint le chef du parti dit des Briss9^'^^^ ou des Girondins. Député à la Convention, il y provoqua la guerre cor* ^^ , l'Angleterre et la Hollande (1793); mais ils'aitirala haine de Robespierre ^^ l'accusa d'être partisan du fédérait.^ me et de vouloir porter atteinte à l'u^^"' *

et à l'mdivisibililé de la République.

,^ ifl Proscrit avec les Girondins à la journée du 31 mai, il prit la fuite; '

il fut arrêté et monta sur Téchafaud le 31 oct. 1793.

vigueur , mais il était attaqué avec furie parle côté gauche; le centre plia suivant son usage, et se rallia au parti qui lui fa.isoit peur. Je me rappelle la joie féroce des tribunes au momentoii le décret fut prononcé. Elles croyoient déjà voir ixn ministre monter à Téchafaud. Je me rappelle surtout l'atroce Ironie du député Guadet^ qui, dans son discours, félicitoit le ministre d'être accusé, puisqu'on lui donnoit ainsi l'occasion de se juslifler aux yeux de toute la France. Le côté*droit frémissoit d'indignation, le côté gauche de rage; les tribunes applaudissoient , hurloient; je n'avois pas encore vu de séance aussi affreuse , j'en sortis malade. Le décret fut lancé le 10 mars; Brissot, qui l'avoit provoqué, fut donc appelé V homme du lu mars. On ven'a bientôt paroître les hommes du 10 août, les monstres du 2 septembre , qui se baptiseront aussi du jour de leurs forfaits. Un temps viendra où la Révolution marquera bien des jours de sang dans son calendrier.

Cependant les places de ministres n'étoient plus tenables, ï® parti de l'opposition étoit devenu trop fort. Le roi crut <iu^en les prenant dans son sein , il l'apaiseroit et gouverneroit de concert avec lui. 11 demanda donc ses nou- ^^aux ministres aux accusateurs de de Lessart. Ils lui donnèrent le général Dumouriez^ , Servan^^ Roland^, Clavière *

^ - Dumourie% (Claude-François), né eu 1729 à Cainbray, élail déjà ma-

''6cti£i j de camp, lorsque la Révolution éclata ; il en adopta les principes, et

u^'Aotiimé en 1792 ininisire des affaires étrangères avec Tappui des Girondins.

^^ après, ayant encouru la ùisgrâce de ce parti, il se retira du ministère

""^^prit du service. Chargé, après le 10 août, du commandement de l'ar-

"iée ^„ Nord, il fit la campagne de l'Argonne, remporta les victoires de

«lrir>^(20 septembre 1792) et de Jemmapes (6 nov. 1792), et conquit la

^'^i^jue Pendant le procès de Louis XVl, il vint à Paris dans Tespoir de

^*'^er le roi: n'ayant pu y réussir, il rejoignit son armée, prit plusieurs

^ **^08 de la Hollande, repoussa le prince Cobourg de la Belgique, et livra

et Duranthon, Ces hommes d'iitat étoient tous la société des Jacobins. Croirait-on que Dumouriez,

Ja bataille de Nerwinde (18 mars 1793) , où nos troupes , tout en rest maîtresses du champ de bataille, éprouvèrent un véritable échec. Â pa de ce moment, en butte à de nombreuses persécutions, menacé par laC vention d*êlre traduit à sa baire, il fit des ouvertures au prince de bourg et lui proposa de rétablir la constitution donnée par TÂssemb nationale et de. dissoudre la Convention. Ces projets transpirèrent ; laC vention envoya le ministre Beurnonville et les députés Camus , Banc Lamarque et Quinette pour le suspendre de ses fonctions et lui ordonner venir rendre compte de sa conduite. Duroouriez fit arrêter les comm S ^'' saires et voulut marcher sur Paris; mais il fut abandonné de ses sold -^^^ ^ et contraint de gagner le camp ennemi De ce jour, il prit peu de part^ ^^l^^ événements. 11 séjourna successivemf'nt dans plusieurs parties de TEurc^^ ^^ et mourut en Angleterre en 1823.

2. Servan (Joseph), frère de Tavocat général au parlement de Grenob- ' ^' célèbre par ses écrits et discours sur la justice criminelle, suivit la carrifc militaire, adopta les idées révolutionnaires et arriva , par Tappui des Gir(^ dins auxquels il était dévoué, au ministère de la guerre. Renvoyé par roi, il fut rétabli après le 10 août , fut obligé de se démettre et mourut

3. Roland de la Plalière (Jean-Marie), né en 1732, à Villefranche, p de Lyon, était inspecteur général du commerce, quand il fut porté en 17 à la municipalité de Lyon , où il fonda le club des Jacobins. Ministre rintérieur en 1792, il prit part à Tinsurrection du 10 août, redevint ministi fut plus tard accusé de fédéralisme , rédujt à donner sa démission et co pris dans la proscription des Girondins. Il échappa pendant cinq mois a recherches ; mais , instruit du supplice de sa femme, il se donna la m sur la grande route, près de Rouen. Celait un homme médiocre, soumis Tinfluence de sa femme (Marion-Jeanne Phlipon), qui , beaucoup pi jeune que lui , Tavait épousé en 1780, et le dominait par sa vivacité d* prit, son ambition et la supériorité de son intelligence.

4.- Clavière (Etienne), né à Genève en 1735, fut d'abord banquier. Ârri à Paris, il se lia avec Mi abeau. Après le 10 août, il devint membre Conseil exécutif, mais il fut arrêté sur la dénonciation de Robespierre décrété d*accusation. Pour se soustraire à Téchafaud, il ce dçnna Iqi-mê la mort (1793),

première fois qu'il parut à l'assemblée , s'y présenta affublé du bonnet rouge ? Le côté droit jeta un cri de surprise et d'indignation. On n*a jamais su définir le caractère de oet homme qui a des actes honorables dans sa conduite. C'était un ambitieux qui employa l'inirigue comme moyen Jo. parvenir. Ses collègues, Seroan, Roland^ Clavière, étoient tout uniment des républicains ; Duranton , ministre de la justice, éioit nul.

Ce fut Dumouriez qui entraîna le conseil du roi dans la fa,t.^1e résolution de la guerre. Il étoit brave, présomptueux , avide de gloire et peut-être d'argent, mais certainede pouvoir et de domination. La conquête de la Sique, qu'il regardoit comme assurée, devait être son ut éclatant. Enfin son système prévalut; je suis encore à. la séance du 20 avril. Le roi vient proposer à rassemblée de déclarer la guerre au roi de Hongrie et de Bohême. Sa contenance mal assurée, Taltération de sa voix, aimun- ^^oient d'une manière visible le trouble de ses idées et la tristesse de son cœur. C'étoit pour l'assemblée le sujet dune solennelle délibération. Point du tout, il fallut des eiforts pour l'empêcher de décréter de suite, pour obtenir l'ajour- '^^ixient à la séance du soir. M. Lacretelle dit que le député ^^%uey du côté droit fut le seul qui monta à la tribune Pour s'opposer à la guerre *. Il se trompe encore ici : après ^* vint M. Pastoret , et après M. Pastoret , moi. Mon am- P'^^visation fut courte et vive, car on nous entendoit avec '^P^tience. Elle fut insérée au logographe qui étoit le ^^^îteur de ce temps-là. Je me rappelle c«tte phrase : ■-■"enthousiasme est bon sur le champ de bataille, la pru- ^^nce convient au conseil ; vous êtes, Messieurs , le con-

, 'Le discours de M. Becquey est aux pagrs 183 et suivantes du T. XU

« seil de la France. » Fier conseil, ma foi, queTimpétuei^ise Assemblée de ce jour-làl Mais il y a des moments de verti^^- Le vent du 20 avril étoit à la guerre, elle fut votée a«.^sv bien par le côté droit que par le côté gauche et le cent^'K^^ Sept députés seulement votèrent contre*. Je dis à Fresiem"^

PRÉSIDENCE DE M. BTGOT.

Extrait du Moniteur (Séance du soir du vendredi 20 avril 1792}.

M. Hua. — J'appuie la proposition qui est faite de recommencer dam calme la délibération qui vient d*être prise. J'observe que c*est de ia gesse et de la maturité de votre discussion que va dépendre le sort 25 millions d*bommes. La France entière a les yeux sur vous : craig qu'elle ne vous accuse d'avoir avili le caractère national , en portan légèreté jusque dans les déterminations les plus graves. J'ai entendu par le préopinant que les représentants de la nation ne devaient pas para douter du courage des défenseurs de la patrie : cela est vrai ; mais , p que ce courage ait'une base solide, il fnut que les Français aussi ne pu** sent douter de la prudence de leurs représentants. (Une partie de l'Ass^^ blée applaudit.) Quand , sur le rapport d'un ministre, rapport sur leque ^ ne fais, quant à présent, aucune réflexion, quand, par une discussion p cipitée, et dans une séance du soir (11 s'élève des murmures.)

M. Merlet. — Je demande que l'opinant soit rappelé à l'ordre, a6n q sache que nous sommes Assemblée nationale à 6 heures du soir comm 10 heures du matin. (On applaudit.)

M. Hua. — Je dis que l'enthousiasme est bon sur les champs de bsitaiL mais que la prudence doit être au Conseil; et c'est vous, Messieurs, êtes le Conseil de la nation.

Comment est-il possible à des représentants du peuple , qui sont pén très des fonctions importantes qu'ils vont remplir, de précipiter leurs dé bérations ? (Les murmures recommencent.)

M. le Président. — M. Hua, je vous observe que vous n'avez demandé parole que pour une motion d'ordre.

M. Hua. — Je dis qu'il est une motion d'ordre à faire, qui paraîtra sa doiiie'bien juste à ceux qui ont à cœur que l'Assemblée prenne le ton gravité qui lui convient : c'est que la discussion ne soit pas ouverte sur-l champ et surtout qu'elle ne suit pas terminée dans cette sépnce. Eu e

le ade a re re ur s-

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« AS on ami , voilà un décret qui détrône le Roi. » — « Ah ! tn^ répondit-il , il y a loin de là. » En moins de quatre rrirOisma prédiction fut accomplie.

Il faut voir en effet comment les événements se précipitèrent : le trouble de l'intérieur s*accrut par les dangers du ors. Le premier ministre Dumouriez, qui ne doutoit de n, avait, malgré les représentations du vieux général

il est de principe qu'il faut que la guerre, avant d*étre déclarée, soitdé^ Tnontrée inévitable, et par conséquent il estjde notre devoir rigoureux de cïonvaincre tous les individus de la nation.... (Il s*élève des murmures et «luelques éclats de rire), oui, tous les individus delà nation,... que la guerre est le seul parti qu'il nous reste à prendre. On est allé précipitamment aux ^oî-x sur la question de savoir si on ouvrirait sur-le-champ la discussion. '^ parait que l'affirmative a été décrétée ; eh bien ! moi , je dis que je n*ai ■^îexï enteniu de tout ce que M. le Président a mis aux voix, et que le ^^■Tkiilte, ayant empêché un grand nombre de membres de participer à la ^^ii aération, ils ont le droit de demander qu'elle soit recommencée !

Il sefait une nouvelle épreuve sur la proposition d*ouvrir sur-le-champ la ^i^c^ussion ; elle est redécrétée presque à l'unanimité et au bruit des apl^l^^jdissements des tribunes.

I^es minisires entrent dans la salle pour assister à la discussion. . . .

IM. Dumas insiste pour parler.

•S\efus de l'Assemblée.

X^'Âssemblée entre en délibération. \\ se fait un profond silence. Le dé- •^^'t d'urgence est porté.

^M. le Président met aux voix la proposition du roi.

îile est adoptée par une délibération unanime et au bruit des applaudislents de tous les spectateurs.

ÏWM. Théodore Lameth, Jaucourt, Dumas, Gentil, Baert, Hua et Becquey **^ lèvent seuls contre le décret.

^M. Pastoret, Becquey, Daverhoult , Guadet , Bazire, Mailhe, Dubayet ï***^nnent la parole.

On renouvelle la demande de fermer la discussion. Bl. le Président se dispose à mettre aux voix la motion de M. Bazire. De violents murmures re))ousf enl cette proposition. On observe qu'elle "^'est pas appuyée.

Rochambeau qui vouloit d'abord exercer et discipliner ses troupes, ordonné une attaque sur les frontières du nord. L'avant-garde, sortie des murs de Zi7/e, rencontra à quelques lieues les Autrichiens inférieurs en nombre, u en fut pas moins battue, et abandonna ses canons et ses bagages pour rentrer précipitamment dans la ville. Honteux de leur échec, les soldats crièrent à la trahison, et massacrèrent le général Dillon qui les avoil commandés. Une autre altaque fut dirigée sur Mons', les Français furent encore battus, et reculèrent jusqu'à Valenciennes après avoir abandonné leur camp. Lorsque la nouvelle de ces désastres arriva à Paris, on ne peut se figurer Teifet qu'elle produisit sur les imaginations exaltées. Les Jacobins trouvoient leur triomphe dans ces défaites. Leurs tribunes, leurs journaux retentirent d'imputations furieuses. La France étoit trahie, livrée; le Roi s'entendoit avec les ennemis ; etconoment pouvoit-on croire qu'il fît de bonne foi la guerre à sa famille? Ses frères n*étoient-ils pas à la tête des émigréî» ? On rencontroit partout, même aux Tuileries, des group^^ qui se formoienl autour de la salle de nos séances, et so^* les fenêtres du château ; là, tous les hébétés de Paris éco^^' toient des orateurs qui dénonçoient, qui vociféroient; l^* quand un député du côté droit pas oit, gare à lui s'il ét<^^ reconnu. J*étois malheureux avec ma grande taille : lo^^^ les gueux de Paris me reconnoissoient A ce sujet, voici ^-^^ trait dont je me souviens. Il y avoit, au côté droit, un ci** tivaleur du départemeiit de Seine-et-Marne, M. Morea*^ • brave homme, rempli de bon sens, et qui, je ne sais poi* **'

MM. Jaucourtel Hua la reproduisent.

M le Président consulte TÂssemblée.

Elle décide presque unanimement qu*il n*y a plus rien à délibérer su ^^ prolonp^atioif 4^ I? dfscussioo ji troi^ jours.

{Moniteur, T- Xlï, p. 186.)

<I^oî , m'avoit donné sa confiance. Il me consultoit dans les discussions qui Tembarrassoient, etdans ces occasions, il venoit médire en riant : a Monsieur Hua, prenez garde à a ce que vous allez faire, car je voterai comme vous. » Il était remarquable par une très-belle figure qui n'éloit pas déparée par ses chev^x plais; moi, je Tétois par mes six pieds de haut : comme un clocher, j'attirois sur moi les ft>udres populaires. Un jour que nous traversions ensemble les Tuileries en sortant de T Assemblée, un groupe se forme autour de nous et nous suit. Je reçus 1^ mes compliments accoutumés, auxquels je ne faisoit guère attention. Tout à coup, une voix s'élève : « Regardez donc ce drôle d*aristo- « crate, c'est un mâtin de paysan^qui gardoit les vaches

« dans son pays » A ces paroles, M. Moreau se retourne

avec une véritable dignité. « Je suis, dit-il, Messieurs, non « pas un gardeur de vaches, mais un honnête cultivateur ; « j'étois plus respecté dans mon village que je ne le suis c< depuis qu'on m'a envoyé législateur à Paris. » Cette réponse simple d'un homme vénérable, imposa aux gueux quii nous laissèrent aller.

Que faisois-je pourtant dans l'Assemblée au milieu de ce voulvari? Je travaillois consciencieusement dans mon cormiié de législation avec de très-dignes collaborateurs au2>si niais que moi. Il s'agissoit bien de faire des lois, quand on allait faire un • révolution I L'Assemblée consli- ^i^anie, qui avoit traité le Roi comme s'il n'en falloit plus ®n France, lui avoit ôlé une des plus belles prérogatives "^ ia couronne, le droit de faire grâce et de commuer les P^iïies en matière criminelle. Je fis au nom du comité un ^^Pport à l'Assemblée sur la nécessité de rétablir ce droit '^^êra.lien. Ah ! comme je fus reçu, sifflé par les tribunes, ins^it^^ et vingt fois interrompu par le côté gauche! C'est pour* le coup que je fus regardé commç qn fler aristocrate!

Ce fut à graiid'peine que le côté droit fit ordonner Tînapression de ce rapport. Je ne sais ce qu'il est devenu. Ma belle-mère Taura brûlé avec mes autres ouvrages politiques à une époque dangereuse où ces écrits auroient pu noe compromettre. Elle fit, en 1793, au /noment de la terreur, un voyage deNogent à Paris exprès pour les supprimer; 1* bonne femme y mit tant de zèle, qu'elle jeta péie-mêle dans le feu, jusqu'à un recueil de mes poésies et autres œuvres très-innocentes. Rien ne fut épargné dans sa frayeur.

A quelque temps de mon rapport, Gorguereau , q^* étoit aussi membre du comité de législation, en fit i^* autre qui lui valut lexécration de tout le parti. jacobin. Ce Gorguereau étoit un homme sévère jusqu'à ^* dureté , d'une vertu intraitable, incapable de dissinci*^' 1er, de transiger avec des gueux qu'il aurait étrang"!^^' Il a voit à proposer des mesures de rigueur pour co^*^' primer les troubles, il remonta à leurs auteurs bien connu* ^' dévoila sans ménagement leur but, leurs moyens, arraoï-** leur masqué de patriotisme, et les fit voir ce qu'ils étoie*^ '

c'est-à-dire des hommes affreu<. Les Girondins aussi ne f^*^'

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rent pas épargnés dans cette harangue éloquente et terri par le ton avec lequel elle fut proiipncée. Mais, grand Di <^ ^* quel orage ! On eût dit que l'orateur avoit soufflé les tempêt^:^^* Le coté gauche s'arracha de ses bancs, se répandit dans salle en flots tumultueux, qui s'amonceloient autour la tribune, comme pour l'envahir. Le côté droit se jeta da la mêlée, les attitudes étoient menaçantes, les plus furie? avoient les bras terïdus et les poings en avant, on pouv se battre en vérité; mais dans ces extrémités qui vonl (• venir plus fréi|uentes à mesure qu'on avancera vers dénouement, les impartiaux qui mouraient de peur s'int^-^ posaient toujours pour mettre le holà. Que faisoit poL^ ^ tant mons Gorguereau? il étoit immobile à la tribune, I^^

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aras croisés, avalant un verre d*eau sucrée en attendant que le tapage finît; dans les intervall»*s. il reprenoit ses malédictions tout juste à Tendroit où il avait été interrompu. G'étoit merveille de contempler son imperturbable sangfroid. Dix foison voulut lui ôter la parole, dix fois elle lui lut maintenue par décret, et il alla jusqu'au bout. On demanda rimpression de son rapport : le côté gauche, qui y trouvoit son acte d'accusation, réunit tous ses efforts pour Fempêcher. L'impression n'eut pas lieu. Comment se faitil que M. Lacretelle me dise pas un mot de cette séance pourtant très-remarquable? Il a beaucoup omis dans son histoire très-superfi<:iellè ; Gorguereau n*y est pas même nommé.

Puisque je suis sur ce chapitre, je vais raconter la mésaventure d'un autre député du côté droit, Frondière, CVtMJt uij avocat de Rouen qui apportoit avec lui la réputation d'un grand orateur. Pourtant, depuis plus de six mois qu'il étoit à l'Assemblée, il n'avait pas ouvertla bouche. Nous lui disions : « Mais, M. Frondière, quand donc parlerez-vous ? Vous voyez que nous avons besoin d'aide, que nous n'avons P^s assez d'orateurs pour répondre à toisces bavards du coté gauche. Ce n'est pas assez de les mépriser, il faut les ''^futer.» Notre homme, piqué de ces reproches et encouragé P^r nos compliments, se détermine enfin. Il s'élance un jour à la tribune pour dire que les Jacobins étoient des

gueux '. Ils lu savoiont bien ; mais ils ne vouloient pas

qu'on leur en fît la déclaration en face.

1. L'incident Frondièrn est tro|) curieux pour ne pas élre robjel de quelques détails ; le Moniteur le rapporte en ces termes :

Guadet était à la tribune. — Qne la garde du roi soit illégalement organisée, c'est une vérité....

M. FrondiAre. — Avant que M. Guadet continue, je le pri«î de parler en

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