Devenu pair de France sous la Restauration
6. Merlin de Thionville, ainsi désigné pour le dislinguer de Merlin de Douai, aussi fameux par ses connaissances et son talent de jurisconsulte que par sa triste carrière politique.
7. Bazire (Claude), né en 1761, fils d'un négociant de Dijon. Il avait d'abord voulu embrasser l'état ecclésiastique. Dès le commencement de la Révolution, il s'en montra partisan très- zélé, et fut nommé administrateur de district, puis «léputé à l'Assemblée législative, où il se signala par la violence de ses motions. Il vota la suppression du costume religieux, pro-
ï'ex - capucin Chabot ' , l'odieux paralytique Cou-
voqna la création d'un comité de surveillance , demanda le séquestre des biens d'émigrés et dénonça le comité autrichien. C'est contre lui que fut décerné, par le juge de paix Larivière , un mandat qui, bien qu'annulé par l'Assemblée, n'en coûta pas moins la vie à ce magistrat lors des massacres de septembre 1792.
Bazire formait alors, avec Chïbot et Merlin de Thionville, le fameux trio cordelier contre lequel fut dirigée l'épigramme suivanle :
Connaissez-vous rien de plus sot Que Merlin, Bazire et Chabot ?
— Non, }e ne connais rien de pire Que Merlin, Chabot et Bazire, Et personne n'est plus coquin Que Chabot, Bazire et Merlin.
Ce fut lui qui proposa le licenciement de la garde du roi et des officiers de l'armée, en demandant que la nomination de ceux-ci fût dévolue aux soldats, mesure subversive de toute discipline. Plus tard, il dénonça La Fayette, dont il demanda que la tète fût mise à prix. Il fut l'un des principaux instigaleurs des journées du 20 juin et du 10 août.
Devenu membre de la Convention, il demanda, dés les premières séances, la peine de mort contre quiconque proposerait de créer une puissance individuelle héréditaire et vota l'abolition de la royauté. Son nom figure néanmoins parmi les députés qui, dans un écrit publié en septembre 1792, étaient désignés comme ayant reçu des sommes considérables delà cour. Dans le procès de Louis XVI , il dem;inda qu'il fût jugé sans désemparer et \ola la mort.
Il fut nommé membre du comité de sûreté générale, et alla en mission à Lyon. A l'époque du 31 mai, il s'éleva contre les Girondins, et, le 2'2 juillet, dénoi.ça le général Cu^tine et fil décréter son arrestation.
Plus tard , devenu suspect , Robesjierre le lit accuser de friponnerie, d'intelligence avec les agioteurs. Enveloppé dans la chu'e du parti de Danton, il périt sur l'échafaud le 5 avril 1794.
[Biographie universelle, T. III, p. 355-356.)
1. Chabot (François), né en 1759, à Saint-Géniez, dans le Rouergue , était dans l'ordre des Capucins, quand éclata la Révolution. Il jeta le froc et fut sucressivemenf député à l'Assemblée législative et à la Convention. Il vota toutes les mesures violentes et sanguinaires qui furent prises à cette
tkon^Lecointre^ deYersaiWes, fou atroce, rAuno^ l'assassin, et tant d'autres, car vous verrez que, dans la Convention, plusieurs de ces hommes sont devenus des monstres. Beaucoup d'entre eux portoient des figures basses ou sinistres^ ou bien avoient le regard faux, signe infaillible, car l'œil est le miroir de l'âme, il réfléchit ses pensées les plus secrètes. Ainsi l'on pouvoit prévoir ce que seroit C... dont la laideur quand il vous regardoit n'étoit plus supportable ; Guadet^ à la tribune avoit l'air ri'un chat en colère; Couthonavec un ton mielleux déguisoit mal son naturel farouche; c'étoit l'hyène qui soupire après la proie qu'elle va dévorer.
J'entends déjà qu'on m'accu^^e d'exagération ; je jure au contraire que je ne dis que la vérité. Mais apparemment il y avoit d'honnêtes gens dans ce côté gauche? Sans doute. Le proverbe normand dit qu'il y en a partout. De quelle espèce pouvoient êtreceux-l;"i? Des fanatiques ou des imbé-
époque et devint l'un des membres les plus redoutés du club des Jacobins. Accusé en 1794 par Robespierre , il fut guillotiné le 5 avril. Il avait éic un des principaux rédacteurs du Catéchisme des Sans-Culottes.
1. Couthon (Georges), né à Orcet , en Auvergne, en 1756, était avocat à Clermont, lorsqu'éclata la Révolution. Député à l'Assemblée législative et à la Convention nationale , il y professa les doctrines les plus violentes. Ami de Rolv spierre, membre du comité de salut public , il appuya toutes les mesures sanguinaires. Envoyé à Lyon après la prise de celte ville, il y établit le règne de la Terreur et fit démolir les édifices les plus remarquables. La chute de Robespierre entraîna la sienne ; il périt sur l'échafaud. Coulhon était paralysé des jambes.
2. Lecointre (Laurent^ marchand de toiles , à Virsailles, s'est fait remarquer par se» dénonciations perpétuelles, poursuivant également les Girondins elles Terroristes. Il mourut exilé en 1805.
3. Guudet (Marguerite-Élie), né en 1758, à Saint-Émilion , pi es Bordeaux , était avocat en cette ville en 1789. Dépmé à l'Assemblée législative et à la Convention, il fut , ainsi que les autres Girondins, mis hors la loi, le 31 mai 1793, et se sauva avec quelques amis dans sa ville natale. Mais il y fut arrêté et périt sur l'échafaud (1794).
ciles; des fanatiques qui tendoient à un but de liberté exagérée ; des imbéciles qui ne voyoient pas qu'on les poussoit à ce but. Tous y étoient dirigés par des ambitieux qui formoient ce qu'on appeloit alors le parti de la Gironde, renégats politiques qui sourioient à tous les désordres, parce que, suivatiteux, ils dévoient leuramener le pouvoir Ils y trouveront la mort.
Voilà donc l'intérieur de l'Assemblée. A présent voyons sa position au dehors.
Le club des jacobins existoit dans toute sa force ' ; sa popularité éloit immense ; les pouvoirs constitués, dans lesquels ils avoient de nombreux partisans, ne pouvoienl arrêter sa marche révolutionnaire; c'est de lui au contrairequ'ils recevoienL une impulsion désordonnée. Le temps n'est pas loin où la couronne de France sera remplacéepar le bonnet rouge. Le côté droit de l'Assemblée chercha son appui dans une coalition contraire qui seroit composée d'hommes dévoués à la monarchie et au maintien des lois. Le club des Feuillants fut établie Iltiroit sa dénomination, comme celui des Jacobins^ des deux couvents dans lesquels ils s'étoient
1. C'était orinigairemenl le club Breton, fondé, dès le début de la révolution, par Le Chapelier et G'ezen, dé|>utés de la Bretagne ; c'est là que dominèrent quelque temps Adrien Duporl , Lameth et Barnave , c'est-àdire le parti des constitutionnels.
Plus tard , Robespierre, Péthion, Antoine y prirent de l'influence. Lorsque l'Assemblée constituante fut transférée à Paris, le club Breton devint le dub des Amis de la constitution ; ouvert le 6 octobre 1789, dans le couvent des .Jacobins, rue Saint-Honoré, il acquit bientôt une renommée sinistre, sous le nom de « club des Jacobins ».
2. Club des Feuillants. — Soiîiété formée de la scission de la partie modérée du club des Jacobins, qui s'appela d'abord Société de 1789; tint ses premières séances au Palais-Royal, et prit le nom de Feuillants, quand elle vint s'établir au couvent des Feuillants, près des Tuileries.
On comptait parmi ses principaux membres : La Fayette , Bailly, Duport,
installés. Singulière destination de ces lieux autrefois si paisibles, qui étoient convertis en arène de gladiateurs. Je ne voulus pas être feuillant ; à l'exemple de plusieurs de nos amis, je répugnois à tout ce qui avoit l'air d'une coterie; ma mission de député étoit à l'Assemblée, et je n'en sortis point. Je dirai en passant que l'ambitieux /^erau/^ de Séchel/es^, qui dans les premiers jours siégeoit au côté droit, le déserta de dépit de n'avoir pas été nommé à la présidence du nouveau club constitutionnel. Au surplus l'existence de ce club ne devoit pas être de longue durée : les jacobins ameutèrent le peuple contre lui. Des groupes en obstruoient les portes, et on ne pouvoit y entrer ou en sortir qu'à travers les insultes et les menaces. En vain on réclama l'appui de l'autorité publique ; Pétion éto'it alors maire de Paris: c'étoit un avocat de Chartres qui s'étoit fait une certaine réputation dans l'Assemblée constituante; voici ce que répondit cet étrange magistrat : « La loi vous protège ; mais le peuple s'est « prononcé contre vous: c'est la voix du peuple que je dois « écouter «.
Restoit donc pour le côté droit l'opinion des honnêtes gens: faible appui dans les temps de troubles, cette opinion devoit être bientôt comprimée par la terreur. Le trône que
les frères Lameth. Leurs adversaires leur avaient donné le nom de « club monarchique ».
Il ne fut plus question de ce club après le 10 août.
1. Hérault de Sechelles (Marie-Jean), né à Paris, en 1760, d'une famille ancienne et noble , était avocat général près le parlement de Paris, au moment de la Révolution. Successivement député à l'Assemblée législ;itive et à la Convention , il siégea dans les rangs des plus ardents révolutionnaires. Il présida la Convention au 2 juin , lors de la proscription des Girondins ; la ronstitution de 1793, établie après cet événement, fut principalement son ouvrage. Il fit aussi partie du comité de salut public.
.arrêté le 9 mars 1794, quelques jours avant Danton, son ami, et Camille Desmoulins, tous marchèrent ensemble à l'échafaud, le 5 avril.
nous allions défendre devoit au moins nous soutenir et faire cause commune avec nous. Chose incroyable! nul secours ne nous vint de ce côté. L'esprit de la cour étoit mauvais; le roi étoit peut-être le seul qui vouliit sincèrement le maintien delà constitution. La reine,il faut le dire, nepartageoit pas ses sentiments sur ce point ; son éloignement des nouvelles institutions étoit mal dissimulée. La fierté autrichienne avoit trop à en souffrir. Quant aux gens de la cour qui n'avoient plus de faveurs à attendre, ni de crédit à espérer, ils détestoient cordialement le régime qui en avoit tari la source, et soupiroietit après sa destruction.
Une autre opinion perdit tout, et c'étoit pourtant celle d'hommes honnêtes et raisonnables. Ilsjugeoientque le nouveau régime ne valoit rien, mais qu'il devoit périr par luimême, par ses propres excès: en sorte que, loin de s'effrayer des troubles, ils étoient tout disposés à s'en réjouir. Ils estimoient et plaignoient les députés du côté droit; mais ils sourioieiit aux déportemenis du côté gauche. « Voilà une mauvaise loi, le roi sera obligé d y mettre son veto, il y aura maille à partir... il y a désordie dans l'administration, les autorités ne s'entendent pas, elle se heurtent, des troubles s'élèvent dans les provinces, il se passe des horieurs dans le midi... tant mieux , cela finira plus vite ». Voilà ce que j'ai entendu cent fois, et ces vœux ine|)tes étoient formés par de très-honnêtes gens, tant est commun dans les temps de crise l'esprit de vertig ■ et d'erreur ' I
1. Le désordre était universel , et l'état des choses , la disposition des esprits, étaient tels, que riioiiime le plus éioinent en talent et en caractère n'aurait i)U y remédier qu'en s'emparant de l'autorité. C'était un spectacle unique dans l'histoire du monde que la révolution qui venait de s'opérer, et celle qui se préparait: car tout annonçait la dissolution du corps social en 1792 ; toutes les anciennes institutions étaient détruites ; celles qui les remplaçaient étaient sans consistance.... Toutes les classes de la nation,
Nous étions donc placés sur un volcan; des journaux incendiaires dévoient en être la mèche, car. dès les commencements de la liberté de la presse, elle devint une licence effrénée, et encore aujourd'hui, malgré de fort belles lois faites pour en régulariser l'action, on n'a pu parvenir à en comprimer les écarts, ^owapar^e seul en étoit venu à bout en la supprimant. Que fit-elle au temps de l'Assemblée législative? Vanter le côté gauche, dénigrer le côté droit, voilà quelle futsa tâche ; ellel'a remplie constamment pendant le cours de la session. C... faisoit un journal auquel le nom de ce philosophe donnoit de la faveur; il mentoit périodiquemej t avec une effronterie qui depuis n'a point été surpassée. Les opinions du côté droit étoient mutilées, travesties au point que ceux d'entre nous qui lesavoient émises ne les reconnaissoient plus en les lisant le lendemain dans son journal. On lui en faisoitdes reproches, on l'accusoitde perfidie, et le philosophe sourioit. Une clique d'écrivains subalternes étoit attachée comme une meute de chiens après nous. Un journaliste qui s'étoit chargé d'empoisonner plus particulièrement le département de Seiiie-et-Oise, Gorsas ', fit rage contre les députés constitutionnels de ce département. La députation étoit de quatorze membres; onze étoient du côté droit; les trois jacobins du côté gauche étoient Le Coin/re. Haussmann et un prêtre renégat appelé Sassal,
toutes ses subdivisions sociales ou politiques étaient en convulsion ou en délire.
Les républicains seuls, dans ce désordre, mettaient de la suite et de l'audace dans leurs projets; et les clubisies, associar.t à leur empire la populace, proclamaient partout les maximes et les fureurs d'une démocratie licencieuse.
(Mulouet, T. II, pp. 120 et 121.)
1. Avoit-il des chemises , Gorsas ? 11 en avoit trois grises.
(Refrain d'une chanson de ce leii ps-là.j
tous trois de Versailles, ce qui prouve dans quel esprit Versailles avoit nommé \
C'étoit là, d'après Gorsas^ les patriotes purs ; nous étions, nous, des conspirateurs dont le peuple devoit faire justice; et en effet, après le iO août , Dumas, C héron, Soret et moi fûmes peadus en effigie à Saint-Germain, résultat naturel des calomnies de ce libelliste et des fureurs populaires qu'il avoit amassées contre nous.
A présent que notre position est connue, j'entre dans le récit des faits : je ne m'arrêterai qu'à ceux rjui ont de l'importance, qui ont eu de l'influence sur les événements. Ce seroit temps perdu que de s'occuper du reste.
Nous avons débuté par deux discussions majeures, Tune sur les émigrés, l'autre sur les prêtres appelés dissidents, parce qu'ils avoient refusé de se soumettre à la constitution civile du clergé. Ces deux fatales discussions étoient de nature à mettre le feu partout. La saine politique vouloit qu'on ne parlât ni d'émigrés, ni de prêtres. Maislesjacobinssaisirent avec empressement ce brandon de discorde et le jetèrent au milieu de l'assemblée.
Les opinions ont été bien divergentes sur les émigrés. Ceux qui n'ont vu que leurs malheurs , les ont admirés. Ils ont été maudits par ceux qui n'ont vu que leurs fautes. Pour être juste , il faut absolument distinguer deux temps dans l'émigration.
La première, qui eut lieu immédiatement après les décrets de l'Assemblée constituante qui supprimoient la féodalité et la noblesse, fut l'émigration de l'orgueil. J'en parle ainsi, parce que j'ai été témoin. Jevoisencorecettefouled'hommes
1. Nous nous réunissions à l'îner une fois par semaine, pour parler des affaires du département. Nous fûmes obligés de chasser ces trois gueux , qui ne parloient que de tuer, même à table.
exaspérés, fuyant la patrie qui ne leur avoit point encore fait de mal, et allant chercher, disoient-ils, l'honneur à Coblentz. On ne se fait pas idée de leur arrogance, de l'impertinence de leurs manières et de leurs propos. Ces preux chevaliers abandonnoient la patrie et le roi; pour les servir, ils alloient brandir au delà du Rhin leurs inutiles épées qu'ils auroient bien mieux employées au 10 août, si toutefois un 10 aoiît fût arrivé : car il faut bien remarquer que l'action des émigrés produisit la violente réaction des jacobins ; elle leur donna une force que sans elle ils n'auroient jamais eue. En effet, que disoient-ils au peuple? « Vous « pouvez voir à présent où sont vos ennemis, où sont vos « défenseurs. Vos ennemis sont les prêtres et les nobles. « Pendant que les unsfomententdans l'intérieur une guerre « intestine, les autres la déclarent formellement au dehors. « Ils sont en armes, ils appellent l'étranger à leur se- « cours»... Quant à nous, députés du côté droit, nous étions d'intelligence avec les transfuges , nous étions les députés de Coblentz. Nous voulions renverser la constitution qui étoit l'objet de notre haine commune. Ainsi nous voilà devenus suspects au peuple; dès ce moment, nos moyens sont paralysés, et nos efforts pour le bien seront nuls. Le roi éioit dans une position encore plus désespérante. En vain il protestera de la pureté de ses intentions , on n'y croira pas; et comment y croire, lorsqu'on voit les princes ses frères en armes à la tête de l'émigration, ou sollicitant dans les cabinets étrangers des secours pour elle? En vain le roi les rappellera par des proclamations publiques , on supposera des instructions secrètes qui les engagent à rester. Le roi peut-il parler franchement de paix, quand c'est pour lui qu'on prépare la guerre? Peut- il briser ses affections naturelles et devenir un ennemi de sa famille? Il étoit évident que la nation étoit trahie... Voilà
par quelles idées onaliénoit, iio ëchauffoit les esprits. Comment taire marcher la constitution au milieu des alarmes publiques? Le gouvernement, toujours occupé à se justifier, à se défendre, n'avoit plus le moyen d'agir. La première émigration produisit tous ces maux ; les incrédules ne nieront pas au moins qu'elle en fut le prétexte, qu'elle en augmenta l'intensité. Et s'il étoit possible de la justifier par les intentions, il faudroit encore la juger, la condamner par les effets.
Quant à la seconde qui eut lieu après le 10 août, après le 2 septembre, celle-là malheureusement étoit trop bien justifiée. Il n'y avoit plus d'autorité publique en France pour protéger les personnes et les propriétés. La force étoit aux factieux; ces émigrés, nobles et prêtres, fuient la persécution qui commence; une terreur légitime précipite leurs pas vers l'étranger. Ceux-là ne menaçoient pas la France qu'ils quittoient en pleurant; il a fallu une assemblée aussi atroce, aussi absurde que le fut depuis la Convention pour lancer sans distinction ses décrets de mort sur tous ces malheureux.
Je reviens à l'Assemblée législative.
Le temps des persécutions n'étoitpîs encore arrivé : aussi nos premières mesures nefurent pas violentes; on n(^ vouloit que faire rentrer les émigrés en Franco, parce qu'en effet leur présence à l'étranger étoit fort dangereuse. Ce fut à l'occasion de cette discussion que le côté droit et le côté gauche se mesurèrent. L'opinion la plus modérée devoit succomber. « Faites, disions-nous, des lois sages qui ramènent l'ordre « en France, c'est le moyen d'y faire rentrer les émigrés. « Plusieurs d'entre eux fuient des malheurs qu'ils prête voient , faites voir qu'ils n'ont rien à craindre, que vous « voulez être justes, et que le gouvernement est assez fort « pour protéger efficacement tous les citoyens. Sans doute
« il en est parmi eux que votre modération ne ramènera « pas. Qu'importe? Ceux-là seroient plus dangereux au « dedans qu'ils ne le sont au dehors. Laissez là ces vains « rassemblements qu'ils appellent une armée, laissez agir « le temps, la discorde, l'ennui, la misère; ils la vaincront « bien sans vous « !... Ces raisons ne furent point écoutées. Deux décrets furent rendus. L'un prescrivoità Louis-Stanislas-Xavier , prince français , (depuis Louis XVIIl) de rentrer en France dans le délai de deux mois, faute de quoi il seroit censé avoir abdiqué son droit éventuel à lacouronne. L'autre déclaroit dès ce moment suspects de conjuration contre la France les émigrés rassemblés au delà du royaume, et déclaroit coupables ceux qui seroient encore en état de rassemblement le 1er janvier 1792.
Il falloit tout de suite s'occuper des prêtres; cette discussion fut plus orageuse que la première. Qu'avot-ion pourtant à leur dire? Ceux d'entre eux qui étoient émigrés se trou voient atteints par le décret qui venoit d'être rendu. Ceux qui étoient restés dans l'intérieur vi voient sous l'empire des lois. Le refus de prêter serment à la constitution civile du clergé n'étoit pas un crime, c'étoit un acte de liberté religieuse. Le gouvernement qui proclamoit toutes les libertés devoit aussi respecter celle-là. De quel danger pouvoient être les dissidents auxquels toutes fonctions publiques étoient interdites? C'étoit donc une persécution qu'on vouloit commencer contre eux. Maisl'histoire prouve qu'en matière religieuse surtout , la persécution rend les esprits plus opiniâtres , et ne fait qu'ajouter plus d'intérêt, plus d'influence aux malheureux qui en sont l'objet.... Les jacobins savoient bien tout cela ; ils en étoient plus ardents à presser une mesure qui devoit enfanter de nouvelles discordes. Je n'eus pas dans cette discussion mon lourde parole; je (is imprimer mon opinion, qui, bien entendu, ne servit à rien. Nous fûmes battus
à une grande majorité. Le décret ordonna aux dissidents de prêter serment à peine d'être privésde leurs pensions. Ainsi on les plaçoit entre leur conscience et la faim, injustice d'autant plus criante , que ces pensions du clergé étoient la foible indemnité des biens dont il avoit été exproprié.
Ces deux formidables décrets n'étoient rien sans la sanction du Roi. Il va faire le premier usage de son droit de veto^ c'est-à-dire qu'il va s'exposer personnellement à la haine d'un parti. Cependant une opinion plus sage venoit lui prêter sa force contre l'esprit de faction. Le département de Paris, dans une pétition dictée par le patriotisme le plus éclairé, avoit supplié le roi de refuser sa sanction au décret sur les prêtres. Les administrateurs qui le composoient, tels que la Rochefoucauld, Talleyrand, de Beaumetz étoient des hommes recommandables par leurs talents et les services mêmes qu'ils avoient rendus dans l'Assemblée constituante à la Révolution. Cet acte courageux irrita l'Assemblée législative, et, je crois pouvoir le dire, avec raison. Il n'appartenoit pas à une autorité secondaire de contrarier la sienne , de dénigrer publiquement ses actes. Cette lutte n'étoit rien moins que constitutionnelle. Il falloit laisser au roi son libre arbitre, attendre avec respect, et ne pas essayer de lui arracher sa décision. D'ailleurs que produisit cette pétition du département? Des pétitions en sens contraire. Des jacobins enragés vinrent les déclamer à la barre de l'Assemblée à laquelle ils demandoient la punition de magistrats parjures. Je ne sais quelle pudeur, ou quelle peur l'arrêta.
On pense bien qu'un débat si orageux n'apporta pas la paix dans l'intérieur. L'esprit révolutionnaire bouilloit dans le club des Jacobins comme dans une chaudière, et se déversoit sur toute la France. Voyez ce qui s'y passe : Semonno^maired'Etampes,assassinédansun rassemblement populaire qu'il ne peut dissoudre au nom de la loi; un
affreux scélérat du midi, Jourdan, qui avoit pris le surnom de Coupe- Tète, entassant dans la glacière d'Avignon les cadavres de ceux que lui et ses frères satellites avoient immolés, crime encore inouï et pourtant amnistié par l'Assemblée qui apparemment ne se c:oyoit pas aussi forte que des assassins. Voilà qu'à la même époque on apprend les incendies et les malheurs ôe Saint-Domingue, l'extermination des colons français de la race blanche par les nègres insurgés de la colonie. Cette catastrophe avoit des causes plus anciennes; mais il est remarquable que les crimes qu'elle produisit devinrent pour ainsi dire auxiliaires de ceux que l'on commettoit déjà et que l'on méditoiten France. On eût dit que 1792 étoit une année fatale, vouée aux malheurs, aux forfaits; les imaginationsépouvantéesn'avoient plusde force pour conjurer des maux auxquels elles se résignoient. On verra bientôt les effets de cette stupeur à peu près générale. Quant à présent, les Jacobins s'essayent, ils préludent, ils ne peuvent encore que fomenter les divisions dont ils tireront parti. Avant tout il faut qu'ils subjuguent l'assemblée, et seuls ils n'en seroient pas venus à bout; mais ils s'appuyèrent sur le parti de la Gironde qui se promettoit bien de les dominer, et qui ne lit que les servir. On appeloit ainsi les députés de Bordeaux , hommes habiles et recommandables par des talents, mais ambitieux et marchant sans dissimulation au renversement de l'ordre établi. Ils ne vouloient pas de l'anarchie pour elle-même, ils ne la vouloient qu'autant qu'il leur en falloit pour arriver au pouvoir. Imprudents, qui ne savoient pas qu'on n'arrête plus un torrent quand on a détruit ses digues ; politiques à vue courte, qui ne voyoient pas que l'acte constitutionnel étoit la transaction entre l'ancien régime et le régime nouveau ; que, hors la constitution , il n'y avoit de salut pour personne.
Ce parti de la Gironde, qui devint fameux , d'abord par ses fautes, et ensuite par ses malheurs bien mérités, soutenoit les Jacobins sans se mêler avec eux ; il les poussoit en avant comme une troupe de bandits qui lui ouvroit le chemin. Il fit plus de mal qu'eux, dans ce sens que les Jacobins se seroient promptement discrédités par leurs excès, tandis que les Girondins factieux, plus modérés, et par cela même plus habiles, exerçoient sur la partie faible de l'assemblée une influence que je ne puis définir , et, avec son aide, rompoienl toutes les mesures par lesquelles on auroit pu déconcerter leurs projets. L'historien de l'Assemblée législative, M. Lacretelle , les a présentés sous un jour favorable; il les a fort mal connus. Son frère aîné , qui siégeoit avec nous, auroit pu redresser ses idées.
Je reviensà nos séances. La plusfameuse futcelle du 20 avril 1792 , dans laquelle , sur la proposition du roi , la guerre fut déclarée. Mais d'abord je dois faire voir par quelles circonstances le roi fut amené à cette terrible extrémité.
Par son refus de sanction des deux fameux décrets , le roi s'étoit mis dans une position vraiment hostile avec le parti dominateur de l'Assemblée. Tel fut l'effet déplorable de ce droit de veto si mal conçu par la Constituante, qui auroit diî, pour donner quelque force à la royauté, lui attribuer l'initiative c'est-à-dire la proposition des lois. Cet ordre de choses , qui existe aujourd'hui , éloit alors d'autant plus nécessaire que le Corps législatif n'étant point divisé en deux Chambres, il n'y avoit plus de garantie contre l'impétuosité d'une Chambre unique qui impiovisoi plutôt qu'elle ne délibéroit ses projets de loi La constitution avoit bien donné quelques règles, mais il étoit si facile (le les enfreindre : ainsi il étoit dit que tout projet de loi avant d'être mis en délibération seroit soumis à trois lectures faites à des intervalles marqués; mais il était dit
aussi que, dans les cas d'urgence, l'Assemblée pouvoit délibérer de suite. Or, tout est pressé pour eux qui veulent détruire ; et avec celte simple formule : il y a urgence ^ on emportoit tous les décrets. C'est ainsi (|ue fut lancé le décret qui déclaroit la guerre, dans une seule séance, et encore dans une séance du soir.
Le pouvoir royal , déjà si fort compromis par la nature même des institutions, ne pouvoit reprendre d'action que par la fermeté personnplle du monarque, secondé d'un conseil sage, uni de principes , courageux et absolument dévoué. Malheureusement le roi étoit faible, ses ministres étoient divisés d'opinion, découragés, et quelquefois épouvantés. L'Assemblée les traïuoit à sa barre, les fraitoit avec déli.ince et mépris. ILi étoient déiioncés à l'opinion |)ublique comme des traîtres. Ainsi le ministre de la marine, Bertvcuid de MuUeviU.e ^ échappa à grand'jieine au décret d'accu:-atioii (jue le côté gauche de l'Assemblée avoit proposé contre lui , mais il fut déclaré qu'il avoit perdu la confiance de la nation '. M. de Lessart'^, ministre des rela-
1. Le roi n'avait plus pour ministres que des hommes désignés par le club (les Jiicobins el qui en professaient les maximes ; on av;«it dénoncé et on l'avait forcé de renvoyer tous ceux qui n'étaient pas sur cette ligne, tels que MM. Bertrand, de Lessart, de Grave, Narbonne et Mouciel, plus ou moins c institutionnels, mais incapables de trahir la confiance du roi, s'il leur en avait accordé. Au moins ne voyait-il pas en eux des ennemis, quoiqu'une imprudence de M. de Narbonne eiit pxcité son juste mécunlentenient. Lorsque ce malheureux prince eut pour tout conseil Roland, Llavière el Dumouriez; obligé de sanctionner les décrets contre les | rèlres, contre ses frères , ou de résistera ses ministres ainsi qu'à l'Assemblée, il sentit enlin toute l'hurreur de sa position.
(Malouet, Méra., T. il, p. 1-28.)
2. Antoine Valdec de Lessart, né en 1742. Maître des requêtes par la protection de'Nerker. qui le chargea, sous sa direction, d'une partie de la
tîons extérieures, ne fut pas si heureux. Son poste étoit bien difficile, ses relations diplomatiques étoient suspectes, il étoit pourtant de bonne foi; il suivoit avec les puissances étrangères un systènne de modération qui ménageoit auprès d'elles les intérêts du roi , ceux de la Fiance, évitant toute rupture, et temporisant pour attendre des circonstances meilleures. Il avoit demandé à l'empereur d'Allemagne de ne plus souffrir le rassemblement et l'armement des émigrés dans ses États. Cette demande étoit juste et politique. La présence des émigrés sur la frontière étoit une cause permanente d'irritation dans l'intérieur. Léopold ^ prince pacifique, y avoit accédé; il avoit défendu les rassemble-
direction des finances, il lui succéda comme contrôleur général, le 4 décembre 1790, après le court intérim de Lambert; passa à l'intérieur, le 25 janvier 1791, et, le 27 novembre suivant, remplaça M. de Montmorin aux affaires étrangères Décrété d'accusation le 10 mars 1792, à la suite des discours de Brissot et de Vergniaud, qui lui reprochèrent d'avoir favorisé les progrès delà coalition, il fut massacré à Versailles, le 9 septembre suivant, avec les prisonniers qu'on y transférait d'Orléans. Bertrand de Molleville dit de lui : « Il avait le sens droit, l'âme honnête et délicate; « peut-être aurait-il eu de l'énergie dans le caractère, s'il avait eu une meil- « leiire santé; il était singulièrement attaché au roi». (Note des Mém. deMalouet, T. I, p. 280. î
De Lessart fut accusé de trahison, et Brissot le fit décréter d'accusation (10 mars 1792); c'était la réponse de l'Assemblée au renvoi de Narbonne. Le roi se vit réduit, à partir de ce moment, à choisir ses ministres parmi les Girondins. La nomination de Uumouriez aux affaires étrangères (15 mars) avait été suivie de cède de Lacoste à la marine, de Roland et de Clavière à l'intérieur et aux finances. Le ministère girondin, complété bientôt par l'entrée de Servan à la guerre, et de Duranton à la justice (14 avril;, devaitdisparaîlre lui-même le 12 juin, et par sa retraite, donner un nouveau prétexte à l'insurrection du 20 juin M™e de Slaël, Considérations). L'Assemblée, par le choix des ministres qu'elle imposait à la royauté, préludait à la déclaration de guerre du 20 avril conlce l'empereur.
ment d'émigrés dans les provinces belges, mais il s'en fbrmoit dans l'électorat de Trêves, et le ministre de Lessart insistoil pour une évacuation complète. L'Assemblée le tourmentoit à ce sujet , elle vouloit qu'il lui rendît compte de l'état des choses , et (jue la correspondance diplomatique fut mise sous ses yeux. Cette prétention n'était pas du tout constitutionnelle ; le ministre ne devait compte des affaires de son département qu'au roi. D'un autre côté , il était d'un grand intérêt de calmer les esprits. Voilà donc qu'un jour M. de Lessart arrive à l'Assemblée et lui fait lecture de sa correspondance avec le prince de Kaunitz, premier ministre de l'empereur. II lit même une note confidentielle que, mieux avisé, il auroit dû taire, mais dont il attendoit un bon effet. Elle étoit conçue dans ce sens : le ministre autrichien promettoit l'intervention de l'empereur pour taire cesser les rassemblements d'émigrés dans l'électorat de Trêves, mais il y mettoit cette condition que le roi de France sei'oit respecté dans son autorité; que l'Assemblée songeroit à s'affranchir , ainsi que la nation , de la honteuse domination des clubs (jui causoient tous les troubles de la France, et éloient, par leurs docrines anarchiques , un sujet d'effroi pour tous les gouvernements. Faute d'une prompte satisfaction sur ce point, le ministre annonçoit (]ue la résolution de son maître étoit de pourvoir à la siàreté de ses États, et même à la sûreté, à la dignité de son intime allié, le roi de France.
Que nous étions niais, nous autres, députés du côté droit I Nous triomphions de cette réponse et nous disions : « Le peuple averti de ses dangers va enfin ouvrir les yeux, il verra que la paix est dans le maintien de l'oidie, dans le res,)ect des lois ; il verra dans les Jacobins ses plus dangereux ennemis. » Ceux-ci pensoient bien diiféremment. La
note (le l'empereur leur doniioit de l'importance. Ils étoieiit donc bien puissants puisque les rois avoient peur d'eux! Le peuple s'a;tac!ieroit à leur parti comme étant le plus fort. Il ne seroit pas difficile de le tromper; de lui faire croire que les prétendus consiitutionriels étoiciil des traîtres qui négocioient av(c l'étranger pour l'asservir. Dès ce moment les Jacobins devinrent une puissance. Ils avoient juré la per:e du malbeureux de Lessart. Le député Brissot ' fit nommer une commission dans l'Assemblée pour examiner la conduite de ce ministre qui pourtant venoit d'en rendre compte. A (juelque temps de là, nos éneigumènes, appuyés du parti de laGironle, le firent mettre en accusation et l'envoyèrent dans les prisons d'Orléans où siégeoit la haute cour nationale. La séance du 10 mars, tlans laquelle fut lancé le décret d'accusation, fut vraiment terrible. J'y suis encore; lecôtédroit de l'Assemblée défendit le ministre avec
1. 5r/sso/ (.1. -Pierre), qni se donna li^ nom de Warvilie, était fils d'un pâlissiertraiteur; il avait eu, avant la Révolution, une existence assez louche. Il entra d'abord chez un procureur, puis quitta l'étude du droit pour se faire auteur. Nourri des écrits de J.-J. Rousseau, il se fit remarquer p;ir ses opinions exaltées contre l'inégalité des rangs, el fut mis à la Bastille. Sorti de la prison, il se rendit en Angleterre avec une mission du lieutenant de police; puis il alla visit-^r l'Amérique et revint en France en 1789, Il publia un journal républicain, le Patriote français, et fat membre de la Coirmiine. Après la fuite de Louis XVI, il rédigea au Champ-de-.Marsla fameuse pétition pour la déchéance du roi. Nommé à l'Asstmblée législative, il y lit déclarer la guerre à l'Autriche et devint le chef du parti dit des Brissolins ou des Girondins. Député à la Convention, il y provoqua la guerre contre rAnglelorreet la Hollande (1793); mais il s'altirala haine de Robespierre qui l'accusa d'être [(artisan du fédéralisme el île vouloir porter atteinte à l'unité et à l'indivisibilité de la Républuiue.
Proscrit avec les Girondins à la journée du 31 mai, il prit la fuite ; mais il fut arrêté et monta sur l'échafaud le 31 ocl. 1793.
vigueur , mais il était attaqué avec furie par le côté gauche; ^ le centre plia suivant son usage, et se rallia au parti qui lui faisoit peui'. Je me rappelle la joie féroce des tribunes au momentoù le décret fut prononcé. Elles croyoient déjà voir un ministre monter à l'échafaud. Je me rappelle surtout l'atroce ironie du député Giiadet , qui, dans son discours, félicitoit le ministre d'être accusé, puisqu'on lui donnoit ainsi l'occasion de se justifier aux yeux de toute la France. Le côté droit frémissoit d'indignation , le côté gauche de rage; les tribunes applaudissoient , hurloient; je n'avois pas encore vu de séance aussi affreuse , j'en sortis malade. Ledécrgt fut lancé le 10 mars; Brissot, qui l'avoit provoqué, fut donc appelé l'homnie du 10 mai^s. On verra bientôt paroître les hommes du 10 août, les monstres du 2 septembre,'(jui se baptiseront aussi du jour de Kurs forfaits. Un temps viendra où la Révolution marquera bien do jours de sang dans son calendrier.
Cependanl les places de ministres n'étoient plus tetiables, le parti de l'opposition étoit devenu trop fort. Le roi crut qu'en les prenant dans son sein, il l'apaiseioit et gouverneroil de concert avec lui. Il demanda donc ses nouveaux ministres aux accusateurs de de Lessart. Ils lui donnèrent le géiiéi'al Duviuuriez^ , Servan- ^ Ro'and^ , CUivière *
1. Dumoiniez (Claude-François), né en 17'2'J ù Gonibray, était déjà maréchal de caniji, lors(|ue lu Résolution éclata ; il en adopta les principes, et 'uliimiunéen 179- ministre des aif,iires étrangères avec l'appui des Girondins. Peu après, ayant encouru la ùisuràce de ce parti, il se retira du ministère et reprit du service. Chargé, après le 10 août, du commandement de l'armée dti Nord, il lit la campagne de l'Argonne, remporta les victoires de Vaimy (20 septembre 1792) et de Jeumiapes (K nov. 179"2i, et conquit lu Belgique Peniiant le procès de Louis XVI, il vint à Paris dans l'espoir de sauver le roi: n'.iyant pu y réussir, il rejoignit son ^rniée, prit plusiouis places de la Hollande, repoussa le prince Cobourg de lu Belgique, et livra
et Duranthon. Ces hommes d'état éloient tous de la société des Jacobins. Croirait-on que Du mouriez, la
la bataille de Nerwinde (18 mars 1793) , où nos troupes , tout en restant maîtresses du champ de bataille, éprouvèrent un véritable échec. A partir de ce moment, en butte à de nombreuses persécutions, menacé par la Convention d'être traduit à sa baire, il lit des ouvertures au prince de Gobourg et lui proposa de rétablir la constitution donnée par l'Assemblée nationale et de dissoudre la Convention. Ces projets transpirèrent ; la Convention envoya le ministre Beurnonville et les députés Camus , Bancal , Lamarque et (Juinette pour le suspendre de ses fonctions et lui ordonner de venir rendre compte de sa conduite. Dumouriez fit arrêter les commissaires et voulut marcher sur Paris; mais il fut abandonné de ses soldats et contraint de gagner le camp ennemi De ce jour, il prit peu de part aux événements. 11 séjourna successivemput dans plusieurs parties de l'Europe et mourut en Angleterre en 1823.
2. Serran (Joseph), frère de l'avocat général au parlement de Grenoble, célèbre par ses écrits et discours sur la justice criniinelle, suivit la carrière militaire, adopta les idées révolutionnaires et arriva , par l'appui des Girondins auxquels il était dévoué, au ministère de la guerre. Renvoyé par le roi, il fut rétabli après le 10 août , fut obligé de se démettre et mourut en
3. Roland de la Plaiière (Jean-Marie), né en 1732, à Villefranche, près de Lyon, était inspecteur général du commerce, quand il fut porté en 1790 à la municipalité de Lyon , où il fonda le club des Jacobins. Ministre de l'intérieur en 1792, il prit part à l'insurrection du 10 aoiît, redevint ministre» fut plus tard accusé de fédéralisme , réduit à donner sa démission et compris dans la proscription des Girondins. Il échappa pendant cinq mois aux recherches ; mais , instruit du supplice de sa femme, il se donna la mort sur la grande route, près de Rouen. C'était un homme médiocre, soumis à l'influence de sa femme (Marion-Jeanne Phlipon), qui , beaucoup plus jeune que lui , l'avait épousé en 1780, et le dciminail par sa vivacité d'esprit, son ambition et la supériorité de son intelligence.
A Clavière (Etienne), né à Genève en 1735, fut d'abord banquier. Arrivé à Paris, il se lia avec Mi abeau Après le 10 août, il devint membre du Conseil exécutif, mais il fut arrêté sur la dénonciation de Robespierre et décrété d'accusation. 1 our se soustraire à l'éthafaud, il se donna lui-même la mort (1793).
première fois qu'il parut à l'assemblée , s'y présenta affublé du bonnet louue? Le côté droit jeta un cri de surprise et d'indignation. On n'a jamais su définir le caractère de cet homme qui a des actes honorables dans sa conduite. C'était un ambitieux qui employa l'intrigue comme moyen de parvenir. Ses collègues, Servan , Roland, Clavière, étoient'tout uniment des républicains ; Duranton , ministre de la justice , étoit nul.
Ce fui Dumouriez qui entraîna le conseil du roi dans la fatale résolution de la guerre. Il étoit brave, présomptueux , avide de gloire et peut-être d'argent, mais certainement de pouvoir et de domination. La conquête de la Belgique, qu'il regardoit comme assurée, devait être son début éclatant. Enfin son système prévalut; je suis encore à la séance du 20 avril. Le roi vient proposer à l'assemblée de déclarer la guerre au roi de Hongrie et de Bohême. Sa contenance mal assurée, l'altération de sa voix, aiinunçoient d'une manière visible le trouble de ses idées et la tristesse de son cœur. C'étoit pour l'assemblée le sujet d'une solennelle délibération. Point du tout , il fallut des eliuits pour l'empêcher de décréter de suite, pour obtenir l'ajournement à la séance du soir. M. Lacrelelle dit que le député Becquey du côté droit fut le seul qui monta à la tribune pour s'opposer à la guerre ^ Il se trompe encore ici : après lui vint M. Pastoret , et après M. Pastoret , moi. Mon improvisation fut courte et vive, car on nous entendoit avec impatience. Elle fut insérée au logographe qui étoit le moniteur de ce temps-là. Je me rappelle cette phrase : « L'enthousiasme est bon sur le champ de bataille, la pru- « dence convient au conseil ; vous êtes, Messieurs , le con-
2. Le discours de M. Becquey est aux pagrs 183 et suivantes du T. XI} (lu Moniteur,
« seil de la France. » Fier conseil, ma foi, que l'impétueuse Assemblée de ce jour-làl Mais il y a des moments de verlige. Le vent du 20 avril étoit à la guerre, elle fut votée aussi bien par le côté droit que par le côté gauche et le centre. Sept députés seulement votèrent contre'. Je dis à Fressenel:
l. PRÉSIDENCE DE M. UTGOT.
Extrait du Moniteur (Séance du soir du vendredi 20 avril 1792\
M. Hua. — .l'appuie 1 1 proposition qui est faite àe recommencer dans le ralme la délibération qui vient d'être prise, .l'observe que c'est de la sagesse et de la maturité de votre discussion' que va dépendre le sort de 25 millions d'hommes. La France entière a les yeux sur vous : craignez qu'elle ne vous accuse d'avoir avili le caractère national , en portant la légèreté jusque dans les di'terminalions les plus graves. J'ai entendu dire par l(* préopinani que les représentant.s de la nation ne devaient pas paraître douter du courage des défenseurs de la patrie : cela est vrai ; mais, pour que ce courage ait u'ne base solide, il faut que les Français aussi ne puissent douter de la prudencede leurs représentants. (Une parlie de l'Asseniblée applaudit.) Quand , sur le rapport d'un ministre , rapport sur lequel je ne fais, quant à présent, aucune réflexion, quand, par une discussion précipitée, et dans une séance du soir (Il s'élève des murmures.)
M. Merlet. — .le demande que l'opinant soit rappelé à l'ordre, afin qu'il sache que nous sommes Assemblée fiationale à 6 heures du soir comme à 10 heures du matin. (On applaudit.)
M. Hua. — Je dis que l'enthousiasme est bon sur les chauips de bataille, mais que la prudence doit être au Conseil ; et c'est vous, Mes.-ieurs, qui êtes le Conseil de la nation.
Comment est-il possible à des représentants du peuple , qui sont pénétrés des fonctions importantes qu'ils vont remplir, de précipiter leurs délibérations? (Les murmures recommencent.)
M. le Président. — M. Hua, je vous observe que vous n'avez demandé la parole que pour une motion d'ordre.
M. Hua. — Je dis qu'il est une motion d'ordre à faire, qui paraîtra sans doute bien juste à ceux qui ont à cœur que l'Assemblée prenne le ton de gravité qui lui convient : c'est que la discussion ne soit pas ouverte sur-lechamp et surtout qu'elle ne soit pas terminée dans celte séance. En effet,
— lOo —
« Mon ami , voilà un décret qui détrône le Roi. » — « Ah ! me répondit-il , il y a loin de là. » En moins de quatre mois ma prédiction fut accomplie.
Il faut voir en effet comment les événements se précipitèrent : le trouble de l'intérieur s'accrut par les dangers du dehors. Le premier ministre Dumouriez, qui ne doutoit de rien, avait, malgré les représeutations du vieux général
il esl de principe qu'il faut que la guerre , avant d'être déclarée ,■ soit démontrée inévitable , et par conséquent il est de notre devoir rigoureux de convaincre tous les individus de la nation.... (Il s'élève des murmures et quelques éclats de rire), oui, tous les individus delà nation,... que la guerre est le s(;ul parti qu'il nous reste à prendre. On est allé précipitamment aux voix sur la question de savoir si on ouvrirait sur-le-champ la discussion. 11 parait que l'affirmative a été décré(ée ; eh bien ! moi , je dis que je n'ai rien enlen lu de tout ce que M. le Président a mis aux voix, et que le tuinnitp, ayant empêché un grand nombre de mpmbres de participer à la délibération, ils ont le droit de demander qu'elle soit recommencée !
11 sefait une nouvelle épreuve sur la proposition d'ouvrir sur-le-champ la discussion ; elle est reilécrétée presque à runaiiimilé et au bruit des applaudissements des tribunes.
Les minisires entrent dans la salie pour assister à la discussion. . . .
M. Dumas insiste pour parler.
Refus de l'Assemiilée.
L'Assemblée entre en délibération. Il se fait uu profond silence. Le décret d'urgence est porté.
M. le Président met aux voix la propositinn du roi.
Elle e.'t adopté-^ par une d('lihération unanime et au bruit des applaudissements de tous le> spectateurs.
MM. Théodore Lamelh, .laucourt, Uumas, Gentil, Baert, Hua ei Becquey se lèvpnt seuls contre le décret.
M.\I. Pastoret, Becqney, Daverhoull , fiuadet , Bazire , Mailhe , Dubayet prennent la (larole.
On renouvelle la demande de fermer la discussion.
M. le Président se dispose à mettre aux voix la motion de M. Bazire.
De violents murmures repousfenl celte proposition. On observe qu'elle n'est pa' appuyée.
Rochambeau qui vouloit d'abord exercer et discipliner ses troupes, ordonné une attaque sur les frontières du nord. L'avant-garde, sortie des murs de Lille, rencontra à quelques lieues les Autrichiens inférieurs en nombre, n'en fut pas moins battue, et abandonna ses canons et ses bagages pour rentrer précipitamment dans la ville. Honteux, de leur échec, les soldats crièrent à la trahison, et massacrèrent le général Dillon qui les a voit commandés. Une autre attaque lut diiigée sur Muns; les Français furent encore battus, et reculèrent jusqu'à Valenciennes après avoir abandonné leur camp. Lorsque la nouvelle de ces désastres arriva à Paris, on ne peut se figurer l'effet qu'elle produisit sur les imaginations exaltées. Les Jacobins trouvoient leur triomphe dans ces défaites. Leurs tribunes, leurs journaux retentirent d'imputations furieuses. La France étoit trahie, livrée; le Roi s'entendoit avec les ennemis ; et comment pouvoit-on croire qu'il fît de bonne foi la guerre à sa famille? Ses frères n'étoient-ils pas à la tête des émigrés? On rencontroit partout, même aux Tuileries, des groupes qui se formoient autour de la Salle de nos séances, et sous les fenêtres du château ; là, tous les hébétés de Paris écoutoient des orateurs qui dénonçoient, qui vociféroient; là, quand un député du côté droit pas-^oit, gare à lui s'il étoit reconnu. J'étois malheureux avec ma grande taille : tous les gueux de Paris me reconnoissoient A ce sujet, voici un trait dont je me souviens. Il y avoit, au côté droit, un cul-' tivaleur du département de Seine-et-Marne, M. Moreau , brave homme, rempli de bon sens, et qui, je ne sais pour-
MM. Jaucourt et Hua la reproduisent.
' M le Président consulte l'Assemblée.
Elle décide presque unanimement qu'il n'y a plus rien à délibérer sur la prolongation de la discussion à trois jours.
{Moniteur, T. XII, p. 186.)
quoi, m'avoit donné sa confiance. Il me consultoit dans les discussions qui l'embarrassoient, et dans ces occasions, il venoit médire en riant : « Monsieur Hua, prenez garde à « ce que vous allez faire, car je voterai comme vous. » Il était remarquable par une très-belle figure qui n'éfoit pas déparée par ses cheveux plais; moi, je l'étois par mes six pieds de haut : comme un clocher, j'attirois sur moi les foudres populaires. Un jour que nous traversions ensemble les Tuileries en sortant de l'Assemblée, un groupe se forme autour de nous et nous suit. Je reçus là mes compliments accoutumés, auxquels je ne faisoit guère attention. Tout à coup, une voix s'élève : « Regardez donc ce drôle d'aristo- « crate, c'est un mâtin de paysan qui gardoit les vaches
« dans son pays » A ces paroles, M. Moreau se retourne
avec une véritable dignité. « Je suis, dit-il, Messieurs, non « pas un gardeur de vaches, mais un honnête cultivateur ; « j'étois plus respecté dans mon villagt' que je ne le suis « depuis qu'on m'a envoyé législateur à Paris. » Cette réponse simple d'un homme vénérable, imposa aux gueux qui nous laissèrent aller.
Que faisois-je pourtant dans l'Assemblée au milieu de ce voulvari? Je travaillois consciencieusement dans mon comité de législation avec de très-dignes collaborateurs aussi niais que moi. Il s'agissoit bien de faire des lois, quand on allait faire un • révolution ! L'Assemblée constituante, qui avoit traité le Roi comme s'il n'en falloit plus en France, lui avoit ôlé une des plus belles prérogatives de la couronne, le droit de faire grâce et de commuer les peines en matière criminelle. Je fis au nom du comité un rapport à l'Assemblée sui' la nécessité de rétablir ce droit régalien. Ah ! comme je fus reçu, sitïlé par les tribunes, insulté, et vingt fois interrompu par le côté gauche! C'est pour le coup que je fus regardé comme un lier aristocrate!
Ce fut à grand'peine que le côté droit fit ordonner l'impression de ce rapport. Je ne sais ce qu'il est devenu. Ma belle-mère l'aura brûlé avec mes autres ouvrages pulitiques à une époque dangereuse où ces écrits auroient pu me compromettre. Elle fit, en 1793, au moment de la terreur, un voyage deNogent à Paris exprès pour les supprimer; la bonne femme y mit tant de zèle, qu'elle jeta pêle-mêle dans le feu, jusqu'à un recueil de mes poésies et autres œuvres Irès-iiinocentes. Rien ne fut épargné dans sa frayeur.
A quelque temps de mon rapport, Gorguereau , qui étoit aussi membre du comité de législation, en fit un autre qui lui valut l'exécration de tout le parti jacobin. Ce Gorguereau étoit un homme sévère jusqu'à la dureté, d'une vertu intraitable, incapable de dissimuler, de transiger avec des gueux qu'il aurait étranglés. Il avoit à proposer des mesures de rigueur pour comprimer Il's troubles, il remonta à leurs auteurs bien connus, dévoila sans ménagement leur but, leurs moyens, ai'racha leur masque de patriotisme, et les fit voir ce qu'ils étoieut, c'est-à-dire des hommes affreu^. Les Girondins aussi ne furent pas épargnés dans cette harangue éloquente et terrible par le ton avec lequel elle fut prononcée. Mais, grand Dieu, (lueloraj^e! On eûlditiiue l'orateur avoit soufflé les tempêtes. Le côté gauche s'arracha de ses bancs, se répandit dans la salle en flots tumultueux, qui s'amonceloient autour de la tribune, comme pour l'envahir. Le côté droit se jeta dans la mêlée, les attitudes étoient njenaçantes, les plus fui'ieux avoient les bras tendus et les poings en avant, on pouvoit se battre en véiité; mais dans ces extrémités qui vont devenir plus fréquentes à mesure qu'on avancera vers le dénouement, les impartiaux (|ui mouraient de peur s'interposaient toujours pour mettre le holà. Que fai.'«oit pourtant mons Gorguereau? il étoit immobile à la tribune, les
bras croisés, avalant un verre d'eau sucrée en attendant que le tapage finît: dans les intervalles, il reprenoit s»\s malédictions tout juste à l'endroit où il avait été interrompu. C'étoit merveille de contempler son imperturbable sangfroid. Dix l'oison voulut lui ôter la parole, di\ fois elle lui lut niainterme par décret, et il alla jusqu'au bout. On demanda l'impression de son rapport : le côté gauche, qui y trouvoit son acte d'accusation, réunit tous ses efforts pour l'empêcher. L'impression n'eut pas lieu. Comment se faitil que M. Lacretelle me dise pas un n)ot de cette séance pourtant très-remarquaf.e? Il a beaucoup omis dans son histoire très-superficielle ; Gorguereau n'y est pas même nommé.
Puisque je suis sur ce chapitre, je vais raconter la mésaventure d'un autre député du côté droit, Frondière. C'ct-it un avocat de Rouen qui apportoit avec lui la ré[)Ulatioii d'un grand orateur. Pourtant, depuis plus de six mois(|u'il étoit à l'Assemblée, il n'avait pas ouvertla bouche. Nous lui disions : « Mais, M. Frondière, quand donc parlerez-vous ? Vous voyez (|ue nous avons besoin d'aide, que nous n'avons pas assez d'orateurs pour répondre à toisces bavards du côté gauche. Ce n'est pas assez de les mépriseï-, il faut les réfuter.» Notre homme, piqué de ces reproches tt encouragé par nos compliments, se détermine enfin. Il s'élance un jour à la tribune pour dire que les Jacobins étoient des gueux '. Ils !■' savoimt bien ; mais ils ne vouloienl pas (ju'on leur en fît la déclaration en face.
1. I/inrideni Fromlière est tro,) curieux fioiir ne pas êlre l'objet de quelques détails ; le Moniteur le rapporte en ces termes :
Guadet élait à la tribune — Que la garde du roi soit illégalemenl organisée, c'est une vérité....
M. Frondière. — Avant que M. Guadet continue, je le prie de parler en
Un décret envoya ce pauvre M. Frondière pour trois jours à l'Abbaye. [1 faut savoir que l'Assemblée avoit ce pouvoir assez extraordinaire de faire emprisonner un déjuté. Avec cette faculté, le côté gauche, qui avoit la majorité, pouvoit faire coff'rer le côté droit. Ainsi le député Joiinoau alla à l'Abbaye pour avoir donné un soufflet à Grangeneuve , députi de Bordeaux. Ainsi je manquai d'y aller moi-même dans une circon>tance que j'aurai bientôt à raconter.
L'horizon politique devenoit de jour en jour plus sombre et plus menaçant. Les factions déchaînées ne gardoient plus de me-ure. Tandis que les Jacobins marchoient droit à la République, c'est-à-dire à l'anarchie, les Girondins, non
logicien et non en déclamaleur.... 11 s'élève de violents murmures : un granil nombre de membres demandent qu'il soit rappelé à l'ordre, d'autres qu'il soit envoyé à l'Abbaye.... Quelques membres demandent que M. Frondière suit entendu.)
Lasource. — J'invite M. Guadet à couvrir du mépris le plus profond les propos indécents de ces Messieurs du côté droit.
11 monte à la tribune.
M. Frondière. — Dans une question extrêmement importante , quand il
s'agit du droit sacré de se défendre (Plusieurs voix : Au fait donc !)
M. le Président, je vous prie d'envoyer à l'Abbaye tous ceux qui m'interrompent.
M. Lacombe Saint-Michel. — 11 est impossible que Monsieur puisse justifier le propos qu'il a tenu autrement qu'en aggi avant sa faute, et. à moins qu'il soit déterminé à la rétracter , je demande qu'il soit envoyé à l'Aubaye.
M. Frondière. — J'ai bien ru la patience, Messieurs, de vous entendre pendant six mois ; ayez au moins la patience de m'entendre pendant six minutes.
M. Uucos. — .Mirabeau étant à la tribune , M. Foucault lui dit qu'il était un bavard. Mirabeau couvrit ce propos du plus profond mépris , et l'Assemblée passa à l'ordre du jour.
moins coupables , employoient les violences et l'inlrigUô pour forcer le roi d'abdiquer. La différence entre ces deux partis consistoit donc en ce que l'un vouloit abattre le trône, et que l'autre vouloit simplement détrôner le roi. Quand on a vu cela comme moi , on est tenté de prendre en pitié l'ouvrage de M. Lacretelle et son auteur qui dans vingt endroits laisse percer l'intérêt qu'il porte aux députés de Bordeaux.
Je me détourne un moment pour parler d'un voyage queje fis à Mantes vers ce temps là. Je demandai donc un congé de huit jours à l'Assemblée. A cette occasion (car les méchants n'en manquent aucune) , le journaliste Gorsas mit dans sa feuille que M. Hua, député de Seine-et-Oise, qui siégeoit au
M. Frondière. — Mais, M. le parleur, vous n'avez pas la parole.
M. Girardin. — J'appuie la proposilion de M- Ducos et je demande qu'on passe à l'ordre du jour.
L'Asscnnblée déciile qu'elle ne passera pas à l'ordre du jour.
Un grand nombre de membres insiste pour que M. Frondière soit condamné à trois jours de prison à l'Abbaye. L'Assemblée décide qu'il sera entendu.
M. Frondière. — Si, eu me rappelant à l'ordre, on pouvait le rétablir dans les 83 départements, je voterais avec vous pour eue censuré. (Les murmures de l'Assemblée et des tribunes commencent. M. Frondière veut continuer. Des cris : A l'Abbaye l'interrompent encore. Un second décret lui donne la parole.)
M. Frondière commence sa juslitication. 11 est interrompu par Reboul.
M. Frondière. — Monsieur, r.\ssemblée m'a accordé la parole; voire devoir est de vous taire.
C est ainsi que nous parlerons désormais, je vous en donne ma parole. (Vest un beau talent que l'art oratoire; c'est un beau talent que celui de
tromper le peuple (Le tumulte recommence). 11 est de votre devoir
d'entendre des vérités sévères, et du nôtre de \ ous les dire avec franchise. J'ai dit à M. Guadet : Depuis six mois je vous ai entendu, vous et vos pareils, déclamer à la tribune, j'ai vu les agitateurs du peuple. (On interrompt
côté droit, venoit de prendre un passe-port et qu'il éloit parti {iQur Coblentz. Je ris encore de la grande colère de mon père à qui l'on fit lire cette feuille au moment même où j'étois chez Ini. Il étoit furieux contre ce coquin de Gorsas (|ui me présenioit à tout le département comme iin desertcmr de mon poste, et fuyard à l'étranger. On étoit indigné, dans toute la ville oii j'étois aimé, de cette grossière calomnie; et si Gorsas tût venu à Mantes, il auroit passé, commeon dit, un mauvais moment.
Avant mon départ , on avoit proposé de mettre en accusation etd'envoyer à la haute cour mon ami M. Duport du Tertre^ mirdstredela justice, qui avoit remis les sceaux au
avec plus de violence, et l'Asseiiiblée presque entière se soulève en criant : « A l'Abbaye. » ) Oh ! vous m'enieiidn^z plus il'une fuis, je vous en répond» !
M. Paganel. — Vous n'êtes qu'un periurbateur ; vous ne méritez pas que nous ayiins la patience de vous entendre.
M. Reboul. — Je demandée faire une motion d'ordre.
M. Frondière. — Il n'y a pas de motion d'ordre à faire; votre devoir, je
vous le répète, est de vous taire et vous n'en avez pas d'autres Oh ! ne
croyez pas m'inlerdire; vous ne me connaissez pas encore. (Un grand nombre de voix : M. le Président, ôlez donc la parole à Monsieur.) Vos murmures indécents pourront l«ien m'enrhumer, mais ils ne m'empêcheront pas de dire la vérité.
L'Assemblée ôte la pnrole à M. Frondière, et ferme la discussion (Les tribunes applaudissent.)
M. Léopold. — .le vous prie , M. le Président, de réprimer les mouvements des tribunes. Il est bien étonnant que l'on rappelle un membre à l'ordre pour avoir donné son opinion, et que l'on n'y rappelle pas les étrangers qui insultent journellenient l'Assemblée.
Au milieu d'un grand tumulte et malgré les efforts da MM. Dumas et Tarbé, l'Assemblée vote la clôture de la discussion et décrète que M. Frondière se rendra pour trois jours dans les prisons de l'Abbaye.
{Moniteur, T. XII, pp. 524 et 525.)
roi et quitté une place (ju'il nepouvoit plus fenii'. Je in'étois voué à la défense de ce brave homme, et j'avois préparé un discours qui est peut-être mon meilleur plaidoyer. Craignant que la délibération s'ouvrît pendant mon absence, j'avois remis mon discours à Beugnot qui devoit le prononcer à la tribune. Je fus de retour à temps, et le lui redemandai, il me répondit en se moquant de moi, et le lendemain je lus mon discours sous son nom dans le logographe '.
Dans mon court séjour à Mantes, je fus très-occupé. Occupé de quoi? Eh mais! de parler politique, cétoit la maladie de tout le monde; d'ailleurs ces Mantois, qui sont de bonnes gens en vérité, sont aussi des royalistes dans tous les temps. Ils l'étoient du temps des Jacobins, comme ils l'avoient étédu temps de la Ligue : aussi Henri IV leur avoitil donné cette devise, inscrite sur le drapeau de la ville : Canin ftdelis. De là leur sobriquet de chiens de Mantes. J'étois donc bien venu au milieu d'eux, moi leur compatriote et député du côté droit. Ils étoient fort en peine desavoir comment tout cela tiniroit. J'étois accablé de visites et de questions, car ils supposoient que j'en sa vois plus qu'eux. Mon père, inquiet de ma position, me disoit : « Les Jacobins « sont les plus forts, ils l'emporteront et vous feront un « mauvais parti. Pourquoi les combattre, pourquoi te mon- « trer comme tu le fais ? Ta pauvre femnie est bien tour- « mentée. \ ta place , je ne dirois rien , et je laisserois aller « les choses, puisqu'enfm on ne peut l'empêcher. »
Comme on voit , si mon père eût été député, il se seroit mis dans la bande des impartiaux, il auroit augmenté la partie de l'Assemblée qu'on appeloit ventre. Mais je n'étois pas bâti de cette trempe-là. Je lui dis que j'avois prêté ser-