RETOUR AUX QUAIS; DEUX BIBUOTHEQUES , LIVRES LATINS
Font...,-aux-R...., juin 1841.
Voilà, Madame, un petit événement d'intérieur, un événement d'ordre tout à fait privé qui n'aurait^ par conséquent, aucun motif de prendre place dans ces lettres s'il n'était, en même temps, pour moi, par quelques-unes de ses conséquences, un petit événement de bibliographie. Lorsque je me croyais, pour plusieurs années encore, éloigné ou plutôt exilé de Paris, mon second berceau, quelques combinaisons imprévues me ramènent dans son plus proche voisinage. Il est une chose. Madame, une seule à la vérité, qui tend quelquefois à me persuader que j'ai deux cœurs : je ne puis jamais perdre de vue pour un trop long terme, ni les tours de Notre-Dame, ni l'humble clocher à l'ombre duquel je suis né. De la
nouvelle retraite que je vais habiter pendant une partie de Tannée, je pourrai, cliaque itiatin, les apercevoir, ces chères tours de Notre-Dame; chaque matin, si je le veux, je pourrai parcourir encore, non sans la vive émotion d^un cœur vraiment parisien, ces étroites, ces longues rues qui semblaient si splendides à ma première jeunesse; je pourrai revoir ces antiques maisons, fréquentées souvent, toujours remarquées de moi; ce$ grands hôtels, gardiens de plus d'un souvenir historique, toutes choses qui disparaissent successivement sous le marteau du progrès. Les plus beaux monuments, les monuments des siècles n'exercent pas le même empire sur mon âme. C'est là une admiration que Ton partage avec tout le monde. Le Louvre appartient à la France entière, les vieilles maisons de la rue Serpente et de la rue du Foin, réghse de Saint-Étienne-du-Mont et celle de Saint-Séverin m'appartiennent en propre depuis que j'ai eu quatorze ans. Au reste, je n'ai pas besoin de vous dire. Madame, que là ne se bornent point mes remembrances sentimentales, et que les longues files de livres qui couvrent tous les lieux convenables à ce genre d'exposition en ont une bonne part. Oui, tout cela me touche et m'émeut d'avance. Ainsi, dans toute carrière, quand elle est un peu longue, apparaissent, de loin en loin, d'abord les jours de grand désastre et ensuite, parfois, les jours d'une demiréparaiion. *