‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 2)Chapitre 11 sur 41 · M K MOIRES · texte numérisé non relu

M K MOIRES

taillées et dédaigiieuïcs, inspirait le respect et la crainte, comme tous ceux qui naissent avec le goût de la domination et le don du commandement. Mais au lit du malade, il laissait voir de la sensibilité, presque de la tendresse; on était ému à l'entendre alors prononcer de bienfaisantes paroles. Sa miséricorde rendait le courage à ceux que la douleur réduisait au désespoir; j'ai souvent vu la physionomie des malades exprimer l'espérance et la joie, lorsque Dupuytrcn leur disait avec une confiance pleine de simplicité et de noblesse : « Je te guérirai ! » Dans le peuple, la mémoire de Dupuytrcn est restée vénérée.

Dupuytrcn était invariablement vêtu d"un habit vert, d'un gilet blanc et d'un pantalon bleu. Ce coutume fut pour ainsi dire, pendant plusieurs années, un uniforme chirujgical. M. Marx, un des élèves préférés de Dupuytrcn, le porte encore.

La vie de Dupuytrcn était sobre, économe et régulière. 11 n'aimait pas le faste; il se montrait même peu recherché dans toutes ses habitudes et dans tous ses goûts.

Il a laissé la plus grande fortune qu'un chirurgien ait jamais pu acquérir en France, plus de quatre millions. Toutefois, il ne dut pas seulement ses richesses à une nombreuse clientèle. Dupuytrcn fut appelé à donner des soins au baron James de Ilothschikl, qui avait fait une chute de tilbury. Dupuytren eut à panser une plaie de tète assez grave, et surtout à prévenir de dangereux accidents; il y réussit. Le grand financier, à son tour, mit tous ses soins à surveiller, à bien diriger et à accroître la fortune du grand chirurgien. Lorsque Charles X, en 18:^0. eut h qnittci' In. Fi'aiicc. le baron Dupuytrcn

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lui fit ûllïii' un million. Dupuytren était simple, obligeant pour tous ses confrères ; il n'était résistant et dédaigneux que pour ceux qui prétendaient être ses rivaux.

En 1830, Dupuytren eut le désir de se faire ouvrir les portes de la Chambre des députés; il se présenta dans son pays, à Saint-Yrieix, on lui préféra un médecin de campagne; heureusement pour Saint-Yrieix, le médecin de campagne fut bieiit(jt remplacé par M. Saint- Marc Girardin.

Un matin, en faisant une leçon clinique dans l'aml)hithéàtre de l'Hotel-Dieu, Dupuytren est pris d'une paralysie de la moitié de la face. Il tient à finu- sa leçon. Le grand chirm^gien, à compter de ce jour, était perdu pour la science et pour Thumariité.

On lui conseilla un voyage en Italie, qui lui fut favorable. Mais il avait hâte de reprendre ses travaux; il revint, et succomba, le 8 février 183o, aux suites de son affection cérébrale et à une pleurésie avec épanchement pmulent.

Son testament est un chef-d'œuvre de bon sens, de haute raison ; on reconnaît à ses dernières paroles Ihomnie supérieur ({ui observa si bien Thonnue animal et l'honnne moral.

Dupuytren avait depuis longtemps formé à IHotel- Dieu un nuisée de pièces pathologiques. 11 légua deux cent mille francs à la Faculté de Paris pour la création d'un nnisée public qui recueillît toutes ces pièces, et d'une chaire destinée à propager l'enseignement de l'anatomie pathologique.

Grâce au dévouement d'Oilila et de M. Ciuveilhier, ce savant si modeste et si passionné pour toutes se.> idiles

recherches, la Faculté de Paris possède un musée d'auatomie pathologicpie qui porte le nom de son créatem', le grand nom chirurgical de DupuytreUj et qui rivalise avec le célèbre musée de Huntor, à Londres.

Nous possédons en France un riche musée de sculphu'e et de peintm'e, qui témoigne du génie, de la puissance et de la fécondité de rintelligence humaine; Dupuytren a élevé un musée qui témoigne des douloureuses misères du genre himiain, et des efforts si souvent heureux de ce gi'and esprit pom* les soulager.

Les funérailles de Dupuytren furent dignes et solennelles. Tous les savants de nos écoles, de nos académies, toute la jeunesse des amphithéâtres et des hôpitaux, une foule immense d'hommes du peuple, accompagnèrent les restes du chirm-gien de THùtel-Dieu jusqu'à sa dernière demeure.

Le chirur.Lâen Lisfraiic fut l'ennemi et la caricature de Dupuytren. Il était dune grande taille et d'ime grande force musculaire : «Je suis fort, disait-il; mais j'ai mi principe qui double ma force : quand je me bats^ je n'ai pas peur de faue mal. » 11 poursuivait de ses injm'es, dans ses leçons d'enseignement, tous les professeurs de l'Ecole de médecine qui avaient refusé de l'admettre parmi eux. « Dupuytren, c'était la grenouille du bord de l'eau. — Ces coch... de l'Ecole de médecine me reprochent d'être mal élevé; qu'on me f.... dans un salon avec eux, et on jugera. » — Lisfranc publia quelques bons travaux sur la médecine opératoire. Il mourut encore jeune d'une fiè^TC typhoïde. Il disait avec raison : « Les médecins meurent de faim ou de fatigue. »

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