CLASSE DES BEAUX-ARTS
Le gi-and prix de première classe pour le meilleur opéra est décerné à la musique de la Vestale, de Spontini.
Une mention très-distinguée est accordée à la musique de l'opéra de Sémiramis, par Catel.
Le grand prix de première classe pour le meilleur tableau d'histoire est décerné au tableau du Ddwjf, par Girodet.
Des mentions hi moraliles snnt accordées au tableau des Sabines, par David; au tableau de Phèdre et Eippolyte,
par Guérin ; au tableau représentant la Justice et la Vengeance divine iiouisuivant le Crime, par l*rudhon; au tableau de Téîémaque dans Vile de Cahjpso, parMeynicr, et au tableau des Trois Ages, par Gérard.
Le grand prix de première classe poui' l'auteur du meilleur tableau représentant un sujet honorable pour le caractère national fut décerné au tableau du Sacre, par David.
Des mentions honorables fuirent accordées au tableau de la Peste de Jaffa, par Gros ; au Passage du mont Saint-Bernard, par Thévenin; au tableau de M. Meynier, représentant les sodats du 76^ de ligne recevant leur drapeau des mains du maréchal Ney ; au tableau de M. Carie Vernet, représentant Ve^npereur donnant des ordres aux maréchaux de l'empire le matin de la bataille d'Austerlitz; au tableau de M. Girodel, représentant Vempereur recevant les clefs de la ville de Vienne.
Le grand prix de première classe pour le meilleur ouvrage de sculpture fsujet héroïque) est décerné à la statue de l'empereur, par Chaudet.
Des mentions honorables sont accordées aux statues de Poussin, par Julien, et de la Pudeur, par Cartellicr. Le grand prix de première classe pour le meilleur ouvrage de sculpture, dont le sujet sera puisé dans les laits mémorables de l'histoire de France, a été décerné à M. Lemot, auteur du bas-relief qui décore le fronton de la colonnade du Louvre. Ce bas-relief représente les Muses (pà, sur l'invitation de Minerve, viennent rendre hommage au souverain gui a eu la gloire d'achever ce grand édifice. Clio, tenant le burin de l'histoire, grave sur
le cippe qui porte Je buste du héros ; .Napoléon le grand
A TERMINÉ LE LOUVP^.
Ce sont les termes du rapport.
Des mentions honorables sont accordées aux travaux de MM. Chaudet. Cartellier, de Jouy et Boizot.
Le grand prix de première classe pour le plus beau monument d'architecture est décerné à l'arc triomplial du Carrous^dj de MM. Fontaine et Percier.
Des mentions honorables sont accordées à M. Chalgrin, pour la restauration du palais duLuxembourg ; à M. Beaumont, pour la salle du Tribunat, et à M. Célérier, pour le petit théâtre des Variétés.
Le grand prix de deuxième classe pom' le meiliem* opéra-comique est décerné à Topera de Joseph, de Méhul.
Des mentions très-honorables sonl accordées auxDe?/Jî Journées, de Cherubini ; à Montana et Stéphanie, de Berton; à l'opéra d'Ariodant, de Méhul; à Y Auberge de Barjnères, de Catel.
Les grands prix de deuxième classe pour les trois meilleurs ouvrages de gravure en taille-douce, en médailles et en pierres fines, ont été décernés à la gravure de la Déjaiiire, par Bervic. Le grand prix pour la gravure en médailles a été partagé entre feu Rambert-Dumai-eslc pom' les médailles de la Paix d'Amiens, de l'Institut, de Poussin et de TEcole de médecine, et Galle pom- cinq médailles : l'une pour le Couronnement, l'autre pour la Prise de Vienne, l'autre pour la Victoire de Friedland, une quatrième pour le Retour d'Egypte, et une cinquième pour une Fête à l'Hôtel de Ville.
Deux mentions honorables sont accordées à MM. Andrieux et Diipre'.
Le grand prix poui^ g^a^-u^e sur pierres fines a été décerné à M. Jeoffroy.
L'empereur, toujom^s à la recherche des hommes qui se distinguaient, faisait de profondes études du cœur humain et surtout des goûts, des habitudes, des faiblesses, des entraînements, des plis et replis du caractère français. Il se souciait peu de réformer les défauts du pays et les vices du temps; mais il savait, en grand politique, exploiter les meillem-s sentiments, les élans généreux, les accès fébriles d'admiration, d'enthousiasme, du citoyen et du soldat.
Nous éprouvons en France, à mi égal degré, deiLx besoins contraires : le besoin de la raillerie et le besoin de l'admiration.
Grands capitaines, gagnez des batailles ; nouveau Périclès, ornez la ville de statues qui nous fassent souvenir du ciseau de Phidias; bâtissez de vastes et utiles monuments ; nouveau Véronèse, peignez les Xoces de Ca/ia ; Meyerbecr ou Rossini, écrivez Robert le Diable ou Guilhiume Ti'Il; Talma ou Rachel, jouez la tragédie autrement et mieux que ceux qui vous précédèrent sm* le théâtre ; soldat ou citoyen, risquez votre vie pour sauver celui qui va périr au milieu des flots ou des flammes ; saint Vincent de Paul ou sœur de charité, secom-ez et consolez de désespérantes misères et de mortelles douleurs ; chantez les tristesses du cœur humain comme Lamartine ; montez à la tribune et soyez probes et éloquents comme Cicéron; montez dans la chaire et soyez évangéhques et grands comme Bossuet : gloires du
champ de bataille, chefs-d'œuvre du génie, soudaines et courageuses inspbations de la charité, en. France, l'admiration la plus passionnée ne vous manquera jamais 1
L'empereur cultivait avec persévérance ce besoin d'admiration du peuple français; il tenait à l'éblouir et à (latter sa fierté par des arcs de triomphe, par des colonnes d'airain ou s'inscrivaient nos victoires; il élevait jusqu'à lui et comblait d'honneurs tous ceux dont les travaux enrichissaient l'industrie, l'agriculture, le commerce, les arts, les sciences et les lettres. 11 laissait peu au caractère français le temps de railler; il n'aimait pas la raillerie ; il détestait surtout l'oisiveté moqueuse, toujours intéressée à entraver les efforts et les succès d'autrui. Toutes les célébrités qui n'étaient point ennemies, toutes les institutions qui pouvaient instniire ou charmer l'esprit français avaient droit à d'honorables munificences, et lui inspiraient un constant et vif intérêt.
L'empereur était sincère, consciencieux dans son admiration, dans son respect pour tout ce qui était grand, utile, ou seulement honnête.
Il existe dans les archives du ministère des finances une lettre de l'empereur, bien peu connue et qui témoigne de sa haute et sincère estime pom^ les gens de bien.
« Taiis. le 3 ventôse an ix de la Rcimbliqne.
» Je sens vivement, citoyen ministre, la périt' que » nous venons d(2 faire du conseiller d'Etat Dufresne, » directeur uu trésor public.
D'UN nOURGEOTS DE PARIS Hl)
» L'esprit d'ordre cl la sévère probité qui le distiii- » guaient si éminemment nous étaient encore bien né- » cessai rcs.
» L'estime publique est la récompense des gens de )) bien. J'ai quelque consolation à penser quc^ du sein » de l'autre vie, il sent les regrets que nous épiuu- » vous.
» Je désire que vous fassiez placer son buste dans la » salle de la Trésorerie.
» Je vous salue affectueusement.
» Signé ; Bonapartl:. »
Les intentions du premier consul ont été remplies.
Le citoyen Masson fut chargé de l'exécution du buste.
Le ministre du trésor public présida à l'exécution des ordres du premier consul.
Les premières autorités de la république, vinrent rendre cette cérémonie plus éclatante, et apporter ce dernier tribut de leur estime au magistrat modeste, et si oublié aujourd'hui.
J'ai sous les yeux la minute du procès-verbal de celle cérémonie. Ce procès-verbal porte les signatures suivaiiles :
Oaldin, niiiiisl;e des finances; Chaptai., ministre de l'inlérieur; DeciiKS, ministre de la marine; Ch.-Mair. Talleyranp, ministre des iclaiions extérieures; .\drial, ministre de la justice; Higles Maret, secrétaire d'Etat-, le général Bernadotte; Dichatel, conseiller d'Etat; Uegmer, conseiller d'Etat; Uegnault de Saint-Jeax d'A.nf.KLV, coiiseiller d'Etat; Lacike; ThibaIDEAI [il est le seul qui survice de tous les signataires]; RéaL; CouzaRD, président du Corps législatif; Darbé-Marbois; Mi'RAiRE, président dn tiibnnal de cassa-
lioii; KtLLERM.vNN, séiiatcur ; Ed. Mortier, général de division, commandant la première division militaire ; Brière-Mondétolr, maire de Tarrondissement; Lavalette: Dubois, préfet de police; Delafon- TAISE; SiVRV; YiaL; VaLGLVO.V; TlRPIN; BÉNARD; Bellivier ; Perregaux, sénateur; Brière-Sirgy, président de la comptabilité générale; Estève, trésorier du gouvernement; Portalis; Verville fils; ViLLEMisoT, payeur général de la marine; Berlier; Mallet l'aîné; Guillaume, président de la commission de comptabilité génélale; Ad. Duquesnoy; Desprez: Pemartin, législateur; Molliex ; Bergou; Brune; Bellerklin; Bibarran.
L'empereur honorait surtout la Comédie-Française de sa protection et de ses libéralités. Le 2 juillet 1802, il dotait la Comédie-Française dune rente annuelle de
cent mille francs.
Paris, le 13 nussidor an ï df la République française, une et indiv'sible.
Les consuls de la république, sur le rapport du ministre do l'ip.tcrieur,
ArretLiil :
Article premirr. — Au ter vendémiaire prochain, du grand-livre de la dette publique, hj li,-23l, volume ûi, une somme de cent millL' Francs sera transférée à la caisse d amortissement par le minisire de l'intérieur, et le produit en sera versé dans la caisse d'amortissement.
Art. II.— Au moyen dudit versement, les comédiens français acquiltcronl :
lo Le loyer de leur salle i ;
i' Les pensions de retraite qui seront accordées avec l'agréinenl du gouvernement;
30 L'indemnité actuelle qui a été promise à quelques artistes, à l'époque de leur réunion au théâtre de la République, et qui a
1. Messieurs les comédiens français ont été exonérés en iHôl, sous le ministère de M. de Morny, par le prince Louis-Napoléon, président de la république, du payement du loyer de ieur salle. Il est vrai que messieurs les comédiens français payaient très-inexactement le prix de leur loyer sous Louis-Philippe, et obtenaient même souvent des remises.
D'UN Bol U(iK()lS DE PAHIS Ul
été payée jusqu'à ce jour sur les fonds du minisire de l'inlérieur.
Art. m. — La recelle journalière de la Comédie sera employée à payer les parts et divisions ou fractions de part des CDmédiens, conformément à l'état qui existe aujourd'hui.
Il sera pareillement pourvu, sur les mêmes fonds, au Irailement di' ceux qui ne seront pas reçus à part, et à toutes les autres dépenses.
Aucun comédien ne recevra, à l'avenir, ni supplément, ni indemnité sur les fonds du ministère de lintérieur ou de la police.
AiîT. IV. — A compter du l'-i' vendémiaire an \i, le prix des loges, pnr quelques personnes qu'elles soient occupées, sera versé dans la caisse du théâtre.
Art. y. — Il sera soumis incessamment aux consuls, par le ministre de l'intérieur, un règlement de police et d'adti inislruiion pour tout ce qui intéresse la Comédie -Française.
Art. VI. — Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrête.
Le premier consul,
Signé : Bonaparte.
Le 11 décembre 1802, Mole, grand acteur, mourut à J âge de soixante-neuf ans, après avoir joué pour la dernière fois, le 2i avril 1802, le rôle de Dubriage, du Vieux CéUhataire. Le général Jubié, au nom du premier consul, assista au convoi composé de plus de ticnte voitures de deuil; le corbillard était attelé de six cbevaux. Un service eut lieu à Saint-Sulpice; le curé de celte paroisse y prononça l'éloge de Mole, en s'élevant conti-e les préjugés qui pèsent sur la classe des comédiens. A Antony, le corps, qui fut inhumé dans une propriété de Mole, fut encore présenté à l'église; le cra-é et le maire prononcèrent chacun un discoms sur les qualités privées et sur les grands talents de Mule.
Nous veiTons sous la restauration se produiie des
i82 MK.MniRKS
fCL'iic.^ bien diUL'ronte? à renlcrrciiieiit de mademoiselle Raiicoiiit.
Le 20 octobre lsu3, .M. de Remii>at. après la représentation d'Agamemnori, de Lcmercier, vient chercher le manuscrit de cette tragédie pour le premier consul qui voulait la lire.
Le 3 juillet 1804; on n'inscrit plus sur les affiches les comédiens français sociéiaircs, mais bien les comédiens ordinaires de Venrpereur.
L'empereur s'occupait lui-même des affaires du Théà Ire-Français.
Le 10 juin 1807, Joanny et Thénard, l'un tragédien et l'autre premier comique au théâtre de Lyon, reçurent Tordre de venir débuter au Théâtre-Français à Paris; c'était là un des plus anciens et des plus importants privilèges de la Comédie-Française, de pouvoir recruter de grap.ds artistes partout où il s'en trouvait. On a laisse tomber en désuétude,, sous la restauration, ce privili'gc qui assurait la supériorité des représentations du Théàlre-Fraurais.
Le 1' I" noveml)re 1807, l'empereur Napoléon nomme M. de Rémusat surintendant général, avec pleins pouvoirs administratifs sur les sociétaires du Théâtre-Français, du tliéiitre Feydeau, du théâtre de l'Impératrice . l'empereur décide aussi la suppression de tous les billets gratis et de toutes les entrées de faveur auThétàtre- Français. Chaque sociétaire a deiL\ grandes entrées et trois places dites de parents; les auteurs, pour les six premières représentations de leurs pièces seulement, ont trente places^ pour un ouvrage en quatre et cinq actes; rin-jt pJaen^ p^.iur trois et deux actes; quinze places
pour un acte. Chaque débutant ne reçoit que douze places. La liste des entrées est soumise à Papprol^ation du surintendant.
Le 30 avril 1808, l'empereur accorde à Delrieu, fauteur d'Artaxerce, le jour de la première représentation, une pension de deux mille francs.
Le 19 septembre 1808, les comédiens français parlent pour Erfurth. Dazincourt remplit les fonctions d'ordonnateur des spectacles de la cour. Talma reçut pour sa part une gratification de dix mille francs.
A Erfurth, Talma portait tous les matins à l'empereur l'affiche de la représentation du soir. Talma me raconta qu'un matin, avant d'arriver à la porte du cabinet de l'empereur, il fut retenu par le pan de son habit : « Prévenez donc fempereur, lui dit ce visiteur impatient, que je suis là ! » Ce visiteur impatient, c'était le roi de Saxe.
Le l*'' février 1809, fempereur accoide une pension de six mille francs à M. Luce de Lancival, fauteur (yilcctor, tragédie en cinq actes.
Le 7 août 1810, fempereur donne f ordre de jouer toutes les pièces mentioimées au rapport du jury pour les prix décennaux.
C'est d'octobre 1812 qu'est daté le décret de Moscou, complément et consécrati(jn inscrits au Bulletin des lois de tous les règlements adoptés depuis 1802.
Le 28 janvier 1813, la Comédie-Française, reconnaissante de tous les bienfaits de l'empereur, votait en assemblée générale le don de trois chevaux pour le scr- Aice des arméjs.
Le 12 juin 1;S13, presque tout le personnel part pour Dresde. Fleury et mademoiselle Mars reçurent chacun une gratification de dix mille francs. Talma; qui avait
peu joue^ ne reçut que huit mille francs.
Quarante-cinq tragédies et soixante dix-neuf comédies, répertoire ancien et moderne, ont été représentées pendant l'empire, à la cour impériale, dans les résidences de Saint-Cloud, de Fontainebleau, des Tuileries, de la Malmaison, de Compiègne, de Trianon et de lElvsée.