TRAGEDIES
'le.
Agamemnon,
Andromaque,
Arlaxerce,
Athalie,
Bajazet,
Bérénice,
Britannicus,
Brutus,
Cid Me',
Cinna,
Comte d'Essex
Coriolan,
Electre,
Esther,
Etats de Blois (les,,
Hector,
Iphigenic en Aulide,
Iphigenie en Tauride,
Mahomet,
Mahomet II,
Manlius,
Mithridalo,
Mort de César Ma),
Mort de Henri IV la'.
Mort de Pompée la,,
>'icomède,
Miius II,
OEdipe,
Omasis,
Oreste,
Othello,
Phèdre,
Philoctèle,
Polyeucte,
Rhadamisie et Zenobic,
Rodogune,
Rome sauvée,
Sertorius,
Templiers (les;,
Tippo-Saëb,
Venceslas,
Vénitiens les^,
Zaïre .
COMKDJKS
-Abbé de l'ÉpoeT), Amant bourru '}'), Amour {\'j et la Raison, Assemblée de famille (l';, Avare T),
Aveugle clairvoyant 1' , Avocat Patelin 1';, Babillard le, Barbier de Séville (le), Bourru bienfaisant 'je;, Brueis ou Palaprat, Caroline ou le Tableau, Cercle le',
Châteaux en Espagne jes;, Consentement forcé le,, Conteur le,
Crispin rival de son maître.
Deux Fêtes les,, Deux Gendres les , Deux Pages les , Disirait le ,
École des bourgeois (1',, Épreuve nouvelle r,, Esprit de contradiction 'l"), Ésope à la cour, Étourdis les".
Fausse Agnès la'.
Fausses Confidences les', Fausses Infidélités les).
Femmes savantes ;ies,, Festin de Pierre le), Florentin le , Folies amoureuses les).
Gageure imprévue la), Héritiers les).
Heureusement, Heureuse erreur 1% Homme du jour 1'), Inconstant 1'), Intrigue épistolaire'J'j,
Intrigante T ,
Jeu de l'amour et du hasard le),
Jeunesse de Henri \ la ,
Joueur le,
Legs le.,
31ariage de Figaro le,.
Mariage secret le,,
Méchant le,,
Menteur le,.
Mère jalouse la ,
3Iétromanie la,
Minuit,
Misanthrope le,,
Molière avec ses amis,
Monsieur de Crac,
Nièce supposée la;,
Optimiste fl',,
Original I'),
Originaux (les),
Parleur contrarié 'le),
Philmte de Molière le),
Philosophe sans le savoir le,
Plaideurs les.
Précepteurs les,
Procureur arbitre 'le;.
Projets de mariage 'les ,
Pupille la ,
Retour imprévu le ,
Revanche la.
Rivaux d'eux-uiénies les.
Secret du ménage le),
Shakspeare,
Somnambule Ma,,
Sourd 'le).
Suite d'un bal masqué la;.
Tartufe le ,
Tartufe de mœurs le,.
Trois sultanes los ,
Tyran domesiicpio lo .
A Sainte-Hclcne. pendant les longues soirées d'hiver, Tompereur prenait souvent un de nos gi^ands poëtes dramatiques dans sa bibliothèque; hésitant entre Corneille et Molière, il disait à sa compagnie bien peu nrimbreusG : « Irons-nous ce soir à la tragédie, ou à la ci)nièdie? »
Le 3 mars ls06^ l'empereur créait au Conservatoire de nni-ique une classe de déclamation, et nommait comme professeur? Dugazon. Monvel, Fleury, Dazincourt. Talma et Lafon.
L'empereui' exigeait rjue tous les membres de la famille impériale et les grands dignitaires de la couronne eussent kur luge au Thécàtre- Français; il donnait Tcxeraple en payant sa loge par année vingt et un mille francs. Nous avons pu nous assurer, dit M. Laugier, dans ses documents historiques si intéressants et si complets sur le Théâtre-Français, que la moyenne du prix des loges louées à l'année était de douze mille franc? par mois, soit cent quarante-quatre mille francs par an.
Plusieurs régiments de la garde étaient souvent passés en reM.ie par l'empereur, le dimanche, dans la cour des Tuileries. L'emperem-, à une de ces revues, aperçoit dan? la f(;ade mademoiselle Mars, il pousse son cheval, franchit le piquet de gardes qui empêchait le public d'approcher, et dit à mademoiselle Mars, avec la plus gi-acieuse bienveillance : « Vous nous rendez les visites que nous avons tant de plaisir à vous faire au Théàtre- Francais. » Cette scène desiiina mademoiselle Mars à
Uattcntion de toute la foule et de rélat-major de l'cmpcreur, et, malgré son assurance de comédienne, elle resta interdite. J'ai lecueilli cette anecdote de la bouche même de mademoiselle Mars.
Elle se montra fidèle au culte et à la mémoire de l'empereur. La première fois que joua mademoiselle Mars, après le retour de l'empereur, pendant les centjours, elle poi'tait comme signe de joie des bouquets de violettes : elle portait des violettes à sa ceinture, elle en portait comme garniture de robe, elle en portait dans sa coilTure. Celte profession de foi politique en bouquets valut à mademoiselle -Mars d'assez tristes représailles. La première fois qu'elle reparut sur la scène, après le retour de Louis XVIII, elle eut à subir de cniels outrages. Mademoiselle Mars jouait avec Fleury le rôle d'EImire du Tartufe; dès que commença la grande scène du troisième acte, des vociférations se firent entendre, elles partaient du parterre et de l'orchestre : « Criez vive le roi ! criez vive le roi! » Fleury crut que c'était à lui qu'on en voulait, et il s'avança près de la rampe : « Messieurs, dit-il, j'ai été incarcéré pendant la terreur, et mes opinions... » On ne le laissa point continuer : « Ce n'est pas à vous, c'est à cette s..., à cette g... de Mars; il faut qu'elle crie vive le roi ! « Mademoiselle Mars, dont la physionomie pendant cet orage resta calme et dédaigneuse, profita d'un moment de silence et usa de ruse pour se tirer d'affaire, sans cependant céder à ces cris injurieux : « Mais, messieurs, dit-elle, j'ai crié vive le roi 1 )) Tout fut dit, et la pièce continua. Mademoiselle Mars, dans le reste de son rôle, obtint d'unanimes applaudissements. Le publie, dans
la mcnie soirée, se montra tout à la fois juste, poli et violent jusqu'à la gi'ossièretë.
Les flots houleux d'un parterre français s'agitent au moindre vent, et il en sort souvent de norenaçantes tempêtes : (( Avez-Yous souvenance, dit M. Joseph de Mais- » tre, d'un seul trait suljlime de piété filiale qui n'ait » pas été profondément senti et couveit d'applaudisse- » ments par un parterre ?
)) Retournez le lendemain, vous entendrez le même y) biuit pour les couplets de Figaro. »
C'est ici la place de crayonner quelques traits de mademoiselle Mars, de cette grande comédienne qui débuta dès le commencement du siècle à la Comédie-Française. J'eus avec elle de longues relations d'amitié.
Je fus présenté à mademoiselle Mars vers la fin de la restam^ation, par mon ami Etienne Béquet. Toutes les fois que mademoiselle Mars jouait, nous nous rencontrions après le spectacle cinq ou six dans sa loge, et nous allions souper en sa compagnie, dans son hôtel de la rue de la Rochefoucault.
Arnault, de l'Académie française, Etienne Béquet, Coupigny, célèbre à plus d'un titre, comme gi^and amateur de pêche et comme auteur de romances, le comte de Moraay, M. Romieu et moi, nous étions les assidus de ces littéraires et gais soupers.
On était alors au plus vif delà discussion, on pourrait diie de la querelle des classiques et des romantiques. Coupigny défendait les classiques et ses romances. M. Romieu prétendait qu'il n'était plus question de la lan.gue de Racine, de Corneille et de Molière, qu'on allait changer tout cela, et couler en bronze une langue
nouvelle, et Coupigny do pousser des gémissements, de bondir sur sa chaise en levant les yeux au ciel ! Voici un épinard pyramidal l Monsieur Arnaxdt, faites donc couler pour nous le miel de vos vers ! Voilà la langue rajeunie qu'on doit parler, disait M. Romieu à Coupigny. Arnault, (juoique classique, se prêtait à cette comédie et à cette trahison apparente. Cette complicité avouée contre la langue de Racine mettait le comble au désespoir et à l'indignation de Coupigny, II n'en perdait cependant pas une bouchée ; il était moins classique que gourmand.
Ce fut ce même Coupigny qui nous disait un premier jour de l'an : « Voilà vingt ans que je dîne deux ou trois fois par semaine chez mademoiselle Mars, et eUe ne m'a jamais rien donné. »
Dans l'intimité, comme au théâtre, mademoiselle Mars était simple, naturelle, d'une gaieté tranquille et aimable; elle faisait preuve dans ses manières, dans son langage et dans sa conduite, d'une rare pénétration et de toutes les délicatesses d'une femme bien élevée; elle ne cherchait ni les mots ni les effets d'esprit; elle pensait et parlait avec tact et bon sens. Voici un de ses aperçus sur l'art du comédien : a Comme nous jouerions mieux la comédie, me disait-elle, si nous tenions moins à être applaudis ! «
Mademoiselle Mars aimait à conter ; elle contait avec agrément. Comme comédienne, elle avait du singulier, elle ne mentait pas.
Mœm-s de théâtre assez étranges ! mademoiselle Mars se respectait; elle prit toujours l'amour très au sérieux, et dans les tendres et durables intimités qui firent évé-
190 Ml- MOIRES
nement dans sa vie, elle engageait son cœur et sa
liberté.
Dès rage de huit ans, mademoiselle Mars jouait des rôles d'enfant au théâtre Montansier; elle joua le rôle travesti du frère de Jocrisse, dans le Bésesi^oir de Jocrisse. Baptiste cadet jouait aussi alors la comédie à la Montansier.
Mademoiselle Mars était, comme on sait, la fille de Monvel, comédien et auteur comique de grandes façons et de beaucoup d'esprit.
Ce fut dans les rôles d'ingénues que mademoiselle Mars débuta au Théâtre-Français. .Jeune fille et comédienne, elle eut aussi ses mauvais jours. Ses débuts n'eurent point un très-grand éclat ; elle fut cependant protégée et conseillée par mademoiselle Contât; elle était même reçue dans le salon de cette reine du théâtre, autom- de laquelle se pressaient gens d'esprit, grands artistes, financiers et gens de com\
A ses débuts, mademoiselle Mars était maigre, montrait des coudes pointus, des bras et dc^ mains un peu rouges; mais elle eut toujours l'œil le plus vif, une bouche au plus gracieux, au plus varié sourire, la voix la plus intelligente, la plus sympathique et d'un timbre musical qui charmait le cœur et l'oreille.
Ce fut smiout vers la fin de l'empire, et lorsque, à la mort de mademoiselle Contât, elle put jouer le grand répertoire, les rôles de grandes coquettes, que mademoiselle Mars fit du bruit et qu'elle conquit l'admiration de la critique et du parterre. Elle prit bientôt l'embonpoint le plus élégant; et cumula toutes les séductions irrésistibles de la beauté, du talent et du succès.
iriN BOURGEOIS DE PARIS l'Jl
Comme tous les grands artistes , mademoiselle Mars aimait le théâtre avec passion; elle était toujom-s la première arrivée à l'heure des répétitions. La retraite de mademoiselle Mars fut tardive et lui causa un profond chagrin. Les grands artistes, en rpiittant la scène, meurent une première fois.
De grandes richesses n'étaient point l'ambition de mademoiselle Mars; elle ne com'ait point après la foriLiiic; mais toute sa vie il lui arriva les plus heureuses aventures d'argent : des héritages, des présents anonymes. Outre sa part de sociétaire, elle touchait un traitement de trente mille francs par an, et faisait d'amples récoltes pendant ses congés.
Mademoiselle Mars était généreuse et ])ienfaisante; elle recueillit chez elle, pendant d'assez longues années, la vieillesse et la misère d'un ancien acteur de l'Odéon, du nom de AVal ville. Se trouvant en représentation à Toulouse , elle offrit une amicale hospitalité h une actrice du nom de Julienne, qui fut longtemps sa dame de compagnie.
Mademoiselle Mars mouruf à soixante et onze ans. Elle a sa place marquée dans les annales du théâtre et (le notre histoire littéraire ; elle donna poui' ainsi dire aux œuvres de Marivaux une seconde jeunesse; elle fit surtout revivre avec éclat, pour les jeunes générations do ce demi-siècle, les créations immortelles d'Elmire, d'Henriette, de Célimène, qui sont la gloire de Molière et l'honneur de notre littérature.
Mademoiselle Mars a souvent joué à coté de Talma dans Misanthropie et Repentir, et dans VEcoIe dvs vieilhw'.h, de Casimir Delavifme.
Xnus tiviiivons dans le li\Te de l'Allemagne, de madame de Staël, ce portrait de Talma tracé de main de maître :
c( Quand il parait un homme de génie en France, dans quelque carrière que ce soit , il atteint presque toujours à un degré de perfection sans exemple; car il réunit l'audace qui fait sortir de la route commune, au tact du bon goût quïl importe tant de conserver lorsque rnriginalité du talent n'en souffre pas. Il me semble donc que Talma peut être cité comme un modèle de hardiesse et de mesure, de naturel et de dignité. Il possède tous les secrets des arts divers; ses attitudes rappellent les belles statues de rantiquité : son vêtement, sans qu'il y pense, est drapé dans tous ses mouvements comme s'il avait eu le temps de l'arranger dans le plus parfait repos. L'expression de son visage, celle de son regard, doivent être l'étude de tous les peintres. Quelffuefois il arrive les yeux à demi ouverts, et tout à coup le sentiment en fait jaillir des rayons de lumière qui semblent éclairer toute la scène.
» Le son de sa voix ébranle dès qu'il parle, avant que le sens môme des paroles qu'il prononce ait excité l'émotion. Lorsque dans les tragédies il s'est trouvé par hasard quelques vers de.-criptifs, il a fait sentir les beautés de ce genre de poésie, comme si Pindare avait récité lui-même ses chants. D'autres ont besoin de temps pour émouvoir, et font bien d'en prendre; mais il y a dans la voix de cet homme je ne sais quelle magie qui, dès les premiers accents, réveille toute la sympathie du cœur. Le charme de la musique, de la peinture, de la sculpture, de la poésie, et par-dessus tout du langage,
voilà SOS moyens pour développer dans celui qui l'écoute toute la puissance des passions généreuses ou ten-ibles.
» Cet artiste donne autant qu'il est possible à la tragédie française ce qu'à tort ou à raison les Allemands lui reprochent de n'avoir pas, l'originalité et le naturel. Il sait caractériser les mœurs étrangères dans les différents personnages qu'il représente, et nul acteur ne hasarde davantage de grands efiets par des moyens simples. 11 y a, dans sa manière de déclamer, Shakspeare et Racine artistement combinés. »
Otons maintenant à Talma son rouge, sa couronne ou son bandeau de roi; mettons une robe de chambre sur les épaules d'Hamlet, d'Auguste, de Xéron ou d'Oreste ; suivons Talma le rideau baissé, après ses désespoirs magnanimes, après ses fureurs. En rentrant dans sa loge, il la trouvait toujours encombrée d'une table de jeu et de plus d'un joueiu' : Kessner, Mira, le fils de Brunet, Doumerc, le parent d'un munitionnaire, M. Firmin et madame Firmin, et tant d'autres y jouaient d'assez grosses sommes à l'écai'té, et les joueurs qui perdaient i-eprochaient durement à Talma de les gènei-.
Sur la scène, Talma était rempli de tolérance, d'attention et de soins pour ses camaradjs; dans les dénoûments tragiques, il n'a jamais donné un coup de poing, ni fnit un noir à une héroïne. Tl tuait proprement, et, pour l'illusion du public, il tuait mieux que personne.
Dans plus d'un jeu de scène, les artistes doivent s'entendre et s'entr'aider, et souvent, au contraire, ils se jouent de mauvais tours et se tendent des pièges. Ils
forcent un camarade ou une camarade à tourner le dos au public pendant un couplet important et de longue haleine; ils remontent le théâtre quand ils n'ont rien à dire, et éloignent ainsi, le plus qu'ils peuvent, de la rampe, leur interlocuteur, que le public n'entendra plus.
Talma ne connaissait ni ces ruses de jalousie, ni ces perfidies de rivalité. Il se préoccupait presque autant des rôles de ses partenaù-es que du sien propre ; s'il eût pu jouer avec mademoiselle Rachel, il l'eût servie, aidée, utilement conseillée, et cet Oreste eût été hem-eux de raouiir pour cette Hermione.
Talma ne manquait ni d'esprit ni dlnstniction. Il savait très-bien l'anglais. Toute sa vie il n'eut que du laisser-aller, de l'obligeance, de la bonté pour tous. Aussi sa mort fut-elle une doulem* publique; il fut pleiu'é par tous ceux qui le connaissaient. A Bmnoy, où était située sa maison de campagne, cette perte désola toute la commune.
Ce fut en 1787 que Talma débuta à la Comédie-Française dans le rôle de Séide du Mahomet de Voltaii^e ; il créa peu de temps après le rôle de Cléry dans Yîntngiie épistolairo, de Fabrc d'Eglantine. Ses grands succès et sa réputation méritée datent du rôle de Charles JJ, de Marie-Joseph Chénier. Talma mourut le 19 octobre 1826.
Lorsque Talma mourut, Lafon, ce tragédien gascon, prit tous ses rôles. Jamais Lafon ni ses amis ne prononçaient le nom de Talma ; pour désigner Talma, ils disaient Y mitre. Lafun. dans Cinna, jouait Cinna. lorsque
Taima jouait Auguste. Après la mort de Talma, la première fois que Lafon joua Auguste, ses amis d'accourir dans sa loge et de lui dire qu'il avait enfoncé l'autre ! (c Et cependant, dit La.ion, Vautre avait sur moi un grand avantage : il avait un Cinna, et moi je n'en ai pas.»
V Opéra national des arts, qui devint V Académie impériale de musique, jeta peu d'éclat sous l'empire. La première représentation à'Ossian, ou les Bardes, paroles de Baour-Lormian, musique de Lesueur, eut lieu le 21 messidor an xn. Le 4 février 1806, un spectacle gratis de l'Opéra se composait des Prétendus et d'une première représentation de l'intermède Austerlitz. Ce fut le 28 octobre 1 807 qu'eut lieu la première représentation du Triomphe de Trajan ; la onzième représentation du Triomphe de Trajan fut donnée comme spectacle gratis. La première représentation de la Vestale, paroles de Jouy et musique de Spontini, eut lieu le lo décem])re 1807.
Les rôles étaient ainsi distribués :
Personnages : Actenrs :
LiciMi's MM. Laixez.
CiNNA Lus.
Le grand prêtre Dérivis.
Le chef des ahuspices. . . . DtPARc.
Un coNSiL Martin.
JULIA Mines Branchc.
La grande vestale Maillard.
La première représentation de Fernand Cortez eut lieu le 28 novembre 1809. Les rôles étaient ainsi di>lribués :
Personnagei : Acteurs :
Fer\a>b Cùrtez MM. Lainez.
Télasco Laïs.
Alyar Laforet.
Le grand prêtre Dérivis.
Morales Bertin.
Officier esi'ag.nul Nourrit.
Idein Albert.
Officier mexicain Martin.
Coryphée Martin.
Idem Picard.
Amazili MfUes Branchc.
SnvANTE Reine.
Idem Lacombe.
Le 1*' avril ] M 4. Topera /e Triomphe de Trajan fut annoncé surraftiche jusqu'à sept heures et dennie; mais on exécuta l'opéra de la Vestale. Les empereurs ào Russie et d'Autriche et le roi de Prusse assistaient à cette représentation. Le 17 mai 1814, le roi Louis XVIIl vint entendre l'opéra à'Œdipe.
L'empereur, connaisseur, même en musique, assistait rarement aux représentations de l'Opéra.
J'aurai souvent, dans ces Mémoires, l'occasion de parler plus longuement de l'Opéra et des gi'andes révolutions qui se sont produites dans l'art de la musique.
Le théâtre Feydeau, qui s'appela plus tard le théâtre de repéra- Comique, fut mis à la mode, à la fin du directoire, par les concerts oi^i chantait Garât: plus tard, pai' EUeviou, par Martin et par mademoiselle Alexandrine Saint-Aubin, dont le talent ne fut cependant Irèsapplaudi que dans Cendrillon. L'empereur assistait souvent aux représentation? de ce théâtre, qui comptait
alors beaucoup de loges louées à l'année. Ce lliéàtic obtint, sous l'empire, de grands succès.
On se rappelle encore Vue heure de mariage, un acte (20 mars i804), par Etienne, musique de Dalayrac; h Bouffe et le Tailleur, un acte (19 juin 1804), de GoufTé et Villiers, musique de Gaveau; V Intrigue aux fenêtres, un acte (24 février 1805;, par Bouilly et Dupaty, musique de Nicole; Gulistan, ou Je Huila de Samarcande, trois actes ^30 septembre 1805), d'Etienne et de La Chabeaussière, musique de Dalayrac ; Monsieur Deschalumeau.T, ou la Soirée de carnaval, trois actes (17 fémer 1806), de Creuzé Delesser, musique de Gaveau; les Maris garçons, un acte (15 juillet ISOG;, de Nanteuil, musique de Berton; JosepJi, trois actes (17 février 1807,, d'Alexandre Duval, musique deMéhul; F Auberge de Bagnéres, trois actes '23 avril 1807j, de Jalabert et d'Ellcviou, musique de Catel; les Bendez-vous bourgeois, un acte (9 mai 1807), d'HofImann, musique de Nicolo; Vu Jour à Paris, trois actes (24 mai 1808;, d'Etienne, musique de Nicolo ; Ninon chez madame de Sévigné, un acte (20 septembre 1808), de Dupaty, musique de Berton; Jadis et Aujourd'hui, un acte (29 octobre 1808), de Sewrin, musique de Kreutzer; Françoise de Foix, trois actes (28 janvier 1809), de Bouilli et Dupaty, musicjue de Berton; Cendrillon, trois actes (22 février 1810 , d'Etienne, musique de Nicolo; le (liarme de la voix, un acte (24 janvier 181 1 j, de Nanteuil, musique de Berton ; le Billet de loterie, un acte (14 septembre 1811), de Roger et Creuzé, musique de Mcolo; Lulli et (juinanU, un acte (2 février 1812 , de Nanteuil, musique de .Nicolo; Jean de Paris, deux actes (4 avril 1812), de Sainl-
Just, musique de Boïeldieu: Jes Aubergistes de qualité^ trois actes 17 juin 1812', de Jouy, musique de Catel; la Jeune femme colère, un acte (12 octobre 1812;, d'Etienne, musique de Boïeldieu; le Mari de cireonstanee, un acte 18 mars 1813 , de Planard, musique de Plantade; les Deux Jaloux, un acte '27 mars 1813 , de Vial, musique de madame Gail ; le Nouveau Seigneur du village, un acte '29 juin 1813,, de Creuzé et Favières, musique de Boïeldieu : Jocande, ou le Coureur d'aventures, trois actes (28 féviier 1814), d'Etienne, musique de Mcoloj Jeannot et Colin, trois actes (17 octobre 1814 , d"Etienne, musique de Nicolo ; enfin la Lettre de change, un acte 11 décembre 1814, de Planard, musique de Bochsa.
MM. de Plis et Barre, auteurs de vaudevilles joués avec tant de succès à la Comédie-Italienne que quatre de ces pièces seules avaient rapporté au théâtre de la me Mauconseil plus de cent mille écus, sans valoir aiLx autcm's plus do douze cents francs, conçurent, en 1790, le projet de consacrer une salle nouvelle à un genre repoussé par la Comédie-Italienne. Ils trouvèrent des fonds et un ten-ain près de la place du Palais-Royal. Ce terrain était occupé par une salle de bal, appelée ^yauxhall d'hiver, ou le Petit Panthéon. De là le théâtre du Vaudeville, situé rue de Chartres, et qui compta smcet emplacement près de quarante-sept ans d"cxistence.'
Le théâtre du Vaudeville, pendant la révolution et sous l'empire, fut presque un théàti'e politique. J"ai pu recueillir quelques faits curieux qui datent de l'origine de ce théâtre.
Barré fut le premier directeur du Vaudeville ; sa direction dura depuis 1792 jusqu'en ISlo, époque à laquelle Désaugiers lui succéda.
Barré se retira avec une pension de quatre mille francs, dont il jouit jusqu'au 3 mai 1832. Il mourut à Uàge de quatre-vingt-six ans.
Le Vaudeville est le premier théâtre qui ait rétribué honnêtement les auteui's attachés à sa prospérité . Comme Barré était auteur; comme Piis, à qui on devait le projet de consti-uction du théâtre, s'était réservé le droit d'y faire jouer des pièces, ils stipulèrent que les droits d'auteur seraient de douze pour cent sui* la recette, à partager entre les pièces jouées dans la soirée. Lorsque l'impôt des pauvres fut établi, cet impôt fut défalqué avant le partage. Ce contrat régit encore le Vaudeville aujourd'hui, et il s'est étendu sm- les autres théâtres du même genre. Seulement, il se perçoit sur la recette biiite, sans tenir compte de l'impôt prélevé au profit des hospices.
Barré prit pour épigraphe de son affiche, en le modifiant pour la circonstance, ce vers connu de Boileau :
Le Français, né malin, créa le Vaudeville!
Dans le deuxième chant de VArt poétique, Boileau a dit, parlant de la satire :
D'un Irait de ce poëme, en bons mots si fertile. Le Français, né malin, forma le vaudeville, Agréable indiscret qui, conduit par le chant, Passe de Jjouche en bouche, et grandit en marchant.
Le Vaudeville ouvrit le 12 janvier 1792.
Une pièce, la Chaste Suzanne, lait époque dans les
unnales de ce théâtre. Elle fut jouée le o janvier 1793; les auteurs étaient Barré, Radet et Desibntaines, sui'nommés le Triumvirat du Vauderille. On connaît l'histoire de Suzanne, accusée d'adultère par deux juges quelle ne veut pas écouter, et sauvée par Daniel.
La pièce fourmillait d'allusions. On applaudit à outrance un couplet dans lequel les accusateui's disaient :
Celui qui fait parler la loi, Sali Lien aussi la faire taire.
L'enthou-iasme de la salle fut au comble lorsque Daniel s"écria :
« Vous êtes ses accusateurs, vous ne pouvez être ses juges. »
Ces paroles rappelaient l'exorde du plaidoyer de Desèze, dans le procès de Louis XVI, instruit en ce moment par la Convention.
A la sixième représentation, donnée le 27 janvier 1793, une scène violente se produisit. Elle fut courageusement dénoncée à la Commune de Paris pai- un acteur du \ audeville nommé Delpèche et surnommé Boui*geuis. (!ette lettre fut lue dans la séance delà Commune du surlendemain, 2'.» janvier.
(' Depuis plusiem's jours, on nous menaçait de faire interrijmpre les représentations de la Chaste Suzanne, et nous attendions avec résignation l'effet de cette menace. Mais hier dimanche, plus d'une douzaine de particuliers qui s'étaient trouvés à la fête civique du matin, ayant probablement diné ensemble, sont venus, dans leur sagesïc, juger celte pièce, qu'ils avaient proscrite
d'avance; ils ont commencé par forcer le passage et par entrer sans payer; ils se sont dils députés pai* la Société des Amis de la liberté et de l'égalité', ils ont demandé à parler au directeur : il les a fait placer dans la salle. Ils ont écouté le premier acte, même le second, sans murnuu'er; mais au second couplet que je chantais, une très-grande partie du public m'ayant interrompu par des applaudissements et l'ayant redemandé, alors ces particuliers s'y sont opposés avec une fureur menaçante ; quelques-uns d'entre eux sont descendus des premières loges à l'orchestre. Us ont tenu les propos les plus injmieux contre le public, les auteurs, les acteurs, les pièces !...
)) Le commissaire de police de la section des Tuileries leiu" a représenté qu'ils devaient respecter les propriétés, que les directeurs de spectacles étaient responsables; et il a cité le décret de la Convention relatif à VAmi des lois ; un particulier lui a répondu qu'on ne venait point pom- s'opposer à la représentation, mais pour s'opposer aux allusions indécentes que l'aristocratie y trouvait. Voici le couplet qui, selon eux, fournissait aux allusions :
Air (le Calpigi.
Affecter candeur et tendresse»
Du plus oITrant que l'amour presse, Recevoir argent et présent, C'est ce que l'on fait à présent.
Refu>er plaisir et richesse, Pour conserver gloire et sagesse, De la mort braver le tourment, Ali 1 c'est de l'Ancien Testament!
«Je vous doiuandc, cltivons, quel homme de bonne
foi peut trouver dans ce couplet quelques rapports aux circonstances actuelles ? Je demande que les magistrats du peuple veillent à ce que nous n'ayons rien à craindre des menaces de quelques-uns de ces particuliers qui, après le spectacle, sont montés sur le théâtre, cherchant ceux à qui ils en voulaient, et sont sortis en promettant de faire un hôpital de ce théâtre. Juste ciel ! verrions-nous se renouveler les scènes sanglantes des 2 et 3 septembre, et les spectacles seraient-ils sur la liste des proscriptions? J'attends de votre justice que vous voudrez bien, ou charger le département de la police de vérifier l'exemplaire signé que je dépose sur le bureau, ou nommer des commissaires à cet effet. »
Après la lecture de cette lettre, un membre de la Commune déclara qu'il ne voyait, quant aux allusions, aucune analogie entre Antoinette (c'est ainsi qu'on nommait la reine) et la chaste Suzanne ; un autre traita de faussetés un grand nombre des faits articulés dans la lettre; d'autres demandèrent que la lettre et la pièce fussent renvoyées à leurs autem's. Enfin, après une longue discussion, la Commune prit l'arrêté suivant :
« Le conseil général charge le comité de pohce de surveiller la représentation de cette pièce, afln qu'elle n'occasionne aucun trouble, et d'empêcher qu'elle ne pervertisse l'opinion publique ; passe à l'ordre du jour sur l'adresse du citoyen Delpêche, attendu qu'elle ne peut inspirer que le mépris, et cependant ordonne qu'elle restera déposée, ainsi que l'exemplaire de la Chaste Suzanne, au secrétariat, poui' y avoir recoui's s'il y a lieu. »
C'était une menace de proscription, et la proscription, alors, c'était l'échafaud. Le théâtre et les auteiu's se tinrent pom- avertis. La Chaste Suzanne ne repaiiit que le dimanche 17 février, avec Jes changements, disait l'affiche, demandés par les défenseurs de la république, et elle fut jouée encore onze fois du 17 février au 27 mars, clôture de Tannée théâtrale.
Barré, Radet et Desfontaines furent emprisonnés; ils recouvrèrent difficilement leur liberté . La Chaste Suzanne fut représentée encore à la réouverture, qui eut lieu le 31 mars ; mais bientôt un décret de la Convention, des 2-3 août 1793, coupa court à toute velléité d'opposition. 11 portait « que tout théâtre sur lequel seraient représentées des pièces tendant à dépraver l'esprit pidjlic et à réveiller /(/ honteuse superstition de la royauté, serait fermé, et les directeurs arrêtés et punis selon la rigueur des lois. »
Un autre décret , rendu onze jours plus tard , le 1 4 août, (( autorisait les conseils des communes à diriger les spectacles et à y faire représenter les pièces les plus propres à former l'esprit public et à développer l'énergie républicaine. »
Le 2 thermidor an n 20 juillet 179i^, huit jom's avant la chute de Robespierre , on joua un vaudeville de M. Després, intitulé t'Aïawiiste. Ou y applaudit le couplet suivant :
Tel répand des bruits infidèles, Qui bien souvent en est l'auteur:
le fabricateur de nouyelles Est pareil au faux monnayeur :
20 i MEMOIRES
L'un, dans son avarice immonde, De l'or corrompt la pureté; L'autre corrompt la vérité, Qui vaut tous les trésors du monde.
Qiialic jours après le 18 brumaire, le 22 13 novembre 1709 , le Vaudeville célébra les événements, dans
un à-prnpos fait et appris en vingt-quatre heures, et intitulé : la Girouette deSaint-CIoud. Le couplet d'annonce était ainsi conçu :
D'un fait qui vivra dans l'histoire, Tout à riieure on vous parl'^ra; Et si nous manquons de mémoire, Aucun de vous n'en manquera.
Cette pièce, avant d'être prête, Fut annoncée aux spectateurs :
L'ouvrage est mal dans notre tète, Mais le sujet est dans vos cœurs.
Le- deux couplets suivants eurent les honuem-s du bis:
>'ous connaissons certain génie, Actif autant qu'il est puissant; Qui sait de l'Europe à l'Asie Franchir l'espace en un moment.
Si dans ses courses immortelles, Il nous mit à couvert partout, Je crois qu'aujourd'hui de ses ailes Il pourra bien couvrir Saint-Cloud.
La fuite en Egypte, jadis, Conserva le Sauveur des hommes ; Pourtant quelques malins esprits En doutent au siècle où nous sommes.
Mais un fait bien sur en ce jour, Du vieux miracle quoi qu'on pense.
C'est que de lEaypie un retour Ramène un sauveur à la France.
Le IN fVlmairo • déccniljre , première représenta-
D'UN BOL'RfJEOIS DE PARIS 205
lion du YaudeviUe au Caire; nouveau couplet de cii'constance, également applaudi :
Vos faibles chansons d'un héros Peuvent-elles vanter la gloire?
Peul-il entendre vos pipeaux Au milieu des chants de victoire?
A de [ilus sublimes concerts - Son oreille est accoutumée :
Son théâtre, c'est l'univers, Et son chantre, la Renommée!
Un grand succès obtenu sous le consulat au Vaudeville, c'est M. GuiUawm, ou le Voyageur inconnu. Ce petit chef-d'œuvre, qui date de 1800, se maintint au répertoire pendant près de vingt-cinq ans. On faisait toujours répéter les deux couplets suivants : le premier, fpii célèbre la gloire de Malesherbes, le défenseur de Louis XVI ; l'autre, qui est une leçon de morale :
Ce magistrat irréprochable, L'ennemi constant des abus.
Ce philosophe respectable, L'ami des talents, des vertus, Honorant la nature humaine Par son austère probité, Quelque part que le sort le mène, Il marche à l'immortalité.
La chute inattendue de ce couplet (c'est ainsi que les auteurs appellent les deux derniers vers) produisit un mouvement électrique et une sensation profonde.
Voici le second couplet :
Epoux imprudent, fils rebcile, "Vous aurez des enfants un jour :
A l'autorité paternelle Vous prétendrez à votre tour.
Mais, monsieur, ce pouvoir suprême, Ce pouvoir, lé plus saint de tous, De quel droit l'exercerez-vous, Quand vous l'aurez bravé vous-même !
Fanchon la citUeuse fut l'immense succès du Vaudeville, pendant Tannée 1803. Cette pièce fut jouée le i\) janvier.
Geoffroy di>ait en rendant compte de cette pièce ;
« La foule est au Vaudeville : c'est la rareté ; on y voit une vielleuse riche et vestale : c'est la curiosité. Fanchon est presque aussi courue que mademoiselle Georges. »
Un des couplets qui faisaient pâmer le public d'alors,
véritable chef-d'œuvre de pathos, était ainsi conçu :
Au milieu du désordre affreux
Que le choc a fait naître,
Celte rose frappe mes yeux :
Je crois vous reconnaître,
Je veux vous sauver 1...
Pour vous préserver
De ce péril extrême,
Je sais vous saisir.
Et j'ai le plaisir Devons rendre à vous-même.
Mademoiselle Belmont était alors l'actrice à la mode. Elle avait une rare beauté, et ne manquait pas d'un certain talent. Après le succès de Fanchon, elle épousa son camarade Henri; mais cette union ne fut pas hem-euse : les deux époux divorcèrent : madame Belmont cjuitta le Vaudeville pour lOpéra-Comique, où elle devint sociétaire. Liée avec Uupaty, elle affectait des allures de basbleu. Lnrs du bajttème de M. le duc de Bordeaux en
1821, les théâtres de Paris donnèrent des pièces de circonstance ; Théaulon apporta à rOpe'ra-Comique un àpropos intitulé : h Baptême de Henri IV. Membre du comité de lectm-e, madame Belmont, qui se croyait obligée d'être libérale, par suite de sa liaison avec Dupaty, motiva son avis dans le bulletin suivant :
«( Je refuse la pièce, attendu que Hemi IV, étant né protestant^ n'a jamais été baptisé. » Non-seulement on baptise les protestants, mais madame Belmont oubliait que Henri IV a été deux fois catholique.
Ce bulletin devint l'objet de la risée du théâtre.
Pendant l'année 1804, le Vaudeville joua deux fois gratis, comme les autres théâtres : le 25 messidor an xn (14 juillet), en l'honneur de la prise de la Bastille en 1789, et le 10 frimaire an xui (l'''' décembre), en riionnem- du com'onnement, fixé au lendemain.
En 1805, le Vaudeville fut mandé par Napoléon au camp de Boulogne.
Le 5 frimaire (26 novembre), spectacle gratis en rhonnem- de l'entrée des Français à Vienne.
Le 30 frimaire (21 décembre), spectacle gratis pour
célébrer la victoire d'Austerlitz ; on y chanta plusieurs
couplets de Barré, Radet et Desfontaines. Voici un de
ces couplets :
Nos guerriers couverts de gloire En tous lieux sont triomphants :
En marchant à la victoire Ils vont à pas de géants; Les Autrichiens sont vaincus, Et les Russes sont battus.
Mes amis, des Français Chantons les brillants succès; Bientôt nous chanterons la paix.
::(>S MK.MOiRES
Le 22 février 1807, BaiTé, Radet et Desfontaines célébrèrent la victoiie d'Eylaii. en ajoutant les couplets suivants au Béve. ou la Colonne de Hosbai-h :
Le Kusse paraissait content De sa dernière danse, Et nuitamment, Furtivement, Reculait par prudence ; Mais voilà qu'en carnaval, 11 veut revenir au bal :
Hélasl tout comme en Prusse, Le Russe repoussé,
Rossé, A quitté son pas russe Pour le croiïé-chassé.
Ses généraux disaient d'avance :
« >'ous sommes bien sûrs du succès,
)) Car déjî le Russe commence
» A n'avoir plus peur des Français. »
Or voici quelle est la recette
Qui le guérit de sa frayeur :
Devant nous, pour n'avoir pas peur,
Tous les jours, il bal en retraite.
A la fin de Tannée théâtrale 1807. une scission éclata entre les auteurs du Vaudeville : quelques-uns, fatigués de la lutte iiiipuis.-ante qu"lls soutenaient co;\tre le répertoire de Barré, travaillèrent pour le théâtre Montansier-Variétés, qui, chassé du Palais-Royal par Tinfluence de la Comédie Française, jouait à la Cité, pendant qu'on achevait de construire la salle des Panoramas. Cette salle des Panoramas fut inaugurée le 2o juin de cette année 1807,
En vertu du décret du 8 juin 1806. qui déclarait, article 5, que le ministre de l'intériem- pom-rait assigner
à chaque théâtre un genre de spectacle, dans lequel il serait tenu de se renfermer, M . de Champagny prit un arrêté, en date du 2o avril 1807 {Journal de Faris du i juin).
Le genre du Vaudeville y est ainsi défini :
« Son répertoire ne doit contenir que de petites piè- » ces, mêlées de couplets sui' des airs connus, et des » parodies. )>
L'article 16^ applicable à tous les théâtres, porte ;
« Les spectacles n'étant point au nombre des jeux publics auxquels assistent les fonctionnaires en leur qualité, mais des amusements préparés et dirigés par des particuliers, qui ont spéculé sur les bénéfices qu'ils doivent en retirer, personne n'a le droit de jouir gratuitement d'un amusement que l'entrepreneur vend à tout le monde. Les autorités n'exigeront donc d'entrées gratuites des entrepreneurs que pour le nombre d'individus jugés indispensables.
Le 6 juin 1807, on ajouta le couplet suivant à la pièce la Cûlonn i de RosbacJij pour célébrer la prise de Dantzick :
Pour nous quel brillant assemblage !
Après s'èlre bien défendu,
Forcé par l'art et le courage,
A la fin Dantzick s'est rendu.
Combien ce nouveau trait de gloire
Doit plaire à tous les bons Français,
En songeant que celte victoire
Est un pas de plus vers la paix.
2iO MÉMOIRES
Ce fut 1g 17 juin 1.^07 fjii'on représenta les Pages an dur de Vendôme, de Dieu-la-Foi et Gersain, imitation du Muletier de La Fontaine. Grand succès. L'Opéra a mis ce vaudeville en ballet.
Le 26 juin, sur l'annonce de la victoire de Friedland, Barré, Radet et Desfontaines font chanter le couplet suivant dans la Mf'çjcdanthropogénésie :
J'ai vu ce peuple industrieux, Eclairé, sensible, intrépide.
Capable de tout sous les yeux Du chef immortel qui le guide.
Son génie à tous les Etals Ouvre les sentiers de la gloire .
11 fait marcher du même pas Les arts, les lois et la victoire.
Le 2 octobre 1800, fut représenté Lantara, ou le Peintre au cabaret. — Le premier jour, malgré le succès, on nomma comme auteur de la pièce Jean-Louis- Pierre de Saint-Yon. Plus tard l'anonyme fut levé, et on sut que l'ouvrage était de Barré, Radet, Desfontaines et Picard. Ce vaudeville avait été improvisé après un déjeuner au lincher de CancaJe, le restaurant k la mode du temps.
Le 11 juillet 1810, MM. Théaulon et Dartois firent représenter Partie carrée, dont le succès fut durable.
Le 20 mars 1811, jour de la naissance du roi de Rome, Barré, Radet et Desfontaines célébrèrent le soir même cet événement dans les couplets suivants, ajoutés à la représentation :
Dès 1' point du jour avec ivresse, Nous entendions l' gros bourdon :
Unis à cell' douce allégresse,
Il manquait le bruil du canon.
Yingl cou ps auraient pu nous suffire;
Ci nous aurait égayés tous ;
Et v'ià qu' pour nous mettre en délire,
Le canon a fuit les cent coups.
Ces cent coups -là dans tout l'empire, En mèm' temps vont se répéter; On écoute, à peine on respire, On n'était là qu' pour bien compter.
Combien ce bruit-là dans la France Va faire de plaisir à tousl Et déjà, je le prédis d'avance, L'Anglais va craindre les cent coups.
Je déjeunions avec ma femme.
Quand j'avorn entendu c' bruit-là ;
J' me dis : « Qu'est-c' que c'est qu'on proclame ?
Puis, en comptant, j' me dis : « C'est ça 1
C'est la naissance du roi de Rome ;
Allons, femm', réjouissons-nous 1
— T'as raison, qu'ail' m'a dit, mon homme,
Faut aujourd'hui faire les cent coups! »
Le 18 avril 1811, les Deux Edmond, deiLX aclc?, obtinrent un succès. La pièce resta aii répertoire.
Elle était bien jouée par MM. Henri, Joly, madame Hervey et mademoiselle Rivière.
L'3 2 septembre 1811, on joua sur le théâtre du Vaudeville les Dcrvis, arlequinade en un acte; les auteurs demandés gardèrent l'anonyme.
Cette pièce est le début de M. Scribe. Il avait pour collaborateur M. Delavigne (sans doute Germain'.
« Les auteiu's, dit Geoffroy, sont jeunes (M. Scribe n'avait que vingt ans) : ils ne connaissent pas la scène : quelques traits de leur ouvrage annoncent qu'ils peuvent faire mieux. Ce qui leur fait beaucoup d'honneur, et (]ui
donne de grandes espérances, c'est qu'ils ont voulu, quoique fort applaudis, garder Fanonyme. Cette prudence est la marque d'un bon esprit ; c'est aussi ce qui me fait espérer que, pour être applaudis, ils n'auront pas toujours besoin de la charité des fidèles 'allusion au couplet d'annonce qui priait le public d'applaudir par charité), m
Xous étudiercms plus loin dans ces Mémoires M. Scribe et son œmTe, qui fit rire la restauration, la monarchie fh Juillet, la république de 1848, et qui nous fera rire
encore longtemps.
Un des théâtres le plus en vogue, sous l'empire, ce fut le théâtre Montan-ier, qui devint, en 1807, le théâtre (les Variétés. L'empereur protégeait la Comédie-Française; Cambacérès protégeait le théâtre des Variétés.
Camhacérès y prit une loge d'avant-scène à l'année. Il honorait d'une publique protection les actem-s et même une actrice de ce théâtre, mademoiselle Cuizot.
Dorvigny, Aude, Francis, Moreau, Désaugiers, Dumersan, Brazier, Georges Duval, Rougemont, et sm-tout Merle, défrayaient alors le répertou'e du théâtre des Variétés ; la haute société y venait rire des mœurs populaires prises sui' le fait. Ce fut à ce théâtre que s'élevèrent et s'éteignirent les dynasties des Jocrisse et des Cadet Roussel. On se rappelle encore les Chevilles de maître Adam, par Francis et Moreau, pièce jouée à la M'intansier le 28 décembre i80o; M. Vautour, pai' Désaugiers, Tournay et Georges Duval ( 13 juin iï^OÔ) ; les Trois Etages, pai' Désaugiers (4 août 1808) ; M. BumoJet dans sa famille, par Désaugiers (14 mai 1810; ; la Petite Cendrilhm '\ -2 ocU^hre 1 810}. C'était Brunet qui jouait
le rôle de Cendrillon. En partant dans son carrosse pour le bal du prince Mirliflor, Cendrillon disait à sa marraine : « Ma marraine, s'il vous prenait envie de devenir chatte, n'oubliez pas que votre pâtée est sous la fontaine. » Quinze ans cVahsence, par Merle et Brazier ( 13 avril 18H ) ; les Habitants des Landes, par Sewrin (21 octobre 1811); Tout ipovr V enseigne, "^diYhdXorX^Wç, Merle et Brazier (26 août 1813); le Biner de Madelon, par Désaugiers (6 septembre 1813).
Nous finirons cette nomenclatui-e en rappelant la pièce du Ci-devant Jeune homme, de Merle et Brazier, représentée le 28 mai 1812. Cette comédie peignait un ridicule de tous les temps; on y sentait l'esprit pénétrant et comique de mon vieil ami Merle ; ce fut surtout lui qui trouva cette veine heureuse de petits tableaux vrais^ neufs et qui vous faisaient crever de rire.
Merle était fort distingué de sa personne, d'une figure numismatique ; il se plaça à la tète de la critique littéraire par ses feuilletons dans la Quotidienne, après ses nombreux succès de théâtre.
Je le rencontrais souvent dans l'intimité de M. Michaud, de l'Académie française ; du plus loin que j'apercevais mon ami Merle, j'en éprouvais une douce gaieté et comme du bien-être ; il vous rendait, en mots charmants, en observations fines, en malices bienveillantes, en honnête camaraderie, tous les sentiments aifectueux qu'on éprouvait le besoin de lui témoigner.
C'était le plus savant gourmet et le plus spirituel paresseux; il avait des manies chères, des manies de grand
•2i\ M i: .M on; lis
seigneur. Il prenait ses mesures pour manger ciiaque année en primeurs les premières fèves de marais et les premières fraises.
Merle fit la fortune de bien des théâtres qui n'ont pas fait la sienne; il fut quelque temps directeur de la Porte-Saint-Martin, puis du théâtre de Strasbourg, et se garda bien de s'y enrichir.
Merle est une des physionomies les plus aimables, les plus souriantes de celte galerie d'originaux qu'on coudoyait à chaque pas, dans cette vie de coulisses, de cabarets et de journaux.
Que nous avons souvent, mon ami Merle et moi, les coudes sur la table, portant tous deux de temps en temps sur le bord de nos lèvres un verre mousseline coloré par un grand vin, passé de bonnes heures à nous égayer du genre humain, à rire des sottes tristesses de l'opulence, des gais expédients du pauvre diable sans le sou, des haufs et des las des gens d'esprit, et des crocs-en-jambe de l'amour !
Merle avait le laisser-aller, je ne dirai pas d'un enfant (l'enfant est l'animal le plus résistant, le plus volontaire, le plus capricieux et le plus criard de la nature entière, j'entends encore les cris des enfants trouvés), Merle avait le laisser-aller d'un cœur sans une seule mauvaise passion et sans le moindre intérêt personnel; il a fait des vaudevilles pour déjeuner et pour dîner, et parce qu'on lui a dit : « Faites des vaudevilles. » Si on lui eût dit, en l'encourageant : « Faites des comédies, » il eût écrit, du style de Lesage, de grandes comédies qui eussent honoré son nom et la littérature de son temps et de son pays.
D'UN BOURAiKOIS UK PAKIS 21Ô
Lesage, lui aussi, écrivit beaucoup de vaudevilles poiu' le théâtre de la Foii'e; mais ce ne fut qu'à la fin de sa vie, attable au cabaret et chez les distillateurs du temps, qu'il se gaspilla en vaudevilles ; il avait commencé par Turcaret.
Par justice autant que par un mouvement de cœur, j'ai tenu à mettre mon ami Merle à sa place, et à le détacher avec relief de tous ceiLX qui Tentom'aient.
M. Alfred Nettement, dans une Histoire de la lifterafure française sous la restauration, résume ainsi la littérature des écrivains sous l'empire : « Le com'age des écrivains, dans ce temps, consistait plus dans ce qu'ils ne disaient pas que dans ce qu'ils disaient. »
M. de Chateauljriand prouve autrement que par le silence sa fidélité à ses convictions. Chargé d'affaires dans le Valais, il donne sa démission le lendemain de l'exécution du duc d'Enghien. Il s'embarque volontairement le 14 juillet iSOG, et rentre en France le o mars 1S07. Ses voyages en Orient lui inspirèrent l'Itinéraire a Jérusalem et les Martyrs^ qui finent publiés ?h 1809. En 1811, M. de Chateaubriand n'en fut pas moins nommé membre de l'Académie française en remplacement de Marie-Joseph Chénier. Le discours de réception de M. de Chateaubriand fut alors tout un événement; dans ce discours, il foudroyait de son éloquence le régicide; ce discours fut repoussé par la commission de l'Académie ; l'empereur tint à le lire, et y fit plus d'une rature. Chateaubriand ne consentit à aucun changement, et il ne reprit même la plume que pour écrii'e,
en 1814^ cet audacieux et cruel pamphlet intitulé :
Bonaparte et les Bourbons.
Lemercier, Victorin Fabre et Ducis montrèrent de la noblesse et de l'indépendance jusqu'à des refus de places et d'honneurs.
L'abbé Delille eut le courage de rester fidèle dans ses vers à la maison des Bourbons.
Madame de Staël subit avec dignité, mais non sans douleui', dix années d'exil. Son livre de YAUenmfjne n'avait peut-être d'autre turt que de venir d'un écrivain suspect.
Louis XIV, qui aimait aussi les lettres, n'hésita pas à bannir l'auteur Cl Andromaque et d'Esther de son intimité et de son palais, pour avoii' commis le crime de rappeler devant lui et devant madame de Maintenon les mauvais écrits de Scarron.
Napoléon n'obéit jamais à de si futiles rancunes, et les nécessités de sa politique de dictateur et de conquérant pm-ent seules le pousser à des persécutions et à des riguem's.